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Les Etats-Unis entraînent l’UE dans une alliance antichinoise

Le politologue allemand Henrik Müller sur les pages du Manager Magazin écrit que les Etats-Unis poussent les Européens à contenir plus activement la Chine, qui s'est transformée en une grave menace pour "l'Occident collectif" et se comporte de plus en plus agressivement. 

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L'Amérique fait pression sur ses alliés en exigeant de se joindre au front antichinois, mais l'Europe est pratiquement incapable de réagir au défi chinois. Cela concerne avant tout l'Allemagne, qui est contrainte de faire preuve de retenue car elle est économiquement liée à la Chine plus que tous les autres pays européens. Ce qui crée un dilemme pour le gouvernement allemand pour savoir ce qui est plus important : l'argent chinois ou la "solidarité occidentale". 

Des mouvements tectoniques se produisent dans la politique mondiale, rappelle Henrik Müller. Pendant que Pékin construit son empire commercial "La Ceinture et la Route", rend dépendants les pays émergents en leur accordant des prêts et aspire à l'indépendance dans le secteur des hautes technologies, l'administration de Joe Biden cherche à constituer un front antichinois en faisant appel aux pays de la région Asie-Pacifique et à l'Inde. 

Une situation particulièrement dangereuse se déroule autour de Taïwan. L'hebdomadaire britannique The Economist a qualifié Taïwan d'endroit "le plus dangereux sur terre". Jusqu'à présent, selon les experts, la peur face à une riposte américaine empêchait Pékin de capturer l'île, mais le rapport des forces change de plus en plus clairement au profit de la Chine. La situation devient également tendue à Hong Kong, où le gouvernement chinois a de facto piétiné tous les engagements pris après le départ du Royaume-Uni. 

Comment l'Europe peut-elle réagir à "la nouvelle agressivité" de Pékin ? Sur le plan militaire, l'UE faiblit, écrit Henrik Müller, et sur le plan économique elle dépend de plus en plus de la Chine. Cela concerne avant tout l'Allemagne, pour qui le marché chinois est devenu tout aussi important que l'américain. En 2020, les échanges sino-allemands ont atteint 212,6 milliards d'euros. Au total, les Allemands ont investi en Chine 84 milliards d'euros. Cela représente pour l'instant un dixième des investissements allemands en Europe, mais la part de la Chine grandit constamment. 

Les liens économiques aussi étroits expliquent la dépendance de l'UE de la Chine. C'est pourquoi ils craignent de mettre Pékin en colère et ne veulent pas le défier ouvertement. Tandis que les Etats-Unis insistent sur une approche occidentale consolidée vis-à-vis de la Chine, l'UE sous la présidence de l'Allemagne et avec la participation personnelle de la chancelière allemande Angela Merkel a signé avec la Chine fin 2020 un accord d'investissement, qui n'a pas du tout été apprécié par Washington. Selon plusieurs médias occidentaux, cet accord est une "trahison" des partenaires de l'UE, des Etats-Unis et du Royaume-Uni, parce qu'il accorde des avantages commerciaux unilatéraux à Pékin. 

Cependant, Washington continue d'imposer sa ligne antichinoise. Il y a quelques semaines, les Etats-Unis avec leurs alliés les plus proches (l'UE, le Canada et le Royaume-Uni) ont décrété des sanctions conjointes contre la Chine à cause de l'oppression des droits du peuple ouïghour. Pékin a adopté des contremesures en interdisant l'entrée en Chine à plusieurs députés européens. Le risque de sanctions économiques chinoises pèse sérieusement sur l'Europe. 

L'UE craint de se retrouver dans l'engrenage de la confrontation américano-chinoise et tire la sonnette d'alarme. Selon l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (Stiftung Wissenschaft und Politik), "il existe un risque que la rivalité stratégique, qui s'aggrave entre les Etats-Unis et la Chine, dégénère en conflit mondial structuré". Cela conduirait à une "démondialisation" et à une division du monde en deux systèmes, où domineraient les Etats-Unis et la Chine. Dans ce cas, l'Europe se retrouverait dans une situation difficile. D'après les experts européens, l'UE appliquait trop longtemps une ligne confortable pour elle, selon laquelle la politique des portes ouvertes et le développement économique de la Chine conduiraient au final à la libéralisation politique et sociale. 

