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Accueil du site > Tribune Libre > Le Syndrome de l’anti-larbin, ou la lutte des classes

Le Syndrome de l’anti-larbin, ou la lutte des classes

Tout prendre sous l'angle de "la lutte des classes" est un entêtement jusqu'à l'intégrisme, d'où des débats picrocholins comme celui-ci, savoir : "qui est bourgeois voire riche et mérite l'enfer-sur-Terre (le ressentiment, la vindicte voire la destitution et la mort) de ne pas en être conscient ? qui est prolétaire voire pauvre et mérite le paradis-sur-Terre (l'amour, la bienveillance voire l'encensement et la belle vie) de ne pas être un bourgeois ?" etc. C'est d'une fatuité sans nom. Mais dans un sens marxiste (prolétaires contre bourgeois) comme dans l'autre, à la Thomas Hobbes (bourgeois contre prolétaires) : messieurs les Anglais, selon la politesse, tirèrent les premiers.

Source encyclopédique



Bien sûr, il y a çà et là des "syndromes du larbin" comme il y a en couple des syndromes de Stockholm, c'est vieux comme le monde, et on appelle ça des lèche-culs - parfois des soumis hélas, il est vrai, - reste qu'en face il y a bel et bien un "syndromes de l'anti-larbin" qui prend toute subordination pour du larbinat, et toute sur-ordination pour de la tyrannie : c'est pitoyable. La seule question qui vaut la peine d'être méditée, est celle de la réciprocité, du respect et de l'affection hiérarchiques. Car même dans les groupes anarchistes, tu as toujours une grande gueule, un(e) petit(e) malin(g)n(e) ou un(e) charmeur(se), pour avoir un pouvoir d'influence sur les démarches du groupe ... cela dit les anars s'en prennent plus aisément aux grandes gueules, car ils sont plus petit(e)s malin(g)n(e)s et charmeur(se)s que le reste. En fait généralement, ceux qui combattent "le pouvoir" avec le plus de frénésie, sont ceux qui sont les plus dupes des endoctrinements et autres manipulations au sein de leurs groupes révoltés.
 
L'Homme révolté (Albert Camus) c'est bien, mais ça ne suffit pas : l'homme (ou la femme) ne peut pas être que cela - révolté(e), - quoiqu'on soit tous plus ou moins révolté(e)s par ci ou ça. Seulement, beaucoup croient que cette révolte seule suffit à fonder la justice ; eh bien, pas du tout. La justice fonctionne aussi par ranking, et les révoltés sont les premiers à le pratiquer avec terreur et acharnement, au hasard : pour les prolétaires et contre les bourgeois ...

On ne philosophe pas avec des concepts tels que "droite" ou "gauche". Un positionnement politique veut tout et rien dire selon l'engagement, le vécu et l'interprétation de chacun(e) sur l'échiquier politique : ce serait plutôt des illusions électoralistes en vérité, bonnes pour donner du pouvoir quand tu sais qui est le plus susceptible d'être plébiscité par l'opinion publique et que tu veux être élu, donc.

Mais certes, c'est parce que les peuples sont des puissances, que les chefs et entre eux les officiers - civils, professionnels ou militaires - doivent entrer dans une réciprocité, un respect et une affection de coopération asymétrique le plus sincère possible. C'est justement parce qu'il y a rapport de forces ou possibilité de rapport de forces, qu'il y a paradoxalement équilibre. De toutes façons aucune société ne s'est jamais passée d'influences diverses, de contre-pouvoirs. Le contraire engendre le déséquilibre. Il faut ce qu'on appelle les corps intermédiaires de manière générale, sans parler des tensions alternatives. Tout cela est un tout organique.

...

Pourquoi la grande majorité des joueurs de Mass Effect (un jeu vidéo) jouent à Mass Effect ? Le charme du jeu vient-il du "larbinat militaire" de notre héros ? ou de ses révoltes ? ... Laissez-moi répondre pour vous : des deux. Et ainsi de suite pour tous les jeux.

