• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Le mouvement des Gilets jaunes, interclassiste ou la classe (...)

Le mouvement des Gilets jaunes, interclassiste ou la classe introuvable

Force est de constater que le mouvement des gilets jaunes, qui a débuté en décembre 2018, se révèle pour ce qu’il est : un mouvement interclassiste sans orientation ni stratégie politique, qui ne se situe pas sur le terrain de la lutte de classe. En fait, considérons que ce mouvement des gilets jaunes est un renoncement à tout ce qui pouvait, dans la tradition de lutte du mouvement ouvrier, instruire et inventer une politique de lutte, une politique d’émancipation. Il n’est pas nécessaire de reprendre le fil des événements hebdomadaires pour comprendre et constater le pourrissement de ce mouvement animé en grande partie par une petite bourgeoisie réactionnaire, nationaliste, patriote et le cas échéant xénophobe.

Toutefois, ce mouvement ne serait-il rien d’autre que le sursaut d’une petite bourgeoisie déclassée, non, une minorité encore invisible mais agissante, se démarquant du grotesque carnaval patriotico-franchouillard, existe ; elle est à la lisière du mouvement, minoritaire, inaudible et ne pourra s’affranchir de celui-ci qu’en créant les conditions d’une lutte orientée vers une politique d’émancipation. Ce sont bien des conditions dynamisant la lutte dont il s’agit. Mais que faire valoir en termes de stratégie et d’orientation sous le drapeau bleu-blanc-rouge et le cantique patriotique La Marseillaise repris à l’unisson par tout un chacun comme ultime détermination du peuple. Au demeurant, de quel peuple s’agit-il ? Qu’est-ce qu’un peuple qui se revendique comme tel en ignorant ce qui le constitue organiquement, ce qui le détermine agissant dans la dynamique de la transformation sociale, ce qui le construit en tant que force homogène émancipatrice ? Ce mot « peuple » employé, sur-employé aujourd’hui, et qui faisait déjà dire à Karl Marx en son temps :

« Chaque fois qu’à la place de prolétariat, je lis “peuple”, je me demande quel mauvais coup on prépare contre le prolétariat. »

La lutte de classe ne s’est pas absentée : elle est devenue invisible quant à ce qui la caractérisait comme « cause » déterminante de tous les exploités. Le surgissement des populismes d’extrême droite comme de gauche d’inspiration bolivarienne procède dans les faits d’une rupture avec ce qui, par sa tradition de lutte, constituait le fait même d’un prolétariat agissant, se dynamisant sur la base d’assemblées démocratiques, élisant ses propres délégués contraints par le mandat impératif. Ainsi « le peuple » dans sa nomination gilets jaunes constitue un contresens par le fait même qu’il élimine toute visée historique de son existence, qu’il réduit à la forme anthropologique sa possibilité constitutive de peuple, qu’il agit en négation de la lutte de classe, qu’il subsume par sa grandiloquence nationaliste et souverainiste, l’existence même du prolétariat international. S’agissant donc de ce mouvement gilets jaunes, le commentateur éclairé se garde bien de le qualifier autrement que par les démonstrations spectaculaires de samedi en samedi. La présentation elle-même participe d’une mise en scène en actes (nous en sommes à l’acte XIX), acte que l’on découpe en saynètes, charges policières, black block, vitrines brisées, bagnoles incendiées, et comptabilité de tirs de flash-ball. C’est de cette violence dont on parle avec colère, avec indignation et cela du côté du pouvoir comme du côté des gilets jaunes. La seule imagerie de la parodie insurrectionnelle est un ingrédient puissant contre de potentielles organisations ou assemblées dont la visée historique reposerait sur une volonté dynamique de transformation. Et ce n’est pas peu dire que les gilets jaunes participent de cette imposture en reprenant presque mot pour mot la syntaxe lepéniste ou mélenchoniste, en rejetant toute possibilité organisationnelle, en s’érigeant comme les architectes sociaux de la démocratie. Constructeurs, bâtisseurs donc du temple démocratique sans même interroger et le sens et la possibilité démocratique.

De quelle démocratie directe s’agit-il lorsque l’assemblée perpétue la revendication économique au point de la présenter comme but final, plus de justice fiscale, plus d’allocs, plus de pouvoir d’achat, etc. Si la revendication économique est légitime, elle n’est en aucun cas un but à atteindre, elle ne peut être séparée de l’enjeu majeur qui est social. La transformation qualitative construit la lutte politique qui révèle la classe. Innommé aujourd’hui, c’est du prolétariat dont il s’agit, le prolétariat qui dynamise la lutte politique pour une transformation révolutionnaire de la société.

Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement réactionnaire de masse, et nous allons tenter de développer cet argument, ce jugement. Loin de remettre en cause la politique de casse sociale du gouvernement Macron, les gilets jaunes participent de loin en proche à son élaboration toujours plus dévastatrice. Dans un premier temps en fustigeant à grand renfort de « dégagisme » la personne même de Macron alors qu’il n’est qu’un lampiste au service du capitalisme mondialisé et le garant du maintien d’un ordre européen contre les opprimés ; en faisant de sa petite personne le totem idéal de tous les maux de la société et de la misère grandissante. Se réfugier derrière l’illusion d’une représentation personnifiée et qui serait la cause de la misère sociale, voilà qui montre bien l’insuffisance pour ne pas dire l’incurie totale du gilet jaune type.

