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Accueil du site > Tribune Libre > Le mythe de l’écrivain

Le mythe de l’écrivain

L'écrivain : son chat, son whisky et son écharpe blanche.

Que nous dit la représentation classique de l'écrivain dans la culture contemporaine ?

Alors déjà, que les choses soient claires entre nous, je préfère préciser que je me rêve plus écrivain que je ne le suis réellement. Mon insignifiance dans le champ littéraire contemporain est telle qu’il n’est pas absurde de comparer mon impact sur cette sphère mythique constituée de talentueuses personnes enrobées de longues écharpes blanches (*) à celui du champ gravitationnel d’un grain de sable sur la Lune. Autant dire pas lourd. Cet article ne traite donc pas de ma pomme, mais bien de la représentation que les gens ont des auteurs en général et qu’il m’arrive de côtoyer à la faveur de la marée (rapport au grain de sable, tout ça).

 

 

Do you remember ?

La première fois que j’ai été confronté à ce que véhicule le personnage de l’écrivain dans l’inconscient – voire l’imaginaire – collectif, c’était lors d’une soirée il y a de cela quelques années.

Je l’ai évoqué dans « Le journal d’un écrivain sans succès » :

 

J’étais de sortie, comme d’hab’, tranquille (je me prenais à peu près une veste par minute, rien de méchant). Et là, la révélation, l’inspiration fulgurante, le saut quantique, l’Eureka. Je me suis dit : « Mais enfin, tu veux être écrivain, commence par te comporter comme un écrivain ».

Comme ça. Il paraît que pour être écrivain, il faut être inspiré. Compte tenu de l’éclair de génie (que dis-je de lucidité) qui venait de me traverser la tête (de gauche à droite, faut dire qu’il y a de la place), inutile de dire qu’il s’agissait de la preuve la plus flagrante depuis au moins plusieurs heures que je suis un auteur qui s’ignore.

Inutile de dire non plus que ma vie a changé à cet instant. Comme une sorte de pub pour le rasage avant / après mais sans l’odeur de lavande.

A partir du moment où je me suis comporté en Ecrivain, j’ai eu un succès fou (euh, pas comme écrivain, je n’ai pas encore de livre en tête de gondole de toutes les librairies de Paris). Je passais de l’ombre à la lumière, mon côté introverti en devenait mystérieux, mon air ahuri semblait inspiration. J’étais un nouveau JF (sans barbe). Ah, perception quand tu nous tiens (par la barbichette).

Dès qu’une fille me parlait, invariablement elle en arrivait à me demander quel était mon métier (sous-entendu « combien tu gagnes ? ») et là *Pan* : « je suis écrivain ». Ça sortait tout seul comme un étron après deux semaines de régime indonésien.

Pour décrire l’effet obtenu (de dire « je suis écrivain », pas celui de l’étron), je mettrais ça à peu près à égalité avec « Je suis trader à la city » (avant la crise) ou au pire « J’ai hérité des millions de mon oncle qui vient de passer sous un bus avant-hier », sans l’aspect tragique de la mort d’un proche (même si c’est pas mal de provoquer un peu de compassion dans une tentative d’approche).

Evidemment, ça commence à se gâter quand arrive le moment de payer un verre ».

 

C’est là qu’on se rend compte que j’ai romancé ce souvenir, car si certain(e)s pensent que l’écrivain vit dans un château isolé au milieu d’une forêt – afin de ne pas être dérangé par les sirènes des ambulances –, la plupart des gens que l’on croise sont totalement au fait de la réalité économique de ce métier de crève-la-dalle. Ainsi, la technique de drague qui consiste à se faire passer pour un écrivain – ce que l’on n’est assurément pas – ne fonctionne pas des masses (en tout cas, pas avec moi).

Si vous aussi, vous souhaitez vous remettre à niveau sur la réalité économique de l’écriture et développer une conscience aigüe de la raison pour laquelle, en général, on n’espère pas en vivre, suivez ce lien : écrivain, travailleur pauvre.

 

 

La représentation de l’écrivain dans l’art

Pourtant, la représentation culturelle de l’écrivain – thème récurrent dans les fictions – est tout autre. Un certain nombre de clichés sont véhiculés dans les films, séries, livres (bigre, ils devraient pourtant être au courant…).

