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Les « magots secrets » aux USA et en Europe en Pilote automatique. Fonte programmée des réserves de change de l’Algérie et du reste du monde

 « Ben Bernanke n’est plus à la barre de la Fed depuis janvier 2014, mais ses décisions vont encore peser pendant dix ans au moins : quinze ans d’influence ! Mario Draghi reste, pendant un an encore, à celle de la BCE, et ses décisions vont peser presque une décennie : dix ans d’influence ! Pourquoi ces persistances, indépendamment de la maestria de ces deux présidents ? Réponse : les magots de bons du Trésor accumulés des années durant, sous leur égide et au plus fort de la crise, sous le nom de code de Quantitative Easing. Il s’est ainsi agi de faire baisser les taux longs, en complément de ce qu’ils faisaient sur les taux courts en les menant à zéro : de la « répression financière » sur longue période, même si le mot paraît violent.

 

Avec cette dernière grande crise, la boîte à outils de la politique monétaire, la « toolkit », s’est renforcée. On connaît la traditionnelle arme des taux courts. On y a ajouté le langage, avec la « forward guidance », plus la surveillance bancaire, avec la stabilité macrofinancière, et surtout les trillions de bons du Trésor, acquis non sans difficulté ni suspicion au début.

Trillions dont on ne mesure pas tous les effets.

 

Ce magot à amortir, c’est le secret de la prolongation de l’effet des politiques monétaires actuelles. Bien sûr, le banquier central parle constamment de ses objectifs financiers. C’est l’inflation en zone euro – avec les broderies autour du « près de 2 % mais au-dessous, à moyen terme » que tisse Mario Draghi. [...]

 

C’est risqué, quand les taux remontent. Les entreprises et les ménages trop endettés seront les premiers à souffrir. C’est pourquoi le Quantitative Easing (QE) est là pour pouvoir jouer les prolongations ! Mais cette politique est secrète. Aux Etats-Unis, le magot ne baisse que de quelques milliards de dollars par mois : rien pour alimenter aujourd’hui la hausse des taux longs. En zone euro, le magot montera jusqu’à la fin de l’année, et rien n’est dit sur sa baisse à partir de 2019. Le sujet n’a pas été discuté par la BCE, comme l’a confirmé Mario Draghi le 25 octobre. Il reste un à deux mois pour le faire, dit-il. De toute manière, le réinvestissement des titres du magot qui arrivent à maturité va se poursuivre « for an extended period of time », répète Mario Draghi, sans plus de précisions. » (1)

 

Cette analyse « Quantitative Easing : la politique monétaire secrète » est de l’économiste français Jean-Paul Betbeze. Cet expert est docteur en économie, agrégé de Sciences économiques, professeur à l’Université Paris Panthéon-Assas, ayant occupé plusieurs postes comme directeur des études économiques du Crédit Lyonnais et pour le Crédit agricole, membre pendant huit ans du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier ministre, membre du Cercle des économistes. Il appartient au Conseil d’analyse économique (depuis 2004) et à l'International Conference of Commercial Bank Economists (ICCBE). Il préside la Commission des affaires économiques et financières de BusinessEurope, l'Union des industries de la communauté et d’autres postes que cet économiste a occupés. Il a écrit plus de vingt ouvrages et rapports, selon les données de sa biographie.

 

Pourquoi cet étalage sur ses fonctions occupées ou qu’il occupe encore ? Simplement pour dire que tout ce qu’il écrit dans son analyse de manière voilée pourrait avoir, dans les années à venir, des conséquences extrêmement négatives pour l’économie mondiale.

 

  1. L’expert français Jean-Paul Betbeze qualifie les Quantitative easing de « magots » des Banques centrales USA-Europe

 

 Comment comprendre l’analyse de Jean-Paul Betbeze ? Pourquoi utilise-t-il le terme « magot » cinq fois dans son article ? Que signifie pour lui « magot » ? A-t-il trop dit ou peu dit ? « Magot » ou trésor n’indique en soi, dans ce contexte, qu’une richesse cachée, à utiliser lorsque le besoin se fait sentir. Aussi peut-on dire que par les « quantitative easing » des Banques centrales, celles-ci thésaurisent en grand partie les masses monétaires qu’elles émettent, et surtout adossées sur rien, donc une création monétaire ex nihilo.

 

Et surtout cet expert précise que bien que « Ben Bernanke n’est plus à la barre de la Fed depuis janvier 2014, mais ses décisions vont encore peser pendant dix ans au moins : quinze ans d’influence ! Mario Draghi reste, pendant un an encore, à celle de la BCE, et ses décisions vont peser presque une décennie : dix ans d’influence ! »

 

Mais que signifie ces décisions qui remontent depuis 2008, de Ben Bernanke, à l’époque il était le président de la Banque centrale américaine, et, selon cet auteur, elles vont peser pendant dix ans au moins ? Une politique monétaire non conventionnelle bien mystérieuse et avec une durée de l’ordre d’au moins une décennie, c’est-à-dire qu’il faut se projeter au moins à l’horizon 2019 à 2029. Pour que ces politiques monétaires non conventionnelles (quantitative easing) cesseraient leur effet. Et ce n’est pas sûr, elles pourraient aller au-delà de 2029.

 

Le même verdict de Jean-Paul Betbeze sur Mario Draghi. Comme il écrit : « Mario Draghi reste, pendant un an encore, à celle de la BCE, et ses décisions vont peser presque une décennie : dix ans d’influence ! » Et l’expert français s’interroge : « Pourquoi ces persistances, indépendamment de la maestria de ces deux présidents ? » Et il répond lui-même à son interrogation. Dit-il : « Réponse : les magots de bons du Trésor accumulés des années durant, sous leur égide et au plus fort de la crise, sous le nom de code de Quantitative Easing.  » (1)

 

En clair, ces politiques monétaires qui sont légales ne sont pas très connues parce qu’elles sont nouvelles, et qu’elles sont dictées par la nouvelle conjoncture historique qui a vu le changement des rapports de force sur le plan économique dans le monde. D’ailleurs l’économiste français le dit d’une certaine façon dans une autre analyse, même s’il reste très technique sur les faits économiques : « De fait, les politiques monétaires classiques ne suffisent plus à faire vraiment repartir la machine économique, même avec des taux à 0 %. Appelées à la rescousse, les politiques « non conventionnelles » (attention à ne pas dire : « non orthodoxes »), comme l’achat de bons du trésor par la banque centrale (quantitative easing) ne dynamisent pas non plus, vraiment, l’activité. Les taux courts sont partout au plus bas, les taux longs aussi : il s’agit de décourager du placement sans risque d’un côté, de pousser à emprunter pour investir de l’autre. » (2)

 

Nous sommes en 2019, selon cet auteur, les effets des Quantitative easing vont peser jusqu’en 2029 voire plus. Aussi posons-nous la question ; « Quel est le vrai sens des quantitative easing ? » Il y a eu tellement d’écrits sur les QE, y compris des Banques centrales occidentales par les documents qu’elles servent au public, il demeure que leur emploi n’est pas tout à fait clair. Ce qui explique le terme de « magot » utilisé par l’économiste Jean-Paul Betbeze.

 

  1. L’hostilité de Donald Trump envers les responsables de la Réserve fédérale américaine ? Limites des Quantitative easing ?

 

 Dans une analyse de ZoneBourse sur précisément les quantitative easing, et les magots de bons du Trésor accumulés des années durant, on y lit : « Arrêtez avec les 50 B's » ! Ce tweet rageur et sibyllin du président Trump a récemment braqué les projecteurs sur un volet complexe de la politique monétaire de la Banque centrale américaine (Fed) : la réduction de son bilan.

 

En réduisant de 50 milliards (billions en anglais) de dollars par mois ses investissements dans les obligations d'État, la Fed tire implicitement les taux d'intérêt à la hausse, ce qui irrite Donald Trump, toujours prompt à se plaindre du renchérissement du coût du crédit. » (3)

 

Que peut-on dire de l’action de la Fed ? En réinvestissant les obligations d’État qu’elle détient, elle augmente l’offre obligataire. Plus il y a d’obligations sur le marché, plus leurs prix baissent, et les investisseurs demandent forcément un plus grand rendement, un taux d’intérêt plus élevé.

Mais ce qu’on ne peut oublier, c’est que si la Fed réduit son bilan, cela signifie qu’en échange des titres qu’elle met sur le marché, elle retire des liquidités (produit de leurs ventes). Et cela fait mal à l’économie américaine. Moins de liquidités, moins de croissance et déflation. Si l’économie mondiale ralentit partout en 2019, l’économie américaine ralentit aussi. « En rythme annuel, la croissance aux États-Unis est de 2,6% au premier semestre 2019, après 4,2% puis 3,4% aux troisième et quatrième trimestre 2018. Viennent une baisse de 5% des commandes de machines au Japon en janvier et 0,8% de croissance en rythme annuel seulement en zone euro ce début d’année. En février, la production industrielle chinoise monte de 5,3%, la croissance la plus faible sur 17 ans. » (4)

Mais alors comment comprendre ce ralentissement de l’économie occidentale et les conséquences qu’il produit sur le reste du monde ? Et d’ailleurs le président américain qui n’arrive pas à comprendre la politique monétaire que mène la Réserve fédérale américaine (Fed) s’exclame : « Ils ne m'ont pas écouté. » Il poursuit : « Ce n'est pas seulement Jay Powell (le président de la Fed) mais il y a des gens à la Fed qui ne sont pas des nôtres ». Tels ont été ses affirmations du président américain, lundi, à « CNBC ». Il a déploré ne pas avoir « que des gens à (lui) » au conseil de la Fed, qu'il a de nouveau accusée d'avoir fait une « grosse erreur » en relevant les taux d'intérêt trop vite. »

Enfonçant le clou, Trump a ensuite tweeté mardi, en commentant les derniers chiffres de l'inflation, que « les Etats-Unis ont UNE INFLATION TRÈS BASSE, une belle chose ! ». Et d'ajouter que « le taux d'intérêt de la Fed est bien trop élevé, ce qui s'ajoute à un resserrement quantitatif ridicule ». Les taux élevés de la Fed contribuent à ce que l'euro et d'autres devises sont « dévaluées face au dollar, ce qui place les Etats-Unis dans une posture très désavantageuse », a encore critiqué le président américain. » (5)

Dans un sens, le président américain a raison, dans un autre, il n’a pas raison. Tout d’abord une « INFLATION TRÈS BASSE » ne signifie pas que la Fed américaine l’a recherchée basse, le taux bas de l’inflation s’est imposé de lui-même par la politique monétaire que la Fed a menée. Et cette inflation basse la doit essentiellement aux magots que la Banque centrale américaine, depuis la crise financière de 2008, a accumulés grâce aux politiques monétaires menée jusqu’en 2014. Soit sur sept années.

