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Accueil du site > Tribune Libre > « Le maïs-révolver » : une affiche de France Nature Environnement contre (...)

« Le maïs-révolver » : une affiche de France Nature Environnement contre les OGM

La fédération associative écologique, France Nature Environnement, a décidé de frapper fort contre les OGM. Sur une des affiches de sa présente campagne publicitaire, on découvre une mise en scène insolite : un jeune homme s’applique contre la tempe un épis de maïs qu’il tient comme un révolver.

1- Un leurre d’appel humanitaire
 
L’attention est immédiatement captée. L’exhibition du malheur d’autrui, même mimée par un leurre d’appel humanitaire, stimule aussitôt le réflexe inné d’attirance jusqu’à la sidération du voyeurisme. L’intericonicité ici n’est pas douteuse : on reconnaît une scène imminente de suicide.
 
Les effets montrés par la métonymie choisie le confirment : pris en gros plan dans une mise hors-contexte qui braque le regard sur lui seul en le détachant par contraste d’un fond clair uniforme, le personnage masculin simule la tenue d’une arme, poing refermé sur la crosse, index recourbé sur la gâchette, prêt à appuyer, le visage grimaçant, sourcils froncés, yeux fermés plissés, lèvres serrées, dans l’attente de l'imminente déflagration : qu’importe qu’il s’agisse du jeu de hasard stupide qu’on nomme « la roulette russe » ou d’un suicide programmé ! 
 
2- L’horreur de la scène tempérée par l’humour d’un paradoxe
 
Mais dans le même temps, l’horreur de la scène est tempérée par l’humour d’un paradoxe qui retient l’attention captée : le canon du supposé révolver est un épis de maïs. La contradiction apparente saute aux yeux : qu’y a-t-il de plus inoffensif et de plus éloigné de l’arme dont on lui fait jouer le rôle, qu’un doux épis maïs, symbole non de la mort, mais, au contraire, de la vie qu’il fortifie depuis que les hommes ont appris à le cultiver ?
 
À l’évidence, cette horrible scène de suicide n’est qu’une simulation sans gravité, sauf à méconnaître que l’humour est le procédé qui consiste à parler légèrement de quelque chose de grave ou, inversement, gravement de quelque chose de léger. On n’en est pas, cependant plus avancé dans la solution du paradoxe : tout juste la métaphore associe-t-elle l’innocent maïs à l'arme d'un suicide. Mais par quel mystère ?
 
3- Le contexte du slogan pour éclairer le sens de l’image
 
En raison de la mise hors-contexte qui lui est structurelle, l’image ne peut en dire davantage : on a besoin des mots du slogan pour comprendre la solution du paradoxe qui échappe toujours. Il est composé de deux phrases : « C’est sans dangerConcernant les OGM, on n’a pas encore assez de recul ». La première phrase résume l’opinion des partisans des OGM, la seconde, celle de leurs adversaires. Elles s’opposent de façon contradictoire : la première est une allégation catégorique sans preuve ; l’autre énonce au contraire une preuve banale que chacun est à même de vérifier : il faut du temps pour mesurer les effets de modifications génétiques.
 
Inscrite dans ce contexte, la solution du paradoxe qui assimile le maïs au révolver dans une scène de suicide imminent, se précise : l’adoption des OGM est identifiée par métaphore à un jeu de roulette russe où l’imbécile qui s’y livre ne sait pas en se mettant le révolver sur la tempe si une balle est engagée ou non dans le barillet et s’il va, sur un coup de dés, mourir ou survivre.
 
4- La stimulation du réflexe de la peur
 
L’affiche vise donc à stimuler violemment le réflexe inné de la peur pour mobiliser l’instinct de conservation face à la menace insensée qu’on fait soi-même peser sur sa propre vie en se conduisant de façon aussi irresponsable. De ce jeu idiot où l’OGM joue le rôle d’un révolver braqué sur la tempe de l’humanité, découle forcément une injonction implicite de bon sens : ne surtout pas jouer avec le feu de ce jeu, puisqu’on ne sait pas si le risque pris n’est pas mortel !
 