La posture anti-système des gilets jaunes faisant écho au populisme de Le Pen, Asselineau, Dupont-Aignan, Mélenchon, relève de la gesticulation spectaculaire que le système lui-même autorise en favorisant l’émergence de figures tutélaires et représentatives du mouvement. De déclarations contradictoires en soutiens inconditionnels, dans la cacophonie générale qui caractérise le mouvement des gilets jaunes, les chefs de partis et autres tribuns acteurs de la séparation, du repli national et/ou patriotique, organisent la pérennité du système et de ses institutions. Le discours et la symbolique sont au rendez-vous, nous l’avons déjà dit, drapeau bleu-blanc-rouge, La Marseillaise dont la scansion révolutionnaire s’est étiolée dans l’histoire, devenant le chant du colonialisme et de l’impérialisme français.

Le mouvement des gilets jaunes, loin de poser les termes d’une politique d’émancipation, ne fait que reproduire le fonctionnement désordonné des partis institutionnels de la république bourgeoise. Ce sont ceux-là même qui prétendent combattre le système qui, depuis des décennies, cautionnent et perfectionnent ledit système. Nous voyons avec quelle ardeur ils soutiennent la désorganisation, se rassurent de l’absence de visée politique, de l’incurie totale en matière de stratégie, comment ils posent en véritables héritiers de jacqueries ou autres frondes dont la seule consistance n’est que la réalité d’une absence totale de projet émancipateur. Mais bien sûr, ne sont-ils pas là, ces agents du spectacle de la finitude pour garantir le retour serein et déconcertant par le jeu de l’électoralisme à la distribution des rôles pour le fonctionnement de cette bonne vieille démocratie parlementaire. L’absence totale de pensée politique, le repli identitaire, la stigmatisation de l’étranger, un meilleur pouvoir d’achat pour occulter la traditionnelle revendication d’augmentation des salaires constitutive des luttes ouvrières, voilà ce qui résulte d’un mouvement qui ne peut déboucher que sur une Europe se construisant sur la base de la ségrégation, de l’exploitation d’un prolétariat qui cherche encore son éveil historique.

CONSIDERONS QUE LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES EST UN VERITABLE POISON POUR LA CLASSE OUVRIERE.

L’esthétisme de la révolte est un symptôme qui n’épargne pas les chantres de l’émeute. Il s’agit d’être en phase avec le mouvement, de le soutenir coûte que coûte dès lors qu’il participe d’actions musclées, instaure un climat de chaos absolument cadré par le pouvoir au service de la bourgeoisie. L’émeute est belle et glorieuse et qu’importe ce qu’elle sous-tend de discours réactionnaires, terreau de toutes les contre-révolutions. Toutes les émeutes ne débouchent pas sur l’insurrection, et toutes les insurrections ne sont pas la garantie d’un véritable projet émancipateur.

Cette violence lors des manifestations est bien sûr contre-productive, elle ne sert en rien le mouvement, elle est une production de la domination pour desservir ce qui, bien qu’absent chez les gilets jaunes, serait à la base d’une construction politique et stratégique. Si la violence et l’affrontement de classe sont inéluctables à l’échelle de la transformation sociale, le chaos émeutier sans stratégie est nuisible aux masses potentiellement révolutionnaires lorsqu’il s’inscrit dans une posture réactive soi-disant anti-système. L’anti-système n’est qu’un avatar du système, une production en ombres chinoises du réel.

La violence de classe s’exerce dans l’affrontement de deux droits dont l’un doit disparaître, cela prend le nom de lutte de classe, cela prend la forme stratégique de l’affrontement violent du prolétariat, classe émancipatrice, contre la bourgeoisie.

Le mouvement des gilets jaunes dans son inscription et sa posture anti-système, dans ses revendications petites bourgeoises de justice fiscale ou autres, ne produira rien d’autre que l’effondrement, déjà bien amorcé, de toute possibilité d’invention politique. La forme « démocratie directe », au demeurant la seule acceptable pour le mouvement de l’émancipation, n’est que peau de chagrin entre les mains des gilets jaunes, réduite à la misérable revendication économique sans interroger le sens du parlementarisme bourgeois, sans poser les termes stratégiques d’une homogénéité du prolétariat contre le capitalisme mondial.

À la lisière du mouvement réactionnaire des gilets jaunes, existe une minorité combative, qui, bien au-delà des gesticulations anti-système, tente de construire les liens susceptibles de créer les conditions de l’affrontement de classe sur le champ du réel. Cette minorité aura-t-elle les moyens de se produire sur le terrain de l’histoire pour une transformation révolutionnaire des sociétés, aura-t-elle dans sa dynamique émancipatrice suffisamment de forces vives pour rendre irréversible une politique communiste ?

PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

Le 27 mars 2019 JAN HEMPEL


Moyenne des avis sur cet article :  1.05/5   (20 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • Arthur S Arthur S 30 mars 11:03

    encore un article faux-nez qui veut discréditer un mouvement populaire en essayant de le doubler « par la gauche » !

    déjà, le RN a courtisé l’électorat communiste en pastichant de vieux discours creux de Marcahais des années 60, e pensant que la musique tait plus importante que les paroles : ça eut payé, mais ça ne paie plus,

    maintenant, c’est la bande à Macron qui utilise la ficelle, un peu grosse !


    • pierrot pierrot 30 mars 11:10

      Bonjour,

      les Gilets Jaunes est un rassemblement hétéroclite où chacun pensera qui va dans sons sens idéologique : le RN le pense ainsi que le FI , Dupont Aignan, , certains communistes, socialistes, anarchistes... mais ce type de positionnement anti parlementarisme, anti élites ... rappelle des heures obscures : Boulangisme, Poujadisme, extrémistes violents...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

jan Hempel


Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès