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Accueil du site > Tribune Libre > Le principe de Gamaliel, un appel antique au respect de la liberté (...)

Le principe de Gamaliel, un appel antique au respect de la liberté religieuse

Comment la persécution des minorités religieuses peut causer plus de tort au persécuteur qu’au persécuté.

On ne sait pas grand chose sur Gamaliel l’Ancien, grand docteur de la loi et enseignant pharisien du 1er siècle. L’historien Flavius Josèphe en parle et Le Nouveau Testament le mentionne à diverses reprises. Ainsi Paul dit qu’il a été « instruit aux pieds de Gamaliel dans la connaissance exacte de la loi de nos pères » (Actes 22-3).

Les Actes retracent comment Gamaliel « docteur de la loi estimé de tout le peuple » prit la parole lors d’une réunion du Sanhédrin dans laquelle les leaders du judaïsme hésitaient entre la persécution brutale vis-à-vis des chrétiens comme dans le cas de la lapidation d’Etienne et une certaine tolérance.

Dans son intervention devant le Sanhédrin, Gamaliel retrace l’émergence de divers groupes religieux ou politico-religieux au sein du judaïsme au cours du premier siècle qui avaient suscité pas mal de controverses à l’époque pour finir par perdre de leur influence ou disparaître d’eux mêmes et conclut par une invitation à cesser les persécutions contre les chrétiens : « Et maintenant je vous dis : Ne vous mêlez plus de ces hommes, et laissez-les ; car si ce dessein ou cette œuvre est des hommes, elle sera détruite ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez les détruire ; ne courrez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu. » (Actes 5 :33-42)

L’appel de Gamaliel reste comme un appel isolé à un certain respect de la liberté religieuse et liberté de conscience qui n’a pas été particulièrement suivi, ni par les Chrétiens ni par les Juifs comme l’indiquent les conflits entre les synagogues et les premiers groupes de chrétiens à travers l’empire romain retracés dans les Actes des Apôtres et les lettres de St Paul. De plus, assez rapidement, les Chrétiens comme les Juifs vont être confrontés à une menace d’une autre ampleur, celle de l’Empire romain. Environ 40 ans après la mort du Christ, Jérusalem et le Temple ont été rasés par les légions de l’empereur Titus en 70 après JC et le christianisme après avoir été opprimé pendant plus de 3 siècles est devenu progressivement à partir de Constantin la religion officielle de l’Empire romain.

La persécution de minorités religieuses indique souvent qu’une société n’a pas su relever le défi représenté par une nouvelle vision du monde et saisir un tournant à une période critique de son histoire qui lui aurait permis de mieux se développer, préférant rester figée dans sa vision du monde et ses valeurs traditionnelles.

Ainsi selon l’historien anglais Arnold Toynbee, les civilisations sont au cours de leur histoire confrontées à des défis critiques qu’elles relèvent en initiant des changements d’ordre religieux ou culturel ou rejettent en se figeant dans le passé. Pour relever le défi d’une époque, on trouve des petits groupes d’hommes, des « minorités créatrices » qui arrivent ou pas à gagner le soutien de la majorité d’une société en proposant une conception de la divinité plus universel, ce qui va déterminer le futur de la civilisation. Le philosophe Henri Bergson dans « Les deux sources de la morale et de la religion » propose une idée semblable opposant les morales et religions qui correspondent à des codes de vivre ensemble au niveau d’une société ou d’une tribu aux morales et religions transcendantes qui font appel à des valeurs universelles.

Avant l’apparition du christianisme, Socrate proposait une avancée décisive sur les plans de la morale et de la philosophie par rapport aux sophistes comme l’indique un dialogue célèbre avec le sophiste Polos (Platon, Gorgias), dans lequel Socrate argumente que « Mieux vaut subir une injustice que la commettre » face à Polos qui prend le point de vue opposé. Socrate proposait une morale transcendant les limites de la cité, la morale étant en relation avant tout avec la conscience de chacun ou le célèbre démon de Socrate plutôt que vis-à-vis d’autrui et de la cité. On dirait aujourd’hui qu’il s’agit de pouvoir se regarder le matin en face dans un miroir. En agissant contre sa conscience, on perd son estime de soi-même, l’idée de la justice en soi alors que pour les sophistes, la morale personnelle doit avant tout correspondre à la loi de la Cité qui est pour ainsi dire idolâtrée permettant d’éviter une sanction.

La cité d’Athènes a préféré condamner à mort Socrate pour corruption de la jeunesse et impiété envers les dieux plutôt que suivre la nouvelle vision de l’homme qu’il proposait et les cités grecques après le siècle de Périclès sont entrées dans une période de déclin.

Au Moyen-âge, Philippe le Bel renforçant alors le pouvoir royal cru bon de mettre la main sur le trésor de l’ordre des Templiers, un ordre remarquablement organisé qui avait développé des talents divers en avance sur leur temps, en particulier dans le domaine de la finance. Il s’en suivit un procès avec usage de la torture, les dirigeants du Temple étant finalement condamnés au bucher. Seulement sur le bucher, Jacques de Molay, le grand maître de l’Ordre, nia la validité des accusations contre les Templiers et avant de mourir maudit le Roi et le pape Clément V.

L’académicien Maurice Druon dans son roman historique « les Rois Maudits » retrace avec beaucoup de talent cette période mais même si l’on peut mettre en cause certains faits de ce livre ou les témoignages relatant les dernières paroles du grand maître des Templiers, il n’en reste pas moins que le roi et le pape moururent effectivement dans les mois qui suivirent et que les trois fils de Philippe le Bel moururent dans les 12 années qui suivirent sans laisser de descendance mâle, mettant ainsi fin à la lignée des Capétiens directs.

Plus tard, les Anglais pensèrent qu’en se débarrassant avec l’aide du clergé catholique de Jeanne d’Arc, cette « sorcière » qui enflammait les troupes du roi de France, ils pourraient gagner la guerre. En fait la condamnation de Jeanne d’Arc après un procès inique mené par un évêque n’a pas donné pour eux les résultats escomptés, bien au contraire, et les anglais ont du quitter la France en dehors de Calais assez rapidement.

Après la conquête de Grenade en 1492, la reine d’Espagne, Isabelle la Catholique, se lança dans une politique de persécution religieuse à l’encontre des juifs, musulmans et protestants avec le soutien d’un inquisiteur, Torquemada. Cela donna lieu entre autres à la tenue d’autodafés (acte de foi), cérémonies publiques destinées à impressionner la population au cours desquelles des « hérétiques » étaient envoyés au bûcher. L’idée était de faire de l’Espagne un grand royaume unifié dans une même foi catholique autour de ses souverains Mais en figeant ainsi la société espagnole, particulièrement au siècle de Philippe 2, on a freiné son évolution culturelle ce qui a causé un certain déclin, un résultat étant que l’or amassé par les conquistadores en Amérique latine s’est retrouvé au fil des décennies entre les mains des marchands hollandais, londoniens et français, ces pays maîtrisant mieux que l’Espagne le commerce et l’industrie avec une culture encourageant les entrepreneurs et l’esprit d’entreprise.

Les guerres de religions furent sanglantes en France comme ailleurs et après bien des combats et le massacre des chefs protestants invités à Paris pour les noces d’Henri de Navarre, un roi très populaire, Henri 4, proposa la première loi défendant la liberté religieuse en Europe avec l’Edit de Nantes.

