Le Vrai Scepticisme est en fait Affectif, non pas Intellectuel
Les scepticiens (j'ai envie là d'écrire scepticiens, rapport à un scepticisme conséquent, qui ne connaît pas les dérives propres à une skepsis moderne & contemporaine, infiniment plus proche des académiciens et des surrationalistes bachelardiens, par lesquels on se dit sceptique comme on est en fait perplexe, ou encore sceptique comme on est en fait analyste/zététicien, qui ne sont qu'Intellect, rapport au scepticisme antique tout Affect) ... les scepticiens, donc, font de l'Affect un mode positif du connaître, et pour ainsi dire le seul mode qu'il nous soit permis de bien connaître.

Source internautique
Hélas typiquement l'image du faux sceptique
qui se mord la queue, à faire de la perplexité
et non du doute, un lifestyle.
A ce titre, les dogmatiques (qui cherchent des certitudes, bien en-deçà de ce que l'on voudrait nommer dogmatisme voire fanatisme de nos jours, d'une dogmatique déjà propre à tout principe idéologique ou axiomatique, en politique comme en science) ainsi que les académiques (qui pensent incompréhensible la vérité tout en la quêtant, ce qui reste une dogmatique posant quelque vérité absolue, que nous ne ferions jamais que contourner à travers différents modèles), sont réactifs face à l'Affect.
Dogmatiques et académiques ne peuvent endurer son inconstance incertaine, par laquelle nous vivons les sensations sur le mode du pâteux, pathique, poreux, perméable, influençable. Les dogmatiques et les académiciens (dogmatiques, parmi lesquels les scepticiens rangeaient les platoniciens, les épicuriens comme les stoïciens ; académiciens parmi lesquels les scepticiens rangeaient les aristotéliciens, les kuniques comme les cyrénaïques) ... les dogmatiques et les académiciens, disais-je, croient pouvoir intellectuellement réduire l'incertitude existentielle intrinsèque à l'Affect, en l'arrêtant plus ou moins durement, par quoi ils entrent dans une striction ou l'autre, par laquelle les Affects ne sauront jamais que surabonder, que troubler, de ce que précisément ils buttent sur quelque Intellect.
Au contraire, le scepticien, non content de recevoir l'Affect (humeur, état d'âme, sentiment, émotion, passion, etc.) comme seul mode du connaître, enregistre encore que tout conditionnement dogmatique ou académique va l'exciter, l'énerver, le troubler, l'agiter encore plus. C'est donc sur la même base ataraxique (idéal du sage) que le scepticien s'adonne à l'Affect, qui a ce double avantage de lui procurer douceur de vivre et, donc, connaissance de la vie.
A ce compte, on voit bien pourquoi seul le compte-rendu, la narration, le rapport, l'histoire, etc. sont des propos (logoi) valables pour le scepticien : tout raisonnement qui ne s'en tiendrait pas à connecter logiquement un témoignage Affectif (objectif dans son témoignage subjectif-même), entraîne des Intellects dogmatiques ou académiques, venant se surimprimer à l'Affect et, non contents de le troubler, viennent le fausser - fausser le seul mode raisonnable du connaître. Ce mode raisonnable, comme on le devine, est fatalament suspensif (épochè), de ce qu'il ne saurait se prononcer pour ou contre, mais uniquement avec. Aussi, naturellement, le scepticien, et contrairement au sceptique que la perplexité retient ... le scepticien est-il éminemment dans "l'allant des choses", qui valorise une forme de naïveté enfantine, assurément pas infantile.
Pour ma part, j'en suis. Or, on mesure toute la distance qui sépare les scepticiens (antiques) de nos sceptiques (de sens communs), eux, tout Intellect, quand les scepticiens furent tout Affect.
En fait, c'est comment on va ressentir le réel qui va déterminer notre manière de le penser ?
Il y a de ça, mais ce n'est pas le plus important. Évidemment, que l'Affect joue sur la manière de penser, et c'est démontré scientifiquement, sur la base de Lev Vygotski, entre autres. Mais les scepticiens disent qu'il faut suspendre le jugement, c'est-à-dire cette tendance de l'Intellect à vouloir déterminer quelque chose, juger/décréter/arrêter quelque chose, sur la base de l'Affect qui la conditionne pourtant.
