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Accueil du site > Tribune Libre > Les débats à la mords-moi le noeud

Les débats à la mords-moi le noeud

Le climat se réchauffe, les crèmes glacées fondent, l’air pur se raréfie, les forêts perdent leurs cheveux, la société se paupérise, les chômeurs se multiplient, les prix augmentent, la violence se généralise, les riches s’enrichissent, les sociétés délocalisent, la population mondiale s’accroit, l’eau s’évapore, la nourriture est empoisonnée, les fichiers prolifèrent, les caméras nous surveillent, les armes de destruction massive se répandent, les terroristes terrorisent, les racistes se reproduisent comme des rats, l’humanité se déshumanise, les cités sensibles sont de plus en plus susceptibles et d’aucuns, dont votre serviteur, parfaitement inconscients de ces épées que la Dame aux clés a suspendues au dessus de nos têtes, à côté des serpents qui sifflent trois fois, se laissent prendre au piège de débats sans le moindre intérêt au regard des catastrophes qui nous menacent. Ces discussions inutiles sont connues sous le nom de débats à la mords-moi le nœud.

Qu’est-ce qu’un débat à la mords-moi le nœud ?

J’ai déjà évoqué, dans l’introduction, le peu d’intérêt et l’inutilité mais peut-être serait-il intéressant d’aller plus loin et, pour cela, je propose que nous nous penchions sur l’expression « à la mords-moi le nœud ».

Ici, le nœud n’est bien évidemment pas l’unité de vitesse, l’entrecroisement serré de plusieurs fils, la partie d’une tige sur laquelle prend naissance une feuille ou un rameau ou la partie essentielle d’une histoire mais l’extrémité antérieure de la verge, une partie essentielle de l’anatomie masculine également connue sous le nom de « gland ». Vous noterez cependant que l’on ne doit jamais dire « à la mords-moi le gland » car, contrairement au nœud, le gland n’est pas humainement comestible. Que les cochons, qui en raffolent, en fassent leur quotidien est une toute autre affaire. Les cochons ne s’assoient pas pour débattre. Ils vivent de boue.

Le site expressio.fr précise que « l’origine de cette expression n’est pas vraiment connue ». Ce qui est tout à son honneur. Je connais des ignorants bien moins honnêtes. Moi, par exemple. Quoiqu’il en soit, dans sa tentative de définir l’expression et d’en trouver les origines, le site ajoute ceci : « Certains disent qu’elle viendrait de la fellation. En effet, s’il y a morsure du gland ou du nœud pendant la petite gâterie, c’est qu’elle est très mal faite. Mais rien ne confirme cette hypothèse. »

Je ne connais pas les rédacteurs d’expressio.fr mais, à la lecture de ces dernières phrases, je suis à peu près certain qu’une majorité d’entre eux sont des femmes qui, non seulement, ne doivent pas souvent gâter leur homme mais qui, de plus, sont sourdes comme des pots dans lesquels on ne fait pas nécessairement  les meilleures soupes. Car tout, à commencer par les cris de douleur et une hémorragie soudaine, confirme l’hypothèse qu’une fellation accompagnée d’une morsure sur le nœud est « très mal faite ». En tous cas, c’est ce que je me suis laissé dire.

Enfin, et nous allons les laisser là tellement elles donnent l’impression d’en savoir aussi peu sur les expressions françaises que sur ce qui plait aux hommes, nos rédactrices précisent que l’on peut remplacer le « nœud » par le « doigt ». Remplacer le nœud par le doigt ? Les membres nous en tombent. Nos rédactrices se trompent si complètement que ce doigt dont elles parlent, on a envie de le leur mettre dans l’œil jusqu’au coude. Sans huile.

L’ABC de la langue française, malgré son nom prometteur, n’a pas l’air d’en savoir plus.

Bref, (oral ! Ô désespoir !), confronté à l’ignorance des autorités lexicales auprès desquelles je pensais prendre langue, je vais m’en tenir à ma première définition : un débat à la mords-moi le nœud est une discussion inutile, sans intérêt et peut-être même carrément idiote qui a pour but de détourner l’attention des vrais problèmes de ce monde. Ceux d’entre vous qui souhaitent un exemple de débat à la mords-moi le nœud peuvent toujours lire mon dernier article sur AgoraVox et les commentaires qu’il a générés.

