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Accueil du site > Tribune Libre > « Les secrets de Louis XIV de Lucien Bély » par Franck ABED

« Les secrets de Louis XIV de Lucien Bély » par Franck ABED

Lucien Bély est professeur d’histoire moderne à l’Université Paris-Sorbonne. Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur, en raison de sa contribution à l'histoire de la diplomatie en Europe à l'époque moderne, et de son rôle prépondérant dans le renouveau de l'étude des relations internationales aux XVIe et XVIIe siècles. Avec cet ouvrage Les secrets de Louis XIV, il nous plonge littéralement dans cette Europe du Grand Siècle et plus précisément dans les secrets des « mystères d’Etat et du pouvoir absolu ».

 

Le quatrième de couverture nous donne le résumé suivant : « Ce livre nous révèle la face noire du Roi Soleil, revenant sur les épisodes les moins glorieux du règne : de l’acharnement contre Fouquet, à la révocation de l’Edit de Nantes, en passant par nombre d’affaires d’espionnages, d’enlèvements ou d’accords secrets. La liste des affaires ténébreuses et des manipulations est longue. En voici pour la première fois la terrible chronique  ». Il est regrettable de proposer ce genre de commentaire tapageur qui agite la fibre émotionnelle et les légendes noires, pour espérer mieux vendre un livre d’une qualité remarquable. Réduire le règne de Louis XIV à « des affaires ténébreuses et des manipulations » revient, de fait, à le piétiner. Heureusement, Bély ne cède pas à cette facilité grossière et nous offre une étude magistrale. En effet, cet écrit se montre très sérieux sur le plan intellectuel, de part la qualité d’analyse et la présentation des faits historiques. L’hétérogénéité des références et des sources proposées permettent de saisir les différentes questions historiques, politiques voire philosophiques que soulève le siècle de Louis le Grand. Le livre aborde de nombreux aspects du règne de Louis XIV - formation intellectuelle du roi, Mazarin et sa politique, gestion des affaires de la couronne par Louis XIV et sa vie privée, les relations internationales, la diplomatie, l’espionnage, les guerres, l’armée, etc. - avec clarté, précision et pédagogie.

 

Cet ouvrage de presque sept cents pages s’organise en trois grandes parties : L’apprentissage du secret, l’art royal de la dissimulation, ombres et lumières. La multiplicité des thèmes étudiés ne doit pas rebuter le lecteur, car l’ensemble forme un tout très cohérent et pertinent. Le secret constitue le grand thème du livre. Il est étudié sous tous les angles. Dès les premières lignes, Bély explique que : « le secret est une protection nécessaire pour le souverain et une couverture utile pour l’Etat royal ». De plus, il rappelle que « Louis XIV avait la réputation d’être un homme secret  ». L’auteur précise même : «  Louis XIV s’efforce de ne rien laisser paraître, de ne pas répondre aux demandes pressantes, de garder ses secrets et ceux des autres  ». Quand les sujets adressent une requête au roi, deux réponses peuvent être entendues : « oui » ou « je verrai ». Un oui qui sort de la bouche du roi est gage que l’affaire sera traitée. Le «  je verrai » signifie deux choses : le roi ne peut apporter immédiatement la réponse et il a donc besoin de temps pour formuler son avis ou le roi ne désire pas accéder à la demande, mais il préfère malgré tout prendre la mesure des choses pour être certain que son choix soit le bon. Etre roi impose de dompter ses émotions, de maîtriser le temps et d’accorder ses faveurs avec parcimonie.

 

Paradoxalement, bien que Louis XIV aime cultiver le secret, il passe sa vie à être constamment observé : « il s’offre aussi aux regards de tous, dans les cérémonies d’Etat comme dans la vie quotidienne de la Cour, mais aux regards seulement ». Pourtant dans l’exercice du gouvernement, le roi et ses ministres doivent user de la prudence, afin que des informations secrètes ou confidentielles ne soient divulguées à des ennemis. Par exemple, lors de tractations avec des souverains étrangers les intentions du gouvernement ne peuvent tomber entre les mains d’autrui, sous peine de voir les projets entrepris échouer. Comme le remarque l’auteur : « secret et dissimulation s’imposent comme protection du roi ». Et il précise même que le secret devient un outil indispensable de la fonction royale : « le roi doit cacher ses hésitations, ses maladies et ses faiblesses physiques, voire mentales, il ne doit pas non plus révéler les décisions cruciales de peur de les condamner à l’échec. Il se doit d’être indéchiffrable  ». Cependant, en France le roi : « reste visible et accessible à la différence d’autres cours où il est plus caché, comme en Espagne, peut-être en Autriche et à la différence des cours lointaines où l’empereur vit dans une enceinte réservée (le sérail de Constantinople ou la Cité interdite de Pékin), et où il ne se montre que comme un demi-dieu  ».