Je pense notamment à ce film : « Un homme idéal », thriller de Yann Gozlan avec Pierre Niney. On y voit le quotidien d’un parfait wannabe, déménageur le jour et qui se rêve écrivain la nuit. Un jour, il tombe sur le journal d’un homme mort qui le bouleverse. Il décide de l’envoyer sous son propre nom à un éditeur et là… miracle !

Je crois que c’est le film qui véhicule le plus de fantasmes sur le métier d’écrivain que j’ai pu voir. Il me serait impossible de tous les détailler, mais il m’en revient deux ou trois en tête.

Ainsi, par exemple, au début du film, on voit le « héros » harceler les éditeurs au téléphone pour avoir une réponse sur son manuscrit et finalement réussir à parler à une directrice éditoriale. Je déconne pas : le mec arrive à avoir la directrice éditoriale au bout du fil. On n’est ici plus vraiment dans le fantasme, mais dans la science-fiction ! (à noter qu’on se rapproche un peu de la réalité quand elle l’envoie chier comme une grosse bouse…)

Ensuite, on voit ce jeune écrivain – devenu célèbre et que tout le monde s’arrache – aller de cocktail en cocktail et recevoir des avances faramineuses de son éditeur sans même qu’il ait présenté la moindre ligne du deuxième ouvrage. Lorsque l’on voit les à valoir moyens qui sont pratiqués dans l’édition et la façon dont les nouveaux auteurs sont traités (sans parler des ventes moyennes de romans en France, à part pour les grosses pointures comme Lévy ou Musso), on ne peut que sourire devant cette représentation du métier d’écrivain, plus proche d’une pub pour Ferrero Rocher que des soirées germanopratines.

Enfin, et c’est ça le plus drôle, lorsque finalement le héros est inspiré, alors qu’il n’a jamais rien écrit de potable, il se met à pondre un livre génial en quelques semaines. C’est beau : dans les films, il suffit d’être inspiré pour écrire un bon livre (et ça prend pas beaucoup de temps en plus, une fois que le mec a écrit le mot « fin », le livre est fini, c’est magique et bon à publier de suite).

 

Une autre série qui met en scène un écrivain est la formidable série « The Affair » – que je vous conseille vraiment. Je vais pas vous pitcher le truc en détail (j’ai autre chose à faire, merci bien), mais en gros, il s’agit de la chronique d’une liaison, narrée de deux points de vue différents, et qui finit par un drame (je ne peux en révéler plus sous peine de spoiler et comme la série vaut le détour, ce serait dommage). Le « héros », Noah Solloway joué par l’excellent Dominic West qu’on avait déjà pu apprécier dans « The wire » (brillante série sur le trafic de drogue à Baltimore), est un écrivain qui devient célèbre pour son deuxième roman et dont le beau-père est un célèbre romancier, qui a fait fortune grâce à l’écriture (c’est un peu le Musso du polar outre Atlantique).

Ce qui fait sourire dans cette fiction est la façon dont l’écrivain est traité dès lors que le succès arrive, et qui n’est pas forcément totalement fausse (aux USA, il y a beaucoup plus d’argent dans le milieu de l’édition qu’en France) mais qui donne une vision assez biaisée de la réalité de la majorité des écrivains. On le voit notamment faire la tournée des librairies aux 4 coins du pays avec une éditrice qui l’accompagne et quand tu vois le machin, tu te dis tout de suite « : « ouahou, moi aussi j’aimerais bien être écrivain » (ou au moins me taper l’éditrice).

 On voit après l’écrivain Noah Solloway, très à l’aise devant un parterre d’étudiantes en pamoison, faire des lectures de son ouvrage et soliloquer de manière définitive sur des sujets aussi variés que l’amour ou la guerre en Afghanistan.

Mais surtout, comme dans « Un homme idéal », on le voit écrire un roman comme une fusée dès lors que l’inspiration « le frappe ». On voit aussi son éditeur est très compréhensif avec lui, prendre le temps de lire les pages d’un inconnu (le même Noah, à un moment où il n’est encore rien), bref on voit des gens passionnés par leur travail et pas si stressés que ça de faire des chèques d’à-valoir à sept chiffres.

Or, d’après le ministère de la Culture dans son rapport 2016 sur la situation économique et sociale des auteurs, le montant médian d’un à-valoir (quand il y en a un) pour un écrivain est de 2000 euros. On est loin du million.

 

 

En vrai

En réalité, l’écrivain est déjà loin d’être une espèce en voie d’extinction. Selon l’Insee, le nombre d’écrivains a bondi de plus de 60% depuis les vingt dernières années. Plus de 55 000 auteurs sont aujourd’hui assujettis à l’Agessa… dont seulement 2000 ont déclaré un revenu mensuel supérieur à 700 euros !

