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Accueil du site > Tribune Libre > Le paradigme de l’émergence communicationnelle
#53 des Tendances

Le paradigme de l’émergence communicationnelle

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Bien que connu depuis plus d’un siècle, le concept d’émergence désigne un ensemble de conjectures systémiques ayant été posées, configurées, analysées, détaillées, sans que des réponses tangibles aient été formulées pour expliquer « l’émergence ». Pour preuve le constat d’échec consigné dans les actes du colloque de Cerisy sur l’auto-organisation tenu en 1981. Les anciennes théories des systèmes se seraient-elles égarées en se plaçant sous l’égide du paradigme de l’auto-organisation ? Le concept d’émergence reste présent dans les mouvances systémiques. Il s’applique aussi dans des domaines où on l’attend moins, en cosmologie, en physique de la matière condensée ainsi que dans la science de l’évolution. Les espèces sont des émergences. La vie est une émergence. Les propriétés de la matière sont des émergences. Les sociétés sont des émergences.

 

Sans Matière, il n’y a pas de système émergent. Pour attaquer frontalement la conjecture de l’émergence, il faut disposer d’une compréhension la plus complète possible de la Matière ce qui suppose d’interpréter le sens physique des formules quantiques en contournant l’interdit de Copenhague. Certes, seule l’observation permet d’acquérir une information sur le « système quantique » expérimenté, mais cette procédure ne peut pas occulter une dimension ontologique sur la substance quantique. En réalité, la substance quantique se présente comme un réservoir d’informations pouvant être extraites par l’expérience. L’expérience quantique étudie les « particules » qui sont les interfaces permettant à la matière de communiquer. C’est ce qui rend cette physique étrangère à la mécanique classique dont le principe est la séparation entre le système de mesure et le système mesuré. Les systèmes classiques ne communiquent pas, ils sont autarcique, réglés par le principe de moindre action. Les systèmes quantiques ne font que communiquer. Ils sont réglés par la physique du non-équilibre et parcourus par l’énergie du soleil transformée en énergie électromécanique et en communications chimiques. La vie émerge comme dispositif dont les molécules parviennent à un degré de communication et de réglage des communications. Elle émerge parce que l’essence de la matière possède une propension à se produire en de multiples exemplaires. La nature produit des molécules, des cellules et des spécimens en masse. Elle a aussi tendance à se diversifier en combinant les informations partagées et accéder à de nouvelles essences.

 

Le paradigme de l’émergence communicationnelle repose sur quelques principes. D’abord la séparation entre le bruit et l’information. Un système émerge lorsqu’il est capable de capter des signaux et de les ordonner. Le darwinisme sémantique est une thèse qui en découle et postule une sélection des signaux et des systèmes capables de les capter et interpréter. Un système émergé se maintient tant que ses éléments parviennent à communiquer. Quand ce n’est plus le cas, il s’effondre, altéré par une baisse des communications ou alors ce qui est différent, par une accumulation de bruit. Cela est valable pour les cellules du vivant dont les communications utilisent des messagers moléculaires, des vésicules contenant des ARN, ou bien les sociétés et les langages employés. Une société qui perd sa langue se décompose.

 

La philosophie de l’émergence communicationnelle est bien trop vaste pour être présentée en quelques lignes. La question du Temps intervient, avec les deux orientations, le kronos et le telos, résolues trinitairement par le kosmos.

 

http://www.librairiegeorges.com/events.php?blid=4647#367021

 


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10 réactions à cet article    


  • Decouz 18 mai 09:36
    Je suis tombé sur « Le lien quantique » et « Le champ unifié », de Lynne McTaggart, je trouve qu’elle rend plutôt accessible ce domaine complexe, en particulier en utilisant comme le font souvent les Américains une structure narrative qui décrit les différentes découvertes à la manière d’une aventure.
    Je ne suis pas scientifique d’esprit et de formation, mais depuis longtemps je pensais que la dualité observateur neutre/objet observé était factice, la visée de l’observateur crée un champ particulier, le sujet et l’objet deviennent une nouvelle entité.
    Il y a ainsi une corrélation entre l’état du monde extérieur, qui n« est jamais »objectif" et la pensée/conscience de l’homme.