Son petit fils Louis 14 mal conseillé, décida de révoquer l'Edit de Nantes et lança une série de persécutions contre les protestants, particulièrement dans les Cévennes et le sud de la France. Suite à la Révocation, la fin du Règne du roi soleil s’est sérieusement assombri, à la fois sur les plans militaire, économique où l’on vit les limites du colbertisme et même culturel. Tous les fils et petits fils de Louis 14 meurent au cours de cette période, forçant à faire appel à un arrière petit fils âgé de 2 ans , le futur Louis 15 (le Grand Dauphin meurt le 14 avril 1711, sa belle-fille et son fils, Louis de France, duchesse et du duc de Bourgogne, meurent les 12 et 18 février. Le 8 mars suivant c'est le tour du duc de Bretagne, leur fils aîné et seul survit leur plus jeune fils, alors âgé de deux ans seulement qui deviendra le Roi Louis XV).

Par contre les huguenots, considérés par Louis 14 comme un problème pour le Royaume de France et qui, suite aux persécutions, ont dû fuir vers la Suisse, l’Allemagne, les USA et même en Afrique du Sud ont partout, après un temps d’adaptation difficile connu la prospérité et amené la prospérité dans les pays qui les accueillaient souvent les bras ouverts comme dans certaines régions d’Allemagne. Cet exil amena un développement considérable de Berlin et du Royaume de Prusse ainsi que d’autres puissances anglo-saxonnes.

De plus la persécution contre les protestants sera une arme dans la main des philosophes des lumières pour accuser l’église catholique d’intolérance et d’opposition à la liberté, ce qui a contribué à l’aspect violemment anticatholique de la Révolution, particulièrement de la période de la terreur et les persécutions contre le clergé..

L’historien protestant Pierre Chaunu disait qu’avec la révocation de l’Edit de Nantes, l’Etat s’était lancé dans une persécution sévère de la minorité protestante mais avec la Terreur le gouvernement révolutionnaire s’est attaqué carrément à la majorité catholique des Français ce qui a laissé des traces et divisions profondes dans l’histoire de France jusqu’à l’époque moderne et causé une certaine instabilité politique tout au long du 19 siècles entre différents régimes supposés représenté la réaction ou les continuateurs des grands ancêtres de la révolution.

En conclusion, on peut dire que le conseil de prudence et sagesse de Gamaliel reste toujours d’actualité et que l’on ne résout pas les problèmes d’une société en attaquant les minorités qui les dénoncent.

 


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43 réactions à cet article    


  • Jean Roque Jean Roque 23 février 13:18

    Le polythéisme permet de tolérer d’autres dieux, ils sont « aux autres », pas le monothéisme.
    « Laissez à César », le christianisme n’est pas une religion politique ni civile, au contraire de l’islam où du judaïsme. Aussi le pouvoir politique peut l’intégrer.
    Les grecs sont rentrés en déclin par leur appât du gain suite à la victoire d’Alexandre contre les perses et leur « ouverture d’esprit » nécessaire pour leur commerce.
    Jeanne d’Arc est dorénavant une métis suivant la doxa officielle multiculturelle.
    C’est les luthériens qui ont commencé les massacres en Allemagne.
    Pour Colbert les huguenots sont une menace de scission politique, pas un problème religieux. Comme l’Islam aujourd’hui : « tout ça se terminera par une séparation » a écrit Hollande.
    Quand aux juifs ils ont toujours leur grand lobby séparé, et leur dîner du CRIF où tous les politiques vont se coucher.
    Le sacré traditionnel nécessite une protection, une frontière à ne pas franchir, la sainteté chrétienne non, elle est « ouverture » sacrificielle. La religion relie dans une communauté, l’universalisme délie dans la globalité et n’a plus de sacré, il n’est plus une « vraie » religion. Ainsi le christianisme sécularisé n’est plus qu’un mode d’être avec les autres, quand ce n’est pas juste avec soi-même, il introduit l’individualisme et une faiblesse intrinsèque. C’est « la religion sans dieu » ni peuple.


    • Christian Labrune Christian Labrune 23 février 13:48

      En conclusion, on peut dire que le conseil de prudence et sagesse de Gamaliel reste toujours d’actualité et que l’on ne résout pas les problèmes d’une société en attaquant les minorités qui les dénoncent.
      ...................................................................... .................
      à l’auteur,
      Très beau principe, mais encore faut-il que les minorités en question ne prétendent pas imposer leur idéologie religieuse dans le peuple qui les accueille. Vous vous arrêtez prudemment à la révolution. C’est bien loin, déjà ; votre conclusion aurait peut-être été pertinente à cette époque, mais je me demande ce que vous pourriez dire du problème que posent actuellement en France les prétentions des Frères musulmans.

      Leurs théories sont faciles à connaître même si on ne trouve pas aisément des traductions de Hassan al-Banna ou de Sayied Qutb : dans Jihad - Expansion et déclin de l’islamisme, Gilles Kepel en fait une analyse extrêmement documentée. Il va de soi que les Frères musulmans de l’UOIF en France sont aux antipodes de Gamaliel. Leur problème n’est pas de se comporter pacifiquement avec une minorité religieuse ; ce serait plutôt : comment faire, lorsqu’on est minoritaire, pour pourrir les institutions du pays d’accueil et pouvoir, à terme, y imposer la loi du Chamelier de La Mecque, laquelle considèrera ensuite les non-musulmans comme des sous-hommes.

      Le projet paraît certes délirant, mais il a très bien réussi en Egypte, bien avant la naissance de la funeste Confrérie de Hassan al-Banna en 1928 et sa radicalisation par Qutb dans les années 50-60. Après la conquête du Calife Omar de 640, l’Egypte devient musulmane. La place des anciens habitants, les Coptes, s’y réduit comme peau de chagrin. Au XIVe siècle, ils y sont encore majoritaires, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, mais si le régime de Morsi s’était prolongé, il y a déjà longtemps qu’ils n’auraient plus eu d’autre choix que la valise ou le cercueil.


      • Julien Esquié Julien Esquié 23 février 16:35

        @Christian Labrune

        Ah l’Egypte.
        Tout à ses dieux antiques (certes plus présentables que celui qui occupe désormais la place), C. Labrune néglige qu’en France, 90% des citoyens sont non-musulmans. L’Egypte, au contraire, doit compter quelque chose comme 90% de musulmans.
        Mais la religion, en Egypte, n’a pas tellement compté. Si les Frères se sont imposés - et ont gagné les élections, ce qui n’est pas contestable - c’est parce que, pendant des décennies, ils auront joué la carte sociale, celle du petit peuple, au point d’en venir à constituer, à l’écart de l’état, une sorte d’état-Providence parallèle.
        Les Nasser, Sadate et Moubarak se foutaient pas mal du bas peuple, cela va sans dire. La situation a empiré au fil des années. Sissi prend le même chemin. Les aigles néo-conservateurs qui ont le regard embué ne le voient pas. L’avenir du sissisme, c’est l’islam, un islam qui sera sans doute beaucoup plus violent que celui de l’après-Moubarak.
        Les petits succès du petit maréchal ne font que préparer le terrain à un terrible retour de bâton.


      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 23 février 17:10

        @Christian Labrune J’ai répondu un peu plus bas à votre message dont j’approuve les grandes lignes (je n’ai pas bien utilisé la fonction Répondre)


      • Christian Labrune Christian Labrune 23 février 21:27

        @Bernard Mitjavile
        J’avais bien lu votre réponse, à laquelle je ne vois rien à objecter. En fait, je suis assez d’accord aussi avec Marcel Gauchet lorsqu’il parle, évoquant la situation du christianisme en France, d’une « sortie du religieux ». Il y a plus de cinquante ans qu’on n’attachait plus la moindre importance à la religion, particulièrement dans la plus répandue qui est le catholicisme. Le catholique français faisait baptiser ses moutards quand il en avait, pour complaire aux grands-parents ; après 68, le mariage même civil était devenu ringard, et si on continuait à passer par l’Eglise avant d’aller au cimetière, c’est que la pompe funèbre catholique a tout de même une autre gueule qu’un enterrement de libre-penseur. En dehors de ces rites purement sociaux, la plupart des Français ignoraient à peu près tout de la théologie, ne croyaient plus à des dogmes incompréhensibles pour qui n’a pas quelque teinture d’histoire de la philosophie. Le christianisme avait été remplacé par un vague déisme qui n’empêchait plus personne de dormir.