En effet, à part les quelques centaines d’écrivains français – et encore – qui vivent de leur plume, la majorité des « écrivains » sont des galériens qui cumulent piges, cours, et autres travaux plus ou moins avouables – et plus ou moins éloignés de leur cœur de métier – afin de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs nombreux chats (car tout le monde sait que les écrivains adorent les chats).

Toujours d’après le rapport du ministère de la Culture, le revenu médian d’un auteur déclarant des revenus aujourd’hui est de 1294 euros de droits d’auteur bruts par mois. L’Insee indique pour sa part que le revenu brut médian français (pour tous les français) est aux alentours de 2000 euros…

De plus, les écrivains que je croise dans les salons et les librairies n’ont pas d’écharpe blanche (ou alors quand ils ont un rhume), ne sont pas plus mal rasés que la moyenne des français (même si je n’ai pas pu vérifier pour les femmes), et ne sont pas non plus beaucoup plus alcooliques que moi (faudrait y aller quand même).

Bref, ce sont des gens normaux, avec sans doute une sensibilité artistique supérieure à la moyenne, qui sont simplement atteint de la pathologie chronique de vouloir raconter des histoires (une sorte d’évolution artistique de la mythomanie, donc).

 

Concernant leur travail, l’écrivain travaille beaucoup (comme tout travailleur) et le fait souvent par passion – en tout cas, sans doute plus qu’un ouvrier à la chaîne. Je connais peu d’écrivains qui sont pris d’une folie créatrice et ponde un roman de 600 pages en 2 mois. Dans tous les cas, le premier jet n’est que le début de la galère et le travail d’artisan ne fait que commencer. En effet, la plupart des écrivains « sérieux » – je ne vais pas retomber dans le débat sur l’autoédition et l’édition à compte d’auteur, mais le travail demandé dans une grosse maison d’édition est en général beaucoup plus conséquent que le travail qu’un auteur isolé s’inflige sur un ouvrage – passent des semaines, voire des mois, à reprendre leur ouvrage, et l’idée que l’on puisse écrire un livre sous la dictée d’une inspiration subite me paraît assez saugrenue. En effet, la base du travail de l’écrivain, c’est l’affinage, l’artisanat. L’écrivain modèle, cisèle les mots, retaille l’histoire, densifie un personnage, ajoute une description, une digression, bref, en parlant d’ouvrage : vingt fois sur le métier, etc.

 

Quant à la partie « sociale » du métier d’écrivain, et contrairement à ce que l’on voit dans les films, l’écrivain n’est pas plus sociable qu’un autre, même peut-être moins car son métier est fait de solitude, contrairement à un acteur ou à un sportif. Un écrivain ne sera jamais un « people » (ou alors, il aura pris beaucoup de drogue avant).

 

La question que l’on peut se poser en conclusion est de savoir pourquoi cette image biaisée est véhiculée dans la culture. De quelle aura spécifique l’écrivain serait-il auréolé qui nécessite de l’affubler d’attributs qui lui sont en fait étrangers ?

Est-il vital de faire croire que l’auteur est quelqu’un au-dessus de la mêlée qui va de cocktail en cocktail alors que son métier est plus souvent fait de galère, comme tout le monde.

Et puis finalement, qu’est-ce qu’être écrivain ? Sachant que l’on se définit souvent par son métier et qu’il est finalement quasiment impossible d’en vivre, qu’est-ce qui décrète qu’un tel est écrivain ? Sont-ce les autres – le public, l’éditeur, le journaliste – qui font l’écrivain ?

 

 

Tout le monde ou personne

On peut se demander aujourd’hui si, du fait de l’explosion de l’activité éditoriale – au sens large – de ces 25 dernières années, tout le monde n’est pas devenu un peu écrivain, et, donc, plus personne. En effet, le marché du livre produit aujourd’hui deux fois plus de livres qu’en 1990, mais avec des tirages deux fois moins élevés.

Avec l’accessibilité de plus en plus grande de l’autoédition, le boom des maisons d’éditions participatives comme Edilivre et les possibilités offertes par les nouvelles plateformes (CreateSpace, etc.), tout le monde aujourd’hui peut « sortir » un livre – qu’il soit abouti, ou même juste lisible ou pas. "Il y a de plus en plus de gens qui écrivent, qui se projettent dans le fait d'être publiés. C'est devenu une annexe du développement personnel, tous milieux socio-culturels confondus", selon Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny (Tristram).