Beaucoup de productions mass-culturelles n'auraient aucun scénario, si les sociétés n'étaient pas organiques comme ça. La plupart du temps on a un soldat, un groupe de rebelle, un hors-la-loi, etc. Tout tourne autour du problème de la hiérarchie (du sommet à la base, en passant par les classes intermédiaires) et du système (de l'intégration à la marge, en passant par l'observance, la soumission ou l'aliénation) entre diverses institutions ou groupements situables dans la hiérarchie ou rapport au système. C'est comme ça que tout fonctionne, et aucun historien ni anthropologue ne connaît une société fonctionnant sur d'autres principes.

Le problème ce n'est donc pas le militantisme, mais quand les militants prennent leur militance pour leur doudou, au déni des réalités, à commencer par leur autocritique : ils préfèrent leur matrice, ses trucs et ses triques. Les meilleures causes du monde n'ont pas toujours raison, surtout pas dans ces cas-là, à preuve ... les marxismes de la Terre entière. Et au final on parle d'anges et de démons, manichéen(ne) dans la démarche.
 
...

Car c'est ce qui est jouissif avec le jeu vidéo Final Fantasy XV : jouer un type au sommet de la hiérarchie, mais à la marge du système, donc parfaitement irresponsable jouasse jouisseur de son lifestyle, tout en pouvant prétendre au bercail des bercails. Certain(e)s joueur(se)s adorent.
 
...

C'est un vieux débat dans les milieux militants malgré tout, assez piteux débat il faut le dire, parce qu'en attendant certains espéraient la révolution, mais les militants débattaient sur qui méritait d'être sauvé ou non, comme s'ils étaient la masse divine prophétisant qui valait le communisme-paradis, et qui valait le capitalisme-enfer. Le problème, c'est qu'on n'a jamais bien su ce qui devait nous attendre au paradis.

Cette vie future avait été prophétisée par un homme, après tout - Karl Marx, - qui vivait à l'ère industrielle naissante, et qui escomptait que les machines nous libèrent tous. Il misait sur le machinisme, sur le technicisme, sur le sophisticisme si l'on veut. Il voulait que nous vivions le bien-être de la délivrance du travail soumis à un cadre et son patron, au profit d'un travail épanouissant. Aujourd'hui, la plupart des gauchistes qui mirent leur foi dans ce projet, ont investi dans l'immobilier ou bien tiennent leur petite entreprise ou auto-entreprise. Leur restaurant végan ou leur épicerie bio, etc.
 
...

De manière générale, la prophétie marxiste voulait nous délivrer du commerce, et voilà qu'ils se sont tous mis à commercer. Peut-être que cette prophétie devait se réaliser dans les termes d'un commerce équitable relativement artisanal et/ou de proximité ? Ou bien dans une start-up sur la base d'hommes dynamiques maîtrisant leur processus de production de A à Z, dans la mesure où la sophistication des machines allait devenir informatique/numérique ? Ces hommes sont-ils libres au sens communiste ? Certes non, puisqu'ils dépendent largement d'un patron et ses cadres, s'ils ne sont pas patrons et cadres eux-mêmes.

L'idéal alors, c'était peut-être la Société COopérative de Production (SCOP) ou la Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) où les travailleurs détiennent relativement le capital de l'entreprise et élisent leur dirigeant-gestionnaire, etc. qui ne sont pas payés plus qu'un autre ? Chacun à sa place fonctionnelle ? En tout cas il y a comme une idée communiste, dans leur fonctionnement en "démocratie des travailleurs" (Wilhelm Reich) ou encore quelque chose comme du conseillisme et/ou du communalisme d'entreprise. Alors quoi ?
 
...

Karl Marx modélisa très bien le capitalisme, le premier avec Friedrich Engels qui lui donna cette opportunité mécène : première illustration d'une convergence de classe ! à la racine même de ce qui devait susciter la lutte des classes. Oups.
 