Mais c'est l'inverse qui s'est produit : la Chine s'enrichissait mais devenait de moins en moins libre. Cette tendance s'est particulièrement manifestée avec le dirigeant chinois actuel Xi Jinping. La Chine est devenue un défi pour l'Occident à la fois dans le secteur économique et géopolitique. Cependant, l'Europe accordait peu d'importance à ce retournement de la politique chinoise. 

Dans le monde contemporain où jouent un rôle de plus en plus important non seulement les échanges de marchandises physiques, mais avant tout les flux de l'information et les technologies, le comportement de la Chine devient de plus en plus inacceptable pour l'Occident. Néanmoins, constate Henrik Müller, l'Europe est si faible qu'elle ne peut rien opposer aux ambitions mondiales de Pékin. 

Le renforcement de la cohésion interne de l'UE doit devenir une prémisse à l'élaboration d'une position commune de l'UE, selon le politologue allemand. Aux Etats-Unis, l'administration Biden tente de surmonter le lourd patrimoine de Donald Trump et l'épidémie de coronavirus, organise des réformes sociales et d'infrastructure. Seulement après cela les Américains pourront entamer la lutte contre la "superpuissance mondiale" chinoise. L'Europe est encore loin des objectifs "antichinois" fixés par les Etats-Unis, conclut Henrik Müller. Mais les premiers pas sont faits, notamment le renforcement progressif de la coopération militaro-politique avec l'Amérique. 

En prévision de la récente visite du secrétaire d'Etat américain Antony Blinken en Europe, l'UE a officiellement décrété des sanctions "synchronisées avec les Etats-Unis" contre les voyages et les actifs de certains hauts fonctionnaires chinois. Il s'agit des premières sanctions de l'UE contre la Chine depuis 1989, après la répression des manifestations d'étudiants sur la place de Tiananmen.

Alexandre Lemoine

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs

 

Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2710


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10 réactions à cet article    


  • nemesis 13 mai 08:13

    ... et quand le Yankee changera de politique à 180 °, il laissera l’UE se démerder en rase campagne. C’est l’usage de la serpillère...


    • zygzornifle zygzornifle 13 mai 10:26
      Les Etats-Unis entraînent l’UE dans une alliance antichinoise

      Et l’UE va suivre le nez dans le fion des ricains, ensuite elle se fera cocufier par l’oncle Sam qui n’en n’a rien a foutre de cette Europe de fiottes et de pisse vinaigre .....


      • Esprit Critique 13 mai 16:27

        Ce n’est pas le plus grave, ils ont déjà bâti les prémisses de la guerre en Ukraine et en Turquie. Et nos politicards français de tous bords n’ont toujours rien vu venir.


        • Xenozoid Xenozoid 13 mai 16:41

          @Esprit Critique

          nos politicards français de tous bords n’ont toujours rien vu venir.

          tu crois qu’ils ne savent pas et que tout est fait par ignorance de leur part ?
          c’est aussi possible qu’ils soient autant que toi impuissant sur ce qui se passe,et savent pertinament se qui se passe,qu’ils se rendent compte qu’ils ne sont que des pions même placé ici,qu’ils aient peur aussi...non ? apres tout ils sont humain ou ce qu’il en reste


        • JPCiron JPCiron 14 mai 09:40

          @Xenozoid

          Oui, bien sûr qu’ils sont loin d’être cons, nos politiques !
          Et ils comprennent vite que tout est verrouillé, qu’ils sont là pour donner une apparence présentable de démocratie. Alors qu’ils ne peuvent jouer que sur les leviers qui ont été laissés disponible par les ’’structures’’ en amont, par les lobbies transnationaux, et par certaines idéologies qui ont la faveur des médias grand public.
          Et tout ce beau monde-là n’est pas élu, mais plutôt coopté.


