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Les Dgidjés (GJ) sont nos rednecks

En Écosse, vers 1640, les « Covenanters » ont rejeté l'autorité des évêques et signé des manifestes avec leur propre sang. Certains portaient des foulardsrouges autour du cou pour indiquer leur position et la classe dirigeante écossaise les appelait « rednecks » pour signifier qu'ils étaient les rebelles dans ce qui s’est appelé par la suite « the bishop’s war », soulèvement populaire qui a précédé l’accession de Cromwell au pouvoir.

Finalement, ce terme a fini par signifier simplement " presbytérien " dans les régions proches de la frontière écossaise. En raison du grand nombre d'immigrés écossais dans le sud américain certains historiens pensent que ce serait là l'origine du terme que les Américains utilisent dans des contextes bien particuliers, à la fois proches et lointains de ces évènements historiques.

Aujourd’hui, Redneck est un terme péjoratif appliqué aux Américains blancs considérés comme incultes, par référence aux blancs ruraux du sud des États-Unis. En argot étasunien dans les années 70, ce terme était devenu une insulte servant à stigmatiser les attitudes xénophobes, la misanthropie ou l'opposition aux bonnes manières bo-bo, en réunissant des caractéristiques et des groupes sociaux qui n'avaient pas forcément de rapports entre eux. Le "redneck" était caractérisé dans les médias et la culture populaireaméricains comme un homme blanc du sud pauvre, sale et sans éducation.

L’adoption du mot, d'origine écossaise ou pas, est de toute façon due au fait que les agriculteurs des grandes plaines du middlewest avaient la nuque rouge, coloration causée par les coups de soleil attrapés pendant les moissons estivales.

En 1900, le mot « rednecks » était couramment utilisé pour désigner au sein du parti démocrate les factions politiques composées de fermiers blancs pauvres du Sud. Ce même segment d’électeurs était aussi souvent appelé "wool hat boys" (les gars au chapeau de laine), par opposition aux riches citadins qui portaient des chapeaux en soie.

Les partisans du politicien du parti démocrate du Mississippi, James K. Vardaman, des paysans blancs très pauvres, ont commencé à se présenter eux-mêmes, et avec fierté, comme des "rednecks", allant même jusqu'à porter des foulards rouges lors de rassemblements et de pique-niques politiques.

Au début du 20ème siècle, le mot « redneck » (trop souvent traduit par "plouc" alors que le contenu est bien plus large) était également utilisé pour désigner les membres du syndicat des mines de charbon qui portaient des bandanas rouges en signe de solidarité dans leur collectivité. Cette référence corporatiste était particulièrement populaire dans les années 1920 et 1930 dans les régions productrices de charbon de Virginie, du Kentucky et de Pennsylvanie. Bizarrement, il a également été utilisé par les grévistes des syndicats pour décrire les briseurs de grève blancs pauvres. Le passage du rouge au jaune, des bonnets aux gilets et inversement ne serait donc pas un phénomène sans pécédent.

De nombreux sudistes américains ont également adopté ce terme comme « auto-identifiant », avec le sens d’"anti-raciste, pro-arme à feu, pro-travail" pour marquer leurs racines dans la classe ouvrière blanche rurale.

En 1975, dans leur "Dictionnaire de l'argot américain", Chapman et Kipfer expliquaient que le terme avait pris un sens qui dépassait celui du pauvre Sudiste pour désigner "une personne fanatique et conventionnelle, un ultra-conservateur loufoque", en citant les propos d’un certain John Barlow Martin qui avait déclaré que le sénateur John F. Kennedy ne devrait pas participer à la primaire présidentielle d’Indiana, parce que cet état était un « pays conservateur redneck », un état suspicieux face aux enchevêtrements étrangers, conservateur dans sa politique fiscale et caractérisé par un fort sentiment de ségrégationniste du Sud".

Aujourd’hui, le même mot est le plus souvent utilisé pour attaquer les conservateurs blancs du sud, mais aussi et plus généralement pour discréditer la classe ouvrière et les Blancs ruraux perçus par les « progressistes » urbains comme « insuffisamment libéraux ».