De plus, le marxisme ou certains de ses concepts sont toujours d'actualité en théorie économique et sont même enseignés en écoles de commerce, etc. Néanmoins sur la dimension anthropologique qui nous concerne (la lutte des classes), il a beaucoup fait couler d'encre. Quelqu'un qui le critiqua très bien, c'est Jean Baudrillard.

En substance, Jean Baudrillard s'est servi des acquis de l'anthropologie (Claude Lévi-Strauss, Marcel Mauss, etc.) depuis Karl Marx, pour remettre en cause la lutte des classes. Il y a en fait des formes de convergences comme de divergences de classes ou strates sociales, c'est évident, mais ça n'est pas comme si les chefs ne devaient pas faire avec leurs officiers et autres opérateurs, en coopération asymétrique, non plus.
 
...

Ainsi tous ces cas de conscience sur l'épicier ou le médecin sont picrocholins, juste bons pour des militants dans la veine du Péril jeune.

 



C'est ce qui s'est historiquement passé dans les milieux militants. Que cela puisse piquer ne fait qu'entériner le sectarisme qui a pu y régner et y règne encore, vil à te dégeulasser son monde au nom de "la bonne cause". Seulement elle n'a jamais eu toujours raison, la pauvresse - et ce n'est pas comme si mon propos tenait là-dedans, camarade Staline. Comment peut-on détester la vérité à ce point ?

...

Ecoute : le mot capitalisme te chiffonne ? Je vais te dire : les capitalistes sont les premiers à s'en foutre, et de ton chiffonnement, et du mot. La plupart d'entre eux - c'est-à-dire d'entre nous, - ce qu'ils/nous font/faisons, c'est du commerce et des affaires ; certain(e)s ce qui les fait tripper, c'est le lucre, c'est leur grande affaire. Du moins, juste avant les cimes, parce que sur les cimes tu manages tout ça pour le verrouiller comme toi tu aimes, c'est plus compliqué, et puis tu te starifies par Forbes pour faire de toi un pionnier-inventeur : c'est plus classe (sociale). Standing, quoi.

A partir de là, dire ou pas capitalisme en grognant ou pas, ça revient strictement au même, d'autant plus que les grandes banques et entreprises sont largement soviétiques dans leurs bureaucratismes planificateurs, surtout aux cimes. Donc bon. La sortie du moindre appareil technologique et c'est telle figure, petit père du peuple, qui t'ouvre des voies sur l'avenir, et tout le monde de s'y consumer parce que c'est plus classe (sociale). Standing, quoi. Un peu comme les foules marchaient devant le Kremlin en chantant, sauf qu'au lieu d'arborer le marteau et la faucille on s'empresse d'arborer le dernier cri, ou ce qui y ressemble parce que la majorité est pauvresse. Je la connais bien, la bougre.

A partir de là, tu as Michel Onfray dans Décadence qui conclue dramatiquement genre que le capitalisme c'est la vérité de l'économie et Alain Badiou de s'échiner à te faire croire que c'est toujours néolithique, l'avenir c'est le communisme, deuxième véritable révolution anthropologique. Seulement c'était toujours-déjà là, avec ou sans désignation, désignation qui ne sert qu'à nous diviser pour rien. L'idéologie ... !
 
...

Alors tout de même, il faut arrêter de confondre le marxisme de l'économie politique du capitalisme - qui est toujours enseigné en grandes écoles de commerce et autres idoines, ou qui du moins reprend quantité de concepts marxistes, la belle hypocrisie - et le marxisme de la théorie historiciste de la lutte des classes prophétisant l'avènement du communisme naïvement d'avoir supprimé le capitalisme.

Justement, c'était une naïveté de Marx, d'avoir cru que renverser le capitalisme suffirait. Or, c'est cette naïveté aujourd'hui, qui est prise pour "tout" le marxisme, mais en fait on ne parle que de léninisme-stalinisme-maoïsme-guévarisme-castrisme, c'est-à-dire tout sauf l'économie politique du capitalisme chez Marx, au juste, mais uniquement sa théorie historiciste de la lutte des classes prophétisant le communisme. Tout le monde anglo-américain en est toujours là, d'une vaine et stupide chasse aux sorcières rouges post-maccarthyste.
 