La fédération écologique, France Nature Environnement, illustre ainsi crûment le principe de précaution inscrit dans la Constitution depuis 2005 : « Lorsque la réalisation d'un dommage, y lit-on, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d'attribution, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »
 
Plante emblématique privilégiée par la recherche sur les OGM, le maïs cesse dans cette affiche d’être le symbole d’une surabondance de vie pour devenir celui d’une mort possible. L’inversion de sens est brutale, sinon outrancière. L’image de cet épis braqué comme un révolver sur une tempe est de nature à marquer les esprits. Comment désormais regarder un innocent épis de maïs dans un champ ou sur un grill en train de rôtir sans par intericonicité voir ressurgir cette horrible scène de roulette russe ? « Qui maîtrise les images, aurait dit Bill Gates, maîtrise les esprits ». Paul Villach 

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24 réactions à cet article    


  • Jeanlaquille 17 février 2011 10:30

    Bonjour
    Cette affiche est indécente car dans l’agriculture il y a beaucoup plus de suicides que dans aucune autre corporation....
    Cette affiche est indécente, car elle ne prend pas en compte l’obligation qui est faite aux agriculteurs de produire plus et encore plus pour survivre étant donné les prix trop bas de leur production...
    Un ancien agriculteur.


    • Fergus Fergus 17 février 2011 11:53

      @ Jeanlaquille.

      Notez que la Confédération paysanne (plutôt proche des petits paysans) est sur une ligne fondamentalement différente, voire opposée, à la politique prônée par la FNSEA proche quant à elle, et ce n’est pas un hasard, des pouvoirs de droite libéraux.


    • Robert GIL ROBERT GIL 17 février 2011 11:01

      alors qu’il y a plein de produit naturel, comme le purin d’ortie mais que les lobbies veulent faire interdire, voir article ci-dessous

      http://2ccr.unblog.fr/2010/11/27/a-jeter-aux-orties/


      • le poulpe entartré 17 février 2011 11:09

        So what ?

        Si la prochaine campagne était plus sexe ; quel serait l’impact ? Avec l’épi de maïs ou une carotte tenu comme un thermomètre direction le joufflu d’une playmate, ça marche ? C’est plus orienté politique, en allusion à peine voilée de ce qui attend les citoyens en 2012 ?

        Ami(e)s internautes soyez imaginatif(ve)s ; faites nous sourire. La fine équipe nous déprime par tant d’impudence kilométrique.


        • Fergus Fergus 17 février 2011 11:16

          Bonjour, Paul.

          Dans une société où tout devient fugitif et superficiel faute de temps pour étudier, décrypter et mettre en perspective le fond des problèmes, seule la provocation permet de toucher le public et de faire parler de ces problèmes. On peut le regretter, mais il n’y a désormais pas d’alternative possible.

          C’est ainsi qu’il faut comprendre cette campagne. Une campagne que, malgré des origines paysannes et de nombreux parents exploitants agricoles, j’approuve totalement tant les dérives de l’agriculture intensive sont grands et pénalisants pour l’environnement, souvent avec la complicité (ou l’indulgence passive) des pouvoirs publics.


          • Bulgroz 17 février 2011 13:18

            FNE - France nature environnement (association n° 784263303) bénéficie régulièrement de subventions de l’Etat. Pour la seule année 2008, la subvention était de 1 086 500 Euros, cette subvention a du augmenter depuis.

            Il est donc scandaleux que l’argent du contribuable ait servi à payer une campagne pour le moins controversée et orientée.

            Arrêt total des subventions aux irresponsables qui abusent de la liberté d’expression à coup d’argent public. Si FNE a des choses à dire, qu’elle le fasse avec son propre argent.


            • pissefroid pissefroid 17 février 2011 13:18

              Il a fallu des millions d’années pour forger l’être humain, mutation après mutation.

              Il est donc naturel de s’opposer à toute manipulation du vivant, sachant qu’il faudra des milliers d’années pour constater les effets.

              De plus ces modifications génétiques ont un seul objectif, c’est d’accroitre le profit des multinationales.