Par réaction et par provocation, certains sudistes ont récupéré le mot comme blason en inversant le signifié pour l’arborer avec fierté et comme un défi.

Cette particularité d’un même mot utilisé par les uns pour se glorifier, par les autres pour les mépriser, mais aussi celle de fusionner dans un seul fourre-tout des groupes et des idées pour le moins hétérogènes, cette particularité-là fait que, quelque part, le Gilets Jaunes sont un peu nos Rednecks !


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9 réactions à cet article    


  • Sergio Sergio 17 janvier 17:54

    Je connais la même chose mais plutôt avec une région, celle du Nord. Son surnom a évolué avec le temps.

    Ce fût pour commencer, le Pays Noir, avec les mines de charbon, le Pays Rouge avec l’implantation du Parti Communiste, très actif à l’époque, la Zone Verte, étant donné le marasme industriel, le poumon de la France quoi. Et puis un jour à Paris durant une confrontation de football, vous savez quoi .... les banderoles du déshonneur .... L’histoire s’écrit souvent par les autres, on en oublie les femmes, les hommes ... En tous cas on ne peut vous le reprocher, belle documentation.


    • Arthur S François Pignon 17 janvier 18:03

      @Sergio

      Merci.
      Le parallèle avec les ch’tis me va bien.
      Eux aussi ont retourné dans tous les sens une « appellation » non contrôlée, affectueuse et à usage interne au début, moqueuse juste après (à l’maison, y’a qu’mi qui dit « moi »), puis carrément méprisante et injurieuse dans la bouche des parigots (têtes de veaux ?) et finalement récupérée commercialement pas cet enfoiré de Boon, mais tellement habilement que les intéressés ont adopté un portrait qui ne manque pas de tendresse, même si le réalisateur ne crache pas sur les royalties.
      Même ambiguïté, en effet.


    • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 17 janvier 18:51

      Le gilet jaune n’est pas une sous-culture, ni une identité d’une région particulière.

      Ce n’est pas non plus un groupe social homogène.

      Les gilets jaunes doivent être fier de leur combat, mais certainement pas de leur condition.


      • Arthur S François Pignon 17 janvier 19:33

        @La Voix De Ton Maître

        « Le gilet jaune n’est pas une sous-culture, ni une identité d’une région particulière.  »
        le red neck non plus

        « Les gilets jaunes doivent être fier de leur combat, mais certainement pas de leur condition.  »
        les red neks non plus


      • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 18 janvier 10:12

        @François Pignon

        Suffit de chercher un peu pour trouver des festivals rednecks, de la musique redneck...

        Difficilement imaginable avec les gilets jaunes, à moins de regarder à la TV les témoignages de gentils bidochons choisis.


      • Arthur S François Pignon 18 janvier 10:22

        @La Voix De Ton Maître

        Ça vient

        Un peu de patience

        Bientôt, tu diras : « assez ! »


      • dr.jambon-beurre dr.jambon-beurre 18 janvier 04:06

        C’est un grand classique qu’un groupe s’approprie un terme qui à l’origine est méprisant.

         Vieille Europe
         Sans dents
         Zoreilles
        etc...

        Y’a pas mieux pour le rendre inoffensif.


        • izarn izarn 18 janvier 16:00

          @dr.jambon-beurre
          Il y a deux types d’occidentaux :
          -Ceux qui sont la comme un vieux chêne de 1200 ans.
          -Ceux qui pourrissent au bout de deux siècles...
          Mettez un nom sur ceux-ci...
           smiley


        • izarn izarn 18 janvier 15:56

          Oui, mais bon, les GJ n’ont rien à foutre des rednecks...

          Il viennent surtout de la culture française (Qui n’existe pas selon Macron)

          Donc monsieur, on a rien à faire avec ces réferences aux USA, pays d’émigrés européens ayant fait fortune sur notre dos.

          Alors qu’ils nous copient : OK.

          Mais alors l’inverse...

          Laissez moi rigoler !

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