 

Mais ce qu’il ne sait pas, Donald Trump, c’est que même les gens à lui qui seraient à la tête de la Banque centrale américaine (Fed) feraient la même chose. La Fed comme la Banque centrale européenne n’a pas d’échappatoire, les deux Banques centrales sont pris dans le filet des Quantitative easing. Il leur sera très difficile d’en sortir à moins de changer les formes, la tactique. Quant à la hausse du taux d’intérêt directeur, Jay Powell a fait déjà entendre que « le Federal Open Market Committee (FOMC) de la Fed a prolongé le statu quo sur les taux tout en ouvrant la voie à une baisse dans les prochains mois.  » (6)

 

  1. « Politique monétaire secrète », « magot », « pilote automatique » ?

 

 Si les rachats de bons de Trésor et d’obligations entre 2008 et 2014, dans le cadre des quantitative easing, ont poussé les taux obligataires à la baisse, ce qui a permis d’éviter un surplus d’endettement à l’Occident (charge de la dette), et en même temps, a stimulé l’économie, la Fed, dès 2017, a entrepris à réduire progressivement son bilan. En effet, à partir d’octobre de cette année, la Fed a décidé de réduire progressivement ce bilan. A raison de 10 milliards de dollars par mois (60 % en bons de Trésor, 40 % en MBS), puis augmenté à 50 milliards de dollars par mois, le bilan de la Fed est descendu à environ 4.000 milliards de dollars en janvier 2019.

Le 20 mars 2019, la Banque centrale américaine annonce un autre plan. « La Réserve fédérale américaine a dévoilé mercredi son projet, attendu depuis plusieurs mois, visant à mettre fin progressivement à la réduction de l’énorme portefeuille obligataire accumulé au fil des ans depuis la crise financière de 2007-2009 et la récession qui l’a suivie.

La banque centrale américaine prévoit ainsi d’arrêter d’ici septembre le réinvestissement systématique de jusqu’à 50 milliards de dollars (44 milliards d’euros environ) d’obligations du Trésor et de prêts immobiliers titrisés (« mortgage-based securities », MBS) arrivant à échéance ou remboursés par anticipation.

A ce stade, le bilan de la Fed devrait encore inclure au moins 3.500 milliards de dollars d’obligations, soit plus de quatre fois le montant qu’elle détenait avant la crise. Son portefeuille obligataire représente actuellement quelque 3.800 milliards de dollars.

Elle a commencé à le réduire au quatrième trimestre 2017. Il avait culminé en 2015 et 2016 à environ 4.250 milliards de dollars, après trois cycles d’ « assouplissement quantitatif » (« quantitative easing », QE) lancés entre 2008 et 2014 pour injecter massivement des liquidités dans le système financier, faire baisser les taux à long terme et soutenir l’activité économique.

L’annonce de l’arrêt du processus de réduction du bilan marque un revirement pour l’institution trois mois seulement après que son président, Jérôme Powell, a déclaré que le mécanisme de réinvestissement des échéances était en « pilote automatique ».

La réduction du bilan engagée fin 2017 est considérée par une partie des investisseurs comme l’une des explications à la montée de la volatilité sur les marchés fin 2018. » (7)

Comment comprendre ce revirement de la Réserve fédérale américaine ? Et surtout l’annonce du président de la Fed, Jérôme Powell, qui parle de « mécanisme de réinvestissement des échéances en PILOTE AUTOMATIQUE. » A-t-il peu dit ou trop dit, et ce « Pilote automatique » est en rapport avec le « magot » dont a parlé l’expert financier Jean-Paul Betbeze.

Nous entendons là des termes qui posent un questionnement de fond tant ils sont énigmatiques et n’éclairent pas ce qui se passe réellement sur le plan économique entre l’Occident et le reste du monde. Jean-Paul Betbeze parle de politique monétaire secrète des Banques centrales occidentales et de magots accumulés par celles-ci, comme il l’écrit supra : « [...] Mais cette politique est secrète. Aux Etats-Unis, le magot ne baisse que de quelques milliards de dollars par mois : rien pour alimenter aujourd’hui la hausse des taux longs. En zone euro, le magot montera jusqu’à la fin de l’année, et rien n’est dit sur sa baisse à partir de 2019. Le sujet n’a pas été discuté par la BCE, comme l’a confirmé Mario Draghi le 25 octobre. Il reste un à deux mois pour le faire, dit-il. De toute manière, le réinvestissement des titres du magot qui arrivent à maturité va se poursuivre « for an extended period of time », répète Mario Draghi, sans plus de précisions. » (1)

 

De même, le président de la Fed, Jérôme Powell, parle de « Pilote automatique ». Ce qui signifie que la Banque centrale américaine n’a rien à faire sinon attendre le travail du pilotage automatique des réinvestissements des échéances, « puisées – et cela est d’évidence – dans la contrepartie monétaire que la Fed a créée et mis à la disposition des banques américaines agrées et qui a servi à gonfler son bilan en bons de Trésor et MBS  ». Un peu comme si la Fed est devenue un aéronef en pilote automatique, le staff dirigeant de la Fed n’a rien à faire sinon à surveiller le processus de réinvestissements des titres et de réduction du bilan de la Fed qui s’opère de lui-même, selon un processus automatique déjà réglé par le QE.

 

Dès lors aux mots codés « magots », « politique secrète », s’ajoute le « pilote automatique ». Il n’y a pas à dire, par ce pilotage automatique, un processus macroéconomiques est en train de s’opérer à l’échelle mondiale. Et là se comprend pourquoi l’économiste français fait état de « politique monétaire secrète », c’est-à-dire non avouable tant les enjeux qu’elle renferme sont considérables.

 

  1. Jérôme Powell, « la Fed traverse une pièce sombre » et Mario Draghi, « dans une pièce noire, on avance à petits pas  »

 

 Cependant, tout ne marche pas comme il a été prévu pour les Banquiers centraux occidentaux. « Le président de la Fed, qui a pris ses fonctions en février, a tour à tour inquiété et rassuré les marchés au cours d’une année marquée par une forte poussée de volatilité et des performances négatives pour toutes les classes d’actifs, sans parler des attaques incessantes du président Donald Trump, adversaire déclaré du resserrement monétaire piloté par l’institut d’émission.

Avocat puis banquier d’investissement avant d’embrasser la carrière de banquier central, Jérôme Powell a surpris par un style différent de celui de ses prédécesseurs, tous économistes de formation depuis des décennies.

Certains lui reprochent d’avoir alimenté la volatilité sur les marchés par son manque de précision et ont été agacés lorsqu’il a comparé récemment la situation de la Fed à la nécessité de traverser une pièce sombre.  » (8)

Et ce que dit le président de la Fed est une réalité. En effet, la Fed traverse aujourd’hui une « pièce sombre ». L’on doit comprendre que tout ne va pas pour le mieux pour l’Occident. Non pas que l’économie occidentale ne va pas bien aujourd’hui, elle a beaucoup repris depuis la crise financière de 2008, mais ce qui est craint est que la reprise risque d’être contredite par le « retour de manivelle » précisément des quantitative easing menés par les Banques centrales. Et de nouveau l’Occident peut aller mal.

De l’autre côté de l’Atlantique, même discours que les États-Unis. En effet, dans un article de l'Agence économique et financière (L'Agefi), la même prudence des Banquiers centraux est rapportée. Lit-on : « Les banques centrales vont-elles changer de cap ? La prudence imposée par la Fed, devant l’amener à maintenir un statu quo prolongé, notamment lors de sa réunion mercredi, les investisseurs devraient se projeter à plus long terme. « On doit s’assurer que l’inflation ne retombe pas à zéro parce qu’alors la banque aura vraiment de moins en moins de capacité à réagir à des crises  », a prévenu récemment Jérôme Powell, le président de la Fed. L’enjeu semble encore plus difficile pour la BCE et pour la BoJ, qui n’ont pas eu l’occasion de relever leurs taux, et dont le bilan (40,4% et 101,6% du PIB) dépasse déjà largement celui de la Fed, réduit à 19%, même si elle pourrait préciser mercredi les modalités de la fin du processus, prévu d’ici la fin d’année.

« Le désarroi des banques centrales est visible dans le caractère ultra-accommodant de leurs politiques monétaires (même dans les pays au plein emploi). Malgré la longueur du cycle de croissance et un taux de chômage de seulement 4%, le taux Fed Funds n’est que de 2,5%, les taux directeurs sont à 0,75% pour la BoE, à 0% (repo) pour la BCE, à -0,10% pour la BoJ, et à -0,25% pour la Suède et la Suisse  », explique Natixis. Leur incapacité à faire converger l’inflation vers leur objectif de 2%, malgré l’ampleur des mesures adoptées depuis la crise financière, les conduit même à s’interroger sur leurs stratégies.

Olli Rehm, membre de la BCE et possible successeur de Mario Draghi à la tête de la banque, a alerté vendredi sur l’effet d’un maintien prolongé des taux bas renforçant la dépendance aux outils non conventionnels, dont efficacité n'a pas été prouvée en matière d'inflation, qui doit pousser l’autorité à revoir sa politique. Le même jour, le ministre des Finances japonais a incité la BoJ à être plus flexible sur l’objectif d'inflation compte tenu de ses effets pervers. Face aux risques de baisse des anticipations d'inflation, liés à une phase prolongée d'inflation inférieure à 2%, la Fed a entamé un examen complet de sa stratégie, de ses outils et pratiques, comprenant l’objectif d'inflation, qui doit s’achever d’ici mi-2020.

Mais les réticences sont fortes à adapter une stratégie, qui a longtemps permis de renforcer lisibilité et crédibilité des politiques monétaires. L’économiste en chef de la BCE, Peter Praet, a récemment reconnu que la période actuelle « pourrait ne pas être le bon moment », pour un tel réexamen. Mario Draghi, partageait cette prudence, en indiquant lors de la dernière réunion de la BCE que « dans une pièce noire, on avance à petits pas  ». (9)

Comment comprendre que les deux Banquiers centraux les plus importants du monde, Jérôme Powell et Mario Draghi, séparés par l’Océan Atlantique, puissent dire la même chose sur la conjoncture économique mondiale d’aujourd’hui. D’abord, le président de la Fed américaine, qui compare « la situation de la Fed à la nécessité de traverser une pièce sombre. », et le président de la Banque centrale européenne qui indique, lors de la dernière réunion de la BCE, que « dans une pièce noire, on avance à petits pas  ».

 

La question qui se pose : « Se sont-ils donné le mot ? » Ou ont-ils échangé leur appréciation sur le « pilotage automatique des magots que sont les Quantitative easing que ces deux Banquiers centraux et leur prédécesseurs ont mené depuis 2008. » Et qu’en fait que tout ne tourne pas rond avec les politiques monétaires non conventionnelles dites « secrète » par des analystes occidentaux, dont l’économiste français Jean-Paul Betbeze.

