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Le Nouveau Monde

Donc, depuis presque sept mois, depuis le Brésil tout d’abord, puis ce pays quasi inconnu qu’est le Paraguay, une nouvelle hygiène de vie, qui opère un virage à 180 degrés par rapport à l’avant. Et, de là, un corps et un esprit libérés, dépollués, apaisés, revenus à l’état initial, et ce sans substance toxique de quelque nature que ce soit, aucune ou presque. La vigueur et la tranquillité retrouvées en aussi peu de temps est proprement stupéfiante.

La quasi-totalité de mon alimentation provient de petits producteurs locaux à leur compte, en un territoire vierge de toute multinationale agricole ou de semence. Poulets et veaux sont élevés à la ferme ou dans les jardins par les habitants, et vendus sur un petit marché ou de la main à la main. Idem pour les nombreux fruits et légumes, dont l’aspect est tout sauf esthétique mais dont le gout est redevenu celui qu’enfant je connaissais. Le prix est pour nous autres dérisoire. Les hamburgers sont fabriqués par des jeunes sur le trottoir à partir d’ingrédients tous naturels, sauces incluses, faites maison. Il y a bien un immense supermarché dans cette grande ville, à cote de cent petits magasins d’alimentation, où les prix en effet sont un peu moins chers. Mais la population dans son ensemble le déserte, les gens n’ont pas confiance dans ces produits sous cellophane.

La bière et les alcools qui se vendent sont des marques locales, rares sont les stars internationales qui ici percent. Les gens sont peu nombreux à fumer, au café ils préfèrent le téréré, à base de plantes et d’eau fraiche filtrée. L’eau est presque tout le temps filtrée chez les gens, depuis que sa distribution est passée sous des mains privées.

 

Surtout, l’air, la couleur du ciel, la pureté de celui-ci de jour comme de nuit est immense : c’est le ciel retrouvé de mon enfance, `pas un avion ne passe, aucun sulfatage. La seule pollution, celle des voitures et des nombreuses motos, peut de facto plus vite s’évanouir dans un air d’aussi bonne qualité.

Les petites gens (la très grande majorité) se soignent davantage à base de tisanes et de plantes que de médicaments. Ceux-ci sont vendus par plaquettes et non par boites, pour éviter le gâchis. Dans les pharmacies les professionnels te vendent le strict nécessaire et proposent d’abord le produit le moins cher. Il n’y a pas de sécurité sociale et la santé (hôpital inclus) coute trois fois rien. Les urgences fonctionnent très bien, avec peu d’attente : elles sont évidemment gratuites, y compris pour des étrangers.

Personne dans la rue ne te demande tes papiers. Ici la police est dans l’ensemble souriante et accueillante, ce sont des enfants du pays. Il n’y a que sur de grands axes routiers qu’on trouve quelques corrompus qui extorquent des fonds aux naïfs.

La quasi-totalité des gens sont des gens simples à leur compte, depuis enfant jusqu’à des personnes âgées de plus de 80 ans, et qui travaillent à leur rythme, sans pression aucune sans ratios, sans contrôle. Les taxes sont très faibles, seule l’électricité est chère à leur niveau, leur gouvernement ouvert aux multinationales US et européennes a commencé à exploiter la masse et fait entrer le loup dans la bergerie, attiré par un potentiel gros producteur d’énergie ( la firme RTA pour ne pas la nommer)

Les gens ont une très mauvaise image des multinationales et ne laissent pas leurs enfants y rentrer sans une sévère mise en garde. La foi catholique, celle qui prêche l’amour et le respect du prochain, a fait son œuvre : ici on appelle les choses par leur nom, le capitalisme est considéré comme un fléau.

On ne perd pas de temps à parler politique, à débattre, à polémiquer. On se sourit, dans la rue, sans se connaitre. Dans cette ville importante il n’y a aucune insécurité, les gens ivres, fort rares, ne hurlent pas à la mort, même saouls ils savent se tenir un minimum et se contentent de tomber dans un fossé gentiment.

Facebook est là chez les jeunes, ils se selfisent mais surtout relaient des messages de paix et de tolérance, et y partagent leur amour et leur respect envers leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs amis. Personne a ma connaissance ne lit, on va tres très peu au cinéma, il y a des séries a la TV mais pas d’addiction, et peu de chaines.

La nature est présente, généreuse, les arbres fort nombreux, le soleil tres présent, et la terre est rouge et gorgée d’eau. Quand il pleut c’est un déluge, l’électricité parfois disjoncte, internet aussi. Le débit n’est pas rapide, mais vu que personne ici n’est pressé, que nous marchons lentement, que les voitures ne doublent pas davantage qu’elles ne klaxonnent et que la plupart des rues sont à sens unique…

On se lève tôt, avec le soleil, peu avant six heures en cette saison, et on se couche deux heures ou trois après le commencement de la nuit. Celle-ci va du noir absolu et la constellation d’Etoiles. Selon la taille de la lune, tout change, mais chaque nuit est magique.