        De là vient que l’irruption de l’islam, et d’un islam de plus en plus féroce, déstabilise complètement une société française où il n’y avait plus de religion et où il était admis que toutes se valaient. La seule opposition que rencontre désormais l’islam, ce n’est pas celle d’un christianisme qui a totalement perdu son identité, c’est le principe de laïcité que de parfaits imbéciles, tant dans l’islam que dans une presse de collabos à sa botte, essaient de faire passer pour une religion et, pourquoi pas, pendant qu’on y est, pour une religion intégriste voire fanatique.
        L’islam est la seule religion qui ne puisse pas évoluer et qui ne connaisse pas d’autre avenir qu’un VIIe siècle aussi barbare que mythique, complètement figé dans un Coran qui s’il est pris au sérieux - et il l’est de plus en plus - prescrit d’exterminer les mécréants.

        Mon sentiment est qu’on n’est plus très éloigné de la fin de l’islam. On assiste aux dernières convulsions d’une agonie pénible, mais la dernière des religions révélées, qui n’aura jamais su
        se transformer en un pittoresque folklore, sera aussi la première à disparaître. C’est de toute façon le destin inévitable de tous les totalitarismes.


      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 07:59

        @Christian Labrune
        Vous dites que c’est le destin de tous les totalitarismes de disparaître, c’est vrai mais cela peut prendre pas mal de temps. Je pense que vous êtes bien catégorique quand vous affirmez qu’il y a plus de 50 ans que l’on n’attache pas la moindre importance à la religion. La recherche spirituelle peut prendre bien des formes et au sein du catholicisme, il peut se passer bien des choses. Les grands mouvements des 50 dernières années pour l’école libre, contre le mariage homosexuel etc.. montrent qu’on est loin d’une disparition des religions ou de leur impact sur la société.


      • Christian Labrune Christian Labrune 24 février 13:39

        @Bernard Mitjavile
        Je ne suis pas certain que la défense de l’école libre signale une survivance de la « spiritualité » chrétienne : après les « réformes » imposées par les socialistes dans le courant des années 80, l’école publique n’est plus qu’un sinistre bordel. Tout athée que je sois, j’ai souvent conseillé depuis à des parents de mettre plutôt leurs enfants dans des écoles libres, fussent-elles confessionnelles : les bons pères jésuites ont toujours été, sans trop se soucier de pédagogie, d’excellents maîtres.

        J’ai toujours été opposé au mariage. J’aurai fait dans ma vie bien des bêtises, mais pas celle-la. Etant opposé comme je le suis au mariage hétérosexuel, je ne risquais évidemment pas d’approuver l’autre, et je pense que ce sont surtout des questions de logique et d’esthétique qui auront induit les catholiques à sortir dans les rues pour manifester. Ceux qui ont un peu de culture ne peuvent pas oublier les pages de Tacite où l’on fait des gorges chaudes du mariage burlesque de Néron avec son favori Sporus ou de celles de l’Histoire auguste qui décrivent les moeurs très particulières d’Héliogabale. De toute façon, le mariage n’est devenu que fort tardivement un sacrement chrétien : vers le XIIe siècle, si je me souviens bien des travaux de Duby.

        Il reste dans nos sociétés une morale judéo-chrétienne qui est au fond assez estimable et dont, même athée, on ne songerait guère à s’affranchir, mais cela n’a plus beaucoup de rapport avec les dogmes. Demandez à un catholique de vous expliquer le symbole de Nicée-Constantinople appris par coeur au catéchisme, dans la plupart des cas il en sera incapable. Il croira également que le dogme de l’Immaculée Conception renvoie à la virginité éternelle de Marie qui, par ailleurs, le fera sourire. Jésus est-il dieu ? La leçon de Nicée n’aura guère été retenue, et le plupart des chrétiens sont au fond restés dans l’hérésie d’Arius. Mais ce n’est pas moi qui leur jetterai la pierre !


      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 14:06

        @Christian Labrune Je ne crois pas que le symbole de Nicée-Constantinople, le dogme de l’Immaculée Conception, la virginité éternelle de Marie ou les définitions sur la Trinité constituent le cœur du Christianisme. Ce n’est en tout cas pas cela qui a poussé les premiers chrétiens à faire face aux lions et à bouleverser l’Empire romain alors qu’ils ignoraient le symbole de Nicée et les dogmes mariaux bien plus tardifs. Heureusement le message évangélique même s’il suscite toujours des questions pour chacun ne se réduit pas à ce genre d’’édifice théologique et à mon avis s’en distingue nettement. Déclarer que l’on croit à l’immaculée conception est certainement beaucoup plus facile que suivre le précepte évangélique d’aimer ses ennemis.


      • Christian Labrune Christian Labrune 24 février 21:38

        @Bernard Mitjavile
        Je ne suis pas certain qu’il faille beaucoup admirer les premiers chrétiens qui, au temps des persécutions de Néron, de Dèce puis de Dioclétien descendaient volontiers se faire bouffer par les lions dans les arènes. Ils n’étaient pas très différents, dans leur fanatisme, des jihadistes qui se font sauter avec des ceintures ad hoc en imaginant que l’instant d’après ils pourront lutiner les soixante-douze vierges. Evoquant les persécutions de Néron, Tacite les juge inhumaines et répugnantes, mais il n’a pas la moindre sympathie pour la secte des chrétiens. Il les regarde comme des illuminés constituant un ferment de dissolution dans l’Empire, et c’est une position qui est tout à fait rationnelle. Rome n’a jamais demandé aux chrétiens d’abjurer leur foi, seulement de sacrifier aussi aux dieux de la Cité, ce que refusèrent énergiquement des énergumènes tels que Gervais et Protais . Rome avait absorbé bien des cultes exotiques, tel celui d’Isis, des religions à mystères comme celle de Mithra, elle acceptait les Juifs, elle aurait bien aussi accepté les chrétiens s’ils ne s’étaient pas conduits à peu près comme nos actuels salafistes.

        Je ne suis pas certain non plus que le précepte évangélique d’aimer ses ennemis procède d’une bien haute philosophie. Cela me fait penser à ces crétins qui, après les attentats de ces dernières années, n’hésitaient pas à dire : « vous n’aurez pas notre haine ». C’était en la circonstance d’une parfaite indécence et quasi obscène. Le christianisme, Dieu merci, n’a jamais vraiment mis en pratique ce précepte suicidaire. Je ne sais plus si c’est sur cette page que j’ai évoqué Lépante, mais on ne peut quand même pas donner tort à Pie V d’avoir à l’époque beaucoup contribué à réunir les états du Saint-Empire pour faire barrage au Turc. En voilà un dont l’actuel demeuré qui occupe le trône de Saint-Pierre devrait bien prendre de la graine.

        Au fond, nous sommes d’accord : ce qui reste du christianisme, c’est une morale assez estimable pour régler les relations entre les individus sinon entre les états, mais vous aviez parlé aussi de « spiritualité », et je ne la vois plus nulle part puisque les chrétiens ne croient même plus au jugement dernier, à l’enfer, et encore moins à la résurrection des morts. Ils ne croient plus à grand chose, et c’est heureux. Faites l’expérience de demander avec un air un peu narquois à un catholique au sortir de la messe s’il croit vraiment que le pain et le vin de l’eucharistie sont la chair et le sang du Christ. La très grande majorité, qui n’ont jamais entendu parler de la transsubstantiation, se moqueront de vous : mais non, mon pauvre Monsieur : tout ça, c’est des symboles ! Autrement dit, les catholiques sont désormais des protestants qui s’ignorent, c’est-à-dire de parfaits hérétiques qui eussent mérité en d’autres temps d’être cuisinés par l’Inquisition.

