• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Le petiot de la République

Le petiot de la République

Le Canard Enchaîné esquissait son ventre rond. A la fin de son intervention au Journal de 13 heures, Jean-Pierre Pernaut la félicite et l'on comprend que c'est pour un heureux événement. Émue, elle le félicite en retour, à croire qu'il en serait le père. Enfin, le beau-père, Pal Sarkosy confirme la nouvelle : la première dame de France est enceinte !

En soi l'information est banale, mais mon esprit retord y décèle une stratégie mercatique, y découvre ce qu'il suspecte être la plus géniale idée de notre président de la République.

Carla Bruni-Sarkozy a 44 ans, un fils de 10 ans. Nicolas Sarkozy a 56 ans, 3 enfants âgés respectivement de 26, 25 et 14 ans, issus de deux mères différentes.

Considérant l'âge respectif des parents, le nombre d'enfants déjà présents, la forte implication que nécessite le travail présidentiel, il m'est difficile de croire que l'enfant à naitre soit le couronnement du bonheur, « l'Oeuvre commune » d'un couple éperdument épris. Rajoutons le passé amoureux, plus tumultueux que constant des protagonistes et j'en arrive à supputer l’existence d'une raison occulte à cet heureux événement.

L'année 2012 verra une élection présidentielle. Nicolas Sarkosy sera t-il candidat à sa succession ? Le Président m'apparaissant avide de pouvoir, j'imagine sans peine une grande son envie pour lui de se représenter. Mais quelle sont ses chances réelles d'être réélu ? S'il est trop tôt pour accorder foi aux sondages, il convient de retenir qu'aux dernières nouvelles, seuls 34% des « Français posent un regard un peu plus positif sur l'action du Président de la République ». Son indice de popularité n'est guère plus encourageant. Selon un sondage réalisé en avril 2011 par le Nouvel Observateur, seuls 28% des Français sont très ou simplement satisfait de l'action présidentielle, alors que les mécontents ou les très mécontents représentent 72% des sondés et la tendance est à l'augmentation pour les dernières catégories. Dans cette optique n'est-ce pas pure folie, tendance suicidaire, que de se représenter ? Mais ne pas se représenter pour cause de mauvais sondages, n'est-ce pas une fuite, par conséquent une défaite consumée faute d'avoir livré bataille ? Se présenter en l'absence de victoire possible ou se rétracter sans justification crédible constituent tous deux pour Monsieur Sarkosy, et je lui donne raison sur ce point, l'aveu de l'échec magistral de sa politique, l'aveu indéniable de l'échec personnel de l'homme arrogant qu'il aura été !

Pour se faire réélire, Monsieur Sarkosy doit arriver à opérer un renversement des intentions de votes en sa faveur, ce qui implique théoriquement l'adoption de mesures favorables et concrètes à l'égard de la masse de l’électorat populaire. Pareilles mesures, nécessairement assorties d'un coût financier, lui sont interdites par ceux qui le soutiennent ; le Capital. Il sait qu'aucune mesure impopulaire telle l'augmentation de l'essence ne doit avoir lieu avant sa réélection, mais dès qu'il annonce vouloir limiter pareille augmentation, dès le lendemain, il est repris vertement par l'un de ses « amis », Christophe de Margerie, le PDG de Total en l'occurrence, qui lâche une bombe : « Le super à 2€ le litre est donc inéluctable ? Pour moi, cela ne fait aucun doute [...] ». Une autre initiative, pourtant exclusivement destinée à limiter la baisse des revenus du « secteur du racket des automobilistes », la récente mesurette visant à enlever les panneaux de signalisation des radars, après le doublement du retrait des points pour certaines infractions, s'est révélée être une hérésie politique, la goutte qui fait déborder le vase, en termes électoraux. Politiquement il dispose d'une unique carte aisément jouable : reproduire l'élection de 2002. On se souvient du premier tour : Jacques Chirac, 19,88 % des voix et Jean-Marie avec Le Pen 16,86 % éliminant de peu le Parti Socialiste. Au deuxième tour, une alliance aussi tacite que parfaite à l'encontre du Front National a permis à Jacques Chirac, sans le moindre effort de sa part, refusant même, comme s'il avait la peste, d'affronter Jean Marie Le Pen lors d'un débat télévisé comme le veux la coutume, de recueillir 82,21 % des voix ! Une victoire inespérée dans toute autre configuration. A mon sens, même si la partie est reproductible, ce jeu politique n'est pas à l'abri d'un aléa, Marine Le Pen n'inspirant pas la même méfiance que son père, par exemple. Par ailleurs, une partie de son électorat de 2007 était issu des rangs du Front National et aujourd'hui il lui sera difficile de regagner cette frange, très certainement profondément déçue par sa politique. Pour ces motifs la partie est loin d'être gagnée pour Monsieur Sarkosy et un « joker » serait le bienvenu pour lui.