        •  C BARRATIER C BARRATIER 13 mai 18:42

          J’espère que la France continuera ses échanges avec la chine, en particulier ses exportations. La Chine ne commet aucune ingérence politique ou idéologique par rapport notre pays, et nous n’avons pas à nous prétendre des gendarmes du monde et lui dicter une autre politique ou idéologie...contrairement aux USA qui nous disent toujours ce que nous devrions faire.


          • JPCiron JPCiron 14 mai 12:24

            @C BARRATIER

            contrairement aux USA qui nous disent toujours ce que nous devrions faire>

            Peut-être êtes-vous un peu dur, car, dans bien des circonstances, nous avons appris à faire ce que l’on attend de nous sans qu’on n’ait à nous le dire. 
            Au début, nous étions des rustres. A présent des valets attentionnés.

            Et il n’y a pas que les USA...


          • jjwaDal jjwaDal 14 mai 11:44

            Mais qui lui a donné le pouvoir économique, technologique et in fine militaire dont elle dispose en 2021, sinon un « Plan Marshall » déguisé essentiellement voulu par les transnationales ? C’était bien pratique de mettre le salarié occidental en concurrence directe avec l’ouvrier chinois pour museler toute revendication salariale et dissimuler le glissement de son niveau de vie par l’achat de produits qu’il ne pourrait plus s’offrir s’ils étaient fabriqués localement. Sauf que la conséquence inévitable était de livrer clefs en main nos technologies à la Chine en lui donnant les moyens de faire à terme jeu égal avec nous dans tous les domaines avant de nous dépasser. Que vaut l’UE ou les USA face à 1,4 milliards d’humains qui ont encore des souvenirs cuisants d’interactions passées avec les « occidentaux » ?
            Objectivement, en matière d’agression militaire, la Chine n’a pas fait le centième de ce qu’on fait les occidentaux au cours du siècle passé. On la cherche désespérément en Afghanistan, Libye, Syrie, Ukraine, Irak, etc etc...
            On cherche aussi ses centaines de bases militaires dans le monde qui seraient un indice fort de son bellicisme potentiel, les régimes renversés, etc.
            On lui a montré pendant le dernier siècle que nos belles valeurs ne sont que de façade et que nous ne croyons concrètement qu’à la « loi du plus fort ».
            D’ailleurs s’il leur fallait un exemple récent, il l’ont. Quand l’URSS s’est effondrée et que le pouvoir politique a décidé l’ouverture à l’ouest, le chaos et le pillage perpétré par leurs nouveaux amis a commis de tels ravages sur les populations que le rêve occidental s’est transformé pour beaucoup en cauchemar... Les chinois se souviennent aussi des « guerres de l’opium » et ne profitent pas des lessiveuses de cerveau (nos grands médias) qui font croire aux peuples occidentaux qu’ils sont le « camp du bien » , que leurs « valeurs » sont universelles, toussa toussa...
            Quand on trouve normal qu’un dirigeant soviétique fasse du redécoupage administratif sans consultation populaire, mettant la Crimée en Ukraine et anormal que le peuple criméen choisisse le retour vers la Russie, appelant cela « une invasion », on peut imaginer que le « faites ce que je dis, pas ce que je fais » doit bien amuser nos amis chinois, dès lors qu’ils peuvent tenir tête à l’arrogance des USA et de leurs caniches.


            • lisca lisca 15 mai 09:49

              @jjwaDal
              Oui bon, reste que l’Europe, la vraie, celle des Européens et des Français en particulier, est la créatrice et l’inventrice des merveilleuses technologies plus ou moins piquées par la Chine, pays des ex-maos cruels.
              L’ Europe a été trahie par ses affairistes.
              Elle est le cerveau, qu’elle arrête de se croire redevable et se roule dans la culpabilisation !
              La Chine nous doit énormément !
              Non, les Européens ne sont pas des Chinois, basta !


            • CN46400 CN46400 15 mai 11:08

              A la foire ce qui compte c’est le rapport qualité-prix. La Chine ne joue que sur ce terrain, et elle y gagne souvent. Les US en sont réduits à jouer sur le « patriotisme occidental », mais ce carburant a perdu beaucoup de sa vaillance, notamment en Allemagne....

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Patrice Bravo

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