A ce point tu atteins le plus "pur" réel qu'il te soit donné d'atteindre, à savoir celui de l'Affect sensori-émotionnel qui t'anime. Or, en parvenant à ce détachement relatif de l'Intellect, tout ce qu'il te reste, c'est de penser il y a tel Affect, j'enregistre telle donnée en tant que je l'affecte et ne peux faire autrement que d'être affecté par sa donne. Donc ma manière de penser (mon Intellect) n'est pas l'Affect, même si mon Intellect en dépend raisonnementalement (de l'Affect). Mais c'est précisément de ce que cette dépendance est reconnue, et reconnue aussi la fluence des affects, que je ne vais pas m'aventurer (académiquement, voire dogmatiquement - soit donc en composant une vérité, ou en définissant une vérité) à penser au-delà : c'est la suspension du jugement.
Et si on ne fait que penser le réel, on n'arrive plus à le ressentir ?
Ce point est correct, encore faut-il s'entendre sur ce penser le réel. Car il y a penser & penser. Dans le premier cas, je compose ou définis une vérité (l'Intellect) ; dans le second (sceptcien), sans pourtant avoir à décomposer ni indéfinir (ce qui est une autre forme d'académisme-dogmatisme dans la démarche), je décris un Affect et raisonne sur la base d'un affect, comme rapport ou compte-rendu affectif sensori-émotionnel.
Par quoi, naturellement, les naturalistes d'époque et nos scientifiques actuels procèdent bien d'ailleurs (sinon qu'il s'agit aussi vite pour eux, de recomposer ou redéfinir des éléments, effectivement plus fiables du fait de leur moment sceptique non-scepticien dans la démarche, car scepticisme mourant dès qu'il est scientifisé, en quoi leur activité est donc zététique de sens contemporain, et non scepticienne, mais académique de sens scepticien. De plus, la zététique est plutôt du genre à poser qu'il faut décomposer et indéfinir, dans un premier temps : en somme, la zététique n'a pas la naïveté du scepticisme, et est entièrement dans l'Intellect, ce qui l'empêche, par exemple d'envisager raisonnablement l'irrationnel, avec ses œillères, irrationnel qu'elle tend à dénier immédiatement pour irréel).
Pour ainsi dire, il y a quelque chose des "méditations sur le seul présent, la seule présence", dans le scepticisme, pour parvenir à un détachement relatif, en faveur de la suspension du jugement, encore que le scepticien, dans sa suspension jugementale, ne suspende pas son action existentielle - il faut bien vivre.
Si donc je me mets à penser au-delà de l'Affect, je sombre dans l'Intellect, et l'Intellect, élaborant des constructions (compositions-définitions), va pour ainsi dire bloquer, voire violer, la fluence affective sensori-émotionnelle de ma présence, de telle sorte que les affects surabonderont chaotiquement, anarchiquement, fauteurs-de-troubles ... et d'ailleurs accusés de l'être en un cercle vicieux, par tout académique-dogmatique-zététique dans la démarche, démarche qu'il n'a pas conscience d'entretenir machiniquement, lui, dans une fausse conscience, voire mauvaise conscience, ou conscience aliénée, rapport au scepticien, et au moins sous l'angle de ses affects, donc son appréhension du réel.
Réel dont on peut toujours douter, y compris et surtout modélisé. En fait, l'académique-dogmatique-zététique a quelque peu oublié qu'il avait quelque chose comme un corps, une "vie" (ou, s'il ne l'a pas oublié, il l'a trop intellectualisée dans la démarche) et en a perdu toute douceur ... sans parler qu'il brime ceux qu'il convainc intellectuellement, affreusement au plan affectif d'angle scepticien.
Dubitation et perplexité
Scepticien, on est à mille lieues du réflexe spontané, dans notre naïveté-même. La naïveté n'est pas à identifier à la spontanéité,car la spontanéité s'embarrasse de préjugés automatiques.