 

Et ces politiques non conventionnelles menées aussi par les Banques centrales du Royaume-Uni et du Japon montrent que, bien qu’elles aient concouru à la reprise économique en Occident, ne sont pas sans danger pour l’économie mondiale. Elles peuvent par la déflation qu’elle provoque s’avérer « asphyxiante » tant pour les économies des pays du reste du monde que pour celles de l’Occident qui les manipule. C’est qui explique le côté sombre de la pièce dans laquelle se trouve l’économie mondiale. Et avec raison que le premier Banquier central européen n’hésite pas à avertir que dans une pièce noire, il faut être très prudent, « avancer à petits pas », voire même « reculer si nécessaire sur ses pas ». Amenant

Jérôme Powell, le 12 juillet 2019, à annoncer qu’il est prêt « à ouvrir la voie à une baisse du taux directeur dans les prochains mois ». (6)

 

  1. L’Occident qui délocalise, attenant à une nouvelle architecture économique mondiale qui prend forme

 

 Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, le seul moyen est de faire retour sur l’histoire. Aussi remontons à la première période de 1945 à 1979 qui a vu les États-Unis, grâce à leur puissance économique à l’époque, dominer économiquement le monde. Une domination qui a été « très fructueuse » pour l’économie mondiale puisque, dans un premier temps, elle a permis la reconstruction de l’Europe et du Japon qui étaient sortis très éprouvés par la Deuxième Guerre mondiale. Le Japon deviendra un allié de premier plan pour les États-Unis depuis l’avènement de la République populaire de Chine en 1949. Cela se comprend, une Chine communiste ne pouvait que rapprocher les deux puissances américaine et asiatique naguère ennemies. Malgré que la seconde fut nucléarisée par deux fois en 1945.

 

La reconstruction faite, le dollar US qui a joué un grand rôle dans cette reconstruction d’après-guerre, grâce aux capitaux américains, marchandises et équipements en tout genre qui se sont déversés sur l’Europe, le Japon et certains pays alliés d’Asie (Corée du Sud, Taïwan...), va se trouver en difficulté voire même remis en cause par les pays d’Europe que les États-Unis ont aidés. C’est la fin des Trente Glorieuses. Les crises monétaires qui ont surgi entre les États-Unis et l’Europe sur la prééminence du dollar US sur les marchés mondiaux n’ont pu trouver solution pour la simple raison que les États-Unis n’avaient plus assez d’or pour convertir les dollars présentés par l’Europe. Pour rappel, depuis les accords de Bretton Woods, en 1944, le dollar dans le système du GSE (Gold Exchange Standard) qui était adossé à 35 dollars/l’once d’or (31,104 grammes) constituait le pilier du système de changes fixes. Toutes les monnaies internationales fluctuaient autour du dollar Us, avec une très faible marge de fluctuation (plus ou moins 1% à l’époque). Le dollar était la monnaie de réserve internationale par excellence, convertible en or, et donc il était aussi bon que l’or (as good as gold).

 

Mais avec un stock d’or qui s’est fortement réduit, et les États-Unis ne pouvant convertir les dollars qu’on leur présentait furent obligés de suspendre la convertibilité du dollar, le 15 août 1971. Une inconvertibilité du dollar en or en fait qui deviendra définitive à partir de cette date. Cette situation de non convertibilité du dollar pousse naturellement les pays d’Europe à refuser les dollars non adossés à l’or. Il est évident que les pays d’Europe refusaient de financer les déficits commerciaux américains par des dollars sans contreparties productives. L’usage de la planche à billet par les États-Unis et le règlement par des liquidités monétaires créées ex nihilo signifiaient pour les pays européens qu’ils finançaient gratuitement le déficit de la balance commerciale américaine, c’est-à-dire le surplus de biens, richesses et services importés sur ceux exportés.

 

Cette situation de crise monétaire sera dépassée par le premier krach pétrolier en 1973. En effet, puisque le dollar US qui n’est plus adossé à l’or mais est devenu la monnaie de facturation des exportations pétrolières saoudiennes – la sécurité de ce pays, rappelons-le, dépend du parapluie nucléaire américain – lui permet de nouveau après le quadruplement du prix de pétrole en octobre 1973 d’obliger les pays consommateurs d’acheter massivement des dollars pour régler leurs importations pétrolières. Cette facturation du pétrole saoudien permet aux États-Unis de répercuter de nouveau leurs déficits commerciaux sur les pays d’Europe et sur les pays du reste du monde non producteurs de pétrole. Tous les pays OPEP suivent l’Arabie saoudite et facturent la vente de leur pétrole en dollar. Il est évident que les pays d’OPEP sont gagnants puisque plus les États-Unis enregistrent des déficits commerciaux et publics, plus ils font tourner la planche à billet et donc émettent des dollars, et plus le prix du pétrole augmente, en tant que contrepartie des émissions monétaires américaines créées ex nihilo. Comme si le pétrole, l’or noir, remplace l’or-métal pour le dollar.

 

Cependant, si le pétrodollar a permis de dépasser les crises monétaires intra-occidentales, il demeure que le système basé sur le dollar et le pétrole a un inconvénient, celui de l’« inflation ». En effet, le système de change fixe étant passé au change flottant au début des années 1970, le dollar devra désormais compter avec les monnaies d’Europe et du Japon sur les marchés monétaires. Vu que c’est la « loi de l’offre et de la demande » qui régit les taux de change des monnaies, toute surémission monétaire américaine fera déprécier le dollar, ce qui fera apprécier les taux de change de monnaies européennes, et se faisant fait perdre leur compétitivité dans le commerce mondial. Conséquence : pour dégonfler les taux de change de leurs monnaies et regagner en compétitivité, les pays d’Europe se trouvent obliger à faire tourner à leur tour la planche à billet. D’autre part, si les pays d’Europe enregistrent des déficits commerciaux massifs dus à la hausse des prix du pétrole, ils recourent aussi à la création monétaire pour financer leurs déficits énergétiques.

 

C’est ainsi qu’à partir de 1973, une spirale inflationniste s’est enclenchée en Occident et due à la cacophonie sans véritable concertation pour juguler l’inflation dans le monde qui était déjà à deux chiffres. Une inflation qui a nécessité une nouvelle hausse drastique du prix du pétrole (triplement du prix du pétrole lors du deuxième krach pétrolier en 1979). Il était clair pour les États-Unis qui étaient à l’origine de cette inflation qu’ils devaient en urgence mettre fin à cette inflation qui détruisait la valeur de l’argent et de l’épargne, faisait augmenter sans cesse les prix des biens et services et rendait les cours erratiques.

 

Pour lutter contre l’inflation qui a atteint 14 % en mars 1980, la Fed américaine augmente les taux d’intérêt directeur qui passent de 11 % en 1979 à 20 % en 1980. Si la hausse du dollar a eu un effet très négatif sur l’économie américaine, particulièrement sur son industrie rendant chères les exportations, le plus dramatique c’est l’endettement quasi généralisé du reste du monde. Leur dette, libellée en dollar, s'est partout envolé. Ces pays se trouvent frappés par la hausse du taux d’intérêt qui a pratiquement doublé et par la forte appréciation de la monnaie américaine.

 

Une crise d’endettement qui sera très mal vécue par les pays d’Afrique, d’Amérique latine et une partie de l’Asie. Ces années 1980, s’ils permettent à l’Occident d’endetter le reste du monde, ne seront pas pour autant favorables à l’économie occidentale. En effet, l’assainissement économique de continents entiers par les programmes structurels du FMI, l’endettement et l’appauvrissement d’une grande partie du monde va forcément provoquer des effets extrêmement négatifs sur l’économie occidentale. Evidemment, cela ne sera pas perçu dans l’immédiat mais il n’en demeure pas moins que le marasme a commencé en Occident, précipité par la dépression économique touchant une grande partie du monde et surtout faisant poindre un nouveau rapport de forces dans le monde.

 

En réalité, tout a commencé avant même la fin des « Trente Glorieuses ». En effet, avec l’avènement de la Chine communiste qui est venu renforcer l’Union soviétique donc le front de l’Est, l’Occident et à leur tête les États-Unis vont renforcer le camp occidental, en aidant vite le Japon à se reconstruire et d’autres pays d’Asie. C’est ainsi qu’ils ont contribué à élever leurs alliés d’Asie en pays industrialisés redoutables. Le Japon a été le pays qui fut un miracle économique en devenant, dès les années 1970, la deuxième puissance économique du monde. Les autres nouveaux pays industrialisés (NPI) que l’Occident a aidés, entre 1950 et 1970, pour faire pièce au bloc communiste, ont été les « dragons asiatiques » (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong-Kong). Ils furent ensuite rejoints dans les années 1980 par les « tigres asiatiques » qui sont la Thaïlande, la Malaisie, le Viêt-Nam, les Philippines et l’Indonésie. Et toujours le même principe dans le processus d’industrialisation des NPI, pays compétitifs (main d’œuvre abondante et bon marché) et fortement versés dans les exportations. Puis vinrent les « Jaguars  », le Mexique, le Chili, la Colombie et l’Argentine, dans les années 1990. Et enfin les pays du BRICS que sont le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Sans omettre aussi les pays de l’Europe de l’Est anciennement rattachés au giron de l’Union soviétique.

 

C’est cette architecture économique mondiale qui s’est, en quelques décennies, transformée au détriment d’un Occident naguère très compétitif, riche et peu endetté. Il est clair que les NPI et surtout l’avènement de la Chine qui a fait comme ses voisins, et s’est convertie, au début des années 1980, au socialisme de marché, et avec son plus d’un milliard de chinois, ne pouvait que bouleverser les rapports de puissance entre l’Occident et surtout l’Asie, dans le commerce mondial.

 

S’il s’est trouvé distancé par ces NPI et tous devenus des pays émergents, l’Occident fut obligé, par la perte de compétitivité, d’opter pour la délocalisation d’une partie importante de son industrie vers ces pays, surtout en Chine. Ce qui rentabilise ces délocalisations de firmes de production au lieu de les fermer sans profit. D’autant plus que le Japon qui a procédé à des délocalisations de ses firmes de production non rentables profite à la fois des débouchés que ces pays lui offrent et du partage de profits des biens et services que ses firmes délocalisées exportent, en joint-ventures avec les firmes des pays d’accueil.

 

La Chine, par exemple, avec son immense réservoir de main d’œuvre, fort d’une grande qualité dans le travail, de discipline, et donc apprend vite et à faible coût, ne peut que rompre à terme l’équilibre entre l’Occident et le reste du monde. En clair, la Chine qui est devenue deuxième puissance économique du monde en 2010 peut supplanter la première puissance économique américaine.

 

Que peut-on dire dans ce bouleversement de l’équilibre économique mondial ? Qu’un nouveau processus a changé historiquement l’équilibre du monde, et l’Occident s’est trouvé forcé de suivre les lignes de forces qui ont commandé cette transformation de l’architecture économique du monde. Il demeure cependant, par le pouvoir financier et monétaire qu’il détient, qu’il reste le financier du monde. La question est jusqu’à quand ?

 

  1. L’Occident s’érige en formidable « moteur » pour l’économie mondiale, renforçant la nouvelle architecture économique du monde

 

 Il faut dire qu’une nouvelle contrainte est survenue sur le plan financier pour l’Occident depuis la crise financière de 2008. En effet, par le développement des marchés financiers et la dérégulation financière des années 1980, poussant à la globalisation financière du monde, l’Occident a non seulement contribué au rattrapage économique des NPI, mais d’une manière forcée par à la fois les débouchés qu’offraient ces nouveaux marchés à lui et la qualité de leur main d’œuvre, ce qui a requis leur financement, cette situation a produit entre l’Occident et les NPI, une relation en boucle qui profite certes aux deux parties, mais beaucoup plus aux émergents.

