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Les enjeux internes au socialisme soviétique né de la Première Guerre mondiale

En dehors de la lutte internationale dans laquelle la jeune Union soviétique a été emportée dès sa naissance en octobre 1917 jusqu’au paroxysme de l’attaque hitlérienne en 1941, il nous faut considérer les difficultés spécifiques du passage au socialisme qu’elle a connues à l’intérieur d’elle-même.

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Le premier point à souligner se trouve dans cette phrase prononcée le 6 février 1921 par Vladimir Ilitch Lénine lors de son discours devant le IVème Congrès des ouvriers de la confection de Russie :
« […] il est impossible de vaincre intégralement le capital dans un seul pays. » (Vladimir Ilitch LénineŒuvres, tome 32, etc., page 115.)

Les spéculations frauduleuses dont nous avons vu un Alexandre Barmine se plaindre comme appartenant intrinsèquement à la nouvelle politique économique impulsée par l’État des Soviets avaient en réalité mené grand train tout au long de la Première Guerre mondiale et s’étaient accentuées du fait de l’effondrement politique et militaire de tout le pays, tandis que la mise en place de la dictature du prolétariat ouvrier ou paysan n’y avait elle-même remédié que par les contraintes du communisme de guerre qui ne pouvaient avoir qu’un temps sauf à déchirer irrémédiablement le tissu social…

Un an avant de devoir admettre qu’en l’absence d’un développement révolutionnaire avéré, en Allemagne principalement, le capitalisme ne pourrait être démoli que très partiellement en Union soviétique, Lénine avait déclaré, lors du IIIème Congrès des syndicats de Russie (7 avril 1920) que…
« Les anciennes habitudes petites-bourgeoises de gérer pour son compte personnel et d’affermir la liberté du commerce sont plus fortes que nous. » (Vladimir Ilitch LénineŒuvres, tome 30, etc., page 525.)

Du côté de l’économie, la pression paraissait devoir être irrésistible. Seule la force politique du prolétariat rassemblant ouvriers et paysans pauvres permettrait de sauver les acquis de la révolution.

Ainsi, un fait était-il certain, de même que la question qu’il ne pouvait manquer d’emporter avec lui :
« Nous tenons depuis deux ans, mais à quel prix ? » (Idem, page 526.)

D’une certaine façon, il y avait là l’anticipation de ce que l’Union soviétique allait devoir endurer une vingtaine d’années plus tard face à l’envahisseur soviétique :
« À l’heure actuelle, cela veut dire que la famine de la classe ouvrière s’est accrue. En 1918 et 1919, les ouvriers de l’industrie d’État n’ont touché que 7 pouds de blé par tête, alors que les paysans des provinces productrices en avaient 17. Sous le tsar, le paysan disposait de 16 pouds dans le meilleur des cas ; sous notre régime il en a 17. Les statistiques le prouvent. Le prolétariat a connu deux années de famine, mais cette famine a démontré que l’ouvrier sait non seulement sacrifier ses intérêts corporatifs, mais aussi donner sa vie. » (Idem, pages 526-527)

Il ne s’agissait donc pas, ainsi qu’Alexandre Barmine en donnait le triste exemple, de souligner la situation difficile des membres du parti communiste pour aller ensuite leur proposer de jalouser les spéculateurs… Il fallait poser la question du rapport de force entre la révolution tendant au socialisme et la volonté des petits bourgeois paysans de revenir à la liberté du commerce en un temps où les pénuries leur offraient une excellente chance de faire fortune sur la misère ambiante…

Toutefois, Lénine était parfaitement placé pour voir que le parti communiste lui-même se trouvait dans une situation extrêmement difficile, et ceci jusqu’au plus profond de lui-même peut-être…

Dans un article publié le 21 janvier 1921 par la Pravda sous le titre « La crise du parti  », il écrivait :
« Il faut avoir le courage de regarder l’amère vérité en face. Le parti est malade. Le parti frisonne de fièvre. Toute la question est de savoir si la maladie n’a frappé que les « dirigeants enfiévrés », et peut-être même seuls ceux de Moscou, ou si elle a atteint tout l’organisme. » (Vladimir Ilitch LénineŒuvres, tome 32, etc., page 36.)