Où trouve-t-on des débats à la mords-moi le nœud ?

Partout ou presque. A la télé, dans les journaux, sur la Toile, au café du commerce, à la maison, à l’Assemblée nationale, etc.

Il n’y a guère que seul, perdu dans l’immensité d’un plateau tibétain pendant une tempête, que l’on ne peut mener un débat à la mords-moi le nœud. Et encore. Je n’ai jamais été au Tibet mais j’ai gardé le souvenir d’épiques débats à la mords-moi le nœud intérieurs menés en pleine tempête. « Dois-je commander cette douzième bière ? » en est un bon exemple.

Qu’est-ce qu’un trouveur de débats à la mords-moi le nœud ?

Ce n’est pas un chercheur. Un chercheur cherche, sans garantie de trouver, alors qu’un trouveur trouve, parfois sans chercher. C’est un noyeur de poissons qui, pour mener à bien sa tâche, ne doit pas manquer d’air.

Les trouveurs de débats à la mords-moi le nœud sont des êtres de l’ombre presque exclusivement employés par des gouvernements confrontés à de vastes problèmes ou à des programmes ambitieux mais controversés. Leurs laboratoires sont dans les caves des palais et des ministères ainsi que dans des bunkers inconnus du public. On dit même que ces êtes mystérieux disposent de cobayes, des gens comme vous et moi que la police secrète enlève dans les rues. Certains journalistes, dont on nous dit qu’ils sont otages en Afghanistan depuis plus de 320 jours, seraient en fait retenus dans ces lieux secrets et seraient l’objet au quotidien de tortures mentales sans nom.

Quoiqu’il soit resté anonyme jusqu’à ce jour, un des plus célèbres trouveurs de débats à la mords-moi le nœud fut celui qui, pour le compte d’Hitler, lança la discussion sur l’utilité des autobahns. Pendant que le public allemand se passionnait pour la question, le führer eut tout loisir de faire construire des aires de repos éternel destinées aux juifs, aux communistes, aux juifs communistes et aux tziganes, que ces derniers aient été communistes ou non.

Comment travaillent les trouveurs de débats à la mords-moi le nœud ?

Plutôt que de me lancer dans une longue et soporifique analyse de leurs méthodes, je vous propose plutôt de me suivre dans un passé pas si ancien – et même assez récent – et de nous glisser dans les caves du pouvoir pour assister à une réunion de travail secrète à laquelle le gouvernement a convié deux de ses meilleurs trouveurs.

Mettez-vous en file indienne, éteignez vos cigarettes dont les bouts rougeoyants pourraient révéler notre présence et ne faites surtout aucun bruit. Si nous sommes suffisamment discrets, nous pourrons tout entendre.

Chut ! Nous y sommes. Cachons-nous dans un coin.

 

Nico : La maison brûle. Il faut faire quelque chose.

Lefebvre (pas sûr) : On pourrait peut-être essayer d’éteindre le feu…

Nico : Et où est-ce qu’on va trouver de l’eau, gros malin ?

Lefebvre : Merde… si on laisse brûler la maison, il va nous falloir déménager. Fait chier, moi, j’avais laissé mon sèche-cheveux dans mon bureau.

Guéant : On pourrait peut-être lâcher Lefebvre sur les ondes ?

Nico : Soyons sérieux, Claude. Le but n’est pas de passer pour des cons mais de détourner l’attention avec un débat à la mords-moi le nœud. Des idées ?

Herr Hortefeux : Les Roms ? On peut parler des Roms ? Moi, j’ai toujours eu envie de parler des Roms. Déjà, tout petit…

Trouveur n° 1 : Monsieur le ministre du Reich, la différence est subtile mais les Roms ne sont pas un débat à la mords-moi le nœud à proprement parler. C’est plus ce que, dans notre jargon, l’on appelle une diversion à la con.

Herr Hortefeux : Qu’est-ce que tu m’embrouilles, tâcheron ?

Trouveur n° 1 : C’est mon métier, Mein Herr.

Nico (à la cantonade) : Il est bon, hein ?

Besson : Tu l’as déniché où ?

Nico : Il était déjà dans la cave quand je suis arrivé. C’est Mitterrand qui l’avait embauché.

Trouveur n° 2 : Moi, j’étais là du temps de Giscard.