        Cette évolution, je m’empresse de le dire, me paraît extrêmement positive. Le jour où un musulman à qui je lirai le 5e verset de la sourate IX, qui prescrit de massacrer les mécréants, me dira : mais vous êtes fou, mon pauvre vieux : tout ça, ce sont des façons de parler d’une autre époque et nous ne risquons évidemment pas d’en tenir compte ! je serai vraiment content, mais on n’y est pas encore.


      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 25 février 07:49

        @Christian Labrune
        Vous faites des raccourcis et amalgames assez étonnants. Dire que quelqu’un condamné à mort pour sa foi est la même chose qu’un djihadiste qui massacre des gens pour sa foi en surprendra plus d’un. Ainsi selon vous, quand un chrétien est envoyé à la mort par le régime de Corée du Nord, c’est plus ou moins la même chose que des djihadistes qui massacrent des jeunes au Bataclan.



      • Christian Labrune Christian Labrune 25 février 12:38

        @Bernard Mitjavile
        Je vous accorde bien volontiers que les chrétiens, depuis les dragonnades de la fin du règne de Louis-le-Grand en ont fini avec le fanatisme et en sont bien devenus aussi les premiers ennemis, mais c’est parce qu’ils n’ont plus la même foi que les premiers chrétiens, lesquels n’hésitaient pas, dans Rome à renverser les idoles païennes et ne se montraient pas du tout tolérants avec les anciens cultes.

        Quand je considère l’histoire de Rome, un Julien l’Apostat me paraît infiniment plus proche des conceptions philosophiques partagées par tout le monde, y compris par les chrétiens, dans la partie civilisée de notre monde actuel, qu’un Théodose radicalisant les dispositions prises par Constantin en faveur du christianisme. Les choses s’inversent même totalement dans le courant de son règne, et ce sont les derniers partisans du polythéisme qui s’y trouvent alors salement persécutés.
        Inutile d’évoquer les horreurs du Moyen-Age, et le mot qu’un chroniqueur allemand prête au moine Amaury lors du siège de Bésiers : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». La phrase n’a peut-être jamais été prononcée, mais si je suis chrétien et si je crois dur comme fer qu’il existe un Dieu rémunérateur et vengeur, je dois bien reconnaître que cette injonction est tout à fait raisonnable. Il reste qu’aucun chrétien aujourd’hui n’aura suffisamment de foi pour avaler ça. Plusieurs à qui Dieu commanderait d’égorger non pas leur fils mais même un enfant quelconque dans la foule enverraient même Dieu au diable, dussent-ils passer l’éternité en enfer. Ils auraient parfaitement raison.

        Les formes que le fanatisme peut prendre diffèrent d’une religion à une autre, mais le fanatisme ne peut pas disparaître sans un affaiblissement de la croyance et sans une disparition de la foi du charbonnier. C’est tout ce que je voulais dire.


      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 26 février 09:46

        @Christian Labrune Vous dites aucun chrétien aujourd’hui n’aurait suffisamment de foi pour dire « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » comme si c’était une question de foi chrétienne. On peut dire plutôt que c’était une question de pouvoir et de peur, peur de voir les cathares gagner la population, peur pour l’Eglise de perdre les ressources de la dîme etc.. Il y a bien des formes de foi mais la foi évangélique n’exige certainement pas de tuer ceux qui ne partagent pas vos convictions, cela ne correspond pas du tout aux paroles de Jésus qui certainement avait la foi. Dans ses dialogues avec les pharisiens, Jésus les critique pour leur hypocrisie car en effet on ne peut avoir un vrai dialogue avec un hypocrite ou en étant soi-même hypocrite.La foi dans le christianisme est étroitement lié à l’espérance et à l’amour (ou charité dans le langage du Nouveau Testament), l’amour étant la plus importante de ces trois vertus théologales et donc la foi dont vous parlez qui n’a pas grand chose à voir avec l’amour qui selon Jésus consiste à donner sa vie pour l’autre et non le contraire n’est pas la foi chrétienne. 


      • Christian Labrune Christian Labrune 26 février 10:50

        @Bernard Mitjavile
        Dans ce que j’écrivais à propos du christianisme, je ne songeais nullement à mettre en cause les comportements des chrétiens depuis plus de deux siècles, lesquels sont bien, effectivement, à l’opposé du fanatisme et paraissent même approuver désormais ceux qui voudraient les exterminer. A l’époque où les jihadistes du Califat rêvaient d’éliminer les Yezidis et commençaient à persécuter salement les chrétiens d’Orient, faisant le tour de l’église Saint-Merry, près de Beaubourg, j’avait été effaré de voir dans le narthex une espèce de bricolage en contreplaqué symbolisant la réunion syncrétique des religions du Livre, et donc un dôme de mosquée surmonté du croissant de l’islam. C’était pour le moins obscène. Je n’ai eu connaissance que d’une seule manifestation de soutien aux chrétiens d’Orient qu’on massacrait ; c’était devant la mairie du 16e arrondissement. Nous n’étions pas cinq cents dans une ville qui compte, intra muros, deux millions d’habitants et donc plusieurs centaines de milliers de « chrétiens ». Ce jour-là, ils avaient mieux à faire, les chrétiens d’Occident.

        Si le catholicisme, aujourd’hui, se gargarise volontiers du mot « amour », il ne faut quand même pas être dupe, et cet amour a pu prendre dans le passé des formes bien paradoxales. Quand l’Inquisition condamne au bûcher des hérétiques, je suis bien d’accord que ce n’est pas par haine. C’est par amour. Celui qui s’obstine dans l’erreur, comme Giordano Bruno en 1600, persistant à affirmer que l’univers est infini, s’il meurt de sa belle mort, il sera damné. Le condamner au bûcher, cela le fera réfléchir, et quand les flammes commenceront à lui lécher les baskets, peut-être qu’en son for intérieur, même s’il ne dit rien, il aura un mouvement de repentir qui l’enverra vers le purgatoire plutôt que vers l’enfer. C’est sa dernière chance, et cela ne vaut-il de tenter le coup, dans les cas les plus désespérés ? Aussi agitera-t-on un crucifix devant la face du supplicié, aussi longtemps qu’il lui restera assez de conscience pour faire retour sur sa faute.

        Au reste, quand on brûlait un hérétique, l’Eglise, jamais, ne le condamnait à mort, elle le « remettait au bras séculier », et le pouvoir politique agissait comme il l’entendait contre un sujet devenu de toute façon irrécupérable. Par charité, l’Eglise dont il s’était exclu par ses errements abominable, était quand même encore là au moment du supplice. Que demander de plus ?

        Vous voyez bien que dans le cas de l’exécution de Giordano Bruno, on peut encore invoquer l’AMOUR qui fait qu’on veuille éviter la damnation à un pécheur, et l’ESPERANCE qu’il soit sauvé in extremis. Tout cela découle nécessairement de la FOI. Je vous rappelle que l’étymologie du mot autodafé signifie « acte de foi ». Un acte de foi un peu violent, certes, mais si vous avez très mal à une dent cariée, il faudra bien vous l’arracher. Sur le moment, ça fait encore plus mal que la douleur résultant de l’infection, mais dès le lendemain, ça ira mieux, et en comparaison des souffrances que vous aurez endurées ces derniers jours, vous vous croirez en paradis. Comme moi, vous avez FOI dans l’art du dentiste, et s’il peut vous apparaître un court instant comme un bourreau, c’est pour votre bien qu’il agit. Arracher la vie terrestre d’un mauvais chrétien pour l’obliger in extremis à venir à résipiscence, s’il y a une autre vie ensuite, et éternelle, vous en conviendrez aisément, c’est beaucoup mois grave que d’arracher une dent.
         