Et de façon pressante, il ajoutait :
« Il faut que tous les membres du parti se mettent à étudier avec un absolu sang-froid et la plus grande attention 1) le fond des divergences, 2) l’évolution de la lutte dans le parti. » (Idem, page 36. C’est Lénine qui souligne.)

Cette question de l’étude, quel qu’en soit l’objet, est une sorte de leitmotiv chez le Lénine des toutes dernières années.

Ainsi, au-delà de la question économique et de la question politique, les rapports de classe posent la question du savoir… d’un savoir qui doit se développer à l’intérieur du parti du prolétariat ouvrier et paysan et pour l’irriguer dans son ensemble à partir de ce que les militants sont capables d’y instiller à force d’y réfléchir eux-mêmes en quelque point qu’ils puissent se situer de l’activité révolutionnaire.

Lénine sait que la population nouvellement soviétique part de très bas. Il l’exprimera d’une façon très touchante le 21 mars 1922 dans la Préface qu’il rédige pour le livre de I. StepanovL’électrification de la R.S.F.S.R. en fonction de la phase transitoire de l’économie mondiale :
« Nous sommes des gens pauvres et incultes. Ce n’est pas grave, si seulement on comprend qu’il faut étudier. Si seulement on désire étudier. Si seulement on saisit clairement que l’ouvrier et le paysan ont besoin maintenant d’étudier non pas pour apporter des « avantages » et des profits aux grands propriétaires fonciers et aux capitalistes, mais pour améliorer leur propre vie.  » (Vladimir Ilitch LénineŒuvres, tome 33, Éditions sociales 1963, pages 248-249. C’est lui qui souligne.)


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6 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 janvier 13:35

    «  les rapports de classe posent la question du savoir… d’un savoir qui doit se développer à l’intérieur du parti du prolétariat ouvrier et paysan »

    Vous avez entendu parler de Lyssenko ?

    protégé par Staline contre l’avis des scientifiques , il a dominé la recherche et l’enseignement de la biologie en Union Soviétique, . Il promettait de sauver l’agriculture soviétique de la catastrophe où elle se trouvait à la suite d’une succession de mauvaises récoltes et affirmait avoir mis au point des méthodes permettant d’imposer des caractères héréditaires voulus à des plantes, et même de transformer à volonté une espèce en une autre. Il dénonçait la « génétique bourgeoise » comme une imposture et a étouffé tout débat scientifique et toute opposition en faisant arrêter ou exécuter ses contradicteurs. Les théories absurdes de Lyssenko ont même contaminé les milieux scientifiques en France. C’est l’exemple même de la perversion de la science et de la connaissance par la volonté d’un imposteur prêt à tous les mensonges pour se maintenir au pouvoir.

    En attendant, la Mer d’Aral, asséchée par l’irrigation de champs de coton qui n’avaient rien à faire dans cette région, ne semble pas près de retrouver son niveau d’antan.


    • CN46400 CN46400 31 janvier 14:32

      @Séraphin Lampion
      Si Staline n’avait commis que ce crime, il serait encore adoré par nos écolos puisque c’est Lyssenko qui a introduit l’agroforesterie dans l’agriculture soviétique !


    • CN46400 CN46400 31 janvier 14:57

      L’auteur ne dit pas qu’en 20-21, la guerre civile s’achève, Lénine est en train de mettre sur pied la NEP à partir de la notion de « capitalisme d’état » qu’il a avancé en avril 18, moins de six mois après octobre17.

      Lénine, qui n’a pas lu que les 50 dernières pages du Manifeste de Marx, connaît aussi, les 50 premières où Marx y démontre que le rôle joué, dans l’histoire et ailleurs qu’en Russie, par la bourgeoisie capitaliste, a été « éminemment révolutionnaire ». Soixante années plus tard, Deng Xiao Ping reprendra, avec les résultats que l’on connaît, ce calcul à son compte.