 

Si, jusqu’en 2000, la situation était équilibrée, la crise financière marquera un renversement des politiques monétaires classiques. Ce qui va en synergie si on peut le définir ainsi avec la nouvelle architecture économique mondiale. En clair, les politiques monétaires classiques qui ont donné les cycles financiers et les crises financières vont s’estomper et laisser place aux politiques monétaires non conventionnelles.

 

Il faut rappeler que toutes les politiques monétaires menées par les Banques centrales, en particulier la Fed américaine, s’inséraient dans les cycles financiers qui marquaient les périodes d’expansion (procycliques), suivies ensuite de périodes de contraction (contracycliques) qui se terminent généralement par des récessions. Et, à chaque fois, l’outil marcoéconomique utilisé par la Fed et les autres Banques centrales occidentales a été le taux d’intérêt directeur. En phase d’expansion, la baisse du taux directeur, les liquidités monétaires et la relance budgétaire stimulaient la reprise économique (début du cycle), et après une croissance plus ou moins durable vient la phase restrictive avec l’augmentation du taux d’intérêt directeur pour diminuer les tensions inflationnistes. Cette politique monétaire restrictive débouche sur un ralentissement de la croissance puis en récession. Et de nouveau, le cycle recommence avec une détente du taux d’intérêt, une relance budgétaire... Et c’est ce qui a été constaté dans les cycles précédents depuis la crise 1929, et très récemment entre 1993 et 2001, un cycle financier complet, et entre 2001 et 2008, un autre cycle financier complet.

 

Mais, avec la crise financière de 2008, l’outil de base des Banques centrales occidentales n’est plus opérant. Ramené à presque zéro, et n’influant plus sur le cycle financier, il reste les politiques monétaires non conventionnelles. Pourquoi des politiques non conventionnelles ? Pour la simple raison qu’à cette période de crise, les Banques centrales occidentales devaient à tout prix débloquer la situation financière en 2008 qui était bloquée, et menaçait les économies occidentales et bien sûr le reste du monde. Les banques commerciales truffées de subprimes (créances hypothécaires à risque) ne se prêtaient pas, par craintes de ne pas recouvrer leurs prêts.

 

Précisément l’intrusion des Banques centrales dans le système bancaire occidental et les rachats massifs chaque mois de créances hypothécaires à risque (MBS) et de titres souverains couplée à une politique de relance budgétaire renforcée a permis de débloquer la situation, et progressivement a lissé la reprise économique. Cependant, la situation de l’Occident n’était pas simple, le problème n’était pas seulement de lutter contre la bulle immobilière de 2007 qui a fait déboucher la crise financière de 2008.

 

Il faut souligner que l’Occident devait compter avec la nouvelle architecture économique mondiale. Sa puissance financière n’était plus prééminente. Certes, il détenait toujours le pouvoir financier et monétaire. Mais la montée en puissance des pays émergents ont changé les donnes. Déjà, depuis 2001, les États-Unis, en guerre au Moyen-Orient après l’attaque terroriste du World Trade Center en septembre 2001, l’Europe elle-même stagnante sur le plan économique, une situation d’affaiblissement face à la montée en puissance des pays du BRICS, surtout de la Chine, n’ont pas laissé d’alternative à l’Occident sinon, en plus du marché boursier, d’exploiter le créneau le plus facile, celui de l’immobilier. La construction de logements, grand pourvoyeur d’emplois, la montée spéculative des prix de l’immobilier dopant la consommation des ménages occidentaux et les dépenses de guerre au Moyen-Orient se sont traduites par de formidables excédents commerciaux pour les pays du reste du monde, essentiellement les pays émergents et exportateurs de pétrole qui, ont accumulé des réserves de change considérables. L’Occident, par la consommation et les dépenses de guerre, s’est érigé, entre 2001 et 2008, en un « formidable moteur pour l’économie mondiale », renforçant la nouvelle architecture économique mondiale.

 

Les excédents commerciaux qui se sont traduites par une accumulation de réserves de change par les pays du reste du monde ont néanmoins pousser ces derniers à les placer en bons de Trésor américain et européens pour permettre aux États-Unis et l’Europe de financer leurs déficits extérieurs. Ce faisant, les États-Unis et l’Europe continueraient à importer des produits made in China et du pétrole. Processus qui ne fera que doper les exportations des pays émergents et exportateurs de pétrole.

 

C’est ainsi que les réserves de la Chine sont passées de 161,414 milliards de dollars, en 1999, à 1966 milliards de dollars, en 2008, soit 12 fois le niveau de 1999. Les réserves de la Fédération de Russie sont passées de 12,325 milliards de dollars, en 1999, à 426,279 milliards de dollars en 2008, soit 32 fois le niveau de 1999. Les réserves de change de l’Arabie Saoudite sont passées de 18,321 milliards de dollars, en 1999, à 451,279 milliards de dollars, en 2008, soit 24 fois le niveau de 1999. Les réserves de l’Algérie sont passées de 6,146 milliards de dollars, en 1999, à 148,099 milliards de dollars, soit 24 fois le niveau de 1999. Les réserves de l’Inde, du Brésil et d’autres pays émergents et exportateurs de pétrole ont vu leurs réserves de change fortement augmenter. (10) 

 

  1. Le paradoxe des QE. L’Occident s’érige de nouveau en « moteur » pour l’économie mondiale sur fond d’endettement vis-à-vis du reste du monde

 

 Le constat est là. Non seulement l’architecture mondiale a changé, l’avènement du G20 prend le pas sur le G7, et donc une perte de compétitivité occidentale qui est une réalité, et la Chine surtout, qui, tout en s’implantant partout dans le monde y compris en Occident, est en train de supplanter l’Occident dans le monde.

 

Le pouvoir financier lui pose donc problème à l’Occident, et qui est la conséquence même de cette perte de compétitivité. D’autre part, l’outil de la politique monétaire classique, la baisse du taux d’intérêt, n’est plus opérant, il restera pendant longtemps « proche de zéro » aux États-Unis, en Europe ou au Japon. La seule fois que la Banque centrale européenne a relevé le taux d’intérêt directeur, c’était le 7 avril et le 7 juillet 2011, respectivement pour le faire passer de 1 % à 1,25 % et de 1,25 % à 1,5 %. Jean-Claude Trichet qui était le président de la BCE fut débarqué le 1er novembre 2011, et remplacé par Mario Draghi. Trois jours après la nomination du nouveau président de la BCE, c’est-à-dire le 3 novembre 2011, le taux d’intérêt directeur est baissé à 1,25 %. Il y avait donc urgence à baisser le taux directeur de la BCE. Un mois après, le 8 décembre 2011, le taux revient à 1 %. Puis il va de petites baisses pour atteindre 0 % le 3 mars 2016.

 

Depuis 3 ans et 4 mois, de 2016 à aujourd’hui, le taux d’intérêt directeur de la BCE est au plancher, à 0 %. Aujourd’hui avec la hausse du taux d’intérêt américain à 2,5 %, la Fed comprend de plus en plus qu’elle est en train de réitérer l’erreur de Jean-Claude Trichet. Et elle doit le baisser le taux sinon elle risque de casser la croissance de l’économie américaine. Et on comprend pourquoi « la Fed traverse une pièce sombre » - Dixit le président de la Fed, Jérôme Powell.

 

En revenant à la crise financière de 2008, il faut rappeler que dès cette date, l’Occident a procédé au plan de sauvetage des banques et à la relance de l’économie par une politique budgétaire expansionniste musclée, et donc une hausse des dépenses publiques et une baisse d’impôts. La palme revient surtout aux États-Unis dans la stimulation de la demande, et donc la consommation. Ce qui a engendré une hausse de production et de l’emploi, bien entendu ce qui a creusé le déficit budgétaire et augmenté la dette publique.

 

Un autre paradoxe qu’il faut citer et auquel l’Occident est confronté, c’est la demande occidentale globale qui reprend. L’Occident s’est de nouveau trouvé à importer massivement des produits industriels et manufacturés de Chine et des autres pays émergents, à importer du pétrole des pays exportateurs de de pétrole, ce qui n’a fait qu’accroître son endettement extérieur. Par conséquent, tout en relançant l’économie et donc la production et l’emploi, l’Occident était tenu de mener des politiques d’austérité soutenues. En clair, l’Occident n’avait pas le choix, il devait, après la crise financière de 2008, procéder à des politiques de relance et appliquer en même temps des politiques d’austérité, dans le but de limiter l’endettement extérieur. Mais la limitation de l’endettement extérieur est à relativiser au regard des programmes massifs de quantitative easing que les États-Unis et l’Europe ont menés.

 

C’est ainsi que grâce à trois cycles d’assouplissement monétaire QE1, 2, 3 dont le dernier QE3 s’est terminé en octobre 2014 que la situation économique s’est améliorée aux États-Unis. Même processus pour la Banque centrale européenne. Que les programmes non conventionnels soient appelés par la BCE LTRO, TLTRO ou QE, ceux-ci portent tous sur des rachats massifs de dettes souveraines (bons de Trésor, obligations d’Etat) et de créances hypothécaires. Idem pour les Banques centrales du Royaume-Uni et du Japon, selon leurs parts dans les réserves de change mondiales. Environ un cinquième est détenu par l’euro et 3 cinquième par le dollar, ce qui fait qu’environ 80 % des réserves de change mondiales sont détenues en dollar et en euro et en circulation dans le commerce mondial.

 

Si ces quantitative easing ont permis le sauvetage du système bancaire occidental, la reprise économique et la croissance tant aux États-Unis qu’en Europe grâce à la consommation fortement dopée par les importations en provenance du reste du monde, il demeure que ces QE ont érigé de nouveau l’Occident, mais seulement entre 2008 et 2014, en « moteur de l’économie mondiale ». Sauf que ce formidable moteur occidental s’est opéré sur « fond d’endettement occidental vis-à-vis de l’extérieur ».

 

C’est ainsi que la Chine et les pays exportateurs de pétrole sont de nouveau les grands bénéficiaires de la relance américaine et européenne par les QE. Rappelons pour les pays exportateurs de pétrole, que c’est le libellé monétaire du pétrole qui est le dollar qui a engendré la forte hausse du pétrole (plus de 100 dollars le baril de pétrole pendant plusieurs années) jusqu’en 2014, date à laquelle a pris fin le QE3. Le pétrole jouant le rôle de pondérateur dans les émissions monétaires ex nihilo de la Fed, sinon les QE se traduiraient par une forte inflation dans le monde.