Même si le marché est incapable d’absorber toute cette production, le fait est que de plus en plus de français peuvent mettre sur leur étagère des livres qu’ils ont eux-mêmes écrits, jusqu’à arriver au paradoxe final qui verra plus d’écrivains que de lecteurs.

 

Nous aurons alors résolu la question initiale : s’il y a un mythe de l’écrivain, c’est peut-être parce qu’il n’existe pas vraiment.

 

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(*) attention : cliché

 

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32 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 3 mai 2016 20:42

    Peu d’écrivains gagnent leur vie avec leur plume, mais il est des métiers qui font tilt en société. Avec quelques copains, lors d’une escapade sur les pistes de ski, nous nous sommes amusés pendant trois jours à endosser chaque soir un certain nombre de professions pour les tester devant les filles que nous rencontrions. Elles finissent toujours par vous demander ce que vous faites dans la vie. Eboueur, j’ai choisi un soir, c’est géant, les filles tournent la tête d’un air gêné et ne vous adressent quasiment plus la parole de la soirée. On a oublié de tester écrivain, on a bien fait car on s’est évité les questions stupides et les j’ai lu intel, qu’est-ce que vous en pensez ? 


    • Fabienm 4 mai 2016 07:20

      @Yohan
      la plupart des gens sont de toute façon incapables de citer des auteurs contemporains, donc vous ne risquiez rien smiley


    • Yohan Yohan 3 mai 2016 20:44

      Si vous avez été édité, alors vous avez toutes vos chances, même moche....


      • Yohan Yohan 3 mai 2016 20:45

        même pauvre, mais ça ne durera pas longtemps smiley


        • Trelawney Trelawney 4 mai 2016 10:20

          En fait, depuis Martin Eden rien n’a changé


          • marmor 4 mai 2016 14:59

            Si un écrivain ( comme l’auteur) se prétend écrivain ( comme l’auteur) et qu’il n’est pas reconnu comme écrivain ( comme l’auteur), c’est que les pages qu’il noircit (comme l’auteur) n’ont aucun interêt et donc il n’est pas écrivain (comme l’auteur), sauf à payer un éditeur (comme l’auteur ) pour faire relier une histoire à dormir debout (place de la république ) comme l’auteur


            • Fabienm 4 mai 2016 15:01

              @marmor
              je rassure le commentateur, j’ai plusieurs livres publiés à compte d’éditeur (distribués par Hachette, disponibles en libraires), là n’est pas la question. 

              La question pour moi est qu’il s’agit plus d’un passe-temps que d’un gagne-pain (cf. chiffres cités plus haut)


            • Stupeur Stupeur 4 mai 2016 15:23

              Je crois que tu as perdu quelques lecteurs de ton article en cours de route... lorsqu’ils ont atteint la 2ème image et se sont noyés dans les grands yeux de la jolie éditrice. smiley
               


              • Fabienm 4 mai 2016 15:25

                @Stupeur
                oui, j’ai moi-même eu quelques difficultés à finir de l’écrire !


              • Stupeur Stupeur 4 mai 2016 17:11

                Elle s’appelle Brooke Lyons.
                 
                Les familles des personnes noyées pourront mettre un nom sur la coupable, comme ça ! smiley
                 
                Non, je ne suis pas jalouse !
                Moi aussi j’ai deux yeux ! smiley


              • Fabienm 4 mai 2016 17:46

                @Stupeur
                c’est bien des yeux, ça permet de regarder


              • marmor 4 mai 2016 15:33
                La question pour moi est qu’il s’agit plus d’un passe-temps que d’un gagne-pain (cf. chiffres cités plus haut)
                Je vous conseille la lecture de « le mystère Henri Pick » de Foenkinos, vous vous reconnaîtrez peut-être !!
                Pour le reste, pour Levy ou Musso, c’est plus un gagne pain qu’un passe temps ! Mais eux sont reconnus.

                • Fabienm 4 mai 2016 15:37

                  @marmor
                  Je l’ai lu (j’adore Foenkinos). Par contre, je l’ai pas trouvé terrible, c’est un livre paresseux. Je pense sincèrement que si cela n’avait pas été Foenkinos, ce bouquin n’aurait jamais passé la barrière d’un éditeur (ce n’est que mon avis).



