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Les architectes font des tours

Paris : tours, détours et autres tours...

Nos amis architectes ont, à la demande la Mairie de Paris, dessiné de belles Tours : certaines sont cassées, découpées en blocs aux équilibres audacieux, d’autres sont élancées ou reposent sur des treillis, ou encore végétalisées jusqu’à des hauteurs improbables ; quelques-unes sont même en couleur ! Bel exercice de création, messieurs !

Mais sont-ce bien là les réponses à la question posée ? Ne répondez-vous pas à une question nouvelle, par des projets anciens ? Bien sût il faut que ces Tours soient de beaux objets - qu’on retrouve un souffle créatif comme ce fut le cas à la Défense avec la Grande Arche par exemple -, mais la démarche première n’est-elle pas de s’interroger sur leurs caractéristiques techniques pour répondre aux exigences nouvelles de l’environnement, comme les contraintes énergétiques, la moindre résistance aux vents, les circulations en pied d’immeubles, les parkings sécurisés etc., dans l’esprit de ce que Norman Foster a tenté de faire à Londres avec son « Cornichon » ? Ne faut-il pas éviter ces longues façades coupées par des angles vifs, ces dégagements qui risquent d’être des zones inaccessibles, sans vie - comme ces dalles que vous nous avez livrées dans les années 70 - et que l’on aperçoit dans vos esquisses ? Il faudrait faire autre chose que ce que rejette la population depuis bientôt quarante ans, mais on a le sentiment, en regardant vos belles Tours, que c’est reparti pour un tour !... Les concepts sur lesquels les architectes prétendent s’appuyer (et fonder leurs discours savants), sont souvent des « concepts à la mors-moi le … ».

Et il y a une autre question qui se pose depuis que l’on a vu, un 11 septembre, à New York, des mouchoirs s’agiter par des fenêtres ouvertes au-dessus des zones d’impact des avions ; ces gens-là étaient condamnés car il eût fallu aller les chercher avec des hélicoptères, ce qui était impossible. L’évacuation des personnes au-dessus d’un point critique résultant d’un sinistre, n’est prise en compte par aucun projet (fût-il en couleur !). Or des solutions existent comme celle qui consisterait, par exemple, à construire les Tours par bloc de deux, ou mieux de trois, en les reliant à différents niveaux par des passerelles, pour que les personnes bloquées dans l’une d’elles puissent passer dans une autre pour trouver des issues de secours.

La forme d’une Tour doit être aussi l’expression d’un programme. L’architecte ne saurait s’exprimer en sculpteur, laissant au maître d’ouvrage le soin de caser ce qu’il peut à l’intérieur. Pourquoi faire, par exemple, une Tour très étroite à la Défense, appelée « Tour sans fin » (projet de Jean Nouvel au début des années 90) - qui d’un côté se perdait dans les nuages, et de l’autre disparaissait dans le sol... sans fin -, alors que les surfaces de plateau d’un immeuble de bureaux exigent d’autres dimensions ? C’était de l’esthétisme pur, de l’idéologie constructiviste (montrer que l’on pouvait construire l’inconstructible !). Les projets présentés s’inscrivent hélas encore dans cette démarche : les mêmes méthodes, et les concepts « à la mors-moi le ... », produisent les mêmes choses.

Avant donc de prendre le crayon pour dessiner de beaux volumes, les archi auraient dû, pour répondre à la consultation de la Mairie de Paris, s’attaquer à l’urbanisme de la Ville aux abords du Périphérique pour concevoir de nouveaux espaces de vie, grâce à la possibilité nouvellement offerte de construire des Tours, en prenant par ailleurs en compte les terrains qui sont au-delà du Périphérique pour sortir Paris de son intra muros qui la condamne à être une ville-musée. Cette démarche permettrait alors à la Mairie de jouer pleinement son rôle de maître d’ouvrage en définissant une programmation à long terme pour Paris et sa proche banlieue, qui serait autre chose qu’un catalogue de volumes.

Nos amis architectes auront alors toute liberté pour dessiner des Tours originales, belles et en tous points parfaites, en relation avec le reste qui est au ras du sol, mais tout aussi important, suivant les programmes du maître d’ouvrage, des promoteurs et des investisseurs publics et privés, et de montrer leurs capacités de création artistiques en faisant aussi beau qu’à Bilbao ou à Dubaï, par exemple.