      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 26 février 11:17

        @Christian Labrune Dans les faits que vous retracez (Bruno, autodafés..), on ne peut certainement pas parler d’amour et de foi selon l’Évangile même si l’église catholique a utilisé ces termes à une époque pour justifier l’injustifiable. Sinon on peut aussi dire que l’église catholique a envoyé Jeanne d’Arc au bûcher par amour ou que des parents maltraitant leurs enfants pendant des années le font par amour et les mots n’ont plus aucun sens. Vous enfoncez des portes ouvertes, on sait bien que l’église catholique comme tout autre institution humaine a commis bien des crimes et péchés et vous dites cela comme si vous étiez le premier à le découvrir et le dénoncer. Cela ne m’apprend rien et de plus ce n’est pas le sujet de mon article.


      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 23 février 14:08

        Vous avez raison. Il faut faire preuve de discernement et toutes les minorités ne sont pas forcément une « source d’enrichissement » pour la France. Un gouvernement a tout à faire le droit et même le devoir de défendre certains principes à la base d’une culture. J’ai parlé de cas historiques où il me paraît que le pouvoir a outrepassé ses droits comme avec la lapidation d’Etienne, les chrétiens sous Néron, le jugement abusif contre Socrate, les persécutions brutales contre les protestants dans les Cévennes ou dans l’Espagne de Philippe 2 contre les protestants, les juifs et les musulmans ou contre les prêtres en Vendée et à travers la France au moment de la Terreur. Il s’agit du respect de la liberté de conscience. Avec la lutte contre le terrorisme, on est dans un tout autre domaine, 


        • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 23 février 14:33

          Désolé pour les défenseurs de la langue française mais j’ai laissé passer deux ou trois fautes orthographe,notamment à la fin « régimes supposés représenté... » au lieu de régimes supposés représenter. 


          • Taverne Taverne 23 février 15:31

            La religion catholique, avec son idée très subversive d’égalité (des âmes surtout), a fini par avoir raison du puissant empire romain qui était fondé sur un ordre de pensée très différent. Si Socrate avait fait beaucoup d’émules, il aurait peut-être renversé l’ordre athénien. Nous serions alors en l’an 2088 (2017 + 470, année de naissance du philosophe). La cité grecque, avec une certaine sagesse (pour l’époque mais pas avec notre recul) a solutionné le problème. En Chine, pas de marqueur chrétien et on peut dire que les Chinois sont en l’an 2569 (2018 + 551, date de naissance de Confucius), les préceptes et la pensée confucéens guident toujours les Chinois.


            • astus astus 23 février 15:43

              Bonjour à l’auteur et merci pour cet article documenté. 

              L’actualité du terrorisme rend toutefois possible le fait d’appuyer notre réflexion sur les propos de Karl POPPER dans « La société ouverte et ses ennemis, 1971 » :
               
              « La tolérance illimitée doit mener à la disparition de la tolérance. Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l’impact de l’intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui. (…) nous devrions revendiquer le droit de les supprimer (les intolérants), au besoin, même par la force (…) Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer l’intolérant.

              Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut toujours revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre, par exemple.

              Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance. » 


              • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 23 février 17:08

                @astus Tout à fait d’accord avec Karl Popper et avec vous. C’est peut-être l’impression que donne mon article mais je suis loin d’être un défenseur inconditionnel de la tolérance, le tout est de savoir discerner. Ainsi, je ne crois pas que Socrate représentait un danger pour la société athénienne, il a par exemple refusé d’échapper à la peine de mort par respect pour les lois de la cité. Il offrait une possibilité de renouvellement à un moment où les dieux traditionnels n’étaient plus trop pris au sérieux, et ceci sans tomber dans le cynisme et l’utilitarisme de certains sophistes. Il en est de même pour le Protestantisme vis à vis du Catholicisme bien que dans certains cas, les protestants aient été au moins aussi intolérants que les catholiques, par exemple la politique de Cromwell en Irlande. La Révolution Française n’avait pas besoin de prendre l’aspect violemment anticatholique qu’elle a prise et auquel a mis fin Napoléon avec le Concordat sans pour autant rien renier, au contraire sur la défense des droits de l’homme et les valeurs démocratiques. De même Louis 14 n’est pas sorti grandi de la révocation de l’Edit de Nantes. Tout cela pour dire qu’il ne s’agit pas d’accepter n’importe quelle minorité violente révolutionnaire mais par exemple, ce n’était pas le cas des chrétiens dans l’Empire Romain.


              • Jean Roque Jean Roque 23 février 18:56

                Averroes explique que le Coran est parfait pour les crétins.
                Mais que les musulmans ont de la chance il y a une religion encore plus crétine : l’hindouisme qui interdit de manger de la viande aux super crétins.
                Alors une question me taraude...
                Avec des musulmans végans arrive-t-on à la religion pour des hyper crétins ?
                 smiley
                (Averroes n’était pas arabe, mais andalou indigène, et Avicenne était perse)


                •  C BARRATIER C BARRATIER 23 février 19:59

                  Cet article est centré sur les religions, la liberté religieuse est loin d’être la plus importante, de plus une religion ne saurait avoir la liberté de s’en prendre à d’autres religions ou à des athées. Le plus important est la liberté de conscience assortie de l’obligation pour l’état de protéger ceux qui seraient menacés en raison de leur pensée. C’est le rôle de notre République laïque, qui est loin d’être partagé par plusieurs pays, et qui est même contesté encore par des groupes intégristes essentiellement religieux.


                  • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 23 février 20:19

                    @C BARRATIER La liberté religieuse est fortement reliée à la liberté de conscience et de pensée et donc il s’agit d’une liberté fondamentale. Luther déclarait à la diète de Worms en refusant de se rétracter qu’il n’est pas bon d’agir contre sa conscience. Historiquement, on peut dire que la défense de cette liberté est à l’origine de la conquête d’autres libertés politiques. Ainsi, c’est le combat pour la liberté religieuse des puritains et autres groupes en Angleterre qui a jeté les bases du parlementarisme en Europe en mettant fin aux tentatives de l’époque des Stuart catholiques d’instituer une monarchie absolue. En Hollande, c’est le combat pour la liberté religieuse contre l’Espagne catholique qui a permis le développement de la liberté sous tous les plans. Voltaire et les philosophes des lumières considéraient l’Angleterre avec ses libertés comme un modèle à suivre. D’une façon générale, la recherche de liberté religieuse en Europe, particulièrement dans les pays anglo-saxons est allé de pair avec le développement d’institutions démocratiques aussi je pense que vous vous trompez en la considérant comme une liberté secondaire.


                  •  C BARRATIER C BARRATIER 23 février 21:54

                    @Bernard Mitjavile
                    merci de cet éclairage
                    C’est quand même l’exigence de liberté de conscience individuelle qui a fait qu’un homme ou une femme tenait à la religion dont il était devenu un adepte libre, apres avoir éventuellement refusé la religion dans laquelle il avait été baptisé (ses parents avaient choisi pour lui). En France les vaudois, les catharres, les protestants ont mis en valeur la force de resistance de leur conscience.Et ils ont été finalement fortifiés par les persécutions subies, devenant en quelque sorte les héros de la liberté religieuse.
                    Mais ils ne devenaient pas forcément eux mêmes des partisans de la liberté de conscience en général.