                • bakerstreet bakerstreet 8 mai 2016 18:17

                  @Fabienm

                  Suggériez vous que l’immense Jean D’ormesson ne mériterait pas de figurer dans la plaiade, à coté de Tolstoï et d’Hugo ?....Il est certain que si les œuvres en question étaient lues pour elles mêmes, indépendant de leur auteur, peu assureraient les rentrées d’argent que la seule impression du nom d’un auteur connu, suffi à assurer, auprès d’un public de convertis..... C’est un peu comme dans le domaine de la chanson de variété : Un succès obtenu dans les années 50, suffit à garantir la pérennité du succès à un « Antoine » par exemple, qui avec ses « élucubrations », et ses lunettes « atoll » pu mener sa vie en bateau de croisière vers les îles qui enivrent, si l’on peut dire ainsi...... 
                  De Foenkinos que je ne connaissais pas, j’ai lu sa biographie de Charlotte Salomon ; bien écrit, agrémentée des œuvres de Charlotte, mais le sujet est un filon où il suffit d’ouvrir la main pour que l’or coule entre les doigts...
                  En tout cas quelques auteurs en ont marre parfois du succès, il faut le préciser, il faut leur rendre hommage. Ils en ont marre de poser n’importe quelle merde sur le bureau de l’éditeur, et que celui ci soit publié sans même pratiquement passer par un comité de lecture, au seul mérite de leur nom. C’est ainsi que Romain Gary par exemple voulut vérifier ce qu’il valait et changea de nom en Maurice Ajar...Il dut tout de même se résigner à utiliser des appuis incognito pour pousser dans le dos le jeune écrivain qu’il voulait redevenir, au vu des refus polis.....
                  J’ai lu dernièrement aussi ce formidable essai qui date un peu de Viviane Forrester sur Van Gogh : « L’enterrement dans les blés »..Pas sans penser d’ailleurs à Charlotte en le lisant...« Familles je vous hais.... ».... Les deux sont tenus par une nécessite intérieure pour créer. Mais ce Vincent en tout cas n’était visiblement pas fait pour le succès. On découvre qu’il se suicide en fait au moment où il commence à être connu. Pour lui les blés sont mûrs. Ils ne seront jamais coupés. 

                • Fabienm 8 mai 2016 22:52

                  @bakerstreet
                  ce qui est dommage dans le cas de Foenkinos, c’est qu’avec quelques coups de pieds au cul de son éditeur, il aurait pu en faire un bon livre. Le roman fait « pas fini ». C’est un peu triste et en dit long sur l’état de l’édition aujourd’hui (et de Gallimard en particulier).


                • bakerstreet bakerstreet 11 mai 2016 17:55

                  @Fabienm
                  Vous avez raison, il laisse un gout d’inachevé. Mais avait il toutes latitudes, face aux secrets de famille. Le personnage du grand père, qu’elle s’est accusé d’avoir empoisonné, personnage trouble et quelque peu incestueux, nous fait supposer que Charlotte régle des comptes....Lesquels ?...Quand on sait que les tantes se sont suicidées......


                • marmor 4 mai 2016 15:46

                  (ce n’est que mon avis).
                  Le vôtre ou celui de françois Busnel -du-café-de-flore ?


                  • Fabienm 4 mai 2016 15:48

                    @marmor
                    ben non, le mien (quelle remarque étrange que la vôtre)


                    Je n’ai pas regardé « La grande librairie » depuis bien longtemps, mais j’aime bien en général, le mec prend le temps de laisser parler, c’est agréable (même si très « mainstream »)


                  • ZenZoe ZenZoe 4 mai 2016 16:01

                    @Fabienm
                    Je trouve Busnel sympa moi. Il montre le même intérêt à tout le monde et laisse parler l’écrivain, ce qui change des animateurs ailleurs qui coupent la parole tout le temps.


                  • Fabienm 4 mai 2016 16:02

                    @ZenZoe
                    oui, c’est exactement ce que je disais juste au-dessus


                  • marmor 4 mai 2016 15:55

                    Mainstream vous dites ? allons y pour bobo intello ! On s’attend à voir Simone et Jean Paul à tout moment en grande discussion avec Moscovici et Montand ! Mais Busnel que j’aime bien aussi est plus orienté Angot que Foenkinos, plus kappa qu’Albert Londres......
                    ...


                    • Fabienm 4 mai 2016 15:58

                      @marmor
                      je n’ai jamais vu un auteur peu connu à la Grande Librairie, c’est ce que je voulais dire. Et il a déjà reçu plusieurs fois Foenkinos.

