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Les entreprises, l’intime et l’idéologie

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Une entreprise, c’est conçu pour gagner de l’argent en exploitant un ou des couples (produit ; marché). C’est du moins ce qui était enseigné dans mon école de commerce quand j’y faisais jadis mes études aux temps de ma jeunesse folle. Certes, il était possible d’avoir des digressions : le but d’une entreprise est de rester vivante et la stratégie propose les moyens pour y arriver en gérant la maturité des couples (produit ; marché). Ou alors des formulations différentes : l’entreprise est une exposition composite à un ensemble de risques pour gagner de l’argent sur un ou des couples (produit ; marché). Mais à la base, il y a le produit et le marché, ce dernier étant l’arbitre. Gagner de l’argent, ça se fait en vendant sur le marché des produits ayant coûté moins cher que le prix de vente. Mais pour y parvenir, l’entreprise va aller chercher sur des marchés (capitaux, emploi, bien et services, etc. …) ce dont elle a besoin et qu’elle paiera. Bien gérée, elle fera en général attention aux coûts qu’elle engage : sont-ils excessifs ? Sont-ils pertinents ? C’est déjà bien compliqué de parvenir à être pérenne et performant sur un couple (produit ; marché).

Des menaces pèsent sur l’arrêt historique Roe vs. Wade de la Cour Suprême des États-Unis d’Amérique sur l’avortement. Petit aparté : l’éventuelle annulation de cette disposition rendra à chaque état de la fédération sa liberté législative en la matière, sans préjuger de ce qui en sera fait. Certaines entreprises enfourchent le canasson de l’idéologie. Ainsi, Starbucks[1] vient d’annoncer qu’il remboursera les frais de déplacement de ses employés souhaitant avorter et en quête d’une législation plus permissive que celle de leur domicile à l’avenir. Pour faire bonne mesure, ces mêmes frais de déplacement seront aussi remboursés à ceux qui dans le cadre d’une transition de genre, auront recours à un « tourisme législatif ». La chaîne de distribution urbaine de cafés imbuvables[2] rejoint Amazon, Apple, Citigroup, Microsoft, Levy Strauss & Co., Salesforce et Tesla[3]. D’autres suivront sans doute.

Il y a aussi aux États-Unis ces entreprises (Apple et Facebook devenu Meta) qui proposent à leurs jeunes talents féminins de prendre en charge la ponction et la congélation de leurs ovocytes et donc de les aider à « tricher » contre l’horloge biologique, leur permettant ainsi un début de carrière plus fulgurant. Heureusement, le législateur français a ici rejeté cette possibilité. Et puis il y a la mode des entreprises qui signent des chartes d’inclusivité LGBT-YUIOP+, y compris en France avec la charte de l’Autre Cercle où se retrouvent entre autres de grands noms du CAC 40[4].

Et si le devoir d’une entreprise était de témoigner de respect vis à vis de ses employés ? Ils ne le sont (ou ne devraient l’être) que durant leurs heures de travail ! Certes, la grossesse d’une employée ne passe pas inaperçue et induit des contraintes. Comme les aléas nombreux de la vie infantile. Ou la maladie, l’accident, le décès, les erreurs qu’ils commettent, ou leurs bonnes idées et l’énergie qu’ils consacrent à leur travail. Mais respecter l’intime, ça devrait tomber sous le sens ! Serait-ce un coin dans la fente pour que s’y engouffre plus de contrôle social ?

L’idéologie communautaire woke inclusive s’impose y compris là où elle n’a rien à faire. Il se chuchote qu’au moment de sa signature de la charte de l’Autre Cercle, le PDG de BNP-Paribas aurait eu sa boite de courrier électronique inondée de messages indignés d’actionnaires lui rappelant que l’objet de son mandat, c’était plus le bénéfice par action et le cours de l’action en bourse que le bien-être de la communauté LGBT dans sa banque. C’est sain, les réactions d’un système immunitaire, même si ça n’empêche pas les épidémies.

Mais sans doute suis-je dans l’erreur. Le prochain couple (produit ; marché) que je vais manquer, c’est celui d’une agence de notation du niveau de wokitude de ces entreprises qui cèdent à la mode, à la pression de l’air du temps, au désir de paraître. Il y aurait sans doute plus d’argent à y faire qu’une rébarbative agence de notation des entreprises qui s’occuperaient exclusivement de leurs fesses, et pas de celles de leurs employés. Tant pis !

 

Cliché hhach libre de droits via Pixabay

 

 

[2]   Il me serait impossible de la boycotter, n’ayant pas franchi son seuil depuis des décennies. 