                  • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 07:46

                    @C BARRATIER Vous faites bien de mentionner les Vaudois et les Cathares qui ont été durement persécutés (certains catholiques ont tendance à justifier un peu facilement à mon avis ces persécutions). Ceci dit, une des bases du Christianisme est que l’homme a été créé libre et ne peut arriver à Dieu que librement. Bien sûr les puritains par exemple n’étaient pas forcément, pris individuellement, des gens tolérants mais un effet des mouvements puritains en Angleterre et aux Etats Unis a été un développement des libertés politiques. On peut dire la même chose de la réforme protestante qui initié par Luther à partir d’un cheminement personnel a bouleversé le Saint Empire (bien sûr les conditions sociales étaient mûres pour cela).


                  • Jean Roque Jean Roque 24 février 08:49

                    Les gauchistes sont tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils s’imaginent que les musulmans vont se pâmer devant leurs « vertus » d’indigènes...
                     
                    Rapport sur la laïcité du préfet Gilles Clavreul : « L’affirmation identitaire (comprendre en novlangue : musulmane) progresse dans certains territoires, rendant difficile la pédagogie de la laïcité et le partage des valeurs républicaines, des phénomènes de radicalisation anciens, un communautarisme fort et un prosélytisme religieux virulent ».


                    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 09:17

                      @Jean Roque
                      C’est vrai que sur ce plan comme d’autres, ils se font pas mal d’illusions (les gauchistes).


                    • Jonas 24 février 09:29

                      @Jean Roque « L’affirmation identitaire (comprendre en novlangue : musulmane) progresse dans certains territoires, rendant difficile la pédagogie de la laïcité et le partage des valeurs républicaines, des phénomènes de radicalisation anciens, un communautarisme fort et un prosélytisme religieux virulent ».

                      Vous voulez réellement connaître la vérité sur l’Islam ?
                      Alors regardez et écoutez les prédicateurs et imams dans les plus grandes mosquées de France endoctriner des centaines de milliers de musulmans au fondamentalisme islamique misogyne, antioccidental, antichrétien et antisémite :
                      http://islamineurope.unblog.fr/
                      https://vimeo.com/user75660018


                    • Jonas 24 février 09:10

                      "De plus la persécution contre les protestants sera une arme dans la main des philosophes des lumières pour accuser l’église catholique d’intolérance et d’opposition à la liberté"

                      C’est un peu réducteur comme vision de l’Histoire !
                      Les Chrétiens dédiaient leur vie sur Terre au respect et à l’application des bonnes oeuvres comme le veut la Bible, la recherche de la vérité, la pratique de la justice, de l’entraide, du travail, des valeurs familiales, l’abolition de l’esclavage (l’esclavage, l’exploitation de l’homme sont proscrits au Moyen-âge sous peine d’excommunication) pour plaire à Dieu dans l’autre Monde et mériter la Vie Éternelle en évitant l’Enfer. C’est cette société chrétienne qui a donné naissance à la civilisation occidentale, ses institutions, ses universités, ses écoles, ses hôpitaux, ses corporations ouvrières, ses cathédrales,... la naissance de l’État Français sur près de 1000 ans.
                      L’hérésie protestante, ayant pour origine les nouvelles idées des humanistes du XIV et XVème siècle, a introduit le fait que l’homme n’avait pas de libre-arbitre, tout est prédestiné, il n’a donc pas besoin de faire de bonnes oeuvres pour mériter sa place auprès de Dieu.
                      N’ayant plus de comptes à rendre, tout lui est alors permis, il peut jouir sans contraintes de tous les plaisirs et abus de la vie, dans l’immédiateté, (pratique de l’usure et naissance du capitalisme sans travail, exploitation de l’homme par l’homme, etc...) sans obligation de respecter aucune morale, amenant sur le long terme, la déconstruction d’une société que avait été patiemment bâtie sur plusieurs siècles.


                      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 09:40

                        @Jonas Vous avez raison concernant l’apport du Christianisme. Maintenant votre vision du protestantisme est très réductrice. Si c’était vrai que pour les protestants tout est permis, pourquoi sont-ils devenus plus exigeants en matière morale que les catholiques (voir les mouvements puritains dans le nord de l’Europe et aux USA), s’ils avaient voulu « le capitalisme sans travail », pourquoi ont-ils été plutôt plus acharné au travail que les autres. Les études sociologiques, en particulier la plus célèbre, celle de Max Weber sur « L’éthique protestante et l’Esprit du capitalisme », comme les travaux d’A. de Tocqueville (« De la démocratie en Amérique ») montrent clairement le contraire. 


                      • Jonas 24 février 09:54

                        @Bernard Mitjavile "Si c’était vrai que pour les protestants tout est permis, pourquoi sont-ils devenus plus exigeants en matière morale que les catholiques (voir les mouvements puritains dans le nord de l’Europe et aux USA), s’ils avaient voulu « le capitalisme sans travail »"

                        Les USA sont le premier état maçonnique au Monde, une évolution quasi naturelle du protestantisme.
                        Huit personnes sur la planète détiennent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale,
                        Une dérive du mondialisme et de ses multinationales qui accroissent les inégalités dans Monde, par le capitalisme à outrance prêché par les protestants, dont la partie de l’Europe protestante et les USA ont été les fers de lance.


                      • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 10:14

                        @Jonas Vous êtes un peu excessif et simplificateur dans votre critique du Protestantisme. Bon, je ne vais pas essayer de vous convaincre.


                      • Jonas 24 février 09:14

                        "De plus la persécution contre les protestants sera une arme dans la main des philosophes des lumières pour accuser l’église catholique d’intolérance et d’opposition à la liberté« 

                        Discours à sens unique, mais Bernard Mitjavile semble oublier que tout n’est pas noir ou blanc.
                        L’Église Catholique luttait contre le régime totalitaire mis en place par Calvin à Genève vers la moitié du XVIème siècle : interdiction de la liberté d’expression, de la poésie, de l’art créatif, des tableaux, de la musique,mise en place d’une police politique, brûlement des hérétiques :
                         »Dieu n’a pas besoin de pompes. Plus de ces engourdissements voluptueux de l’âme, plus de musique ni d’orgue pendant le service divin ! Les cloches d’églises elles-mêmes devront dorénavant se taire à Genève : ce n’est pas avec un airain grossier que le vrai croyant doit être appelé à son devoir.« 
                        [...]
                         »D’un seul trait de plume, Calvin supprime toutes les fêtes du calendrier, Pâques et Noël, que l’on célébrait déjà dans les catacombes romaines, les jours des Saints, les vieilles coutumes traditionnelles. Le Dieu de Calvin ne veut pas être fêté, ce qu’il veut avant tout, c’est être respecté et craint.« 
                        [...]
                         »Un frisson le saisit chaque fois qu’il contemple ses semblables ; jamais un fondateur de religion n’a rabaissé pareillement la dignité de l’homme, qui n’est à ses yeux, « qu’une bête indomptable et féroce », et pire encore, « une ordure ». N’écrit-il pas textuellement dans son « Institution chrétienne » :
                        « Si l’on juge l’homme d’après ses dons naturels, on ne trouve pas en lui, des pieds à la tête, la moindre trace de bonté. Le peu qu’il y a de louable en lui, il le doit à la grâce de Dieu... Toute notre justice est injustice, notre mérite foutaise, notre réputation honte...et les meilleures choses qui proviennent de nous sont contaminées, viciées, corrompues par les impuretés de la chair ».
                        Celui qui du point de vue philosophique, considère l’individu comme un produit si détestable et si mal venu de la Création, n’admettra, bien entendu, jamais, en tant que théologien et qu’homme politique, que Dieu lui ait accordé la moindre sorte de liberté ou d’indépendance. Une créature aussi corrompue doit être impitoyablement mise en tutelle, car si « on l’abandonne à elle même, son âme n’est capable que de faire du mal ».

