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Accueil du site > Tribune Libre > Les Emirats Arabes Unis, maîtres marionnettistes du Golfe ?

Les Emirats Arabes Unis, maîtres marionnettistes du Golfe ?

Choisir ses alliés. Le conseil fait sens et pourrait s’appliquer en l’occurrence à la France. Alors que Paris s’apprête à ouvrir le Louvre Abu Dhabi en fanfare, il serait temps pour nos gouvernants d’ouvrir les yeux sur le rôle toxique des Emirats dans le Golfe.

Trois mois après le début d’une crise sans précédents dans le Golfe, aucune issue diplomatique ne semble voir le jour entre le Qatar et la coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis (EAU).

Et pour cause, un article de Bloomberg révèle que les deux pays auraient envisagé, dans les premiers jours, un scénario militaire à une résolution pacifique. C’était sans compter l’aide providentielle du président américain Donald Trump qui aurait décidé d’appeler les dirigeants de chacun des deux pays pour temporiser leur ambition belliqueuse. Quand on voit le discours que ce dernier a tenu à l’Assemblée générale des Nations Unies, on ne peut qu’être agréablement surpris par tant de modération d’un homme pareil !

 

L’anecdote - qui n’en est pas une en réalité - révèle avant tout un aspect de cette crise du Golfe encore trop peu explorée par les médias : le rôle nocif joué par les Emiratis, ne cherchant qu’à envenimer la crise entre le Qatar et le quartet. Rappelons-nous que le prétexte d’origine de la crise réside dans des fausses déclarations de l'Émir du Qatar à propos des Frères musulmans et de l’Iran après un piratage de l’agence de presse qatarie. Mais la célérité avec laquelle les chaînes saoudiennes et émiratis ont diffusé les supposés propos de l'Émir, démentis pourtant par Doha, révélaient déjà un complot magnifiquement orchestré contre le Qatar.

 

Maîtres marionnettistes

Ces manœuvres dans l’ombre des palais du Golfe ont été tirées au clair suite aux révélations d’officiers du renseignement américain sur le rôle d’Abu Dhabi dans le Washington Post. La cyberattaque de l’agence de presse officielle qatarie serait l’œuvre des Emiratis. L’enquête américaine cherche toujours à savoir si les Emiratis ont effectué le piratage eux-mêmes ou l’auraient sous-traité aux Russes.

Si les princes émiratis ne rechignent pas à toutes les extravagances pour attirer les projecteurs du monde entier sur Dubaï, il préfère les eaux troubles et marécageuses pour mener leurs desseins de politiques étrangères. L’ancienne conseillère à la sécurité nationale Susan Rice révélait il y a peu la rencontre secrète entre l’équipe Trump et le prince héritier d’Abu Dhabi, Mohamed Ben Zayed dit « MBZ », en décembre 2016 : une rencontre confidentielle et tenue secrète, menée dans le dos de Barack Obama, toujours président à l’époque. Sans compter que les Emirats Arabes Unis étaient également à l’origine de la rencontre entre Erick prince, ancien président de BlackWater et actuel conseiller militaire des EAU, et un Russe proche du président Poutine en janvier 2017.

 

Les récents mails « leakés » d’officiels émiratis illustrent bien la duplicité et la volonté de jouer sur tous les tableaux d’Abu Dhabi. Notamment vis-à-vis d’un pays supposé être leur allié, l’Arabie saoudite, MBZ et l’ambassadeur émirati aux Etats-Unis, Yousef Otaiba, étaient très favorables à l’ascension du jeune prince Salman. Les messages révèlent qu’ils n’avaient qu’une envie : se débarrasser des caciques de la famille royale saoudienne qu’ils considéraient comme « complètement cinglés ». C’est pourquoi ils l’ont accompagné et soutenu dans ses visites à Washington pour se faire connaître et accepter par le milieu politico-stratégique américain. Abu Dhabi mise beaucoup sur Mohamed Ben Salman : allant, peut-être, jusqu’à en faire une marionnette au service de leurs ambitions ?

 

Intrigues de palais et diplomatie de la canonnière

La région du Golfe ressemble de plus en plus à l’Italie des royaumes de la Renaissance, avec ses retournements d’alliances et ses intrigues de cour. MBZ ne restera pas comme un artisan de l’unification du Golfe, mais comme un hommage vibrant à la diplomatie de la canonnière vu le goût pour l’armement du prince héritier. Au Pentagone, cette politique sécuritaire et militariste a valu aux Emirats Arabes Unis le surnom de « petite Sparte ». Sans compter les manœuvres de son ambassadeur haut en couleur à Washington, qui n’hésite pas à arroser en millions de dollars les think-tanks américains ou juifs orthodoxes pour faire valoir les vues de l’émirat sur les affaires du Moyen-Orient comme l’ont révélé les différentes enquêtes de The Intercept, le quotidien fondé par le journaliste Glenn Greenwald. L’esprit de Machiavel et les mœurs d’un Borgia, Yousef Otaiba est la combinaison dans un seul corps de la politique étrangère émiratie avec les excès et la décadence de Dubaï.

 

Alors que le Louvre Abu Dhabi ouvre ses portes prochainement, la France devrait s’interroger sur sa proximité avec les Emirats Arabes Unis. L’Europe qui a subi par le passé les dégâts de la diplomatie secrète, de la course aux armements, du nationalisme haineux connait bien trop les risques pour le Golfe si les Emirats Arabes Unis continuent ainsi leur politique.


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8 réactions à cet article    


  • Christian Labrune Christian Labrune 25 septembre 18:23

    à l’auteur,
    La première nécessité, en matière de stratégie, écrivait Sun Szu, le grand stratège chinois à l’époque des Royaumes combattants, et qu’on gagne encore à lire, c’est de savoir qui sont nos ennemis.