      Le « capitalisme d’état », c’est le capitalisme à un détail près : Il ne commande pas l’état, c’est l’état qui le commande....

      Certains ont aussi détecté cette idée dans le dernier discours de Poutine...


      • Ecométa Ecométa 1er février 11:47

        Il est question d’économie ici !

        Une économie idéale, qui e sera jamais parfaite car la perfection est impossible et quelque soit le domaine... même scientifique ; cette économie idéale c’est l’économie mixte comme nous la pratiquions en France. Sauf que nous avons un Président de le « Res-privat » qui n’a de cesse que de réduire cette mixité en faveur du secteur privé... autrement le monstre capitalistico-fianciariste va mourir !

        De toute façon, « crisique par nature » car « paroxysmique » : il mourra... et malheureusement il renaîtra de ses cendres car la pensée économique est totalement imbécile, incapable qu’elle est de réfléchir aux choses, à la chose économique, en termes d’entendement, de bonne intelligence... engluée qu’elle est dans la dogmatisme ! 

        Pour parvenir à penser l’économie en termes d’entendements il faudrait déjà redéfinir l’économie, et surtour la débarasser de cette définition de « système decrétaion de richesses » qui ve convient qu’au puissants riches et à ceux qui rèvent de le devenir.

        En termes d’entendement, l’économie se définit comme un système de moyens mis en œuvre pour satisfaire les besoins individuels et collectif d’une société, moyens privés et publics  !

        Étymologiquement, le terme « économie » vient du latin « oeconomia », et plus avant du grec « oikonomia ». « Oïko » qui signifie la « maison » et de « nomia » qui signifie la « règle » : la règle de la maison ou par extension la règle d’ensemble à rapprocher de la théorie des ensembles ! Quant à lui le terme d’écologie au lieu d’être la « règle » c’est la « logique » : comment peut-on opposer ces deux termes sinon par un aveuglement paradigmatique des plus dogmatique ? Voire un savoir on ne peut plus refermer sur lui-même : sophiste et cynique ! 

        Qui, de nos jours, sait quelle est la logique qui préside à l’économie scientifique qui domine tout ?

        C’est l’individualisme méthodologique qui réduit l’économie, au coup par coup... en fonction du moyen spécifique, à la chose pour la chose,à la chose imbécile, et à des théories imbéciles ! Une pratique scientifique qui divise l’économie en autant de sciences que de moyens à mettre en œuvre ; qui s’ignorent les uns les autres, qui même se contredisent... voire se combattent ! Un individualisme méthodologique qui divise l’économie, et les scientifiques, en autant d’églises, de chasses gardées et de querelles de clochers ! 

        L’économie, pratique sociétale de satisfaction, d’autosatisfaction, des besoins de toute nature, relève de la complexité, et donc d’un savoir complexe dans lequel le simplisme, la réduction au simplisme n’a pas place !

        L’économie est un ensemble et c’est la théorie des ensembles qui doit l’étudier.

        L’économie est un « système » et c’est la logique « systémique », même celle « écosystémique », qui relève de la théorie des ensembles, qui doit y présider

         !

        Une logique « écosystémique », ceci, afin d’éviter de tomber dans le piège du système pour le système et du système imbécile ! La logique écosystémique en lieu et place d’un individualisme méthodologique qui mène à des pratiques paroxysmique de la chose pour la chose qui fait cette civilisation du paroxysme qui abuse tout ! 

        A quand une économie de l’entendement, républicaine et démocratique, en lieu et place d’une économie de la malignité ; de la division pour mieux régner ?



         

         


        • nemo3637 nemo3637 2 février 10:21

          Lénine a eu des éclairs d’une grande lucidité...mais trop tard. Il fut avant tout un excellent stratège parvenant à s’emparer du pouvoir d’Etat. Les premières critiques de sa vision politique viennent de la gauche germano-hollandaise, Rosa Luxembourg, Hermann Goerter.

          Il y a pas mal d’expressions contradictoires dans cet article. Mais aujourd’hui tout le monde ou presque reconnait que le régime de l’URSS fut un capitalisme d’Etat.