              • La fille du croquant La fille du croquant 17 février 2011 15:04

                La meilleure et qui fait grincer des dents «  100% NATUREL : GROS MENTEURS » ^ ^

                En effet ne jamais oublier QUE TOUTE la viande + crèmerie (lait, œufs et produits transformés) non issus de l’agriculture biologique * CONTIENNENT TOUS des OGM car tous ces animaux sont nourris avec, et je parle bien de la France !

                Attention à l’appellation « agriculture raisonnée » ! C’est de la novlangue ! L’agriculture raisonnée c’est s’engager à ne pas dépasser les doses prescrites/recommandées en pesticides et autres joyeusetés... Déjà que les taux sont énormes on n’ose imaginer l’agriculture irraisonnée ^ ^

                Cette précision est capitale car on entend souvent au marché ou autres lieux :

                - « C’est naturel ? »

                - « Oui bien sûr : c’est de l’agriculture raisonnée ! »

                - « Et c’est bio ? »

                - « Nan c’est pas bio mais c’est pareil ma bonne dame ! » smiley

                Notre SEUL pouvoir : notre porte monnaie : à qui et pour quoi l’on donne notre argent !

                * Avec ou sans label ; nombres de petits producteurs ne sont pas labellisés, charge au consom’acteur de vérifier sur place. (Je parle bien entendu dans le cadre de la vente directe).

                http://sortirdusupermarche12.free-h.net/index.php?option=com_frontpage&I...



                • Arthur 123 18 février 2011 01:32

                  Il y a ecolo et ecolocon, sa se voir comme une tache aux milieux de la figure.
                   A ma connaissance je connais des fermes écolos qui mette un poing d’honneur à que les vaches manche écolos. De l’herbe et du foins.


                • roro46 17 février 2011 16:31

                  Et la Bretagne (enfin, disons plutôt Mister Le Drian) qui porte plainte en plus !!
                  De pire en pire.
                  C’est marrant, d’ailleurs, qu’il se soit senti visé, le drian ! smiley


                  • marc berger marc berger 17 février 2011 16:33

                    Rappelons que le mais à la base n’était pas consommateur d’eau, contrairement à ce que l’on en a fait ! Les agriculteurs c’est comme n’importe quel autre métier, il y en a des bons et des mauvais, ceux qui n’ont voulu voir que l’appât du gain au lieu de faire un métier noble , se bouffent les noisettes car ils ont été émerveillé devant tous ces bons produits que l’industrie leur proposait.

                    Il faut repenser l’agriculture et nos habitudes alimentaire, allez donc voir du coté de chez Kokopelli vous apprendrez beaucoup de choses.


                    • blurpy 17 février 2011 20:31

                      je suis plutot ecolo de cœur, mais je vis a la campagne !
                      « allez donc voir du coté de chez Kokopelli vous apprendrez beaucoup de choses. » non mais je connais Kokopeli qui est une assoc très respectable pour le particulier qui fait son jardin, mais n’allez pas envoyer un agriculteur « apprendre » chez eux, il va vous rire au nez... ah ces bobos, quels naïfs !
                      N’importe quoi : on parle de l’agriculture dans cet article.


                    • Arthur 123 18 février 2011 01:34

                      mon œil ?


                    • roro46 18 février 2011 09:18

                      "...Kokopelli.../....pour le particulier qui fait son jardin, mais n’allez pas envoyer un agriculteur « apprendre » chez eux, il va vous rire au nez... ah ces bobos, quels naïfs !
                      N’importe quoi : on parle de l’agriculture dans cet article."

                      N’importe quoi en effet, !!! Si les agriculteurs était encore passionnés par leur métier, par les plantes, par toutes ces variétées encore disponibles que des firmes aussi bien intentionnées que monsanto veulent voir disparaître, ils ne riraient pas quand on leur parle de ça.
                      Tout ça est une question de société ; savoir ce qu’ils veulent ou pas... Ce qu’on veut ou pas...
                      Il y a des quantité de véritables paysans qui, eux, ne rient pas ! Et on parle bien d’agriculture, là.