Monsieur Sarkosy, s'il décide de partir en campagne devra tarder le plus possible, une campagne courte lui étant plus favorable. Il lui faudra laisser ses concurrents s’essouffler sans avoir à croiser le fer trop longtemps. Il pourra pour cela arguer que lui seul, le président en exercice, se doit d’œuvrer en continue et jusqu'au dernier jour de son mandat pour la France, alors que tous les autres candidats, n'ayant qu'une candidature à assumer ont tous loisirs pour battre campagne. Cependant, quelle porte de sortie honorable existe t-il pour lui, si à l'ultime échéance, le jour où il lui faudra choisir, il était persuadé que sa réélection serait par trop improbable, qu'elle relèverait de l'utopie ?

Quel que soit la situation à laquelle il devra faire face, il disposera d'une arme magique : Le petiot de la République ! Avant de partir en campagne ou d'annoncer son retrait de la vie politique, tous les journaux « people », ces bibles pour concierges, auront étalés en double page collector et grand format, les ravissantes images du couple présidentiel magnifiquement cadrées dans le parc idyllique de l’Élysée, telles des photos de David Hamilton. Les adorables images d'un couple heureux et uni entre lequel trône un couffin seront autant de baume au cœur de celles, comme le chante Jean-Jacques Goldman, « vivent leur vie par procuration » et se réjouissent sincèrement du bonheur des « grands de ce Monde ». Dans ce contexte, une maman souriante, le biberon à la main, un président en papa détendu, le regard attendri dirigé vers un bambin pudiquement masqué par son couffin, représentent les meilleures images de campagne possibles et encore seront-elles distribuées sans même avoir bourse à délier. Les grands médias de la République, tous à sa solde, feront eux aussi leurs choux gras avec quantité de reportages pathétiques, ces derniers leur donnant matière à occulter encore plus intensément les nouvelles qui fâchent. Pensez-donc, une naissance présidentielle à l’Élisée ! Du jamais vu et que du bonheur !

Je ne saurais prédire le gain électoral, en terme de voix, grâce à l'heureux événement, mais il me semble acquis qu'il doit être substantiel, tant le candidat Sarkosy pourra vanter, exemple à l'appui, les qualités de la famille et l'immense bonheur à en retirer en cette glauque période. Le « Travail, Famille Patrie », une antique recette d'une ancienne période douloureuse sera re-étiquetée et remise au goût du jour par la verve présidentielle. Il incarnera pour une large frange populaire de l’électorat, sinon l'archétype, au moins l’icône de l'homme simple et bon, le mari idéal, le père participatif, en un mot, l'homme pour lequel tout un pan de la société rêve de voter. Imaginez des déplacements de campagne non plus seulement exécutés par le seul candidat, mais par le couple présidentiel, la famille présidentielle. Lui posera t-on encore la question du pouvoir d'achat ou s’inquiétera t-on seulement de la dent à venir chez son enfant ? Dans ce cas Nicolas Sarkosy aura créé un style de campagne résolument novateur : capturer le cœur des électeurs sans pour autant leur concéder la moindre miette de mesure tangible mais financièrement couteuse. Du jamais vu et que du bonheur !

Si toutefois Le président estimait insuffisantes ses chances de gain à l'élection présidentielle et qu'il ne veuille pas prendre le risque d'une défaite forcément humiliante, il pourra mettre en avant, outre son âge, 57 ans et sa longue carrière politique, 38 ans, un argument magique : le petiot de la République ! Les mêmes images, le même film, vont lui servir à justifier son retrait de la vie politique au profit de la vie familiale. Quelle meilleure porte de sortie saurait-on imaginer ? Du jamais vu et que du bonheur !