...
 
La dynamique de transformation ("les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde, il s'agit maintenant de le transformer" dixit Marx) est en fait dans le plus pur sens du terme, exactement la même que celle de l'optimisme entrepreneurial progressiste de l'affairisme capitaliste, par exemple tel qu'il se vend/présente par les temps qui courent, emblématiquement le "start-upism" de l'actuel président français. Cf. la fin du capitalisme selon Joseph Schumpeter. Alors quoi ?
 
Alors le communisme marxiste, c'est théoriquement possible, c'est de réalisme spéculatif (Quentin Meillassoux) qui porte précisément avec lui un idéalisme justicier. Parce que le marxisme exponentiel de la lutte des classes au rêve post-capitaliste miraculeux, c'est bien cela qu'un réalisme spéculatif d'idéalisme justicier, un héroïsme fantasque. Voilà la naïveté.
 
 
 
 
 
 
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27 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 17 août 12:35

    larbin est mieux, il a aucune retraite ni sécu, il crève en travaillant.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 15:53

      Pour vous c’est soit l’un soit l’autre. Un tel manichéisme ressort du syndrome de l’anti-larbin, qui s’agite frénétique avant tout contre sa propre nerviosité.


    • foufouille foufouille 17 août 15:58

      @Marzhin Tavernier

      Faut renoncer à tout tes droits en bon larbin.

      Et chier dehors ou sur le palier.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 17:23

      Qu’est-ce que je disais. Cela dit, nervosité ne s’écrit pas avec un i après le v.


    • foufouille foufouille 17 août 17:43

      @Marzhin Tavernier
      rappelle nous quand on eu des droits de tes bourgeois et larbins sans rie faire.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 18:05

      Quand vous renoncerez à m’alpaguer, les poules auront des dents. Et, accessoirement, vous comprendrez, à supposer que vous preniez la peine de lire l’article.


    • foufouille foufouille 17 août 18:08

      @Marzhin Tavernier
      personne ne t’interdit de bloquer qui tu veux en bon larbin.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 18:28

      Qui a dit que je le voulais seulement. Et c’est drôle alors, comme votre démarche devient une forme de harcèlement tyrannique.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 18:30

      Harcèlement moral, qui dénie à autrui sa souveraineté propre, dans une communication forte (Georges Bataille).


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 18:32

      => dans une communication forte, la souverainté propre. Qu’on soit clair. Nul n’a besoin de s’en prendre à personne, quand on est ainsi souverain.


    • titi 17 août 21:44

      @foufouille

      Le problème c’est que ceux qui dénoncent les larbins sont souvent des parasites qui ne vivent que de la solidarité justement imposée aux larbins.

      S’il n’y avait pas les larbins, vous seriez à la rue mon bon foufouille.

      Vous avez besoin des larbins, eux n’ont pas besoin de vous.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 18 août 12:24

      Bien taclé. Sinon qu’entre ces « larbins », justement, on est loin d’avoir que des « larbins ». Quid des personnes qui aiment l’intérim ? quid de celles qui aiment leur activité ? quid des personnes qui, sans y avoir leur coeur, se soucient de ne pas mal faire, voire bien faire, et sont reconnues dans leur démarche ou du moins jugent-elles qu’elles gardent ainsi leur dignité de principes, et se sentent-elles bonnes ? quid des entrepreneurs plus ou moins galériens, seuls, peu voire mal accompagnés au quotidien, qui aiment s’aventurer par le commerce autant que possible entre le bureaucratisme français et le mondialisme oligopolistique ? Et ainsi de suite. Ce ne sont pas des larbins, ce sont des auteurs. Mais, si parmi eux il y a des larbins hélas, il faut évidemment le combattre, à commencer par les larbins eux-mêmes, de serrer les dents à quêter des opportunités plus ou moins viables, parfois de comprendre qu’ils ne doivent leur larbinat qu’à leur mauvais comportement (non au sens de rebelle, mais de psychologiquement soumis voire maso), parfois même effectivement d’être aliénés en ce sens qu’ils ne prennent pas la conscience de leur déboire (éventuellement psychologique mais pas toujours) sachant que certains plus arriérés que d’autres ne le pouront naturellement jamais hélas. Et ainsi de suite. C’est cela, la véritable diversité. Pour le meilleur et pour le pire.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 août 15:34

      « un réalisme spéculatif d’idéalisme justicier  » ?