          Cela arrangeait trop certains, les contradicteurs bourgeois en premier lieu, d’accréditer la thèse de « la patrie du socialisme »... Le pays du mensonge déconcertant.


          • eric 5 février 15:43

            Фотографии : Ленин в Горках, лето 1923 г.

            Photos de Lénine un an après ces écrits. Evidemment, il y a des handicaps qui évoluent très vite, cependant on devine que le ver était dans le fruit. Aujourd’hui encore adhèrent à ses délires, des gens qui n’ont peut être pas toute leur tête à eux. 


            Plus généralement Marx a inversé le sens de l’histoire.


            On commence par le socialisme, au paléolithique.

            Une économie de rente ou on ramasse ce que l’on trouve et ou on partage à peu prêt tout, les chasseurs cueilleurs, avec un chef en général le plus fort, et des sorciers inventant des causes aux effets. On élimine les enfants non conforme, les vieillards, les roux, etc...pour maintenir l’équilibre. Il n’y a pas de capital, en ce sens que l’on trimballe sur son dos tous son avoir et que cela ne va pas loin.


            On passe au « capitalisme » Néolithique. Il y a du surplus. Bon an mal an, il est à peu prêt répartis entre tous, malgré de grandes inégalité, car le « peuple » est une unité spirituelle. Même les esclaves sont précieux. Dans le capitalisme, il n’y a jamais de famines organisées pour se débarrasser de son propre peuple. On a un roi, dont la vocation est d’être victime expiatoire si cela va mal, et ses fontionnaires. (Comte, c’est le type qui compte pour le roi à la base). 


            Puis, il y a le stade ultime du socialisme, le féodalisme.

            Des familles gèrent tout dans leur intérêt familial. Si quelque’un n’est pas d’accord, c’est la famine ou le goulag ou les deux. Les outils de production sont soit disant à tous, mais en réalité contrôlé de père en fil par les mêmes. C’est suffisement dispersé pour que le groupe échappe a toute critique. Au pire on sacrifie un mec. Ils se regardent en chiens de faience, attentif à ce que personnne ne l’emporte. C’est l’URSS et la chine, avec l’endogamie qui va bien, et l’héritage. « Un fils de colonel de l’armée rouge peut il devenir Général. Non, car le général aussi a un fils ». Quand les contraintes idéologiques deviennent inutiles, ou qu’ils ne les supportent plus, on s’en débarasse. Les oligarques des ex pays socialistes sont largement des enfants et petits enfants de chinovniks. 

            Ces réégimes très très conservateurs, font réver ceux qui ont peur du mouvement, de la modernité, du progrés : les bureaucrates, les fonctionnaires, les enseignants, les gens jalaoux de ceux qu’ils croient au dessus et méprisant pour ceux qu’ils croient en dessous. La preuve, comme l’a très bien montré Sojénitsyne, les marxistes ont épargnés les grands bourgeoisn en URSS, notamment parce qu’ils étaient formés, et même le socialisme à besoin de spécialistes. Mais ils ont vraiment génocidé les paysants pauvres en les traitant de koulaks.


            Ici, c’est pareil : la grand mère Macron était institutrice socialiste, ses parents genre directeur d’hopital et de lycée ou un truc du genre, lui, on connait. Il exonère les start up de ses potes et taxe les pauvres en cessant de se prétendre socialiste comme en ses débuts. C’est la perestroika...on arrête de partager avec les plus pauvres et on ouvre les frontières pour mieux profiter de ses privilèges…

            La ruse, c’est de toujours avoir un 1% à dénoncer. C’est facile, c’est pratique. 

            La réalité, des pouvoirs et richesses, ce sont les membres du partis, 6% de la population, appuyé par les organes de sécurité (environ 10% de la population liée de prêt ou de loin). et des clientèles. 

            Avec la perestroïka, on largue les plus petits pour concentrer les profits sur les familles, mais il faut conserver l’appui des supplétifs. C’est pourquoi l’oligarchie macronienne va payer toute la fonction publique pour avoir le droit de pressurer le populo de base. 



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