                        [...]
                        « Pour ce rabaissement draconien de la personnalité, pour ce dépouillement complet de l’individu au profit de la collectivité, Calvin applique une méthode particulière, la fameuse »discipline« . Dès la première heure, cet organisateur génial enferme son »troupeau« , sa »communauté« , dans un réseau serré d’articles et d’interdictions, les fameuses »ordonnances« , et créé en même temps un office spécial pour en surveiller l’exécution, le »Consistoire« , dont la tâche est définie d’une façon extrêmement équivoque : »surveiller la communauté afin que Dieu soit proprement honoré« . »
                        [...]
                        « Bien entendu, à partir du jour où ce contrôle universel est introduit à Genève, il n’y a plus en fait de vie privée. Conformément à l’opinion de Calvin selon laquelle tout homme est constamment disposé au mal, chacun est considéré d’avance comme suspect de péché et doit par conséquent accepter qu’on le surveille. Toutes les maisons ont soudain leurs portes ouvertes et tous les murs sont en verre. À n’importe quel moment, la nuit comme le jour, le marteau de votre porte peut retentir et un membre de la police ecclésiastique apparaître pour la »visitation« sans que vous puissiez vous y opposer. »
                        Stefan Zweig - « Conscience contre violence » p66-69


                        • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 09:31

                          @Jonas Bien sûr, Calvin n’était pas un exemple de tolérance au sens moderne du terme. En particulier, il faut mentionner la condamnation du grand scientifique Michel Servet au bûcher, brûlé vif car il ne voulait pas déclarer que « Jésus était le fils éternel de Dieu » mais que Jésus était le fils du Dieu éternel. Servet remettait en cause les premiers conciles. Ceci dit, Calvin a eu un impact considérable sur le monde anglo-saxon, en particulier aux Etats-Unis plus qu’en France à travers des gens comme John Knox et les baptistes et on peut dire qu’il a fait une contribution considérable à l’histoire de la théologie et du Christianisme, rejetant les interprétations laxistes de la doctrine de Luther sur « seul la foi sauve ». Bien sûr, il faut voir les personnes dans leur contexte historique sans pour autant justifier des choses comme l’envoi de Servet au bucher (Calvin n’était pas seul dans cette affaire, Servet était aussi poursuivi par l’inquisition et protestants comme catholiques refusaient une remise en cause des premiers conciles). 


                        • Jonas 24 février 09:24

                          "De plus la persécution contre les protestants sera une arme dans la main des philosophes des lumières pour accuser l’église catholique d’intolérance et d’opposition à la liberté« 

                          Là encore, il faut être plus nuancé. Les philosophes des Lumières, violemment anti-catholiques, ont oeuvré pour remplacer la vision de l’homme Biblique, Dieu qui considérait l’homme à son image, toute l’Humanité unie car pouvant recevoir la Parole de Dieu, par un matérialisme philosophique qui DÉSACRALISE et déconstruit l’Humain, au point de considérer qu’il n’y ait plus aucune frontière entre l’homme et le monde animal, donnant lui à l’ouverture des théories sur la hiérarchie des races.
                          Ses penseurs (Voltaire, Diderot, Buffon, Locke, Restif de la Bretonne, d’Holbach....) diffusaient leur idéologie afin de reformater l’Homme et la société pour donner naissance à un homme nouveau, excluant toute limite morale ou principes imposés par Dieu.
                          Ces idéologies matérialistes influenceront grandement les régimes meurtriers athées du XXème siècle (marxisme, socialisme, communisme, trotskisme, léninisme, nazisme, stalinisme, castrisme, maoïsme...) à l’origine de plus de 100 millions de morts, femmes, enfants, vieillards, civils, militaires dans des camps de concentration et génocides de masse en moins d’un siècle.

                           »Notre aumônier prétend que les Hottentots (namibiens, peuplade d’Afrique), les Nègres et les Portugais descendent du même père. Cette idée est bien ridicule.« 
                          Voltaire - »Les lettres d’Amabed« (1769) - Romans et contes - garnier-Flammarion p537

                          « C’est une grande question parmi eux s’ils sont descendus des singes, ou si les singes sont venus d’eux. Nos sages ont dit que l’homme est l’image de Dieu : voilà une plaisante image de l’Être éternel qu’un nez noir épaté, avec peu ou point d’intelligence ! Un temps viendra, sans doute, où ces animaux sauront bien cultiver la terre, l’embellir par des maisons et par des jardins, et connaître la route des astres. »
                          Voltaire - »Les lettres d’Amabed« (1769) - Romans et contes - garnier-Flammarion

                           »La race des nègres est une espèce d’homme différente de la nôtre, comme la race des épagneuls l’est des lévriers. La forme de leurs yeux n’est point la nôtre, leur laine noire ne ressemble point à nos cheveux, et si on peut dire que leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est fort inférieure. Ils ne sont pas capables d’une grande attention.« 
                          Voltaire - »Essais sur les moeurs et l’esprit des nations« (1740-1756)

                           »Les nègres sont grands, gros, bien faits, mais niais et sans génie.« 
                          Diderot - »L’Encyclopédie« - Humaine espèce (1755)

                           »Les albinos, ces animaux ressemblant à l’homme, n’ont d’homme que la stature du corps, avec la faculté de la parole et de la pensée dans un degré très éloigné du nôtre.« 
                          Voltaire - »Essais sur les moeurs et l’esprit des nations« (1740-1756)

                           »Enfin je vois des hommes qui me paraissent supérieurs à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.« 
                          Voltaire - »Traité de métaphysique« (1734-1737)

                           »Il faudrait cloîtrer ces Nègres avec leurs femelles et conserver scrupuleusement leur race sans leur permettre de la croiser ; c’est ainsi seulement que l’on pourrait savoir combien de temps il leur faudrait pour réintégrer à cet égard la nature de l’homme.« 
                          Buffon - »Histoire naturelle« (1766)

                           »C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre.« 
                          Voltaire - « Dictionnaire philosophique » « Tolérance », section I (1765).

                          « surtout qu’aucun Juif ne fasse le tour de ma maison en sonnant de la trompette, ne fasse tomber les murs, et ne m’égorge, moi, mon père, ma mère, ma femme, mes enfants, mon chat et mon chien, selon l’ancien usage des Juifs. ».
                          Voltaire - « Dictionnaire philosophique » « Tolérance », section V (1765).

                          « On ne voit, au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l’hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d’exercer l’usure avec les étrangers ; et cet esprit d’usure, principe de toute lâcheté, est tellement enraciné dans leurs cœurs, que c’est l’objet continuel des figures qu’ils emploient dans l’espèce d’éloquence qui leur est propre. Leur gloire est de mettre à feu et à sang les petits villages dont ils peuvent s’emparer. Ils égorgent les vieillards et les enfants ; ils ne réservent que les filles nubiles ; ils assassinent leurs maîtres quand ils sont esclaves ; ils ne savent jamais pardonner quand ils sont vainqueurs ; ils sont les ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps chez cette nation atroce. »
                          Voltaire - « Essai sur les mœurs et l’esprit des nations " Chapitre VI, 1740, Œuvres de Voltaire, Paris, 1819, tome 13, page 298.


                          • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 24 février 09:46

                            D’accord avec en particulier votre critique de Voltaire, cela n’empêche que Voltaire lui-même a utilisé la persécution contre les protestants, même si lui même était éloigné du protestantisme bien qu’il ait pris la défense de protestants, pour justifier sa formule « Écrasons l’infâme ».