                      Je ne le trouve pas du tout (mais alors, vraiment pas) bobo intello. Ou alors, y’a un paquet de bobo intello à la télé (dès qu’on lit, on est bobo intello, peut-être ? smiley )

                    • ZenZoe ZenZoe 4 mai 2016 15:58

                      Qu’est-ce qu’un écrivain ?
                      Ca me rappelle un prof aux Beaux-Arts qui disait « un peintre c’est quelqu’un qui peint » quand on lui posait la question.
                      Ben un écrivain, c’est quelqu’un qui écrit, fait pas se prendre la tête avec des considérations autres que ça. Un écrivain écrit.
                      Beaucoup écrivent sous un pseudo des e-books publiés sur amazon, beaucoup écrivent des romans qu’ils ne publieront jamais, ou leur journal intime. Personne n’en saura jamais rien, et pourtant... A l’inverse, au siècle dernier et avant, certains se prétendaient écrivains sans toucher à une plume, tandis que leur épouse talentueuse noircissait le papier à leur place...
                      Même le chat n’est pas un signe, Houellebecq avait un chien nommé Clément, Zola avait Fanfan... Alain Delon a bien une écharpe blanche, mais s’exprime autrement qu’en écrivant.
                      Quant au regard de la société envers telle ou telle profession, oublions ça. Tant de gens font des dépressions à 40 ans car toute leur vie ils voulaient être (clin d’oeil à Yohan) éboueur mais c’était trop dur pour draguer les filles alors....
                      Faire ce qu’on a envie de faire, s’exprimer comme on le sent, boire de la tisane ou du saké et au diable les écharpes en soie blanche !


                      • Fabienm 4 mai 2016 16:00

                        @ZenZoe
                        Cela me paraît être des principes tout à fait sains smiley


                      • bakerstreet bakerstreet 8 mai 2016 18:29

                        @Fabienm
                        Attention aux écharpes, même en soie, et pour soi : Elles sont bien pour la pose, mais peuvent se prendre dans les rayons, et alors c’est le drame !


                        Mais voilà le matériel à une nouvelle histoire : La chute, la vie qui défile en dix secondes, la perceptive à terre, au ras des crottes de chien, ou même carrément dedans. 
                        Décrire la consistance, la couleur, l’odeur, le saisissement. 
                        Il arrive que le changement de paradigme donne de nouvelles perspectives au monde !

                        Puis le constat douloureux des problèmes : Nez ou guidon tordu ?...
                        Vite : Du sparadrap, et de la résilience en pommade !...Ne pas regardez en arrière, surtout si le rétroviseur est cassé !.... 
                        Et surtout ne pas trop attendre pour remonter sur le vélo, au risque de devenir Christine Angot 

                      • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 4 mai 2016 17:09

                        @ Fabienm

                        Vous avez tout à fait raison de parler de fantasme sur le métier d’écrivain-e-
                        Pur « produit de marketing », tête de gondole dans les commerces, médiatisé, sur-médiatisé pour certains, l’écrivain-e- issu du cénacle peut s’apparenter au portrait que vous en tracez avec humour, écharpe blanche ou pas.

                        Pour beaucoup c’est aussi un métier de « crève-dalle », comme vous le dîtes si bien, mais la plupart, rassurez-vous, ont par nécessité alimentaire un second métier, ce qui leur permet de vivre, eux et leur famille.

                        En général, l’écrivain-e- est un besogneux ou une besogneuse, et comme tous les métiers, il doit produire beaucoup, donc écrire. Il passera des heures sur son manuscrit, sans compter le temps qu’il y consacrera. C’est un peu comme le métier patient de tapissier. Point par point.

                        Le problème se trouve plutôt du côté des Éditeurs. Car le monde de l’édition actuellement souffre d’une désertification de la pensée contemporaine. Non pas que les « plumitifs » manquent d’idées créatives, ou de fond ou de substance, bien au contraire, mais les éditeurs eux-mêmes les condamnent à l’auto-censure et bien entendu à la facilité.
                         Les éditeurs parisiens, d’ailleurs, c’est à eux que je pense, tranchent en faveur de l’intérêt commercial. Superficialité, poncifs, scénario éculé de la vie contemporaine, seront de plus en plus la trame privilégiée de romans proposés chaque année, comme des produits de consommation jetables. La littérature n’y trouve pas son compte. Et je vais même plus loin, je me demande si aujourd’hui, un Proust, Gide, ou un Bernanos et tant d’autres, auraient été édités. Le comble !