Peu donc nous chaut actuellement la forme des Tours retenues pour nous faire rêver : l’imagination n’est pas, aujourd’hui, de ce coup de crayon.

En ayant la possibilité de construire des Tours, comment peut-on définir le Paris de demain ?, telle est la question à laquelle ils doivent répondre, sans forcément commencer par « dessiner des Mickeys ».


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11 réactions à cet article    


  • Doume65 15 septembre 12:54

    Bonjour.
    Tant que nous serons dans la culture du paraître, les archis feront des monuments qui répondront à ce culte.


    • Christ Roi Christ Roi 15 septembre 18:53

      Les architectes font de la laideur parce qu’ils ont été formé à faire de la laideur par une société athée laide, c’est logique.


    • Rincevent Rincevent 15 septembre 13:43

      Normalement, un architecte ne fait que traduire en construction les projets/désirs du donneur d’ordres. Si la mairie de Paris n’est pas assez précise dans la définition de ses besoins, l’archi peut se croire autorisé à faire un peu ce qu’il veut.
      `
       Après, « les archi auraient dû, pour répondre à la consultation de la Mairie de Paris, s’attaquer à l’urbanisme de la Ville… » Vaste programme ! En avaient-ils reçu la mission ? Probablement pas.

      Quand c’est bien calé au départ, ça donne ça : http://www.energy-cities.eu/IMG/pdf/imagine_sem2007_van_der_werf.pdf Une réussite qui représente le concept d’habitat participatif, qui commence à démarrer chez nous : .http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/16/habitat-participatif-la-copro-de-demain_3514984_3234.html


      • oncle archibald 15 septembre 15:39

        Architecte, urbaniste, paysagiste ou programmeur ?

        Un architecte n’est pas un couteau suisse et pour qu’une œuvre architecturale soit réussie il faut qu’elle s’intègre dans un projet urbain plus vaste qui donne un axe commun à l’ensemble des spécialistes évoqués plus haut.

        Si le maître d’ouvrage public a une vision à long terme et un programmeur doué qui saura traduire ce projet d’aménagement général l’architecte pourra travailler dans de bonnes conditions et concevoir un ouvrage susceptible de donner satisfaction à tous.

        Napoléon III et Georges Haussmann on fait un tandem absolument remarquable. Le projet qui a permis de refaçonner complètement le centre de Paris découle de la volonté politique et de la « vista » d’un préfet. On connait beaucoup moins le nom des architectes qui ont œuvré pour réaliser ce projet, bien que souvent il soit gravé, avec celui du sculpteur, sur la façade des immeubles.


        • Christ Roi Christ Roi 15 septembre 18:50

          @oncle archibald
          Mais bien sûr. C’est la faute à tout le monde, mais jamais aux architectes. Cette profession est vraiment pourrie jusqu’à la moelle. Elle s’entend bien avec les politiques parce qu’elle a la même sale mentalité arrogante et incompétente.


        • oncle archibald 15 septembre 21:52

          @Christ Roi : un architecte fait comme tout autre professionnel, il essaye de satisfaire celui qui en lui accordant sa confiance lui permet de travailler et donc de vivre. L’architecte dépend donc des politiques qui sont de gros donneurs d’ordres. Souvent il préférerait se passer de cette espèce de subordination. 


          Le mec qui ne sait même pas en quoi consiste ce tres beau métier juge une profession à partir de quelques monstres sacrés qui ont par leur très forte personnalité et parfois leur talent exceptionnel marqué l’opinion publique. Ces exceptions effectivement exercent leur métier dans des conditions très différentes. Faire appel à eux valorise le maître d’ouvrage au point qu’ils sont même libres de fixer pour leur travail des honoraires totalement hors normes mais qui ne sont jamais discutés.

          L’architecte vulgaris qui se contente de répondre aux problèmes qu’on lui pose comme tout artisan consciencieux est traité de toute autre façon : on lui propose d’accepter un honoraire décidé par le maître d’ouvrage et qui n’est pas discutable, sa seule liberté etant de refuser le boulot s’il estime que la rémunération est vraiment insuffisante. Sa prétendue arrogance il a tout intérêt à la garder au chaud sous son mouchoir, précisément pour avoir l’occasion de montrer qu’il n’est pas incompétent. 

          Plutôt que le Christ roi vous me paraissez être un espèce de pauvre mec aigri et totalement ignorant au moins en matière d’architecture, d’urbanisme et d’environnement.