Claude Sitt
 
 Tous mes articles : www.sitt.fr (Rubrique Opignons)


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (16 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 28 mai 2011 11:41

    Bonjour, Claude.

    La grossesse de Carla Bruni, dont il se dit ici et là qu’elle fait partie d’un plan com’, est un non-évènement pour le peuple français. Je n’ose en effet pas croire un instant que Sarkozy puisse en tirer un avantage quelconque comme il le croit en privé, tant les Français ont appris à décrypter les actes et les paroles du locataire de l’Elysée.

    Le ocntraire serait à désespérer des gens, par ailleurs confrontés à la politique la plus agressive et la plus antisociale de l’après-guerre !


    • Ariane Walter Ariane Walter 28 mai 2011 12:14

      Vous avez tort d’en parler, Claude.
      le silence autour de ce non-évènement doit le morfondre.
      Morfondons-le. (profond, même !)


      • voxagora voxagora 28 mai 2011 13:24

        « stratégie mercatique »,

        ça sonne beaucoup moins bien que « heureux évènement », vous avez raison.
        Quoi qu’il en soit, il semble que beaucoup de français 
        n’adhèrent pas au plan com aussi bien que prévu ..
        Si futur enfant il y a, nous verrons bien comment tout cela va tourner ..

        • Claude Sitt Claude Sitt 28 mai 2011 15:31

          Fergus : Je ne suis pas persuadé que les Français, et c’est malheureux, décryptent les « plans de com ». Par ailleurs le fait « qu’il [Sarkosy] le croit en privé » pourrait être l’aveu de l’existence d’un « plan com ». Si les français étaient plus lucides, ils y a longtemps qu’ils auraient interpellé le gouvernement quant aux contrôles routiers sensés diminuer les morts sur la route (que du bénef ; pour l’État) en demandant que des mesures importantes soient prisent pour diminuer le nombre de suicides en France, lequel nombre est 10 fois supérieur à celui des tués de la route.

          Ariane Walter : J’en parle sur Agoravox, sachant pertinemment que je ne serai lu que par une « élite ». Par conséquent ce « non-évènement » reste assuré, les lecteurs de la presse à sensation n’étant pas ceux d’Agoravox.

          Merci à tous pour vos remarque quant à ce premier article accepté.


          • papi 28 mai 2011 18:26

            une grossesse ?? de qui, de quoi ? pas au courant..


            • Germain de Colandon 28 mai 2011 21:24

              Il paraît que le père s’appelle en réalité Dominique...

              Sacré Dominique, nique, nique, nique :

              http://lecaennaisdechaine.over-blog.com/article-dsk-73987459.html

              GdC


              • geronimo87 geronimo87 29 mai 2011 00:35

                Le gamin à 10 ans.
                - Dis maman, pourquoi tu m’as eu à 45 ans.
                - Je te l’ai déjà dis, c’était pour faire élire ton père.

                Où là, les problèmes ?!?!?!?!?!?!


                • Blé 29 mai 2011 04:50

                  Il me semble qu’il faudra autre chose de plus consistant qu’ un petiot de la république pour que les déçus du sarkozysme votent une fois de plus pour ce pantin. La com. élyséenne est décryptée comme telle par la majorité des gens, Sarko ne gouverne pas, il exécute les ordres des banquiers comme tous les gouvernements de la zone euro.

                  Partout où ce monsieur se déplace en France, il laisse un sentiment de haine derrière lui : prix du déplacement, prix des services d’ordres, gêne conséquente pour les habitants, trie des gens sur le volet pour la « claque », etc... Bref, ce sont nos impôts qui payent directement la campagne électorale du « saigneur à talonnettes ». A chacune de ses sorties, les gens ont conscience qu’il les prend pour des imbéciles. La politique spectacle fait encore illusion que pour ceux qui en vivent, les électeurs, eux, ne sont pas aussi bêtes que le disent les média dominants.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires