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Le nouveau monde du livre avec ses milliers d’auteurs amateurs ne mérite-t-il pas un Prix Nobel ?

L'Académie suédoise décerne le Prix Nobel de littérature à des écrivains professionnels de l'industrie traditionnelle du livre. Cependant, nous savons tous qu'un tout monde du livre se développe à grande vitesse depuis plus de 25 ans avec ses auteurs amateurs, entrepreneurs et indépendants.

En cette saison des Prix Nobel, je me demande si le nouveau monde du livre avec ses milliers d'auteurs amateurs de partout dans le monde ne me mérite pas un Prix Nobel. Depuis les vingt-cinq dernières années, les auteurs amateurs ont trouvé dans les nouvelles technologies les moyens de sortir de la marge et ainsi rejoindre un plus large éventail de lecteurs.

Caractérisés par le simple plaisir d'écrire et d'être lus, et par l'absence d'ambition pécuniaire, les auteurs amateurs révolutionnent le loisir littéraire. Jadis confinés à l'atelier d'écriture et à la lecture publique, les auteurs amateurs ont apprivoisé le web, des logiciels de traitement de texte, de correction, de révision, de mise en page et de graphisme pour concevoir eux-mêmes les maquettes de leurs livres. Et grâce à l'impression à la demande et aux logiciels de production numérique, ils disposent d'exemplaires papier et d'exemplaires numériques pour leur entourage et leur communauté. Avec les réseaux sociaux et les plateformes d'autoédition en ligne, ils diffusent leurs œuvres, regroupent leurs lecteurs et discutent avec eux.

Le mouvement de démocratisation de l'accès à l'édition dont nous parlions il y a plus de deux décennies est arrivé à ses fins : permettre aux peuples en écriture de contribuer à la bibliodiversité au-delà de l'édition commerciale traditionnelle, au-delà de l'institution littéraire.

Les auteurs amateurs d'aujourd'hui s'apparentent aux photographes amateurs d'autrefois. Les archives nationales conservent avec une grande attention les photographies de ces amateurs, mal cadrées, tâchées d'acide, mais combien précieuses pour compléter le portrait de la vie en société de l'époque. Tout comme on ne saurait se limiter aux photographies anciennes officielles pour reconstituer le passé, on ne peut plus aujourd'hui dresser un portrait du peuple en écriture sans les œuvres de ces auteurs amateurs.

Il ne s'agit plus d'une réaction aux refus répétés d'une œuvre par l'édition traditionnelle qui orientait l'auteur ou l'écrivain professionnel vers l'alternative de l'autoédition. De nos jours, il ne vient pas à l'esprit de l'auteur amateur de soumettre son œuvre à un éditeur traditionnel. Il évolue dans un tout nouveau monde du livre, indépendant et autonome. Il assume pleinement son statut d'auteur amateur aux côtés des auteurs entrepreneurs et des écrivains professionnels venus le rejoindre dans ce nouvel univers du livre. L'autoédition ne se présente plus en alternative à l'édition traditionnelle. Elle s'impose d'elle-même au peuple en écriture (et à bon nombre d'écrivains).

Dans une perspective historique, la popularité sans cesse grandissante du loisir littéraire aujourd'hui s'inscrit à la suite des efforts de démocratisation de l'accès à l'instruction publique. Nous voulions des peuples capables de lire, d'écrire et de compter. Nous y sommes arrivés dans bon nombre de régions du monde. Il ne faut donc pas s'étonner de l'engouement suscité par la lecture et l'écriture dans nos loisirs au fil des décennies. Nous cueillons ce que nous avons semé et un tout nouveau monde du livre a vu le jour.


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4 réactions à cet article    


  • ZenZoe ZenZoe 13 octobre 08:58

    Petite remarque en passant : le Nobel de littérature n’a qu’un lointain rapport avec l’écriture et tout à voir avec la politique du moment (juste pour prendre un exemple, le dernier en date est un auteur Tanzanien qui écrit sur les effets de la colonisation, ça alors !).


    • Jacques De Cock Jacques De Cock 14 octobre 10:22

      On peut souligner dans le contexte de ce courant incontestable dont vous montrez l’importance

      1. l’amateurisme de professionnels qui ne savent même plus écrire et publient non sur leur contenu mais sur leur seul nom
      2. le professionnalisme de nombreux amateurs dont les éditeurs ne consultent même pas les ouvrages. Je ne dis pas : « ne lisent pas », je dis : « ne consultent pas ».

      Le système de l’édition française est complètement bloqué. Mais il s’agit là d’une tradition pluriséculaire. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ouvrages en français sont publiés aux Pays-Bas (Amsterdam), ou à Bruxelles, Bouillon etc., ou encore en Suisse (notamment à Neuchâtel)

      En outre, pour revenir à aujourd’hui, les consortiums d’éditeurs tiennent en mains tout le secteur de la diffusion-distribution du livre. Donc la maison d’édition indépendante ou l’auto-éditeur n’ont pas accès aux librairies alimentées principalement par le systèmes des offices des gros distributeurs.

      Et que dire de cette stupidité monumentale qu’est la « Loi Lang » sur le prix unique du livre ? Qu’elle permet aux supermarchés de faire des marges record en vendant à des prix identiques à ceux pratiqués par les derniers fantômes de libraires. Et qu’elle rend le livre plus cher que partout ailleurs...

      J’avancerais quant à moi  sans preuves, mais c’est une impression bien ancrée -que tout ce système ne tient plus que sur trois phénomènes : le livre pour enfants (le plus souvent bisounours), la BD (adultes et enfants) et ce que j’appelle le livre série télé (répétition à l’infini du même... à 25€)

      Quant aux bibliothèques publiques elles ont disparu pur faire place à des médiathèques dans lesquelles le livre tient une place mineure et où le critère d’achat n’est pas la qualité mais la présence en librairie... N’y cherchez donc un ouvrage que s’il vient d’être réédité. Sinon il a été mis au PILON

      Un des phénomènes centraux de notre époque est la disparition du Langage au profit de l’Image.


      • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 14 octobre 10:54

        @Jacques De Cock
         
        Une impression bien ancrée

         ?
         
        Je pensais que ça se faisait à l’eau forte !
         
         Ok, je sors.


      • Serge-André Guay Serge-André Guay 14 octobre 17:56

        @Jacques De Cock Je relève dans votre commentaire toute la difficulté de demeurer dans le cadre « amateur » (sans ambition pécuniaire et professionnelle). L’auteur amateur dont je parle s’autoédite pour offrir à son entourage l’occasion de lire son œuvre. Il ne cible et ne pense même pas aux éditeurs et encore moins aux librairies, si ce n’est une librairie locale. Il écrit et publie à loisir. Il ne connaît pas et ne s’intéresse pas au système industriel du livre.

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