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Accueil du site > Tribune Libre > Le premier saucier de France

Le premier saucier de France

Edouard Philippe (l’homme qui lit - au lit) est décidément un as de la communication. Après nous avoir gratifié de sa science littéraire en publiant un recueil de conseils de lecture digne de ma grand-mère, nous fait montre de ses qualités culinaires.

Il faut dire que depuis son arrivée à Matignon, Edouard nous a concocté des réformes aux petits oignons. Pas un domaine où il n’exerce son goût du sucré-salé. C’est généralement assez raté, souvent dur à avaler, mais il est comme ça le Bellamit du XXIème siècle : il aime nous surprendre. Enfin, surprendre est un grand mot. Il aime régaler ses riches hôtes des choses les plus succulentes à leur goût et, partant, les plus exotiques et fades pour le commun. Gattaz (cappo di tutti i cappi) s’est délecté de ses ordonnances royales sur le travail. A tel point qu'en sortant du restaurant matignonesque, il s'est écrié « encore », Gargantua que rien ne rassasie, il aurait aimé plus. C’est là le problème des intempérants. Leur appétit les perd. Edouard au couteau d’argent a toutefois entendu la supplique, et de peur de perdre quelque fortunée pratique, il a annoncé les réformes par le menu : après les vilains cheminots, trop grassement payés, toujours en vacances, qui touchent des primes injustifiées et qui voyagent à l’œil (même si c’est leur travail de voyager, mais bon on n’est pas à une contradiction près), va venir le temps de s’occuper de ces (fainéants de) fonctionnaires, sans oublier la nécessaire réforme de la formation (gageons que la cigale touchée par la grâce du capital nous pondra une réforme digne de celle du travail), viendra le tour des régimes de retraites (c’est bien connu les vieux sont des profiteurs qui se reposent les dernières années de leur vie et son payés à rien faire), mais là c'est plus délicat : comme on n’est plus en 1940, on ne peut pas les regrouper dans des prisons sous la surveillance de geôliers implacables ; il faudra trouver mieux, par exemple : les mettre dans des mouroirs gérés par le privé. Naturellement, on leur coupera les vivres et on fera payer les frais aux héritiers. S’il n’y a pas d’héritiers, qu’à cela ne tienne : on les placera dans des maisons, disons, à la hauteur de leurs facultés contributives.

On connaît la chanson des réformes, son refrain usé jusqu'à la corde : la France ne peut pas payer, les caisses sont vides. « Au secours ! On a volé la cassette royale ! », « Qui diable m'a volé mon or ! » On nous rejoue tous les jours la Folie des Grandeurs. « Ça c’est pour moi (et mes copains), ça c’est pour l’Etat » disent en chœur les Don Salluste qui nous gouvernent. Mieux vaut faire payer les pauvres en les traitant de riches que faire payer ces pauvres riches. Vous me suivez ? Donc, nous payons. Et nous payons pendant que Janus-Jupiter-aux-deux-alliances offre, à nos frais, un somptueux festin aux vrais pauvres de ce monde (les plus riches) dans le plus château du monde. Il faut dire qu’il « shoes France » lui. Il sait ce qui est bon pour nous. C’est notre docteur Bovary et ses ordonnances sont aussi sûres que celles du bon Charles, conseillé qu’il est en plus par ce cher Philippe-Homais : « Sire, essayez donc une saignée », « sire, voyez ce pied-bot, or rien n’est plus indélicat que de boiter. Avec une incision bien placée, vous pourriez soigner le mal ».

Ainsi avance le train des réformes, des révolutions, de la fin de l'immobilisme. Sus aux « illibéraux » qui ne comprennent rien à la grandeur du docteur Bovary et propagent des « faiques niouses ».

Revenons à notre mouton Edouard. Jamais en manque d’un bon tuyau, il a donc ramené le gouvernement à l’école Ferrandi afin que, sous son œil de premier saucier, il puisse apprécier et critiquer les compositions de ses ouailles :

Schiappa a profité de l’occasion pour faire une fricassée de rognons

Blanquer, sa fameuse recette à base de veau élevés au numérique (garantis 100% sans matière grise)

Darmalin, a tenté un écrasé de fonctionnaire et a obtenu une magnifique bouillie.

Pénicaud, a pu montrer son art consommé dans l’utilisation de l’« essoreuse à réformes ». Elle a perfectionné l’art de ses collègues (la brave dame !)

Collomb a opté pour du boudin. Gérard le transfugé adore le sang.

Lemaire prévoyait un financier qu’il comptait offrir aux GAFAM, mais Philippe lui a fait remarquer que le dessert n’était pas à l’ordre du jour et qu’il attendait toujours sa réforme du-déficit-qui-ruine-la-France-qui-travaille.

Nyssen a imprimé le menu. Mais la fourbe Schiappa lui a fait remarquer qu’on disait le.a menu.e des.de la ministr.e.s. Elle n’y a rien compris, comme à son habitude, mais a salué le courage et l’énergie de cette grande Dame.

Le ministre de l’énergie transitoire a dû avaler une couleuvre cuite à l’énergie nucléaire.

Belloubet a voulu farcir du surveillant pénitencier, mais elle n’a pas réussi à en attraper un seul.

Le.a secrétaire d’Etat « aux outres-mers » n’a pas eu le temps de faire de pêche à Mayotte (même si elle s’est fait dessus).

Quant à Vidal, personne ne s’est aperçu qu’elle était là (comme d’habitude).

Bref, c’est sous les hourras unanime de la presse que ce cher Philippe, expert-ès-tout, a pu annoncer le plus sereinement du monde, avec l'intelligence et la finesse qui sont les siennes que les réformes ne seraient ni accélérées, ni ralenties et poursuivies. Nous ne pouvons donc que nous incliner respectueusement et remercier ce nouveau « nini » « et ».

Comme le disait l’immense professeur Choron : la récompense d'avoir mangé, c'est le plaisir de chier. Et il faut bien dire que tous les jours, nous éprouvons pour ce joyeux gouvernement le délicat plaisir du professeur.


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6 réactions à cet article    


  • jymb 22 mars 2018 16:28

    Vous oubliez un plateau royal d’autophobie haîneuse et pognonesque recyclant et aggravant, encore, les recettes nauséabondes de ses prédécesseurs.
    La digestion se fera...en marche...à pied, les poches vides, et pour beaucoup au chômage.


    • Sébastien A. 22 mars 2018 17:12

      @jymb
      Je vous conseille de nous décrire tout cela... par le menu, naturellement


    • Gorg Gorg 23 mars 2018 08:56

      @L’auteur

      Merci pour cette tranche d’humour grinçant... Bien vu...


      • Sébastien A. 23 mars 2018 09:27

        @Gorg
        Merci


      • zygzornifle zygzornifle 23 mars 2018 15:27

        Sa sauce est tirée direct de la fosse d’aisance d’en marche .....


        • L'Astronome L’Astronome 24 mars 2018 11:50

           
          « Comme le disait l’immense professeur Choron : la récompense d’avoir mangé, c’est le plaisir de chier. »
           
          Bôoof, nous ne sommes que le produit de ce qu’on mange. Votre article prouve que c’est particullièrement vrai en ce qui concerne les misérables crétins qui nous gouvernent.
           
           

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Sébastien A.


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