                            • Christian Labrune Christian Labrune 24 février 22:43

                              @Bernard Mitjavile
                              Vous connaissez mieux que moi le protestantisme, et j’ai fait mes choux gras de vos observations touchant à l’influence du puritanisme en Angleterre et en Amérique, sans me risquer à contester cet apport, mais je pencherais plutôt assez spontanément vers un point de vue qui ressemblerait à celui de Jonas. La Genève de Calvin, ça n’est pas très différent de Raqqa ou de Mossoul à l’époque du Califat : on entre dans les maisons pour vérifier s’il n’y a pas des livres interdits, les femmes ne peuvent s’habiller que de noir, et toute entorse à ces principes est punie de quelques semaines d’emprisonnement. Vous avez évoqué le triste sort de Michel Servet, l’un des plus grands esprits de ce temps, mais il n’a pas été le seul, et pour avoir proposé une version de la Bible concurrente de celle de Calvin, le grand humaniste Castellion a bien failli connaître exactement le même destin. Seule une crise cardiaque providentielle aura pu lui épargner l’incommodité de la fumée et des flammes.

                              Le courant janséniste en France, qui s’inspirait tant d’Augustin n’était pas si éloigné des thèses de Luther sur la prédestination. Tous les historiens s’accordent pour considérer qu’il était porteur, comme le protestantisme, d’une idéologie plutôt teintée de républicanisme, laquelle s’est beaucoup développée dans ces parlements des provinces que Louis XIV s’était efforcé de ratatiner, mais au bout du compte, le jansénisme n’aura pas été bien bénéfique, le protestantisme non plus, et si l’histoire avait pu faire l’économie de ces égarements, on s’en fût trouvé mieux.

                              Le christianisme aurait dû mourir de sa belle mort à la fin du XVe siècle. Le culte marial, le culte des saints et de leurs reliques avaient transformé cette religion en un véritable polythéisme assez folklorique, une vraie religion populaire qui aurait pu durer indéfiniment, un peu comme le shintoïsme au Japon, sans engendrer jamais le moindre fanatisme. Les querelles fort subtiles des réformés et des jansénistes à propos de la grâce ont, si j’ose ce néologisme, ré-intellectualisé la religion et complètement égaré les élites sociales et politiques dans des débats abscons et passionnés qui n’étaient déjà plus de saison à l’époque où venait d’apparaître le rationalisme scientifique. Il n’aura été possible de vraiment s’extraire de cette impasse que fort lentement, à partir du XVIIIe siècle, et après les horribles convulsions de la période révolutionnaire.


                            • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 25 février 08:09

                              @Christian Labrune Ce n’est pas Luther mais Calvin qui avait développé des thèses sur la prédestination. Luther lui insistait sur l’importance de la grâce et de l’Ecriture. Vous avez sans doute confondu. 

                              Selon vous le christianisme aurait dû « mourir de sa belle mort au 15è siècle ». C’était au contraire une période de grand renouveau avec les précurseurs de la réforme protestante comme Jean Huss en Bohème. En France on a eu rien moins que Jeanne d’Arc dont la foi chrétienne n’avait pas l’air de mourir. Bon, je n’essaierai pas de vous convaincre mais je vous suggère d’essayer d’éviter des raccourcis comme mettre dans le même sac un chrétien mort pour sa foi et un djihadiste qui massacre les autres.

                            • Christian Labrune Christian Labrune 25 février 12:17

                              @Bernard Mitjavile
                              Sur la question de la prédestination, vous avez raison. Mais enfin, chez Luther comme chez Calvin, on ne fait pas son salut par les oeuvres, comme chez les Jésuites. Si Dieu veut que vous soyez damné, vous le serez, quoi que vous fassiez, et s’il a décidé de vous envoyer en paradis, vous pourrez toujours pécher aussi fortement que vous le voudrez, ça n’y changera pas grand chose.

                              Quand vous me dites que le XVe siècle est une période « de grand renouveau », je vois que nos conceptions sont à peu près aussi irréconciliables que peuvent l’être celle d’un athée et celle d’un croyant, mais la discussion n’en est que plus plaisante.
                              Dans la décomposition du christianisme en un charmant polythéisme, je vois un progrès considérable des Lumières. Vous y voyez une régression et un affaiblissement de la foi, engendrant immédiatement par réaction une sorte de retour de la « spiritualité » dont vous parliez quelque part, mais je dois avouer que ce mot-là, pour moi, n’a aucun sens précis. Je ne comprends pas toujours très bien Wittgenstein, mais je suis quand même d’accord avec la dernière phrase du Tractatus : « ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire ».

                              Votre reproche concernant mon parallèle entre les djihadistes et les martyrs chrétiens, ainsi formulé, est tout à fait pertinent. Mais ce que je voulais dire (je parlais de Protais et Gervais) c’est qu’un chrétien qui refuse de se soumettre aux lois de la Cité romaine, lesquelles imposent de sacrifier d’une manière très symbolique et formelle à des dieux auxquels les anciens ne croyaient guère (cf. Cicéron), est exactement comparable aux salafistes et aux Frères qui prétendent faire prévaloir la charia sur les lois de la République. Pour le reste, l’idée ne me viendrait évidemment pas de comparer le contenu doctrinal des Evangiles à celui du Coran, qui est vraiment aux antipodes. 


                            • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 26 février 09:56

                              @Christian Labrune Je ne sais d’où vient votre conception du christianisme mais certainement pas du Nouveau Testament. Vous dites « si Dieu veut que vous soyez damné » or le Nouveau Testament nous dit que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la vérité.. » (Épître de Pierre) ou « Notre sauveur qui veut que tous les hommes soient sauvées » (lettre à Timothée) etc..




                            • Christian Labrune Christian Labrune 26 février 12:28

                              @Bernard Mitjavile
                              Quand Luther placarde à Wittemberg ses thèses contre les indulgences, l’dée sous-jacente est bien que l’homme n’est pas libre de choisir ce qui lui arrivera dans l’autre monde. Le salut vient d’une grâce particulière de Dieu, accordée gratuitement selon une logique à laquelle la créature humaine ne peut avoir accès. On ne pourra jamais « faire » son salut.

                              Ces sortes de distinctions subtilités supposent tout un style de réflexion philosophique beaucoup plus tardif que les Evangiles, dont la morale reste fort simpliste et tout juste bonne pour le charbonnier.

                              Une question très intéressante qui préoccupe les grands mystique, Jean de la croix ou Thérèse d’Avila, c’est déjà aussi celle de l’intérêt personnel : est-il bien moral de prier pour être sauvé ? Il n’y faut pas penser, disent-ils, il faut aimer Dieu et non soi-même, mais les moralistes classiques ne manqueront pas, La Rochecauld et même avant lui Pascal, à mettre en lumière les pièges de l’amour-propre qui est « amour de soi et de toutes choses pour soi ». La question de l’intérêt vient donc corrompre toute quête spirituelle, et l’ermite rencontré dans la forêt par Don Juan dans la pièce de Molière prie « pour les gens de bien qui lui donnent quelque chose » : La question de l’intérêt personnel, dans une religion du salut, est au coeur même de tout débat.

                              Si on y regarde de près, on voit qu’un certain mysticisme poussé jusqu’à ses ultimes conséquences aboutit nécessairement à l’athéisme, et c’est bien ce qui se sera passé à l’époque classique. J’évoquais plus haut La Rochefoucauld. Dans la première édition, plusieurs maximes évoquaient Dieu. Dans l’édition de 1674, elles sont toutes supprimées. Ne faisons pas de La Rochefoucauld un athée, mais le dénonciateur de l’amour-propre pour qui « les vertus ne sont que des vices déguisés » voit bien que la religion chrétienne est constamment en contradiction avec elle-même, et que, si on se refuse à recourir comme Pascal au suicide de l’intellect, il n’y a plus rien à en dire de pertinent.
                               

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