                      Quand à faire son jardin, ça sert aussi à se nourrir, pas vrai ??


                    • blurpy 17 février 2011 20:38

                      Monsieur Villach, décodez cette affiche comme vous voudrez, il restera qu’il faut prendre son sens au pied de la lettre : on ne connait rien des OGM et on veut les utiliser à grande échelle, on peut donc établir une similitude au sens propre avec la roulette russe. Sauf qu’il y a plus de chance de perdre avec les OGM qu’à la roulette russe avec une seule balle dans le barillet ! Même Monsanto risque de crever des OGM en même temps que nous, ils vont crever sur leur tas de fric ! Maigre consolation...
                      Alors nul besoin d« ’enculer les mouches » avec cette affiche, c’est tout bêtement une allégorie de la vérité tout simple.


                      • roro46 18 février 2011 09:21

                        Cette fois, d’accord avec Blurpy !

                        Ce n’est d’ailleurs pas qu’une image ; il n’est qu’à voir le nombre de paysans qui se suicident - par exemple en Inde (mais pas que) - après avoir testé les OGM !!
                        C’est eux qui se font enc..., et pas les mouches.


                      • Arthur 123 18 février 2011 01:25

                        Merci ; cela rappel le drames que vive les paysans indiens qui cultive le coton O G M .
                        Ils ne peuvent pas vendre leurs balles de coton O G M au prix fort, pour compenser le prix de leurs semences qui sont acquises aux prix forts.
                        Dans les régions se culture de coton en Inde des milliers de paysans se suicide acculer à la faillite.
                        Cette affiche relate en autre cela.


                        • Arthur 123 18 février 2011 01:26

                          Dans les régions de culture de coton en Inde des milliers de paysans se suicide acculer à la faillite.
                          Cette affiche relate en autre cela.


                        • roro46 18 février 2011 09:22

                          Je n’ai vu vos commentaires qu’après avoir écris le miens, mais je vous plussoie !!


                        • ricoxy 18 février 2011 09:50

                          De toute, quelles que soient les précautions que l’on prenne, tout est pollué. Vous achetez bio ? Quelle blague ! Vous vous fiez au « label AB » (agriculture biologique ; comme si l’agriculture pouvait être autre que biologique) : quelle blague ! Même si vous cultivez vos légumes dans votre jardin, ils sont pollués, car l’air est pollué.

                          Alors, la solution ? Aller vivre sur Mars ?


                          • roro46 18 février 2011 15:08

                            Ben oui... DE TOUTE FACON !... Avec ce terme, on ne fait plus rien, quoi !

                            La solution si l’air est polluée ? Essayer de mettre en place un projet de société qui ne la polluerait pas.

                            Et diminuer la pollution, c’est bien le rôle - entre autres - de l’agriculture biologique (mais ce n’est qu’un exemple). Il y a plein d’autres voies à suivre...

                            Quant au label AB, il est certes imparfait de mon point de vue (car pas véritablement 100% bio), mais c’est déjà un très TRES large progrès par rapport à l’agriculture dite « conventionnelle » (quelle blague, c’est l’agriculture non-polluante qui devrait être conventionnelle !), qui elle génère à tout va la pollution que vous semblez regretter.


                          • ricoxy 18 février 2011 09:51

                            un mot sauté : façon. Il fallait lire : De toute façon.


                            • LE CHAT LE CHAT 18 février 2011 10:15

                              cultiver du Maïs pour faire du carburant bio plus propre ou des sacs en papier d’amidon biodégradables n’est pas la solution pour résoudre les problèmes écologiques , cette plante nécesite plein d’engrais , de pesticides et surtout beaucoup d’eau qui va être un des défis majeurs du futur à résoudre .


                              • Arthur 123 20 février 2011 16:08

                                c’est pourquoi Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie et de l’énergie, d’autoriser la prospection en vue de l’exploitation de gaz et d’huile de schiste sur le territoire français qui va remplacer le débat du bio carburant. Un mal pire que le précedant.

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