 

Il faut comprendre qu’il n’y a pas que le pétrole qui a joué le rôle de pondérateur. Tant les déficits courants et publics américains étaient importants que la Fed américaine devait injecter massivement des liquidités que le pétrole ne pouvait à lui seul « assurer la contrepartie physique » de ces émissions monétaires ex nihilo. Sinon pousser le prix du baril à 200 voire 250 dollars. Ce qui aurait créé un clash des économies africaines, sud-américaines... et donc l’économie mondiale. Et c’est la raison pour laquelle l’or a été mis en contribution. Ce prix de l’or est passé de 260,54 dollars US, le 19 mars 2001, à 972,62 dollars US, le 11 février 2008. Et même l’or ne suffisait pas, il fallait agir encore sur le taux de change des monnaies européennes et japonaise à la hausse puisque le dollar ne pouvait que se déprécier fortement si le pétrole et l’or ne suffisent pas à dégonfler la forte appréciation des autres grandes monnaies internationales. Avec les quantitative easing déclenchés en 2008, le prix de l’once d’or a atteint un record à 1967 dollars US, en août 2011. (11)

 

De nouveau, avec les QE, les réserves de change, via les excédents commerciaux, des pays du BRICS et exportateurs de pétrole explosent. Les réserves de change de la Chine passent de 1966 milliards de dollars, en 2008, à 3900 milliards de dollars en 2014. Elles ont plus que doublé. Les réserves de change de l’Inde passent de 257,423 milliards de dollars, en 2008, à 325,081 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change du Brésil passent de 193,783 milliards de dollars, en 2008, à 363,57 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Afrique du Sud passent de 34,07 milliards de dollars, en 2008, à 49,122 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Arabie Saoudite passent de 451,279 milliards de dollars, en 2008, à 744,441 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Algérie passent de 148,099 milliards de dollars, en 2008, à 186,351 milliards de dollars, en 2014. En 2013, les réserves de change pour l’Algérie ont plafonné à 201,437 milliards de dollars. (10) 

 

Corrélativement, les dettes publiques occidentales, à partir de 2008, explosent. La dette publique des États-Unis est passée de 64,062% du PIB, en 2008, à 96,372% du PIB, en 2014. La dette publique du Royaume-Uni est passée de 55,601% du PIB, en 2008, à 107,231% du PIB, en 2014. Les dettes de la France et des autres pays occidentaux ont pour la plupart explosé, s’approchant de 100% du PIB voire les dépassant. (12)

 

Cette situation paradoxale des QE a encore « renforcé » les pays émergents et exportateurs de pétrole du monde dans leur rôle de « créanciers de l’Occident ». Donc au détriment de l’Occident, un processus bien qu’il crée un déséquilibre demeure cependant historique et suit un cours tout à fait naturel.

 

  1. Des Quantitative easing qui ne disent pas tout et qui sont le « noeud » du problème mondial

 

 Nous arrivons à la ce que Jean-Paul Betbeze a défini les « Quantitative easing, de politique monétaire secrète » et ce qu’elles rapportent en « magots de bons du Trésor accumulés des années durant » pour les Banques centrales US, la BCE, les plus importantes du monde. Qu’en est-il de ces politiques monétaires non conventionnelles « secrètes » qui disent tout, tout en ne disant pas tout ?

 

Définissons les le plus simplement possible. Dans un contexte de crise et de détérioration économique, les banques centrales occidentales ont mis en place une série de mesures de politique monétaire non conventionnelle et qui est axée dans les rachats d’actifs financiers mensuels à grande échelle, selon des programmes et des montants prédéterminés. L’objectif étant d’injecter des liquidités directement dans l’économie permet d’assouplir les conditions monétaires et financières, en réduisant le coût de l’accès au financement des entreprises et des ménages.

 

La Banque centrale américaine a procédé entre 2008 et 2014 à trois programmes de Quantitative easing (QE1, QE2, QE3) et une opération Twist. Le QE1 qui a commencé en novembre 2008 a pris fin en mars 2010. Le QE2 qui a duré de novembre 2010 à juin 2011. Un troisième cycle d’assouplissement monétaire QE3 a débuté en septembre 2012. Le 30 octobre 2014, la Fed américaine a arrêté les achats d’actifs financiers. Le bilan de la Fed a atteint jeudi (19 décembre 2013) le montant exact 4.008 milliards de dollars. A titre de comparaison, avant la crise financière de 2008, celui-ci ne dépassait pas 900 millions. (13)

 

En janvier 2017, le bilan de la Fed s’est encore gonflé, il est passé à 4500 milliards de dollars. Comme le développe un article de Zone Bourse.com que nous avons déjà cité supra : « Soutien face à la crise. Face à la crise de 2008, pour soutenir la reprise la banque centrale avait innové en inondant d'argent bon marché le système financier. Son but : fluidifier le crédit, et encourager prêts et investissements. Cette démarche dite de "Quantitative Easing" (QE ou assouplissement quantitatif) a prévalu de 2008 à 2014, en trois phases.

 

Elle a également été menée par la Banque du Japon et plus tard par la Banque centrale européenne. Pour injecter ces liquidités, la Réserve fédérale a fait des achats massifs de bons du Trésor et d'obligations appuyées sur des créances hypothécaires (MBS) qui sont venus gonfler son bilan. Celui-ci est ainsi passé de près de 900 milliards de dollars avant la crise, à 4.500 milliards fin 2017. » (3)

 

Cet article poursuit : « Quel impact ? L'incidence de cette innovation monétaire reste discuté. Les dirigeants de la Fed de l'époque, Ben Bernanke le premier, ont assuré que ces achats d'actifs obligataires, en poussant les taux à la baisse, avaient été indispensables pour stimuler l'économie. Une chose est sûre, ces milliards injectés par la Fed ont paradoxalement favorisé la Bourse. Vu la baisse des rendements obligataires, les investisseurs se sont tournés vers les actions, bien plus rémunératrices. Mais depuis octobre 2017, la Fed a décidé de réduire progressivement ce bilan, sans savoir exactement jusqu'à quel niveau.

Normalisation en douceur. Pour cela, elle a choisi la méthode douce. Au lieu de vendre ses actifs, elle a cessé de réinvestir dans les titres arrivant à maturité, par petites quantités chaque mois. La Fed a commencé par diminuer son bilan de 10 milliards de dollars par mois (60% en bons du Trésor, 40% en MBS), montant augmenté à 50 milliards par mois actuellement. Le bilan de la Fed est ainsi descendu à environ 4000 milliards de dollars aujourd'hui. Mais ce processus de dégonflement du bilan a tendance à ressembler à un léger relèvement des taux d'intérêt, ce qui suscite régulièrement la colère du président Trump.

Effet indirect sur les taux. Chaque fois que la banque centrale réduit ses achats sur le marché obligataire, où elle est un acteur de poids, le prix des bons, théoriquement, doit baisser et leur rendement grimper. Associée aux hausses des taux directeurs, qui restent l'outil majeur de politique monétaire, la réduction du bilan renchérit donc le coût des prêts, et celui d'une dette fédérale abyssale. Ce processus devait être aussi inoffensif que de regarder « l'herbe pousse », avait promis Janet Yellen, la présidente de la Fed lorsque la démarche a été lancée.

Et jusqu'au mois dernier, son successeur Jérôme Powell n'a cessé de répéter que la réduction des actifs de la Fed était « en pilotage automatique ». Il a même enfoncé le clou début janvier affirmant qu'à terme le bilan « sera considérablement moins élevé qu'il ne l'est actuellement ».

Flexibilité annoncée. Dans un contexte de grande volatilité sur les marchés et de ralentissement de la croissance mondiale, cette perspective a fait trembler la Bourse. Au point que désormais les responsables de la Fed, qui prônent « la patience » sur les hausses des taux, admettent aussi qu'ils pourraient revoir le rythme de réduction du bilan.

« Si nous devions découvrir que le programme actuel de normalisation du bilan (...) ne favorise plus les objectifs de notre double mandat [plein emploi et maîtrise de l'inflation, ndlr], nous n'hésiterions pas à y apporter des modifications », a affirmé récemment le numéro deux de la Fed, Richard Clarida. » (3)

Cet article résume à lui seul toute la problématique de la croissance économique mondiale. Précisément ce qui n’est pas dit dans les politiques des quantitative easing, C’est QUELS BONS DE TRÈSOR LES BANQUES CENTRALES DOIVENT ACHETER ? En effet, si les achats des créances hypothécaires à risque par la Fed américaine ne posent pas de problèmes puisque adossées à de l’immobilier américain hypothéqué et celui-ci a une existence physique réelle, dès lors que commence la reprise du marché de l’immobilier, la Fed pourrait les revendre sur les marchés et le produit de ses ventes qu’elle aurait acquis servirait à rembourser les liquidités fournies. Dès lors, la Fed pourrait réduire son bilan des 40% en MBS qu’elle détient en « détruisant progressivement  » les liquidités qu’elle a créées à cet effet (programmes de quantitative easing).

Mais, concernant les bons de Trésor, la situation est autre, et c’est là la grande question pour l’économie mondiale. 

 

  1. Des Quantitative easing qui donnent de l’inflation alors qu’ils ne doivent pas la donner ?

 

 Nous arrivons maintenant au cœur du problème de la politique monétaire non conventionnelle menée par la Fed américaine. Et il n’y a pas que la Fed américaine qui est concernée par les achats des bons de Trésor et des créances MBS. La Banque centrale européenne a aussi mené une politique monétaire non conventionnelle depuis la crise financière de 2008. Les LTRO, TLTRO et QE sont toujours des rachats de dettes souveraines (bons de Trésor, obligations d’Etat, créances hypothécaires). Y compris les Banques du Royaume-Uni et du Japon. Mais ce sont les la Fed et la BCE qui jouent, par leurs monnaies en circulation dans le monde, qui jouent un rôle central dans l’équilibre économique mondial.

« En juin 2019, le bilan de rachats d’actifs de la BCE atteint 4690,44 milliards d’euros, ce qui représente environ 40,5 % du Pib de la zone euro. (Pour la Fed c’est 18,3% du Pib US, pour le Japon 102,3% du Pib Nippon, et pour la Suisse 117,7% de son Pib.) » (14) Donc non de celui de la Fed, il le dépasse même.

 

Aussi revenons au processus des rachats de titres inscrits dans les programmes des QE.

 

Pour les rachats des créances hypothécaires et, lorsque le marché immobilier américain reprend, comme énoncé supra, les créances hypothécaires remises sur le marché par la Fed par conséquent, leur réduction qui passe par la destruction des liquidités qu’elle a créées pour leurs rachats aura servi à éliminer les tensions nées de la crise bancaire de 2008, alors qu’à cette époque les banques américaines se méfiaient les unes des autres parce qu’elles avaient toutes des créances immobilières à risque, et craignaient d’enregistrer des pertes en prêtant, voire même la faillite en cas de fonds propres qui n’assureraient pas la viabilité des banques.

 

Qu’en est-il alors des rachats de bons de Trésor ? Prenons deux cas, le premier i le rachat ne concerne que les bons de Trésor détenus par les investisseurs publics et privés résidents (nationaux), le second si le rachat ne concerne que les bons de Trésor détenus par les investisseurs publics non-résidents, c’est-à-dire étrangers.

