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Accueil du site > Tribune Libre > Le sac de Paris, crash test face à la fronde jaune de décembre (...)

Le sac de Paris, crash test face à la fronde jaune de décembre 2018

 

 Etrange décembre 2018, cinquante ans après mai 68. Deux insurrections aux causes et ressorts bien différents. A entendre le pouvoir, une horde de casseurs et de barbares se prépare à investir Paris. Les références historiques ne manquent pas. Sont-elles éclairantes ? Le sac de Rome eut lieu en 410 alors que la chute de l’Empire est datée en 476. Les événements violents annoncent la fin des sociétés. Est-ce toujours le cas ? En 1871, la Commune de Paris aurait-elle annoncé la fin de la Nation française ? Non, la Commune, épisode sanglant de notre histoire, a plutôt renforcé le pouvoir mais avec un événement remarquable, l’avènement de la Troisième République, seule réponse à la crise sociale de cette époque à laquelle s’est ajoutée la famine ainsi que la défaite face à la Prusse. Une République fragile sur la fin et qui a tenu jusqu’en 1940. En 2018, la révolte des gilets jaunes ressemble sur quelques points à la Commune et très peu à mai 68, mouvement estudiantin très improvisé alors que décembre 2018 est conduit avec un minimum de stratégie, de part et d’autre, avec l’utilisation inédite des réseaux sociaux et des blocages organisés. Ce qui démarque les gilets jaunes des autres insurrections modernes, c’est la faiblesse de « politisation positive » au sens idéologique et classique du terme. En revanche, les franges radicales et violentes se revendiquent comme « politisées négativement », des black-blocs à l’ultradroite. Les premiers contre le capitalisme et la finance, les seconds, identitaires, contre l’immigration et le mondialisme. A ces mouvances s’additionnent les casseurs devenus ordinaires, prêts à exprimer leur colère juvénile ou à piller, les mêmes qui sévissent dans les manifestations fléchées organisées par les syndicats.

 

 L’insurrection en vue est composée de franges sociales apolitiques mais devenues radicalisées et de mouvances politiques elles aussi radicalisées. Cela étant établi, même si la situation se calme d’ici quelques semaines comme on peut le prévoir (mais nul n’est prophète), le contexte social, économique et politique qui a fait émerger cette insurrection restera et même s’aggravera. Les tendances actuelles ne peuvent que s’accentuer. Les mesures d’accompagnement, les aumônes et primes proposées à la cantonade ne peuvent suffire à changer la donne. Les indicateurs économiques et financiers sont dans le rouge. Il n’y a plus de cagnotte.

 

 Paris se prépare à un crash test, à l’image des stress tests inventés par les experts pour voir la résilience des banques faces aux fluctuations du système financier. La France est face à deux tests. L’un mené par les forces de l’ordre face à la puissance du désordre, l’autre mené par le régime actuel républicain face aux revendications et aux souffrances du peuple. Le test de la sécurité est en marche. On pourrait même penser que ce samedi 8 décembre sera l’occasion pour le pouvoir de tester sur une opération de grande ampleur la réactivité des forces sécuritaires. Rien de comparable avec des exercices de secours effectués régulièrement par les pompiers. L’expérience est en situation réelle. C’est sans doute ce qui se pense dans les cercles du pouvoir. Tester et mesurer la réactivité policière et même militaire en vue d’une insurrection encore plus violente qui pourrait advenir dans quelques années. Car si le système ne change pas, le risque d’insurrection ne changera pas.

 

 Ces options usant de la force relèvent de la voie de la puissance héritée de Thucydide. Affrontements, confrontations de rue et de partis, société fracturée, colères, mouvement social diffus et éclaté sur le territoire, renforcement de l’Etat sécuritaire. Il existe la voie de Platon, celle des philosophes, de la modération, du dialogue. Il est temps de se mettre à la table du banquet et de réfléchir à des possibilités de changer les règles du jeu social et économique. C’est indispensable et si les règles ne changent pas, alors rien ne changera dans le pays et l’insurrection se calmera, moyennant quelques mesures et quelques « fusibles » sacrifiés par le régime, puis reviendra.

 

 On rappelle que la Commune de Paris s’est soldée par un changement de régime. Que mai 68 a confirmé le régime en amenant un changement de société graduel, de Pompidou à Mitterrand I. Le mouvement des gilets jaunes impose un changement de société. La transition écologique est-elle la solution ou le problème ? Dans la seconde hypothèse, il faudra trouver une alternative. Le débat public ne prend pas cette voie, malgré l’intense agitation intellectuelle hélas désordonnée et pour l’instant stérile où nul concept de société ou de monde n’émerge en cette époque où les conceptions du monde sont achevées dans les deux sens du terme. Où se situe 2018 ? Plutôt du côté de 1871. La famine n’existe plus, elle est remplacée par la baisse du pouvoir d’achat. La fronde est diffuse. Mais l’Europe est en paix, bien que gagnée par une crise politique à bas bruit. Que nous dit la crise des gilets jaunes sur notre société ?

 

 Rome a chuté 66 ans après le sac de 410. Les oracles ne disent pas le futur de la France après 1968. L’Histoire nous dit seulement ce qui s’est passé entre 1968 et 2018. Peut-être faut-il prédire le passé pour voir le futur se dessiner !

 


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4 réactions à cet article    


  • christophecroshouplon christophecroshouplon 7 décembre 15:52

    Universitaire et naif, bref vide


    • seken 7 décembre 17:04

      Paris existe selon les loi de la physique et l’a déja prouvé 15 fois. Raze la ville, tue et éparpille les 14 millions de parisien, a la fin de l’Année y en aura déjà un demi millions réimplanté dans les ruines.

      D’autres sont ainsi. A vrai dire énormément d’autres. Elle a l’air détruite Rome, selon toi ? Et Stalingrad ? Et Sarajevo ? Et Berin ? Bagdad ? Damas ? Tombouctou ? Béyrouth ? Pourtant elle ont eu une face champ de ruine véritable.


      • astus astus 8 décembre 10:14

        Bonjour Bernard,

        Ce qui est frappant dans notre pays, à tous les sens du mot, c’est l’impossibilité de notre peuple, celui d’en haut et d’en bas, de pouvoir se parler et se comprendre pour réussir à négocier ensemble. Nous cherchons masochiquement les maux sans les mots.

        Il est vrai cependant que les réseaux dits sociaux (dissociaux ?) pourraient pourtant servir aussi de relai utile face à une démocratie représentative jugée légitimement trop hautaine et lointaine pour organiser des votations sur des sujets précis où chacun pourrait donner un avis ou proposer des solutions.

        Mais cette époque est non seulement narcissique (les droits sans les devoirs, tout tout de suite, toujours plus, moi d’abord) mais aussi disruptive (élection de Trump, Brexit, réveil des nationalismes, perte de confiance dans l’ Europe et la politique, problèmes écologiques, artificialisation du monde, ubris générale). Et finalement, comme disait ma grand-mère, les chats font pas des chiens.

        A+


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 8 décembre 11:20

          Bonjour Christian, 

          en effet, le narcissisme joue beaucoup comme défense immunitaire du moi qui se sent en danger dès lors qu’il s’ouvre à une pensée qui s’oppose à ces convictions idéales du Moi. De plus, la rencontre entre des élus politisés et un mouvement apolitique ne peut pas donner de consensus. Sans consensus un pays est difficile à gouverner et sans horizon, le pays navigue à vue

          à bientôt

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