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 18 mai 12:24

      @Decouz
      Il y a un peu de ça mais c’est plus nuancé. Les entités ne fusionnent pas, elles communiquent, à travers le spin et les photons

      La connivence entre les parties et le tout a été formulée par Héraclite et Anaxagore

    • Ciriaco Ciriaco 18 mai 11:52

      Personnellement je reste sur une définition classique de l’émergence : la caractéristique de la stabilité d’un système (dynamique ou passif), ce qui existe via sa persistance dans le temps et qui n’existe pas à une échelle plus composite, ce qui définit une régularité ou un ordre observable. Cette définition ne me semble pas poser de problème.

      C’est une définition très générale, qui rend entendable le fait qu’une existence ne puisse pas être suffisament stable pour assurer un ordre dans le temps, ou seulement si on la considère dans un système plus organisé, lorsqu’on inclut par exemple l’observateur : je ne m’aventurerai pas plus loin, mais cela me paraît être une conséquence logique, qui indique un caractère très naturel aux phénomènes observés en physique quantique.

      Je serais intéressé d’en savoir un peu plus sur les caractéristiques temporelles, le positionnement philosophique à tenir pour que cela apporte quelque chose. Par exemple, doit-on considérer que le temps est la manifestation de ce qui change, c’est-à-dire un rapport entre ordre (temps long et à la limite infini) et désordre (temps rapide et à la limite immédiat) ?


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 18 mai 12:29

        @Ciriaco Vous avez une définition un peu datée, héritée de Claude Bernard et de Varela. 

        Ainsi qu’une définition qui inclut la conjecture de Bertallanfy sur le tout et les parties
        La question du temps est délicate. Je crois bien qu’il y a plusieurs ontologies du temps, pour autant que l’idée d’une ontologie ait un sens

      • Ciriaco Ciriaco 18 mai 12:55

        @Bernard Dugué
        Une définition datée, c’est possible, Varela a été un de mes maîtres ^^ En tout cas elle me paraît aussi naturelle que générale, mais je veux bien la remettre en question si un élément la prend en défaut.

        Oui, la question du temps est difficile. Je le mets volontiers dans une perspective d’utilité, hors d’un a priori absolutiste ; le définir en fonction de l’ordre et du désordre le rend formalisable, peut permettre d’inscrire le sens de la flèche du temps (ce qui n’est pas possible dans les équations de la mécanique classique), et l’inscrit dans un rapport proche de l’organisation d’un système.

        La question de l’ontologie peut être complexe Pourtant la simple notion d’échelle en systémique rend ontologiquement relatif l’être de ce système (l’ontos), puisque c’est l’ordre local qui produit le degré d’interaction, de « communication » diriez-vous peut-être.

        Cela me paraît être une bonne entrée ; cette nature des choses proviendrait plus d’une réalité dont elle-même serait la réalité des liens et des relations que composée d’éléments statiques possédant des propriétés absolues. D’autres développement, notamment en philosophie, vont bien sûr beaucoup plus loin, mais au regard que j’en ai eu, elles ne m’ont jamais semblé antagonistes avec le point de vue systémique.


      • Ciriaco Ciriaco 18 mai 14:41

        @Bernard Dugué
        Bien sûr je parle d’une certaine école. L’intérêt de l’approche générale est de pouvoir souligner des traits communs significatifs ; le socle épistémologique de cette discipline est fondé et elle entre à mon sens dans le cadre des théories à prendre en compte. Au-delà cependant, plus qu’une théorie et de manière plus contemporaine, elle peut aussi constituer une « méthode » (c’est dans ce sens que Morin l’exposait, dans son oeuvre magistrale du même nom, dont l’aspect transdisciplinaire n’est pas un hasard).

        En ce sens je ne confond pas ce cadre qui, s’il est très mal compris, pourrait être perçu de par sa position comme trop englobant, et endormir de ce fait des questions d’un autre ordre dans le vaste champ du savoir.