        • GéraldCursoux GéraldCursoux 16 septembre 08:58

          @oncle archibald
          Non, vous avez mal lu entre les lignes. Je critique la conception des Tours qui ne répondent ni aux contraintes de l’environnement ni aux pb de sécurité. Impossible de sortir des twin towers après l’impact des avions par ex. (mouchoirs aux fenêtres...) Avec son Cornichon Foster a peut-être apporté des réponses intéressantes au pb du vent, des tourbillons au sol engendrés par une tour (ex aux pieds des twin towers ça bastonnait sec les jours de brise !), aux pb thermiques etc. Pourquoi continuer à faire des sculptures qui ne répondent pas à ces contraintes ? Les maîtres d’ouvrages (dont je suis) sont souvent incompétents... et s’ils sont zélus c’est « tout pour ma gueule »... La réglementation est délirante. Reste donc l’architecte pour faire bien et beau !!!

          L’architecte est un artiste au premier rand avec le peintre et le sculpteur... Je l’aime cher monsieur !

          Bien à vous


        • mmbbb 16 septembre 13:15

          @oncle archibald Bemol a votre propos Un quartier neuf ou les architectes et les urbanistes auraient pu construire un ensemble coherent et chiade : la Part Dieu a Lyon. Quartier construit sur une terrain militaire ( caserne) depuis les années 1960, ou vos architectes avaient libre cours a leur imagination Il est vrai vrai qu entre le « concept » et la rélaite il y a souvent un abysse La gare de la Part Dieu complètement ratée L architecture d a peine 30 ans a extrement vieilli et le voyageur ne connaissant pas cette ville a une piètre image. Idem place de la Comedie pres de l Opera l annexe de la mairie en profiile aluminium est une banalite outrancière Cette construction qui se voulait une rupture architecturale dans l esprit des architectes d ’avant garde a complètement défiguré l ensemble Ces exemples peuvent etre cite a l infini en France. En particuleir a Chamonix ou cet ete en vuvant une biere je regardais ces barres derrieres la grande rue Aujourdh ui cela fait vraiment tache grosse tache Les architectes comme certains artistes n ont pas cette vertu : l humilite Leur oeuvre ne durera pas et le temps sera le juge .


        • Christ Roi Christ Roi 16 septembre 18:59

          oncle archibald
          « vous me paraissez être un espèce de pauvre mec aigri et totalement ignorant au moins en matière d’architecture,  »


          C’est bien ce que je disais, votre profession est arrogante et prétentieuse, alors qu’elle produit de la merde qui ne plait à personne. Vos arguments ne sont que des excuses de mauvais artisan.

        • oncle archibald 16 septembre 16:56

          Sauf si elle sont très très mal construites les œuvres des architectes durent au moins quelques décennies parfois quelques siècles. En outre nul besoin « d’aller les voir » comme pour celles des peintres et des sculpteurs pour donner un avis sur leur qualité, elles sont exposées en permanence dans la rue et font l’objet de commentaires à jet continu émanant non seulement des « amateurs d’art » mais aussi de tous ceux qui n’ont aucune idée des tenants et des aboutissants qui font que l’on peut les voir à cet endroit, ni du programme ni des contraintes qui ont été imposées à leur auteur.

          L’architecte doit jongler dans tellement de domaines différents, l’art, la technique, la sociologie, les coûts, les financements parfois incompatibles avec le programme, il doit respecter tellement de contraintes imposées par des normes techniques et règlementaires, mais aussi par les désidératas du Maître d’ouvrage que sa liberté se réduit à une peau de chagrin. C’est un espèce de chef d’orchestre qui doit faire jouer une partition qu’il n’a pas été libre d’écrire, interprétée par des musiciens mal payés et qu’il ne connait pas, mais soyez certains qu’au moindre couac, dans n’importe quel domaine, se sera lui qui sera au bout de l’index accusateur. Parfois à justes raisons mais souvent à tort, juste parce qu’il est tellement visible et que sa mission est si mal connue.


          • mmbbb 17 septembre 08:18

            @oncle archibald « 
            « vous me paraissez être un espèce de pauvre mec aigri et totalement ignorant au moins en matière d’architecture, » » Au regard du nombre de merde construites par votre profession, je préfère encore être ignorant. .. Vous devriez avoir un peu plus d humilte Rigolo

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