Nico : Vous devriez donc avoir plein d’idées à nous proposer ?

Trouveur n° 2 : Détrompez-vous. J’en ai effectivement eu un stock conséquent mais vos prédécesseurs m’ont dévalisé.

Trouveur n° 1 : On pourrait lancer un débat sur l’identité nationale. Les tests que nous avons menés sur les cobayes blancs sont plutôt positifs.

Besson : Là, je sens qu’on tient un truc.

Herr Hortefeux : Wonderbar !

Nico : Bingo !

Trouveur n°1 : On peut même envisager que ce débat sur l’identité nationale donne lieu à une série de sous-débats à la mords-moi le nœud : voile, déchéance, polygamie, etc. Ce que nous, professionnels, appelons des débats à la mords-moi les couilles.

Lefebvre : Je sens que ça va faire mal.

Trouveur n° 1 : Qu’en pensez-vous, Monsieur le Président ?

Nico : Si un tel débat relègue la question du chômage et de la paupérisation à l’arrière-plan, je n’en pense que du bien. Tout pour qu’on ne parle pas du peuple, de ses rêves et de ses aspirations. Je suis nul, question peuple. Je suis même prêt à jouer du violon avec des allumettes si cela doit faire oublier que je ne suis pas à sa hauteur.

Trouveur n° 2 : Pourquoi pas un débat sur les notes à l’école primaire ? Faut-il les supprimer ou non ?

Lefebvre : Supprimer quoi ?

Nico : Pas terrible comme débat. On va garder ça pour après le remaniement. Mais c’est tellement con qu’il faudra faire comme si l’idée ne venait pas de nous. Voyez si on peut souffler l’idée aux bisounours. Non, j’ai tranché : on va commencer avec l’identité nationale. Si l’on s’y prend bien, c’est en souriant que le peuple ira s’inscrire à Pôle Emploi.

Herr Hortefeux : Et mes Roms ? C’est une minorité pas bien vaillante qui ne devrait pas se débattre beaucoup. Surtout que j’ai, dans la troupe, des petits gars bien musclés.

Nico : On garde la question des Roms sous le coude. Si un ministre devait se retrouver empêtré dans un scandale quelconque, on aura aussi besoin, en plus des débats à la mords-moi le nœud, de diversions à la con.

Herr Hortefeux : Merci, Nico.

Nico : Bon, Eric, tu me fais un topo sur l’identité nationale. Faut lancer le débat au plus vite. Je plonge dans les sondages.

Besson : T’inquiète. J’ai déjà plein d’idées.

Nico : Woerth, va voir Liliane. Je veux que l’on couvre d’or nos deux trouveurs.

Woerth : Encore ? Je sors à peine de chez elle.

Nico : Ben, tu y retournes. Ce n’est pas comme ci tu ne connaissais pas le chemin, non ?

Trouveurs (en chœur) : Merci, votre altesse.

Nico : Ah, non. Ça, c’était Giscard. Moi, c’est votre majesté.

Herr Hortefeux (à l’oreille de Besson) : J’t’avais bien dit que j’aurais les Roms.

Besson : Tu les mérites, Brice, tu les mérites.

Nico : La réunion est levée. Je vous invite au Fouquet’s.

Lefebvre : Moi aussi ?

Nico : Non. Toi, tu fais comme d’hab. Tu passes un coup de balai et tu éteins les lumières.

 

(Merci à Ariane Walter)


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4 réactions à cet article    


  • Gérard Luçon Gerard Lucon 27 novembre 2010 16:29

    et pendant ce temps la, le Condor


    • minusabens 27 novembre 2010 17:33

      Evidemment ! Il existe une alternative pour éviter une telle loufoquerie :

      Soit vous vous adressez à des édentés, soit vous vous amputez le machin ou le protégez avec du barbelé. 

      Ne désespérez pas il est évident que vous ne pouvez que progresser.


      • ddacoudre ddacoudre 27 novembre 2010 21:06

        bonjour

        j’ai aimé.

        cordialement.


        • JJ il muratore JJ il muratore 28 novembre 2010 10:52

          @ Sergeant Poivre. Ce serait bien que vous mettiez plus souvent votre grain de sel dans nos débats...à la mord moi le noeud !
          J’ai aimé votre style.

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