      ça ressemble à du gloubi-boulga




      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 15:54

        Vous feriez mieux de lire Quentin Meillassoux avant. Cela dit, vous pourriez trouver que c’est du gloubi-boulga, je ne vous en voudrai pas.


      • Claudec Claudec 17 août 16:48

        Que les chemins du progrès et de son partage soient semés d’embûches et que les pouvoirs, notamment politique, scientifique et religieux en soient comptables, rien ne paraît plus vrai ni plus légitime, mais n’est-il pas d’attitude plus sensée que celle qui consiste à vouloir mettre fin, à n’importe quel prix, à une évolution conduisant, en dépit de ses lenteurs et de ses ratées, au mieux être souhaité par le plus grand nombre ?Texte


        Lorsqu’ils ne réfutent pas la structure pyramidale de la société, il en est qui prétendent la renverser sur son sommet pour atteindre cet idéal d’égalité qui reposerait sur la disparition des riches. Fantasme des partisans d’un égalitarisme exigeant la mort des nantis, la base de la pyramide sociale doit ainsi écraser la société sous son poids, jusqu’à obtenir un nivellement généralisé, évacuant la richesse dans le triomphe des pauvres. Que ce triomphe, allant à contre courant du progrès, risque être celui de la pauvreté davantage que des pauvres, conduisant à la misère pour tous avant de sombrer dans l’inexistence sociale et la barbarie, n’est qu’un détail qu’il suffira de régler le moment venu. Quoi qu’il en soit, la pyramide inversée a ceci de remarquable qu’elle n’est plus une pyramide et tient davantage de l’entonnoir que de ce volume géométrique, universellement reconnu comme représentatif de toute organisation hiérarchisée et faite d’interdépendance entre ses membres.

        L’inversion de la pyramide sociale n’est que sa déformation, par l’illusion d’une idéologie sommaire prétendant hisser à un sommet qui n’en est plus un – et qui est même son contraire –, la masse des individus en constituant la base ; négation extrême de ces individus en tant que tels, au profit d’une puissance faite du nombre. C’est aussi oublier un peu facilement que si tous nous profitons – aussi inégalement que ce soit – de siècles de progrès, celui-ci résulte des impulsions d’une élite dirigeant la masse, pour le meilleur et pour le pire, ce qui en fait précisément l’élite. Qu’une partie de cette élite puisse usurper sa position dominante ou en abuser, qu’il arrive à certains de ses représentants d’opérer dans l’imposture et l’incompétence, est une toute autre affaire qui ne dément pas davantage l’organisation pyramidale de la société que la valeur représentative du volume qu’est la pyramide.

        La pyramide sociale inversée ne fait qu’exprimer une volonté de soumission de la raison à la force, de l’intelligence à l’instinct, de la civilisation à la barbarie, sachant au demeurant que les révolutionnaires les plus radicaux, les pires anarchistes, sont eux-mêmes structurés pyramidalement, avec leurs chefs (instigateurs, fomentateurs et meneurs en constituant l’élite) – le premier d’entre eux siégeant au sommet –, puis leurs cadres et leurs exécutants aux niveaux intermédiaires, même quand il arrive que les uns et les autres participent également à l’action.

        Le renversement de la pyramide sociale est un geste dicté par l’angoisse existentielle et la conception morbide d’un désespoir tournant le dos à la réalité plutôt que de l’affronter. Hors du temps et de la raison, il préfigure ce néant auquel nous aboutissons tous ; où la politique pas davantage que la sociologie ou la démographie, l’ordre que l’anarchie ou que la dernière des idéologies, n’ont plus leur mot à dire.