                        Après la sempiternelle question : pourquoi écrivez-vous ? que j’entends souvent, où l’écrivain-e- a l’impression d’avoir toujours à se justifier d’écrire - c’est un peu comme si on demandait à un couturier, pourquoi cousez-vous ? - je dirais que l’écrivain a le goût de l’écriture et le cultive dès lors qu’il s’attache à ce qu’il fait.
                        Mais hélas, ce métier est victime comme le reste des images que nous renvoient les médias mainstream, inspirés d’abord des Anglo-saxons.

                        Mais que l’on ne s’y trompe pas. Le portrait dressé de l’écrivain à travers les médias est très éloigné de la réalité. Il s’agirait plutôt de portrait de salonnards.

                         Pour mieux cerner le métier d’écrivain et du monde littéraire, il faut se rendre aux Salons du Livre en général, Paris et Province et prendre le temps, de stand en stand, de flâner et de découvrir la foultitude d’auteurs qui composent cette prodigieuse Galaxie Gutenberg, prendre le temps de leur parler, d’échanger avec eux, la plupart sont des passionnés, cultivés, parfois érudits, et surtout de bien éviter, c’est méchant de ma part mais parfaitement justifié, les grands stands des Éditeurs Parisiens, qui à coups de moyens médiatiques et financiers très importants, ramèneront à eux, un public béat devant les dernières productions « gondolières » et imposées de facto comme le nec plus ultra de la littérature, même s’il ne s’agit que de coquilles vides et d’épanchements nombrilistes d’auteurs qui n’ont pas grands chose à dire. Je n’exclue cependant pas d’authentiques petits bijoux parmi la production. 

                        Mais pour rejoindre votre texte, il n’y a pas de personnalité-type de l’écrivain-e", ou alors nous tombons dans le jeu de rôle télévisuel des postures, ce qui est la norme aujourd’hui, donc de faussaires.


                        • Fabienm 4 mai 2016 17:47

                          @Nicole Cheverney
                          Concernant les gros éditeurs parisiens, c’est malheureusement assez vrai j’en ai peur. On a l’impression que cette industrie a peur de son ombre.


                        • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 4 mai 2016 18:44

                          @Fabienm

                          Je pense que les Editeurs parisiens pratiquent l’entre-soi, refusent la démocratisation de l’écriture. Et cela est en fait assez récent, puisque bon nombre d’écrivains connus et reconnus, ont été autrefois, en leur temps publiés par des Gallimard, des Denoël, des Lafon, etc... Ce qui a permis aussi la découverte de véritables talents, voire génies.

                          Mais il y a une bonne vingtaine d’années, on a pu observer un changement de politique éditoriale, plus axée sur le rendement . Ce qu’il faut aussi préciser, c’est que de plus en plus de people écrivent, ou plus exactement font écrire leur « production » par des « nègres » ou des prête-plume.

                          Par contre, les Editeurs provinciaux ou même parisiens mais de structures moins imposantes font un excellent travail, et aujourd’hui, ils sont de plus en plus reconnus par le grand-public, ainsi que les écrivains qu’il éditent. Internet contribuant à la diffusion de leurs oeuvres.


                        • bakerstreet bakerstreet 8 mai 2016 18:53

                          @Nicole Cheverney
                          Vous avez raison. On peut faire le parallèle avec le monde de l’art en général, qui s’est embourgeoisé, à mesure que les exclus du salon d’automne étaient non plus les impressionnistes, mais le petit peuple, ceux qui ne sortaient pas des beaux arts. Van Gogh, sans son bac, ne pourrait pas rentrer aux beaux arts.....C’est devenu un pré carré jaloux des prérogatives de ses droits, d’intermitences réglées par un système généreux dans le domaine du cinéma, par exemple, mais qui est loin d’être autonome, alors qu’il le pourrait, les Depardieu, Birkin, Deneuve et consort, bénéficiant du chômage entre deux tournages.....