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5 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 mai 15:05

    On en apprend des choses ici : moi je croyais qu’une entreprise exploitait aaussi ses salariés et ses clients (qui peuvent être les mêmes) mais je vois que je me suis trompé : elle n’a apparemment besoin ni de l’un ni de l’autre pour exister et durer.


    • PascalDemoriane 17 mai 17:01

      @Séraphin Lampion & @ l’auteur
      Oui, moi aussi je croyais, sortant d’école de commerce ; qu’une entreprise visait à faire des bénéfices avec le concours de ses salariés. J’ai pas tardé à découvrir avec effroi qu’il n’en est rien du tout : son seul but c’est de faire perdurer l’illusion collaborative pour cacher la manip purement financière de plus value spéculative qui s’opère sur le second marché. Plus on était performant au commercial (dont moi) ou en production (ouvriers CGTistes) plus on emmerdait le patron.

      Pourquoi ? sa terreur c’était que les commerciaux fils à papa intellectuels comme moi s’entendent avec les ouvriers syndiqués et les employés comptables ou subalternes immigrés. Et avec les clients ! Ce que évidement je me suis empressé d’initier en passant des nuits dans les ateliers fonctionnant en trois huit, hors du contrôle de la direction ! Et en nourrissant des complicités interpersonnelles avec la clientèle.
      Partant de là quel réponse du capital ? C’est très simple ! Pour casser l’unité des travailleurs et leur autonomie productive, faire intervenir la gauche sociétale : faire revendiquer des causes inoffensives comme le sexe, le genre, les bonnes oeuvres pour les vacances, les enfants et toute ces conneries de la vie dite intimes qui ne font que rendre la vie privée complétement dépendante du rapport de domination capital-travail.
      Toute la logique de la théorie de la valeur sociale / sociétale / écologiques des entreprises (j’ai du faire nombre de rapports là dessus çà et là) n’est qu’une façon de contrer la lutte de classe, horreur absolu du capital ! et marché prospère de la gauche contre-révolutionnaire !


    • chantecler chantecler 18 mai 08:38

      Et moi je pensais naïvement que certaines entreprises étaient montées pour produire .

      Ou fabriquer .

      Bref le secteur secondaire fabrique des objets ...

      Ensuite le secteur tertiaire s’occupe de les vendre .

      Et si on exporte ça fait rentrer des devises et ça équilibre la balance commerciale entre entrées (export) et sorties (importation) .

      Mais il est vrai qu’il faut recruter des gens qu’on appelait ouvriers et les payer car ces gens là réclament des sous , alors même qu’ils ont un emploi !

      Mais rassurez vous la mondialisation et le néolibéralisme a rebattu toutes les cartes .

      C’est Jésus qui a inventé le capitalisme , la bourse et les actionnaires en multipliant les pains ....

      Sauf qu’on a remplacé les pains par de l’argent et ça s’appelle la spéculation , ou comment faire de l’argent avec de l’argent sans se fatiguer ...


      • tashrin 18 mai 11:29

        Et si le devoir d’une entreprise était de témoigner de respect vis à vis de ses employés ? Ils ne le sont (ou ne devraient l’être) que durant leurs heures de travail ! Certes, la grossesse d’une employée ne passe pas inaperçue et induit des contraintes. Comme les aléas nombreux de la vie infantile. Ou la maladie, l’accident, le décès, les erreurs qu’ils commettent, ou leurs bonnes idées et l’énergie qu’ils consacrent à leur travail. Mais respecter l’intime, ça devrait tomber sous le sens ! 

        Je comprends pas votre raisonnement. Le travail est un marché dans notre beau monde. Soumis aux mêmes regles que celui dont vous decrivez le fonctionnement en introduction. L’entreprise ne respecte le salarié, que ce soit pendant ou en dehors des heures de travail, que si elle y est contrainte. Sinon elle s’en passe, les mecontents seront remplacés par d’autres moins regardants

        Et la contrainte ne peut venir que du marché lui meme ou de la reglementation si le marché est trop facilement contournable. C’est bien pour cela que le droit social releve d’un rapport de force strict et passe par la négociation

        Prenez l’exemple de nos amis restaurateurs qui ne respectent pas leurs salariés depuis 30 ans... Aujourd’hui le rapport de force s’inverse, mais plutot que de reconnaitre les abus et de remunerer les gens en fonction de la penibilité, ils font pression pour importer des marocains. Si la reglementation le leur interdisait, les salaires monteraient


        • christophe nicolas christophe nicolas 20 mai 17:49

          Une entreprise est un beau rêve qui vire au cauchemar ces temps ci car n’est-il pas dit :

          « Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu l’as embauchée dans ton entreprise... C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »

          Oui , je sais, j’ai un peu modifié le texte, c’est pas bien mais c’est pour l’adapter à notre époque en pensant à Fillon.... :)

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