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Accueil du site > Tribune Libre > Le Hirak et la contre-révolution (2)

Le Hirak et la contre-révolution (2)

« Où allons-nous comme ça ? », disait-on. 

Là est la grande erreur du système. Une erreur qui lui a été fatale. On pensait que le 5e mandat allait être une simple formalité, et que cela allait passait comme une lettre à la poste. Comme, du reste, l’élection présidentielle de 2014 qui n’avait été contestée, en son temps, que par quelques Algériens très jaloux du devenir de leur pays. La grande majorité des Algériens n’était, certes, pas consentante, mais elle ne pouvait pas s’opposer au fait du prince. Car, n’oublions pas que durant les deux premiers mandats présidentiels de son règne, Abdelaziz Bouteflika était plus qu’un prince. C’était un monarque, un Napoléon au pouvoir absolu. C’était, pour reprendre ses dires « je suis l’Algérie toute entière, je suis l’incarnation du peuple algérien et aucune institution de la République fut elle l’armée nationale populaire ne peut faire une seule bouchée de moi ».

Dès sa première élection d’ailleurs, en 1999, il avait refusé d’être « un ¾ de Président ». C’était à son honneur. En effet, il était temps à la grande muette de ne devoir s’occuper que des ses prérogatives constitutionnelles à savoir la défense du territoire national et de faire sienne les recommandations du Congrès de la Soummam de 1956 qui stipulait de façon claire et nette qu’en matière de politique « la primauté du civil sur le militaire » est un choix essentiel et indiscutable. Malheureusement pour l’Algérie, ce choix n’a jamais été concrétisé sur le terrain et l’on sait que depuis l’indépendance à ce jour, le pouvoir réel a toujours été, même indirectement, dévolu aux Généraux de Tagarins. 

Il y a encore quelques années, le traumatisme de la décennie noire était encore vivace dans l’esprit de beaucoup d’Algériens et d’Algériennes. On ne pouvait pas prendre le risque de retourner aux « années de braise ». Par ailleurs, étant donné les prix très élevés du pétrole et du gaz, sur les marchés internationaux, conséquemment au fameux « printemps arabe », l’Algérie avait engrangé d’énormes sommes en dollars et que, par conséquent, les pouvoirs publics pouvaient acheter la paix sociale. Qui ne se rappelle pas encore de l’ex Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui disait, tout fièrement, aux jeunes algériens ayant contracté des prêts bancaires auprès des banques publiques par l’intermédiaire de l’ANSEJ et qui n’arrivaient pas à trouver des créneaux d’investissement porteurs, qu’il pouvaient en faire ce qu’ils voulaient ? Qu’ils pouvaient même se marier, s’ils le désiraient…, leur avait-il ajouté. Sauf que cet ex Premier ministre dont les sorties médiatiques faisaient souvent l’objet de sarcasme et de raillerie de la part de la « plèbe » fut l’un des premiers à être balayé par la fureur populaire. Il devait assurer la campagne électorale du candidat-sortant Abdelaziz Bouteflika… L’enregistrement puis la diffusion sur les réseaux sociaux d’une de ses conversations téléphoniques avec l’ex Président du FCE (organisation patronale), Ali Haddad, qui se trouve lui aussi, aujourd’hui, en prison, en ont décidé autrement. En effet, les propos échangés lors de cette conversation et qui ont été révélés au public sont graves. Il s’agissait de l’utilisation éventuelle d’armes automatiques contre des citoyens d’une région du Sud algérien où ses deux compères devaient se rendre pour un meeting de campagne électorale… avant l’heure. Au cas où ils seraient mal accueillis ou la situation tournerait au vinaigre, évidemment. 

 Le pouvoir jouait donc sur deux fibres sensibles : la peur de la décennie noire et la distribution, sans contre partie, à une clientèle bien spécifique, de la rente. On dépensait l’argent public sans compter. Ce qui permettait aussi, du même coup, aux différents responsables politiques qui géraient cette cagnotte, de se servir sans honte et sans gêne pensant peut-être que le pot-aux-roses ne sera jamais découvert. Quant au reste de la population, elle pouvait crever sans que personne ne s’en soucie outre mesure. Tel était le cas de nombreux jeunes algériens qui avaient choisi la « harga » dans des embarcations de fortune. Nombreux parmi ces jeunes-là, avaient, malheureusement, servis de nourriture aux poissons de la grande bleue ou rejetés aux rivages dans un état de composition tel qu’il était impossible, même aux médecins légistes les plus chevronnés, de les identifier. 

Les partis de la coalition au pouvoir et notamment leurs chefs regardaient la « plèbe », quoique je n’aime pas ce terme dégradant, de haut. Chacun d’eux essayait d’être plus royaliste que le roi, allant, pour certains d’entre eux (Ammar Ghoul de TAJ et Amara Benyounès du MPA), jusqu’à affirmer qu’en dehors d’Abdelaziz Bouteflika, point de salut pour l’Algérie, et qu’ils allaient tout faire pour qu’il soit encore élu Président de la République, mort ou vivant. D’autres, en réponse à ceux qui leur faisaient remarquer que l’ex Président est gravement malade et qu’il ne pouvait plus assurer la charge présidentielle, avaient même émis le vœu de trépasser le même jour que lui (l’ex ministre de la communication). 