 

Si la Banque centrale américaine rachète sur le marché primaire donc directement auprès des banques commerciales américaines des bons de Trésor qu’elles détiennent, elle ne fera qu’injecter des liquidités créées ex nihilo qui iraient créditer les comptes que ces banques commerciales ont auprès de leur Banque centrale, en échange des titres de Trésor. Cela signifie que les banques commerciales qui ont acheté des bons de Trésor auprès du Trésor américain en monnaies centrale, et en acceptant de céder des titres de Trésor en échange de liquidités, n’ont fait que se rembourser les capitaux qu’elles avaient remis au Trésor pour leur acquisition. Les bilans de ces banques n’ont au final pas changé puisqu’elles n’ont procédé qu’à un changement d’actifs, c’est-à-dire à la place des actifs de bons de Trésor des actifs monétaires liquides. De même, lorsque les banques commerciales accréditées (SVT ou primary dealers) revendent, sur le marché secondaire, des bons de Trésor qu’elles ont achetés au Trésor américain à des banques commerciales non accréditées, des banques privées, des entreprises, des fonds de pensions, assurances, porteurs privés, et ceux-ci sont tous des résidents (nationaux), il est évident que ces actifs vendus sont inscrits aux passifs des bilans de ces banques. Ce qui signifie que ces banques sont prêtes à rembourser avec intérêt les bons de trésor arrivés à maturité présentés par leurs clients. Précisément le vaste programme de quantitative easing englobe les passifs des banques commerciales pour la simple raison est qu’il n’y a pas assez de bons de Trésor détenus par les banques sur le marché.

 

Dès lors l’achat des passifs des banques commerciales accréditées oblige ces banques à bloquer les liquidités que la Fed américaine leur a remises en échange de ces passifs dans les comptes auprès de la Banque centrale. Ces liquidités sont dites « stérilisées ». Pourquoi ? Pour la simple raison que ces banques commerciales ont recouvré leurs capitaux par la vente de ces titres à leurs clients. Par conséquent les liquidités « stérilisées » sont destinées à leurs clients résidents, c’est-à-dire les banques non accréditées privées ou non, entreprises, fonds de pensions, ménages américains.

 

Même processus pour la Banque centrale européenne. Des banques commerciales accréditées de la zone euro qui ont acheté des bons de Trésor auprès des Trésors de leurs États respectifs (19 États) qui acceptent, sur le marché primaire, de céder leurs titres à leurs Banques centrales en échange de liquidités. Qui en fait, elles se sont remboursé les capitaux qu’elles avaient remis à leur Trésors respectifs lors des acquisitions de ces titres. De même dans la revente de bons de Trésor, sur le marché secondaire, opérations qui sont inscrites sur leurs passifs, et donc sont tenues à rembourser lorsque vient l’échéance ou à défaut « à négocier ».

 

Cet assouplissement monétaire non conventionnel ou quantitative easing qui ne vise que les résidents, donc les agents économiques américains n’est ni plus ni moins qu’une monétisation de la dette publique américaine puisque les liquidités créées par la Fed américaine serviront à acheter de la dette émise par le Trésor américain. En effet, les bons de Trésor achetés par la Fed peuvent être détruits puisqu’il n’y a plus de créanciers, de prêteurs. Le Trésor comme la Banque centrale sont tous deux des institutions de l’État fédéral américain.

 

Seule tâche au tableau, la base monétaire va fortement grossir du fait que ces liquidités vont être libres et circuler dans l’économie américaine, et provoquer une forte inflation. Et c’est un peu ce qui s’est passé dans les années 1970 avec l’inflation à deux chiffres due aux déficits publics et courants américains récurrents et le recours à la « planche à billet américaine ». Et la riposte des pays d’Europe ne s’est pas fait attendre surtout avec les krachs pétroliers, qui permettaient au dollar de passer les barrages européens à l’époque. – faut-il rappeler que les pays d’Europe refusaient de financer gratuitement les déficits américains, et comme le système monétaire international est passé aux changes flottants, ils ont utilisé eux aussi la « planche à billet » pour financer leurs déficits.

 

  1.  Le « grand coup de poker » des Quantitative easing. Les « magots » de la Fed américaine (États-Unis) et de la BCE (eurozone)

 

 Mais alors comment éviter l’inflation pour les pays occidentaux avec une politique monétaire non conventionnelle ? Et quel intérêt pourrait-il apporter ces quantitative easing s’ils ne sont que des capitaux évoluant en interne et créant de l’inflation. Alors que la situation de l’endettement occidental est réellement préoccupante. Non seulement l’Occident est en train de perdre avec la nouvelle « architecture économique mondial » qui est en train de la déclasser face aux grands pays industrialisés surtout d’Asie mais en sus l’endettement en hausse enfonce encore plus ce déclassement.

 

Par conséquent, l’objectif premier est de contrecarrer ce déclassement du moins en le freinant le plus possible. La question est comment ? La crise financière de 2008 est survenue et il fallait à tout prix la dépasser, et c’est d’ailleurs le but des programmes d’assouplissement monétaire massif non conventionnel. Il y avait aussi la nécessité d’instaurer des politiques d’austérité drastiques surtout en Europe pour diminuer les déficits publics et regagner de compétitivité, ce qui a été une exigence soutenue. Aujourd’hui, les États-Unis prônent une politique protectionniste pour éviter que la Chine soit toujours gagnante dans son commerce avec les États-Unis. Et elle l’est toujours et cela provoque des tensions internationales et l’incertitude ne cesse de gagner et d’hypothéquer l’avenir du monde, sans savoir où le monde va.

 

Et il n’y a pas que l’austérité et le protectionnisme prônée ces dernières années, il y a aussi ce que l’économiste français Jean-Paul Betbeze appellent les « magots de bons du Trésor accumulés des années durant, sous leur égide et au plus fort de la crise, sous le nom de code de Quantitative Easing ». Qu’en est-il de ces « magots de bons du Trésor accumulés des années durant » accumulés par les États-Unis et l’Europe ?

 

Tout d’abord, l’objectif premier pour l’Occident est d’éviter au maximum que les liquidités créées ex nihilo par les Banques centrales, dans le cadre des quantitative asing, ne circulent pas dans leurs économies. Précisément pour que ces QE soient déflationnistes et non inflationnistes. Par conséquent, une monétisation de la dette occidentale et il s’agit effectivement d’une monétisation de la dette par des programmes massifs de rachats de dettes publics doit au préalable cibler les titres qui doivent être en priorité achetés. Et cela va de soi, ce sont avant tout les bons de Trésor détenus par la Chine, les pays émergents et les pays exportateurs de pétrole, qui ont enregistré des excédents commerciaux durant près d’une décennie et demie, et donc de réserves de change considérables. En clair les pays du reste du monde une partie importante de la dette publique occidentale.

 

Dans une analyse dans le monde.fr, « Ce sont les pays exportateurs de pétrole, la Grande-Bretagne et la Russie qui assument la charge financière du creusement de la dette du Trésor des USA [...] L’accroissement de la dette de marché a été assuré par deux grands investisseurs : les investisseurs américains et les investisseurs étrangers qui se partagent moitie-moitié la dette aujourd’hui. Il s’agit là des calculs du Trésor qui corroborent imparfaitement les chiffres que nous avons cités plus bas. Les grands investisseurs asiatiques possèdent près de 50 % de la dette avec une tendance à l’effritement de leurs avoirs en pourcentage. » (15)

 

Donc près de 50% de la dette sont détenus par des investisseurs étrangers. D’autre part, la dette publique totale des États-Unis est répartie entre la dette intragouvernementale qui n’est pas mise sur le marché (un peu plus de 30 % sur la dette totale), et la dette de marché sur le restant, c’est-à-dire un peu plus de 60 % sur la dette totale. Et c’est cette partie qui est mise sur le marché qui est détenue par des investisseurs résidents et non-résidents (étrangers).

 

En février 2019, la dette américaine a atteint 22 000 milliards de dollars. Si on prend la dette de marché, environ 60 % de la dette publique totale, on constate que 13.200 milliards de dollars sont mises sur le marché. Et à raison de moitié-moitié entre les investisseurs américains et étrangers, 6600 milliards de dollars sont détenus par des résidents américains et 6600 milliards de dollars par des non-résidents (étrangers), dont essentiellement la Chine, les pays émergents et les pays exportateurs de pétrole, rend l’endettement américain qui ne cesse de monter réellement problématique pour un futur proche de l’économie américaine.

 

Mais alors quelle riposte pour la Fed américaine qui n’a pas cessé de créer des masses de liquidités ex nihilo (sans contreparties productives donc adossées sur rien) depuis la crise de 2008 ? Rappelons qu’elle a opéré trois cycles d’assouplissement monétaire non conventionnel QE1, 2, 3 dont le dernier s’est terminé en octobre 2014. Certes ces programmes massifs de QE ont permis la reprise économique, et donc le retour à la croissance aux États-Unis mais ont aussi fortement endetté les États-Unis, eu égard aux formidables réserves de change accumulées par les pays émergents, en particulier la Chine avec près de 4.000 milliards de dollars, et les pays exportateurs de pétrole.

 

Précisément, le paradoxe de la lutte contre l’endettement va venir des quantitative easing. Pendant que la Banque centrale américaine créait des liquidités durant ces sept années (2008 à 2014), et que les pays du reste du monde sus-cités accumulaient des excédents commerciaux et donc des réserves de change qu’ils plaçaient le plus aux États-Unis pour précisément aider l’Amérique à financer ses déficits publics et courants, ce qui contribuait à accroître la demande américaine pour les produits étrangers, ironie de l’histoire la Fed américaine rachetait en même temps ces placements étrangers. C’est ainsi que les banques commerciales américaines accréditées (primary dealers) qui ont acheté des bons de Trésor qu’émettait le Trésor américain pour financer les déficits publics étaient revendus aux non-résidents, c’est-à-dire la Chine, les pays émergents et exportateurs de pétrole, bref tous les pays du reste du monde qui étaient excédentaires.

 

Ces banques américaines ont donc recouvré les fonds qu’ils ont remis au Trésor américain puisqu’ils ont revendus aux étrangers des bons de Trésor qu’ils avaient acquis dans la partie de la dette publique réservée au marché (un peu plus de 60 % de la dette publique totale). Dès lors, ces actifs publics vendus sont inscrits sur les passifs des bilans des primary dealers.

 

Dès lors, le processus est similaire que si les banques accréditées avaient vendus les titres publics aux résidents. Donc ces banques sont tenues de rembourser avec intérêt les bons de Trésor arrivés à maturité à leurs clients étrangers (Chine, émergents, exportateurs de pétrole). Et précisément, l’« intelligence » des quantitative easing que Jean-Paul Betbeze appelle « magots » est là, elle réside dans les rachats massifs des passifs des banques commerciales américaines qui ont vendu les bons de Trésor et obligations publiques aux pays étrangers, et ces rachats sont échelonnés dans le temps, c’est-à-dire des rachats des passifs des banques accréditées chaque mois. Et, tout en injectant des liquidités massives pour relancer l’économie américaine, la Fed américaine rachetait en même temps, mensuellement, les bons de Trésor que les primary dealers ont vendu aux investisseurs étrangers et qu’ils ont dans les passifs de leurs bilans.