      • Ecométa Ecométa 18 mai 18:07
        Qu’appelez-vous système classique ? Les systèmes artificiels humains ? Le rationalisme cartésien ?

        Qui se soucie des acquits intellectuels du XX è siècle ? Principe d’incomplétude , principe incertitude, principe d’impossibilité.
         
        - Incomplétude du savoir, de tous les savoirs même et surtout celui scientifique cartésien.
        - incertitude de la prévision... possibilité de rétroaction pour correction.
        - impossibilité du rationalisme, du réductionnisme, de l’individualisme, du productivisme... de tous les mots en« isme » qui sont des paroxysmes !.

        Au plan « physique » comme au plan « métaphysique humain », tout est système et même plus « écosystème », rien, absolument rien, n’existe par lui-même ou pour lui-même. il n’y a pas d’absolu que du relatif... en fait tout est « paradoxal » ! 

        Le phénomène d’’émergence, élément constitué, implique des règles différentes de celles de l’élément constituant ; différentes mais forcément complémentaires

        Dans un monde ou un univers quantique la perfection n’existe pas... elle n’est même impossible et serait le signe de la fin, d’un écroulement !

        Le système représente à la fois l’unité de l’élément constitué et l’unité de l’élément constituant ... c’est l’unité du savoir !

        • Castel Castel 18 mai 19:09

          @Ecométa


          Bonjour,
          Je suis d’accord avec vous et j’ai hâte de connaitre la réaction de Bernard Dugué.
          En fait, l’émergence et l’auto-organisation sont des concepts inventés par la science moderne pour éviter de « considérer » qu’il existe des super-organisme et une conscience ou une intention derrière des entités.

        • Masklin 20 mai 22:11

          Totalement hors-sujet et d’une banalité confondante, mais il va falloir que quelqu’un explicite le concept d’époque.
          Si on veut projeter l’individu hors de son plan de liberté confortable, il faut obligatoirement qu’il accepte le concept d’époque, sinon point de progrès, l’individu est bercé dans un présent permanent (le pays des fées d’une Marion Zimmer Bradley, ou le temps du photon d’Einstein).
          Le numérique est très bien pour les intelligents, au pire ils se perdent dans leurs temps.
          Mais sans une empreinte formelle politique, les empreintes individuelles butant sur un marché mal adapté à cette transcendance, on achète des placebos de bonheurs (on a arrêté d’acheter des miracles des bene-dictions, des bien-séances, des bonnes-résolutions, il ne reste que des placebos commercialisables), y à des vies, y à « une vie » dirait Flaubert, mais y aura jamais de politique, car il n’y a pas d’époque pour les inscrire (langue Française au fin fond d’un village lointain, pour ?, contre ?, en tant que citoyen engagé il faut un point de vue ! ravioli à moins de 1 euros ? achète ? plutôt manger son vomi ?).


          • Ecométa Ecométa 21 mai 09:15
            @Masklin

            Nous avons développé une civilisation des mots en « isme », qui sont comme autant de paroxysmes. En fait nous abusons tout : la Nature et les états de nature... dont la nature humaine, et l’humain, rationalisme oblige, réification de l’être humain, devient une chose exploitable comme un autre.

            De l’humanité et son « principe », hérités de l’antiquité grecque, nous sommes passés à l’ « humanisme », concept d’imposition du rationalisme technoscientiste, qui nous envoie droit vers le « transhumanisme » prôné par GOOGLE et consorts... et la fin du principe d’humanité : la fin de l’humain !.

            Le concept d’époque c’est un mâtiné de rationalisme économico technoscientiste et de positivisme comtien, le « comment sans le pourquoi », véritable aberration intellectuelle.

            Devenu totalement paranoïaque et schizophrénique ce monde moderne au modernisme, paroxysme de modernité et plus simple modernité, véritable fuite en avant rationalo économico tecnoscientiste, ce monde est savamment et délibérément malade !

            Effet d’émergence oblige, il en va des maladies individuelles comme des maladies collectives, des maladies sociétale : ne cherchez plus « her Doctor », c’est la tête ! ,

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