    Que l’Arabie et les Emirats soient vraiment nos amis, je conviens que cela pourrait donner matière à bien des discussions, mais si nous avons dans le coin un ennemi déclaré, c’est assurément le Qatar inondant depuis déjà bien des années, par l’intermédiaire des paraboles d’Al Jazeera, les populations musulmanes européennes de sa propagande infecte. La salafisation des mosquées, si j’ose ce néologisme, n’a pas d’autre cause. Et le Qatar, soutien des Frères musulmans interdits en Arabie Saoudite, qu’il aura très copieusement arrosés à l’époque des printemps arabes, et particulièrement en Tunisie, est objectivement le pire ennemi de la civilisation. Faut-il ajouter qu’il est parvenu à corrompre un certain nombre de nos politiciens, comme le faisait très bien apparaître le bouquin intitulé « Nos très chers émirs ». Au reste, il suffit de voir ce qui se passe en France avec le financement du football, chose absolument choquante et intolérablee, pour en être immédiatement convaincu.

    Il vaudrait mieux voir que la ligne politique des Emirats et de l’Arabie est en train de changer sensiblement. Si la France est un pays impossible à réformer selon Macron, on peut bien supposer que des changements dans cette région ne pourront pas apparaître d’une manière bien évidente avant un certain temps, mais la menace de la bombe atomique iranienne est un puissant accélérateur. Face à un péril mortel pour tous les états sunnites de la région, l’Arabie et les Emirats sont en train de revoir complètement leurs alliances et, à la différence du Qatar, ils commencent à dénoncer le terrorisme islamique. Entre leurs sous et la religion, ils préfèreront évidemment leurs sous, et initier un processus de modernisation, d’ouvertures aux nouvelles technologies, qui leur permettra de faire face à l’effondrement des prix du pétrole quand personne n’aura plus trop besoin de leur en acheter : l’Amérique, déjà, pourrait très bien faire sans eux.

    L’Arabie et les Emirats ne constituent pas pour nous une menace. On ne peut pas dire la même chose de l’Iran. Un commentateur faisait remarquer naguère qu’il sera peut-être possible de trouver un modus vivendi avec la Corée du Nord : le cinglé de Pyongyang veut seulement se maintenir au pouvoir, il n’a pas envie de se suicider. L’islam, en revanche, est une religion suicidaire : « nous aimons la mort comme vous aimez la vie », disaient les jihadistes de l’Etat coranique. Le gros problème, pour nous, ce n’est donc pas l’Arabie et les Emirats, c’est l’Iran nucléaire et une ambition hégémonique inquiétant, à très juste titre, tous les états de la région. L’Europe devrait commencer à se réveiller, mais il y a tant de choses que les grandes entreprises européennes pourraient vendre à l’Iran avant le terme du contrat sur le nucléaire ! Tant de bénéfices à prélever avant une guerre de toute évidence inévitable ! En attendant, remplissons-nous les poches, disent nos capitalistes : c’est toujours ça de gagné. Après moi, le déluge !


    • Christian Labrune Christian Labrune 25 septembre 18:54

      Et pour cause, un article de Bloomberg révèle que les deux pays auraient envisagé, dans les premiers jours, un scénario militaire à une résolution pacifique.
      ==================================
      Le Qatar étant un allié de l’Iran belliciste, je n’aurais pas vraiment pleuré sur ce qui serait arrivé au Qatar. Ce qui lui serait arrivé, il l’aurait amplement mérité.

      Admettons que cette « information » soit exacte, il ne faudrait pas non plus se faire des illusions sur la politique de Trump : l’Amérique dispose d’une base aérienne au Qatar, d’une grande importance stratégique, et c’est la raison de la « modération » américaine dans toute cette affaire, mais on peut bien supposer qu’ils n’en pensent pas moins et qu’ils ne sont certainement pas les amis de ce petit état voyou.

      A contrario, les Américains, comme tous les Occidentaux, seraient extrêmement favorables à un Kurdistan indépendant qui deviendrait vite un facteur de stabilité dans une région explosive. S’ils ont voté contre le référendum des Kurdes au Conseil de Sécurité, c’est évidemment pour éviter des difficultés très immédiatement prévisibles avec la Turquie et tous les états de la région où vivent d’autres Kurdes, lesquels souhaiteraient eux aussi conquérir leur liberté. Je pense quand même que ce vote timoré, auquel la France, pour notre honte, s’est associée, restera comme une vilaine tache dans l’histoire de nos pays.


      • OMAR 25 septembre 19:16

        Omar9

        Tiens, les chiens ont recommencé à aboyer.
        mais la caravane passera....


        • Ratatouille Ratatouille 26 septembre 00:00

          @OMAR
          Ane ne voit tu rien venir et laisse le miel descendre dans ta gorge .
          comme une douce brise sur le sable le juste regarde la vérité


        • popov 26 septembre 01:56

          @OMAR

          Le petit caniche abricot lève une patte contre le mur de la mosquée. Toute la caravane se met à aboyer.


        • OMAR 26 septembre 11:02

          Omar9

          Qu’est-ce que je vous disais.....
          Fallait juste jeter un os, et la meute rapplique.....


        • popov 26 septembre 13:51

          @OMAR


          Heu...qui c’est qui aboie ici ?

        • covadonga*722 covadonga*722 26 septembre 13:34


          1 / on pend haut et court toutes nos éminences ayant reçu 
            des prébendes des saloperies wahhabites
          2/ on offre un hiver nucléaire a cette géhenne des sables .


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Laurent


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