 

Et le « grand coup de poker » est arrivé lorsqu’en diminuant à 10 milliards de dollars par mois, le quantitative easing 3 est venue à l’extinction en octobre 2014. En mettant fin au QE3, les États-Unis via la Fed ont abattu leurs cartes. Le prix du baril de pétrole a commencé déjà à diminuer en juillet 2014, puis en août 2014, et fin décembre 2014, le pétrole WTI a atteint 47 dollars, et le Brent 50 dollars le baril. En janvier 2016, le pétrole WTI a atteint 28 dollars le baril, le même prix pour le Brent. Le pétrole n’a pas cessé de stagner entre 40 et 60 dollars le baril entre 2014 et aujourd’hui. Hormis l’année 2017 à 2018 le prix a augmenté et relativement parce que les États-Unis se préparaient à une guerre contre la Corée du Nord qui montrait des intentions belliqueuses contre l’Amérique.

 

La fin des quantitative easing signifiait simplement que la Fed américaine a fait le plein dans ses rachats de bons de Trésor et autres obligations d’États émises, et donc point besoin des émissions monétaires massives ex nihilo et, pour éviter l’inflation, utilisaient la hausse des cours du pétrole, de l’or et l’appréciation des grandes monnaies occidentales face à la monnaie-centre qu’est le dollar dans le système monétaire international.

 

Et c’est ainsi que les pays émergents et les pays exportateurs de pétrole, notamment arabes et les pays d’OPEP, devant cet étranglement monétaire, à l’échelle mondiale, se sont mis à puiser dans leurs réserves de change pour financer leurs déficits dans le commerce extérieur. Et chaque année, les réserves de change diminuaient, via les bons de Trésor que les pays du reste du monde présentaient aux banques américaines accréditées dans la négociation de vente ou de reprise des bons de Trésor américains pour les rembourser. Celles-ci en fait puisaient des liquidités dans leurs comptes auprès de la Banque centrale américaine qui avait racheté leurs passifs vis-à-vis du reste du monde puisque les crédits qui leur avait octroyé la Fed étaient « bloqués », « stérilisés » et devaient servir année après année au fur et à mesure que les bons de Trésor leur étaient présentés. Évidemment, après remboursement, les bons de Trésor étaient remis par les banques à la Fed qui tout simplement les « détruisaient ». Et cela s’appelait selon la communication officielle reprise par les médias occidentaux la « réduction du bilan de la Banque centrale américaine. »

 

Ce qui n’est autre qu’un « désendettement progressif que les États-Unis opéraient vis-à-vis du reste monde hors-Occident. » En clair ce que la Banque centrale américaine « a donné d’une main pendant des années » et qui a permis aux pays du BRICS et exportateurs de pétrole d’amasser de formidables réserves de change via leurs excédents commerciaux, et ce jusqu’en 2014, elle le reprenait d’une autre main, à partir du deuxième semestre 2014, en mettant fin aux QE. Sémantique que Jean-Paul Betbeze a appelé de « magots » dans son analyse : « Ce magot à amortir, c’est le secret de la prolongation de l’effet des politiques monétaires actuelles. Bien sûr, le banquier central parle constamment de ses objectifs financiers. C’est l’inflation en zone euro – avec les broderies autour du « près de 2 % mais au-dessous, à moyen terme » que tisse Mario Draghi. » (1) Et l’économiste français a entièrement de qualifier ces QE américains et européens de « magots », et on ne voit pas comment ne pas qualifier crûment ces QE qui asphyxient financièrement une bonne partie du monde. Et surtout qu’elle augmente le chômage tant en Occident que dans le reste du monde.

 

Et c’est ainsi que la masse des réserves de change a commencé à fondre à partir de cette date. La Chine a perdu à elle seule environ 1000 milliards de dollars sur les 4000 milliards qu’elle avait engrangés sur au moins vingt années depuis son ascension fulgurante au début des années 2000. La banque mondiale donne les chiffres suivants. Pour la Chine, les réserves de change sont passées de 3859 milliards de dollars à 3345 milliards de dollars en 2015, et à 3030 milliards de dollars en 2016. Un quart des réserves de a Chine se sont pratiquement évaporé en deux ans. En 2017, ses réserves de change ont légèrement augmenté, à 3159 milliards de dollars puis de nouveau ont baissé en 2018, à 3092 milliards de dollars. (10)

 

Pour les autres pays, notamment pour l’Arabie saoudite, ses réserves de change passent en 2014, de 731,92 milliards à 495,99 milliards de dollars, en 2017. Les réserves de change stagnent en 2018, elles sont à 496,156 milliards de dollars. Pourquoi elles ont stagné, ce sont les dépenses militaires et hausse des déficits qui ont suivi face à la Corée du Nord qui était sur le point de déclencher une guerre monstrueuse par l’arme nucléaire. La hausse du pétrole qui a suivi servant de contreparties physiques à une hausse de création monétaire par la Fed. Pour l’Algérie, les réserves ont aussi fondu. Parti de 194,712 milliards de dollars, en 2013, les réserves de change baissent à 179,618 milliards de dollars, en 2014. Puis elles ne cessent de baisser, année après année, au gré des déficits publics et commerciaux. L’Algérie est un pays monoexportateur de pétrole. En 2018, les réserves de l’Algérie ont fortement fondu, et selon la Banque mondiale, elles sont de 80,228 milliards de dollars. En avril 2019, les réserves de change de l’Algérie s’élèvent à 72,6 milliards de dollars. (16) Soit une perte franche de 122,112 milliards de dollar en quatre ans et 10 mois.

 

Un point important à souligner, les pays d’OPEP et les mesures que le cartel pétrolier ont prises peut-il inverser la donne ? Il est peu probable, certes ces pays unis peuvent influer sur les cours mais cela restera très relatif car la décision vient des États-Unis, et peu importe s’ils sont devenus le premier producteur de pétrole du monde. Le problème est avant tout économique avant d’être financier et monétaire. Les États-Unis sont endettés et ne sont pas compétitifs. Par conséquent ce sont les États-Unis en dernier ressort qui fixent les prix et l’Arabie saoudite ne peut aller contre son protecteur.

 

Par conséquent, ce n’est pas fini sur le plan mondial, et se comprend l’inquiétude du cartel pétrolier. Aussi si le processus des quantitative easing n’est pas arrêté ou un QE 4 n’est pas lancé, les réserves des pays monoexportateurs de pétrole et de l’Algérie vont continuer inexorablement à fondre. Et pour l’Algérie, ce n’est pas l’endettement extérieur qui va la sauver d’une grave crise économique dès 2022. A cette période, les réserves seraient probablement moins de 30 milliards de dollars. Et on peut se représenter combien de mois l’Algérie pourrait encore assurer le financement de ses importations incompressibles comme l’alimentation (blé, lait, café, viande, etc.). Se rappeler la crise de la semoule qui a donné les émeutes d’octobre 1988 et l’avènement du multipartisme. C’est toujours ainsi l’histoire, un événement malheureux porte en lui en puissance un événement heureux. Comme le plus grand exemple, « les deux Guerres mondiales ont porté en eux un événement heureux, la décolonisation du monde s’est opérée grâce à l’affaiblissement de l’Occident.  » De même « la nucléarisation du Japon par deux fois à Hiroshima et Nagasaki a porté en eux un événement heureux. Moins de 30 après, le Japon est devenu la deuxième puissance économique du monde grâce à l’aide de la puissance qui l’a nucléarisé, c’est-à-dire les États-Unis.  » Aussi peut-on dire « les voies de Dieu, d’Allah sont impénétrables  ».

 

 Aussi sortons de cette digression, et posons la question : « qu’en est-il de cette nouvelle situation économique du monde ? »

 

  1. Conclusion : Le monde en pilotage automatique par l’argent et par quel logiciel ?

 

 On comprend dès lors que « le monde est en pilotage économique », et c’est une vérité que le président de la Fed américaine, qui est la première Banque centrale du monde – et toutes les grandes Banques centrales suivent ses consignes –, a eu raison de dire que « L’annonce de l’arrêt du processus de réduction du bilan marque un revirement pour l’institution trois mois seulement après que son président, Jérôme Powell, a déclaré que le mécanisme de réinvestissement des échéances était en « pilote automatique ». » (7)

On peut même dire que ce processus s’est imposé de lui-même compte de l’évolution économique mondiale ces 60 dernières années qui, de nouveau, nous ramènent à la métaphysique que l’homme ne commande pas son destin. Et, par conséquent, l’Occident qui endetté l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud n’a jamais pensé qu’un jour c’est lui qui sera endetté et qu’il usera des quantitative easing pour donner du mou à l’économie mondiale entre 2008 et 2014 puis ensuite garroter le monde après.

 

Et on comprend d’ailleurs pourquoi la déflation rampante en Occident, c’est précisément grâce à cette stérilisation d’une grande partie des capitaux émis par la Fed tout au long de leurs cycles QE programmés et les rachats massifs qui ne sont pas éloignés des 5500 milliards de dollars de réserves de change si on additionne ceux de la Chine, de la Russie, de l’Arabie saoudite et de l’Algérie ne sont pas loin de la dette de marché américaine des quelques 6600 milliards de dollars détenus par des non-résidents (étrangers). La déflation se comprend pour la simple raison que la moitié des liquidités émises des QE s’en vont à l’extérieur et vont circuler à l’extérieur dans une première phase en excédents commerciaux pour les émergents et exportateurs de pétrole et placements en Occident jusqu’en 2014, dans une seconde phase en déficits commerciaux et fonte des réserves de change qui seront utilisés pour combler les déficits. Et dans les deux phases une grande partie des capitaux circulants ne circulent pas en Occident, soit en placements soit en remboursement des placements.

 

Dès lors que les pays du reste du monde vont progressivement être mis KO ou du moins vont très peu compter dans le commerce mondial puisqu’ils seront étranglés financièrement, le danger va poindre sur l’absorption de la production industrielle, manufacturière et agricole du monde. D’autant plus que l’administration Trump prône le protectionnisme tout azimut, et surtout contre la Chine. Les États-Unis savent que le temps est compté pour eux, qu’ils seront dans deux ou trois décennies dépassées par la Chine. Par conséquent, ils font tout pour retarder cette échéance. Mais le problème est que dans ce bras de fer, ce sont les pays du reste du monde qui vont le payer cher puisque l’Europe va suivre la politique américaine. D’autant plus que la BCE n’a pas cessé d’utiliser les quantitative easing depuis 2015 et encore aujourd’hui. Elle a réduit ses rachats mensuels de dettes souveraines de la zone euro.

 

Dès lors va se poser le futur de l’économie monde où tous les pays, toutes les puissances sont concernés et pourront être affectés à un proche futur et ce, avec l’asphyxie financière qui progressivement va frapper le monde.