        La pyramide sociale ayant au moins le mérite d’être une représentation réaliste et suffisamment compréhensible, y compris par ceux qui la contestent, l’impossibilité absolue de la détruire peut les conduire à envisager son utopique retournement. Mais à quoi d’autre celui-ci pourrait-il conduire, qu’à édifier une autre pyramide ? Les exemples de l’aboutissement d’une telle utopie sont aussi nombreux que les échecs par lesquels se sont traduites les tentatives d’instauration du pouvoir de la base : des innombrables jacqueries qu’a connu de tous temps le monde à la révolution bolchevique et à l’effondrement du bloc soviétique, du fiasco de Cuba à l’évolution du communisme en Chine, en passant par l’Albanie, la RDA et bien d’autres pays, sans oublier le point d’orgue en la matière que fut le Cambodge de Pol-Pot et de ses Khmers rouges.

        Il faut se souvenir que 12 ans après cette tentative de renversement de la pyramide sociale que fut sa Révolution qu’elle voulait universelle, la France avait un empereur, puis a connu d’autres monarchies et de nouvelles républiques, dont l’actuelle, qui ne satisfait pas davantage le citoyen que les précédentes, en attendant la suivante. Démonstration s’il en est que la révolte n’apporte de changement qu’en haut de la pyramide sociale, là où se joue une partie de chaises musicales, un pouvoir remplaçant l’autre. Mouvante mais impérissable, la structure de la société demeure la même et la masse qu’elle organise et qui croît sans cesse en nombre, ne fait que changer de maîtres ou s’en donne l’illusion, avec l’aide de sciences et de techniques porteuses, pour l’essentiel, de nos avancées sociales.

        Une révolution chasse l’autre, et aucune n’a jamais rien durablement changé à l’ordre des choses.

        D’ailleurs, qui de nos jours peut sérieusement imaginer qu’au lendemain de l’aboutissement de la lutte finale, le grand partage ayant eu lieu et chacun bénéficiant du revenu universel, la terre ne sera pas peuplée de ceux qui sauront le faire fructifier et de ceux pour qui il sera insuffisant ? Sauf bien entendu diktats d’un régime dictatorial – avec lui aussi un sommet dominant sa base – encore plus insupportable à l’homme que les pires inégalités.

        C’est à confondre égalité devant la loi avec égalité de revenu que nous oublions que richesse et pauvreté, toujours relatives et existant l’une par l’autre, structurent la société et que les capacités faites de courage, de talent, d’ambition, de chance, de désir d’innover et d’entreprendre, de goût du risque, etc. sont des différences fondamentales de l’un à l’autre d’entre nous qui se compliquent avec le nombre.

        Qu’en sera-t-il lorsque nous serons 10 milliards et plus ?


        • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 17 août 17:22

          Vous allez nous le dire.


        • CN46400 CN46400 17 août 21:21

          « De manière générale, la prophétie marxiste voulait nous délivrer du commerce, et voilà qu’ils se sont tous mis à commercer. »

          (Lénine, Moscou, 1922)« nos communistes se croient déshonorés quand on leur demande de faire du commerce, qu’on fasse venir des commerciaux américain pour leur apprendre le commerce moderne.... »

          Et Marx en 1848 (Le manifeste du parti communiste) :

          "La découverte de l’Amérique, la circumnavigation de l’Afrique offrirent à la bourgeoisie naissante un nouveau champ d’action. Les marchés des Indes Orientales et de la Chine, la colonisation de l’Amérique, le commerce colonial, la multiplication des moyens d’échange et, en général, des marchandises donnèrent un essor jusqu’alors inconnu au négoce, à la navigation, à l’industrie et assurèrent, en conséquence, un développement rapide à l’élément révolutionnaire de la société féodale en dissolution.