C'est d'ailleurs toute la nuance entre la dubitation et la perplexité : on est dubitatif comme en suspension et flottement naïfs (une sensation agréable et douce, si l'on en croit les scepticiens antiques), mais on est perplexe comme en contention et affolement spontanés (une sensation désagréable et rude, que répudient les scepticiens).
Je crois utile de rappeler que, en effet, la motion par laquelle nous sommes perplexes, la réaction perplexe, est perplexe de ce qu'elle est réactive, justement, d'une réactivité réflexe qui n'est pas exactement néfaste, mais qui n'est pas faste non plus. De ce que la perplexité est quasi-instinctive, ou du moins inhérente à une incapacité d'entendre - incapacité liée à notre entendement, comme à la potentialité inentendable en face, - la perplexité est tout d'abord préjugementale : nous sommes perplexes, sur la base de préjugés ententifs.
Il n'y a qu'un examen dubitatif - que la perplexité peut certes occassionner raisonnablement, ainsi qu'elle peut occasionner le rejet - qui soit capable de relever notre réactivité & préjugés idoines, pour statuer sur nos défauts d'entendement ou la potentialité d'inentendable en face (et encore, même en face, il y a quelque chose d'entendable, quoique ça puisse ne pas être le propos).
Or, la dubitation est suspensive, soit donc ataraxiquement douce, rapport à la rudesse de la perplexité. La dubitation - que la perplexité n'est pas seule à pouvoir mettre en œuvre, loin de là, par-delà le préjugé instinctif par lequel nous ne nous reconnaissons de doute que sur la base de telles motions perplexes, en tant que, spontanées, elles nous semblent plus spontanées justement ... - eh bien, la dubitation, elle, elle permet l'enregistrement affectif (sensoriel comme motionnel) de "l'avenance des choses" dans leur parence*.
Or, qu'est-ce que la perplexité ? ... En latin, perplexus désigne l'embrouillé. Ce n'est donc pas le témoignage de votre perplexité devant quelque chose, qui fera de vous quelqu'un de plus clair dans la démarche, à mille lieues de là. Per-plexus, c'est procéder d'une tresse, d'un nœud, étymologiquement. Or, cet embrouillamini est encore très loin de vous faire judicieusement dubitatif, soit donc "persuspensif" (procédant d'une suspension du jugement) propice au raisonnement vraisemblablement clair.
Au contraire, dans la perplexité, dans son affect d'arrêt rétentif, vous ne vous arrêtez que pour vous retenir de vous abandonner à une compréhension naïve (étym. native) du considéré. La dubitation, conséquemment, s'abandonne à une telle compréhension, sans laquelle votre connaissance a toutes les chances de ne s'en tenir qu'à ses automatismes (préjugementation).
Aussi le scepticisme est plus que jamais nécessaire, crois-je, en ces temps qui ne sont couramment rien que dans le "perplexitarisme", qui s'imagine s'en tirer en "zététisme", passant de Charybde en Scylla. Osez vous abandonner : vous n'en quitterez pas moins l'affect, mais vous le libérerez.
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* Aux connaisseurs, pour l'anecodte, je ne suis pas loin de penser qu'Heidegger, avec son Ereignis, est dans un scepticisme paradoxalement dogmatisé, académisé, soit donc trop radical : non-ataraxie, par laquelle il fait de l'angoisse une motion tréfondamentale dans son ontologie.
Or, en cela, Heidegger est intimement judaïste, paradoxalement, de cette zététique propre à l'exégétique juive, scrupuleuse bref : perplexe. Aussi corroboré-je le lien entre le nazisme de Heidegger et sa philosophie, en tant que concurrente du judaïsme à ce niveau, sans parler de ce que "l'homme nouveau" du nazisme, dans sa radicalité, concorde avec cette zététique ontologique, qui n'a de sceptique que le nom.
La Tronche en Biais, une émission zététique
depuis ses débuts jusqu'à maintenant,
de grande probité (honnêteté intellectuelle).
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