 

On comprend dès lors les prémisses de la pièce noire tant pour Jérôme Powell qui dit que « la Fed traverse une pièce sombre » (8), que l’italien Mario Draghi, le président de la BCE qui dit que « dans une pièce noire, on avance à petits pas » (9).

 

Concernant la crise iranienne, malgré toutes les menaces que peuvent proférer les États-Unis pour déclencher une guerre ou lancer des frappes contre des sites iraniens, les va-t’en guerre américains savent que s’ils provoquent un conflit en Iran, non seulement ils n’ont aucune donnée sur ce qui peut ressortir de cette guerre, mais ils courent d’une lanière ou d’une autre à deux défaites et elles seront certainement cuisantes pour les États-Unis.

 

Ce n’est pas que les Iraniens vont gagner la guerre contre les États-Unis, mais c’est toute la région qui deviendra explosive, et la guerre sera probablement étendue à d’autres pays. Mais en plus grave, sera les déficits publics et courants américains qui vont exploser poussant les prix du pétrole et de l’or à des sommets. Ce qui influera très positivement pour les pays exportateurs de pétrole puisqu’ils enregistreront inévitablement des excédents commerciaux considérables. Donc dire qu’il y aura la guerre entre l’Iran et les États-Unis est très hasardeux car toute la stratégie américaine sur le triple plan économique, financier et monétaire tomberait à l’eau, et surtout que la Chine enregistrera des gains financiers faramineux. De même, pour la Russie. Donc si les États-Unis bombent le torse contre l’Iran, ils réfléchiront deux fois avant d’engager un conflit armé.

 

Quant aux prix du pétrole entre 40 et 60 dollars le baril, il suffit amplement à constituer une contrepartie productive pour les émissions monétaires ex nihilo américaines pour financer leurs déficits publics et commerciaux. Les États-Unis n’ont pas d’alternative sinon à enregistrer des déficits du fait de leur position dominante sur le monde et l’armada de forces militaires qui sillonnent les mers et océans et les bases militaires pour leur logistique. Mais ils ont intérêt aujourd’hui à préserver ce statu quo tant qu’il leur est encore possible, parce qu’avec l’évolution du monde, cette situation ne sera pas pérenne. Et d’autres forces monteront. Aussi la paix mondiale pour les États-Unis leur est plus rémunératrice que les guerres qui ne feront que les enfoncer sans garantie de lendemain pour leur puissance. Et ce point est important. Et il est possible qu’il l’applique malgré toutes ces menaces de guerre.

 

Et on le voie aussi dans la désignation des présidents des deux plus grandes Banque centrales du monde, la Fed et la BCE. On désigne plus des magiciens, des maestros, comme Alan Greenspan ou Ben Shalom Ben Bernanke, ou Mario Draghi à la tête des plus prestigieuses institutions monétaires du monde. Après Ben Bernanke est venue Djanet Yellen, elle est présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine, de 2014 à 2018. Puis n’est plus un économiste, mais un avocat qui prendra la relève de Djanet Yellen. C’est Jérôme Powell qui devient président de la Fed en février 2018.

 

De même en zone euro, c’est Christine la garde qui est aussi avocate et a démissionné de son poste de directrice du FMI en juillet 2019 qui va prendre la relève de Mario Draghi. A la tête de la Banque centrale européenne depuis sept ans et 10 mois, Mario Draghi terminera son mandat en octobre 2018.

 

C’est dire que la nomination d’avocats à la tête des deux prestigieuses institutions bancaires les plus importantes du monde et qui dominent l’économie mondiale par les deux plus grandes monnaies du monde que sont le dollar et l’euro que ces institutions émettent n’exigent plus de maîtres à penser. Nous allons aujourd’hui vers un logiciel qui fonctionne en « pilote automatique ». Les économistes n’ont plus rien à faire même les stratégies sont pensées par la machine. Ce qui explique le choix des avocats et aussi des femmes.

 

Sauf que ces machines ne pensent pas les inégalités qui se creusent entre les riches et les pauvres et la montée des populismes, de l’appauvrissement des peuples ne sont pas introduits dans les logiciels. Ce qui explique le cours lent de la déliquescence du monde par le pouvoir financier mondial. La question qui reste est comment parer à cette déliquescence, à cette asphyxie du monde par les stratégies financières et monétaires occidentales ?

 

 

 

Note de l’auteur :

 

 

Sur cette analyse, l’auteur avertit que tout ce qui est écrit relève de sa pensée, et uniquement de sa pensée dont il ne sait rien. N’étant pas banquier, n’ayant fait aucune étude sur l’économie ni n’a de bagage scientifique sur cette discipline qu’est la macroéconomie très complexe et qui peut avoir des conséquences extrêmement douloureuses sur les peuples quand elle le veut et qui va au-delà des hommes. Les hommes croient faire de la macroéconomie, mais en fait c’est la macroéconomie qui fait l’économie-monde.

 

Et c’est pour avertir que l’auteur a eu cette chance de pénétrer à la fois l’économie et la macroéconomie pour comprendre où va le monde. Il faut aussi souligner un fait qui l’a poussé à comprendre son monde, et ce fait a été la douloureuse décennie noire que l’auteur a vécue la mort dans l’âme sans savoir pourquoi des Algériens pourtant frères s’entretuaient. Et c’est ce qui l’a amené à chercher à comprendre les crises. Et, de fil en aiguille, il est arrivé à l’étude des banques centrales et commerciales comprenant que les causes des crises dans le monde viennent de là. Quant à l’islamisme, il n’a été qu’un moyen pour l’Occident de dominer le monde musulman dans la région stratégique qu’il occupe et où se trouvent les plus grands gisements de pétrole du monde.

 

Aussi prévient-il surtout aux petits et grands pays qui ne sont pas compétitifs dans le commerce mondial, et n’exportent que des matières premières ou du pétrole que la colonisation n’a pas disparu, et si les armées coloniales ont disparu et les pays ex-colonisés sont indépendants, il demeure qu’ils ne sont indépendants que territorialement, et restent encore dépendants pour leur survie, pour leur stabilité des puissances de l’argent. Aujourd’hui point besoin d’armées coloniales, les armées de l’argent, c’est-à-dire les banques, les fonds de pension et autres institutions financières, ont remplacé les armées coloniales. Et aucun peuple n’est à l’abri, ni même les peuples d’Occident, ni les peuples d’Asie, ni les peuples du reste du monde. Aujourd’hui, tout est en pilotage automatique par l’argent.

 

Il faut que les peuples prennent conscience de ce tournant de l’histoire, penser à faire front aux puissances de l’argent d’où qu’elles viennent d’Occident ou d’Asie, notamment la Chine qui s’est convertie non au socialisme de marché mais au socialisme de l’argent qui enchaîne les peuples comme l’enchaîne l’Occident.

 

En espérant que cette étude apporte un plus à ceux qui s’intéressent aux problèmes économique profonds auxquels sont confrontés les peuples et les éclaire sur ce qui se trame en coulisse au sein des forces mondiales de l’argent.

 

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 

Notes de renvoi :

1. « Quantitative Easing : la politique monétaire secrète », par Jean-Paul Betbeze. Le 20 novembre 2018
http://www.jpbetbeze.com/medias/quantitative-easing-la-politique-monetaire-secrete/

2. « Les outils monétaires sont-ils usés ?  », par Jean-Paul Betbeze Le 13 mai 2019

http://www.jpbetbeze.com/medias/les-outils-monetaires-sont-ils-uses/

3. « USA : la réduction du bilan de la Fed, un beau casse-tête », par ZoneBourse - Washington (awp/afp). 27/01/2019
https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/USA-la-reduction-du-bilan-de-la-Fed-un-beau-casse-tete—27923259/

4. « Est-ce que l’économie mondiale s’asphyxie ? », par Jean-Paul Betbeze. 18 mars, 2019

http://www.jpbetbeze.com/medias/est-ce-que-leconomie-mondiale-sasphyxie/

5. « Etats-Unis : Trump continue de tourmenter la Fed », par Finance Orange. Le 11 juin 2019
https://finance.orange.fr/bourse/article/etats-unis-trump-continue-de-tourmenter-la-fed-CNT000001glReB.html

6. « Banquiers centraux/Fed-"Quelques" baisses de taux stimuleraient l'inflation-Evans

 », par Reuters. Le 12 juillet 2019
https://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL8N24D2AX

7. « ENCADRÉ-La Fed veut arrêter de réduire son bilan en septembre », par fr.reuters. Le 20 mars 2019
https://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL8N2177FJ

8. « Les marchés attendent plus de clarté du patron de la Fed en 2019  », par fr.reuters. Le 31 décembre 2018
https://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKCN1OU0FJ-OFRBS

9. « Le ciblage de l’inflation travaille les banques centrales », par AGEFI. Le 18 mars 2019
https://www.agefi.fr/asset-management/actualites/quotidien/20190318/ciblage-l-inflation-travaille-banques-centrales-270378

10. Total des réserves (comprend l’or, $ US courants), par la Banque mondiale
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=CN
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=RU
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=SA
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?loca tions=DZ

11. COURS DE L'ONCE D'OR

https://france-inflation.com/cours_de_l_or_historique_et_actuel.php

12. Dette du gouvernement central, total (% du PIB)

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/GC.DOD.TOTL.GD.ZS?locations=US

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/GC.DOD.TOTL.GD.ZS?locations=GB

13. «  Le bilan de la Fed passe le seuil des 4.000 milliards de dollars  », par la Tribune.fr. Le 20 décembre 2013

https://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20131220trib000802072/le-bilan-de-la-fed-passe-le-seuil-des-4.000-milliards-de-dollars.html

14. «  La taille du Bilan de la BCE a enflé de 4,5 milliards € et atteint désormais 4690,44 milliards €, soit 40,5% du Pib de la zone euro », par businessbourse.com Le 12 juin 2019 https://www.businessbourse.com/2019/06/12/la-taille-du-bilan-de-la-bce-a-enfle-de-45-milliards-e-et-atteint-desormais-469044-milliards-e-soit-405-du-pib-de-la-zone-euro/

15. « Les détenteurs des bons du Trésor Américain », par criseusa.blog.lemonde.fr Le 19 juillet 2010

http://criseusa.blog.lemonde.fr/2010/07/19/les-detenteurs-des-bons-du-tresor-americain/

16. « Les réserves de change à 72,6 milliards de dollars fin avril 2019 », par APS Algérie Le 12 juillet 2019

http://www.aps.dz/economie/91802-les-reserves-de-change-a-72-6-milliards-de-dollars-fin-avril-2019

 


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2 réactions à cet article    


  • Ouallonsnous ? 23 juillet 20:06

    Article bien trop long pour en identifier le sens !


    • lloreen 24 juillet 22:34

      " Aujourd’hui, tout est en pilotage automatique par l’argent.

      "

      L’argent, minerai mis à part, n’existe pas.

      Les minerais, tout le monde sait, ne sont pas inépuisables et nécessitent des bras pour les extraire...

      Tout est en pilotage automatique par la dette et c’est bien le problème.

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Hamed


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