          L’ancien mode d’exploitation féodal ou corporatif de l’industrie ne suffisait plus aux besoins qui croissaient sans cesse à mesure que s’ouvraient de nouveaux marchés.(...)La bourgeoisie eut alors un rôle éminemment révolutionnaire"


          • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 18 août 12:27

            Merci CN46400. Donc, comme d’habitude, les croyants n’ont pas lu la Bible et diffusent un message faussé pour utiliser un parallèle.


          • Le421 Le421 18 août 08:12

            J’avoue que les références de la société piochées dans « mass effect » ou « final fantasy »...

            Comme dirait un copain, ça m’a espanté !!  smiley

            Je suppose que ce sont des jeux vidéos.

            Vu comme ça.

            Il manque une référence à Cyril Hanouna, futur Ministre de la Culture...


            • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 18 août 12:31

              Le jeu vidéo : première industrie au monde (brassant le plus d’argent) actuellement, ou peu s’en faut à côté de la publicité et de l’armement. Mais c’est drôle alors, comme les jeux vidéos sont comme la combinaison de ces deux secteurs souvent.


            • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 18 août 12:34

              Et vous avez tort, de relayer cela à Hanouna, dans la mesure où du coup, dans le jeu vidéo, on trouve des perles culturelles, comme au cinéma ou ailleurs. C’est-à-dire que, comme au cinéma ou ailleurs, il y a du tout-venant et du magistral, ne se superposant pas contrairement aux préjugés aux productions dites « commerciales/mainstreams » et à celles dites « d’art & d’essai, de genre & d’auteur ». Le monde est vaste.


            • mursili mursili 18 août 19:04

              Oui. Il faut aussi s’interroger sur les dysfonctionnements au sein d’une organisation quelconque qui sur le papier pourrait apparaître comme une mécanique bien huilée. Il faut aussi évaluer le pouvoir de nuisance potentiel d’éléments qui veulent faire « échec à l’organisation » (titre français d’un film de John Flynn (au passage, l’organisation dont il s’agit est une organisation mafieuse) . On peut aussi citer Aldous Huxley, auteur de la fameuse dystopie Le Meilleur des Mondes (Brave New World) et ses inquiétudes au sujet des moyens de contrôle et de manipulation des consciences toujours plus grands offerts par la technologie moderne et maintenant post-moderne. Marx avait-il anticipé la révolte contre les robots ? Merci par avance à ceux qui pourront apporter un éclairage sur ce sujet.

              CQFD : et voilà pourquoi votre film est muet...


              • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 18 août 20:29

                Beaucoup de fantasmes, dans tous les sens.


              • mursili mursili 19 août 08:19

                @Marzhin Tavernier

                Eh bien, si le larbin est un serviteur servile, il existe évidemment des formes dignes de service, dans lesquelles le serviteur a éventuellement le droit voire le devoir de s’opposer à un ordre injuste. La dignité du serviteur est inséparable de celle du maître ou de la finalité de la fonction. Aujourd’hui, la difficulté est précisément de savoir si le pouvoir mérite d’être servi et de déterminer le bien commun pour lequel il n’est pas honteux de servir.


              • chantecler chantecler 19 août 10:09

                Allez quand je vois écrit quelque part le mot larbin , je ne peux m’empêcher de ressortir ce chef d’oeuvre de l’humour proféré par le « vénérable professeur Mehlong Chang »...

                Je pense que l’on n’a pas fait mieux :

                https://www.youtube.com/watch?v=UOadagqruHg


                • JL JL 19 août 10:31

                  @chantecler
                   
                   de l’humour ? C’est du premier degré de chez premier degré ?
                   
                  C’est dit sur le ton de la rigolade par des Chinois, mais le constat est implacable. Il mériterait d’être transcrit tant il est précis et juste.


                • chantecler chantecler 19 août 10:34

                  @JL
                  Oui, c’est totalement de l’humour : « le vénérable professeur..... »n’existe pas en tant que personnalité chinoise ....
                  Il n’empêche que ce qu’il dit c’est plus que décapant .

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