Le soir, soit le silence absolu, soit de la musique, locale souvent, qui sort des voitures ou de certaines maisons, des jeunes pour la plupart qui se baladent avec des sonos dans le coffre et qui restent au volant ou sur le trottoir par tous petits groupes. Personne ne se plaint, c’est autorisé, et personne n’abuse. De toute façon les flics sont des gens ici comme les autres, absolument pas suspicieux, la politique du chiffre, connaissent pas.

La drogue est très mal vue mais les jeunes en consomment, que de la douce, ils font ça discrètement. Idem pour l’homosexualité, taboue compte tenu de l’interdit religieux mais en rien chassée ou dénoncée, les gens font ça dans leur coin, prudemment. Les applis de rencontre ne sont utilisées par personne, au mieux tu es contacté sur messenger et les messages sont très soft. Les jeunes sont tous en couple ou presque et ce n’est pas le physique qui prime, il y a énormément de garçons très beaux avec des filles un peu voire très fortes, ici ça semble être soit un atout soit ne compter pour rien. L’amour qui les unit transparait dans leurs moindres gestes mais ne s’exhibe pas.

Les banques ne sont pas pour la plupart multinationales mais continentales, elles ne surtaxent pas les opérations, proposent des cartes de retraits surtout, les gens ici paient en cash, retirent une somme parfois, plein de gens n’ont pas de compte en banque, leur petit commerce les alimente en liquide, zéro taxes donc, bureaucratie quasi nulle, pas de système de retraite, personne n’en veut dans une société basée sur l’entraide naturelle entre les générations, les jeunes soutiennent les plus malades, les gens meurent chez eux entourés.

Les gens sont de fait très peu malades du fait de l’environnement sous toutes ses formes, ils marchent pas mal sans se presser, font du vélo, ici pas ou presque pas de gonflette, s’exhiber torse nu est considéré comme débile, surtout chez les jeunes pourtant modernes qui aiment l’electro.

Lady Gaga et Kate Perry sont quasi inconnues au bataillon, l’idolâtrie va dans le sens opposé des gouts du public, surtout si elle vient des States, qui ici sont vus contre le contre modèle absolu sur tous les plans, la Babylone des temps modernes. L’Europe lointaine et inconnue est respectée, la France surtout, son message, ce qu’elle représente. Ici personne ne sait que ce qu’elle vit en ces funestes années …

On aime se distraire mais il n’y a presque pas de « business de divertissement » car dans la vie quotidienne celui-ci se mêle à tout, au travail notamment. Point besoin donc de décompresser et de compenser le temps loue à d’autres.

C’est donc cela, c’est donc ainsi, ce Nouveau Monde, cette nouvelle vie. Ici, maintenant, sur cette même Terre, à quelques milliers de kilomètres. Point besoin d’attendre de passer ad patres pour vivre cela : le paradis est bien ici.

 

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4 réactions à cet article    


  • sls0 sls0 27 mai 19:15

    Pour ce qui est de l’air pur, il y a des endroits en Amérique latine ça vaut la Pologne. ( il y a l’application windyTV pour la météo qui donne les taux de polutions) Pour les légumes et produits c’est vrai que c’est top coté gout. Elmo qui fait du pollo frito n’a pas changé son huile ou a oublié de fermer son frigo, bref avant hier, mal aux tripes, l’hygiène n’est pas toujours au rendez-vous. Après 5 ans d’Amérique latine mon système immunitaire tien le choc en géneral. C’est un désert culturel, c’est après un an qu’on le ressent. Coté médicament l’unité c’est pas mal mais comme on ne va pas au bout du traitement antibiotique, les bactéries se renforcent. Les soins sont gratuits mais pas les médicaments parfois à l’origine douteuse. On va voir combien de temps vous allez résister au Paraguay. Tout est beau au début, parfois ça change. Des rêveurs on en voit arriver, ailleurs c’est pas mieux, c’est différent. Si les différences plaisent tant mieux ce qui est mon cas. Après un séjour de 5 semaines en France, 3 jours de fête dans le barrio, pour d’autres ce n’est pas le cas ils restent des porte-feuilles sur pattes. Buena estancia.


    • sarcastelle sarcastelle 27 mai 20:21

      Un texte beau comme du Jean-Jacques Rousseau. 

      .
      Cependant j’ai le réflexe mesquin, lorsque j’entends vanter un paradis comme celui-là, d’aller regarder quelle en est la longévité moyenne. 
      C’est un bon indicateur, peut-être même le meilleur, de ce que vaut l’existence quelque part. Il y a l’exception de Cuba, point hors de la courbe, mais à part cela je n’en ai pas trop vu d’autres. 
      Donc la vie moyenne au Paraguay est 72 ans, ce qui fait 10 de moins qu’en France. Alors, finalement, hein ?...