On ne comprenait plus ce qui se passait en Algérie. On dirait qu’un vent de folie soufflait sur tout le pays. Mais, le peuple, lui, ne voyait pas les choses de cette façon-là. Cette fois-ci, il avait compris une chose. Il avait compris que l’insistance de ces partis de la coalition à reconduire au poste de Président de la République, un candidat au crépuscule de sa vie, ne pouvait se justifier que par la distribution entre copains et coquins de ce qui restait encore de la manne. Alors, ce peuple qu’on pensait complètement endormi, complètement anesthésié, complètement laminé par la peur de la décennie noire et des lendemains incertains quant à ses conditions de vie, a décidé d’agir. Et d’agir de façon rapide mais à l’unisson. Tous les clivages politiques, idéologiques, ethniques, ont été mis de côté. De façon spontanée. Sans concertation, au préalable, entre les uns et les autres. Si ce n’était à travers les réseaux sociaux. 

Cette fois-ci donc, il faut dire que tous les calculs des tenants du pouvoir ont été faussés. Pendant les deux ou trois premiers vendredis, les manifestations étaient grandioses, dépassant toutes les prévisions ce qui a fait que les services de sécurité ne pouvaient pratiquement rien faire contre. Ou alors, leurs interventions n’étaient que ponctuelles, sporadiques, ça et là, essayant d’endiguer la marée humaine. Sans pouvoir vraiment gérer la foule. Pendant ce temps-là, le pouvoir, assuré par l’état- major de l’armée, essayait certainement de comprendre et cherchait une méthode contre-révolutionnaire. 

En fait, la contre-révolution avait commencé à peine quelques jours après le début des manifestations. Elle s’est mise à l’œuvre progressivement en fonction des discours du chef de l’État-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah. Celui-ci prononçait ses discours à chacune de ses visites de travail aux différentes régions militaires, chaque fois devant de jeunes militaires, que les chaines de télé montraient sagement assis et bien disciplinés. Le lendemain, ses « positions fermes » sont reprises et commentées par la presse nationale. Et sitôt dit, sitôt fait. Les traditionnels souteneurs annoncent aussi la couleur. Ce sont, comme il fallait s’y attendre, les partis qui avaient porté aux nues le Président Abdelaziz Bouteflika. Les voilà maintenant au service de l’homme fort du moment. Tout ce que celui-ci dit ou avance comme argument de sortie de crise est parole d’évangile pour ces hommes sans honte et sans la moindre once de principe que le simple quidam de la rue, à Alger ou ailleurs, dans les autres villes du pays, désigne sous le vocable dégradant de « chiyattine ». 


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9 réactions à cet article    



    • OMAR 2 juillet 18:28

      Omar9
      .
      @AerophagicBuster
      .
      Purée, et les algériens qui rêvaient d’un président hongrois honnête, intègre, travailleur, humain et patriote, comme Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa,

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/03/22/mise-en-examen-de-nicolas-sarkozy-indispensable-justice_5274759_3232.html


    • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 1er juillet 15:58

      Je rappelle à ceux qui n’avaient pas lu et j’invite ceux qui ne comprennent pas à faire un peu plus d’effort ! N’interprétez pas, essayez juste de comprendre le processus...

      https://www.facebook.com/notes/mohammed-madjour/septi%C3%A8me-mise-au-point/3196443390381052/


      • MagicBuster 1er juillet 16:11

        @Mohammed MADJOUR

        Même la recette du couscous est polémique.

        https://www.h24info.ma/monde/maroc-algerie-tunisie-labellisation-couscous-anodine-quil-ny-parait/

        C’est pas gagné !!


      • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 2 juillet 15:32

        @MagicBuster

        J’avais dit ce qu’il fallait dire à propos de cette idiote proposition à l’Unesco. Si je retrouve mon commentaire je vous le rappellerais. En attendant je refuse totalement le faux dossier déposé à l’Unesco parisienne ! 
        Rappelez-moi dés qu’il y a du nouveau...


      • OMAR 2 juillet 18:41

        Omar9
        .
        @AerophagicBuster
        .
        Par contre, le « Couscous Royal » lui, est gastronomiquement et génétiquement un label AOC « français ».
        Manger ce plat qui contient des merguez, avec une fourchette, il fallait y penser !!!
        .
        C’est comme ajouter des moules et des escargots dans la choucroute et proposer ce plat à déguster, avec des .... baguettes...


      • popov 4 juillet 13:34

        @OMAR

        En Chine, qui est le pays d’origine de la choucroute, elle se consomme avec des baguettes.


      • MagicBuster 1er juillet 17:15

        Faudra essayer de nous montrer l’humour algérien une prochaine fois.

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Humour_alg%C3%A9rien

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