                          Nous avons ainsi les acteurs les mieux payés du monde. Les meilleurs ?...Il faudrait qu’ils abandonnent la flûte de champagne qu’ils tiennent d’une main, pour savoir ce qu’ils pourraient faire des deux !...En tout cas le cinéma ne produit rien de dérangeant, tout comme la littérature. on a eut deux Nobel contestables. je dis cela de deux écrivains que je trouve bons, mais pas vraiment exceptionnels, et universels, surtout Modiano, dont j’ai pourtant lu tous les livres...Il me semble qu’il reste une complaisance par rapport à notre littérature qui est à cent coudées de ce qu’elle produisait encore il y a 50 ans. 
                          Nous sommes dans le patrimoine, dans une situation de rentes, avec des acteurs entretenant entre eux des relations incestueuses, avec multiples renvois d’ascenseurs. En fait je lis surtout la littérature américaine, qui me parait bien plus libre que ces madame Bovary sans Flaubert. 

                        • Agafia Agafia 4 mai 2016 21:23

                          Rigolo, car j’ai un collègue rippeur, donc éboueur, qui passe son temps libre à écrire. Quand on se croise, on se demande mutuellement des nouvelles de nos manuscrits.

                          A 20 ans, on y croyait encore, à 40, on a compris que nous n’avions ni le réseau, ni le profil susceptible d’intéresser d’éventuels éditeurs.
                          Certains me diront : « ou peut-être le talent ? » Certes, mais j’avoue, en jetant un oeil régulier sur les « oeuvres » des écrivains contemporains tendance, que le talent n’est pas toujours le facteur premier qui vous propulse en tête de gondole. ^^
                          Tout comme pour les Arts en général, musique, peinture, littérature, sculpture... 

                          Quand j’étais gamine, je voulais être invitée à Apostrophes, décrocher le prix Albert Londres et le Goncourt. ^^ ... La reconnaissance quoi !

                          Tant pis ! On s’en fout, l’essentiel est de se faire plaisir et de s’évader de notre quotidien à travers les mots et leur richesse.


                          • bakerstreet bakerstreet 8 mai 2016 17:56

                            @Agafia
                            Bonjour, content de vous trouver à cette page. Je vous rejoint 5 sur 5 ; le vrai écrivain, c’est pas forcément celui qui publie, mais celui avant tout qui écrit, qui vit cela comme une nécessité, et se fout s’il sera publié, une fois qu’il a compris très jeune que cette affaire ne sera jamais de son ressort, ou alors qu’il lui faudra un réseau, développer une énergie aussi énorme que celle d’un politique tentant de se faire élire...

                            On peut faire le parallèle entre les deux domaines, jusqu’au talent nécessaire, mais pas indispensable pour faire vivre son petit commerce, l’important étant de saisir la démagogie des temps et de savoir surfer sur son arrivisme, en enfonçant la tête sous l’eau de ceux qui tentent ensuite de vous concurrencer. 
                            Surtout n’en dégager aucun dépit, et jouer au poète maudit, étant donné que le meilleur moment est disponible à tous : Créer des empires qui se font et se défont, naissant d’un crayon et d’une feuille qu’on noircit ; se surprendre à exprimer ce qu’on avait pas envisagé au départ, par la magie de curieuses fractales et associations. 
                            Le monde de la création est une fin en soi, pas un moyen. Au delà nous rentrons dans le domaine de la vanité, et des miroirs à deux sous,où certains gogos finissent par tomber dans les abîmes et les trompe l’œil qu’ils n’ont pas su voir. 

                          • bakerstreet bakerstreet 8 mai 2016 17:19

                            Une autre personnage trouble se tient dans l’ombre de l’écrivain, à coté du nègre, lui très estimable, c’est le plagiaire. 

                            « Un jour, il tombe sur le journal d’un homme mort qui le bouleverse. Il décide de l’envoyer sous son propre nom à un éditeur et là… miracle ! »

                            Notons que ce scénario est précisément le roman d’un succès de James Hadley Chase, « Eva », très bon roman, et qui paru dans la collection noire de Gallimard en 47. On pompe une bonne idée quand on est en panne, en espérant que personne ne remarque. Le plus drôle c’est que c’est justement le roman d’une forfaiture. Il y a des poupées gigognes même et surtout en littérature. 
                            Nos vies parallèles : EVA, de James Hadley Chase, imposture et ..
                            Comme quoi il suffit d’avoir assez de culot et de chtache pour être pris au sérieux, l’enfer commençant quand on se trouve devant sa machine, devant soi-même, la cervelle vide. 
                            Pour d’autres c’est exactement le contraire. Rien ne les rend plus malade, que de sortir de l’ombre, au milieu de l’enfer-c’est les autres. 
                            Voilà pourquoi Christine Angot est devenu célèbre, et que Rimbaud de son vivant est resté un inconnu, comme tant d’autres, Kafka par exemple. 

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