      • philippe baron-abrioux 28 mai 08:49

        @l’auteur ,

         Bonjour, et merci pour votre article ,

         le « Nouveau Monde » dont vous faites la description ressemble sur bien des points à celui que des gens de ma génération ont parfois connu tout au moins ceux qui, du fait de leur migration forcée vers les villes qui offraient l’emploi , l’argent et le« confort moderne » , ont conservé quelques années au moins le souvenir de leur racines le plus souvent rurales .

         je faisais partie d’un milieu privilégié qui « possédait de la terre » , cette valeur stable même si souvent bien peu productive selon les références de rendement actuelles . nous vivions , ma famille et moi à Bordeaux où j’étais scolarisé , dans un cadre de vie bourgeois , aisé , et à chaque période de vacances scolaires , nous partions vers la propriété familiale en Charente Maritime , les Drugeons .

        un intermède ? non , un complément à ce que j’apprenais le reste du temps dans la « grande ville » mais un complément essentiel où tous mes sens trouvaient des sollicitations que j’essayais de conserver dans les bagages lors du retour pour la prochaine rentrée scolaire .

         pouvoir aller garder les vaches avec le chien Finette et s’allonger à l’ombre des haies en se gavant de mûres , rire avec Luigi , le neveu des métayers d’origine italienne , qui me parlait de sa scolarité mais surtout de ses copains et des billes , surtout les agates ou les« terres » qu’il avait gagnés . on partageait l’affection de la chienne Finette et quand on restait près des maisons après avoir fait chacun nos devoirs de vacances , on allait dans la grange à foin toujours avec la chienne s’amuser à faire du tobogan sur les bottes et parfois fatigués nous nous y endormions . à l’étable quelle joie de donner son pouce à téter à un petit veau qui tient encore mal sur ses pattes !

         le ciel on le scrutait comme on nous avait appris à le faire , surtout au moment des moissons , quand des nuages lourds s’accumulaient : on redoutait l’orage et les coups de vent qui allaient coucher le blé ou l’avoine et rendre la moisson impossible pour deux ou trois jours , le temps que les grains sèchent ; on prenait un épi , on le frottait dans la paume de nos mains et , en soufflant la balle devait se détacher puis on croquait quelques grains pour estimer si le temps était à moissonner . on apprenait la patience et le respect de la nature .

         la moisson faite , quel plaisir de marcher dans les chaumes de blé pour faire lever les cailles même si nos jambes nues étaient bien égratignées !

        je me souviens de la cressonnière de la Groie et du temps passé à essayer d’attraper quelque grenouille ou à observer les libellules qui frôlaient la surface d’une eau limpide et fraîche . nous y allions avec un filet à papillons : un piéride du chou le plus souvent comme butin .

         en toute saison , même pour les vacances de Toussaint , je revenais aux Drugeons : on y vendangeait encore parfois ces grappes de Sémillon blanc dans des vignes sur des terres grasses qui collaient aux bottes et nous donnaient des démarches de cosmonautes (on l’a appris plus tard ) ; la maison était froide et humide à cette saison mais le soir avant d’aller se mettre au lit , on y passait le moine pour réchauffer les draps . on y mangeait des châtaignes grillées dans une poêle trouée et du raisin rouge avec du Hollande à croute rouge étuvé .

         parfois quelque bécasse« à la ficelle » au menu chassée dans des bois quasi impénétrables ou un faisan à l’envol bruyant dans une clairière .

         rien n’était facile mais j’avais l’impression que j’apprenais , oui , que j’apprenais en vivant tout simplement tant de choses si diffuses et si complexes et que cela me serait un compagnonnage si précieux qu’il me faudrait toujours en garder le souvenir et le transmettre autant que possible à mes enfants .

         ce n’était pas dans l’ancien monde que je vivais là bas et le nouveau à Bordeaux : j’ai eu la chance de les vivre presque simultanément à cent kilomètres de distance , ce n’était pas l’aventure mais la découverte de la valeur du temps dans les deux sens , le moment magnifique d’exercer sa curiosité de façon autonome , d’éprouver le sentiment d’être comblé par des sensations aussi furtives que le vol d’une hirondelle qui nous frôle pour gober en plein vol un moucheron ou d’attendre le coucher du soleil assis sur un banc pour qu’un hérisson passe lentement pour partir en chasse .

         j’étais privilégié aussi parce qu’on m’ a enseigné cette patience pour ouvrir toujours les yeux sur ce et ceux qui nous entourent et considérer l’ensemble avec le respect qui leur est dû .

        bonne fin de journée , là bas , dans le cadre qui est le votre et que vous avez choisi de nous faire partager par votre article .

         P.B.A

         

         

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