 

Bély poursuit sa réflexion sur cette fameuse notion de secret en écrivant ce qui suit : « les hommes d’Eglise se réservent les mystères de Dieu, les savants ceux de la Nature, enfin les princes et les ministres ceux de l’Etat  ». Voilà, entre autres, les raisons pour lesquelles le secret serait en réalité mal vu et déconsidéré : « le secret serait donc réservé aux dominants, aux puissants, et permettrait de renforcer une domination sur toute la société. Ceux qui savent peuvent conduire et diriger ceux qui ne savent pas ». Pour autant, les choses ne peuvent se présenter aussi aisément. Il n’y a pas que le roi et ses ministres qui se protègent en ayant recours aux secrets, à la dissimulation, et au simulacre. Dans cette société du XVIIe siècle nombreux sont ceux qui se cachent, se dissimulent ou trompent autrui : les nobles qui désirent pratiquer le duel (ce dernier peut être passible de la peine capitale), le bourgeois qui ne veut pas payer beaucoup d’impôts, le protestant ou le juif qui pratiquent leur religion en secret, le catholique qui apostasie, le huguenot voulant se convertir au catholicisme romain, les jeunes gens qui s’aiment malgré les choix matrimoniaux de leurs parents, un homme qui souhaite acheter la terre du voisin, les conspirateurs qui préparent des complots contre Mazarin, le forgeron qui conserve jalousement ses techniques, etc. Le secret fait tout simplement partie de la vie.

 

Cependant, il ne faut pas voir constamment félonie ou mauvais comportement dans chaque action dissimulée ou secrète. Bély l’expose parfaitement : « chaque activité humaine développe sa part de mystère. Les différents métiers conservent jalousement leurs techniques de fabrication. Les auteurs qui ont réfléchi sur le secret rappellent volontiers celui du médecin qui a le droit de cacher l’ampleur d’une maladie pour ne pas effrayer son patient. Un paysan conserve ses petits secrets pour améliorer sa production ». Toutefois, l’auteur rappelle qu’il ne faut pas tout mélanger : « les théoriciens qui ont écrit sur le secret distinguent volontiers le secret que l’on conserve et que l’on tait, la dissimulation qui suppose une volonté et un effort pour cacher une réalité, la simulation qui dessine une réalité qui n’est pas, enfin la tromperie qui propose une réalité fausse ».

 

Lucien Bély nous présente une étude complète, passionnante et enrichissante consacrée à cette méthode de gouvernement louis-quartozienne, reposant entre autres sur ce fameux culte du secret : « la culture politique du XVIIe siècle, nourrie de raison d’Etat, donne une justification au secret et à la dissimulation. Elle y voit un art royal ». Louis XIV parlait souvent de son «  métier de roi ». Il l’a parfaitement incarné jusque dans sa mort, digne, belle et noble. Quelques jours avant de paraître devant son Créateur, il avait déclaré : « Je m'en vais, mais l'Etat demeurera toujours ; soyez-y fidèlement attachés ». Jusqu’au bout, il conserva cet art subtil de la mise en scène, de la maîtrise de soi, sans se départir de sa majesté royale qui empêchait les courtisans et les ministres de percer ses nombreux secrets, nécessaires à la bonne marche du gouvernement royal.

 

                                                                                     Franck ABED

 

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14 réactions à cet article    


  • Choucas Choucas 23 janvier 2018 10:09

     

    Raciste ! Il faut dire « Mohamed XIV »
     


    • Gollum Gollum 23 janvier 2018 10:41

      Les photos… C’est Louis XIV jeune ?… Sans sa perruque ?


      • Franck ABED Franck ABED 23 janvier 2018 10:48

        Louis XIV a perdu ses cheveux très tôt suite à une maladie...


        • Decouz 23 janvier 2018 11:33

          Je suis en train de lire un pamphlet assez amusant et édifiant d’un auteur britannique, David Randall :

          « Folies royales », ce n’est pas limité à la France, ni à l’Europe, il s’agit d’une compilation de toutes les folies, absurdités, tares, cruautés et démesures, parfois rarement perfections et sainteté, qui ont marqué le règne d’empereurs, rois, princes, rajas, tsars, sultans, califes etc :


          • Franck ABED Franck ABED 23 janvier 2018 16:34

            @Decouz


            Cet auteur parle-t-il des rois de France ? Si oui, pourriez-vous nous indiquer ce qu’il en dit ? Merci.

          • Decouz 23 janvier 2018 19:15

            @Franck ABED

            Louis XIII :  bricoleur, forgeron, imprimeur, charpentier et cordonnier, malheureusement sa femme « ne faisait pas partie de ses hobbies », 21 années auraient passé avant qu’il ne couche avec elle, mais « comme la plupart des choses qu’il faisait, le résultat de cette union très retardée donna un produit de grand standard », le futur Roi-Soleil.

            Louis XIV : il insiste sur le cérémonial, l’habillage public, chacun a la charge d’une partie du corps royal, avec des disputes de prérogatives, l’hygiène sommaire (ne prit que trois bains dans sa vie), le cortège imposant suivant ses promenades, sur les précautions visant empêcher un empoisonnement, les visites curieuses des Parisiens pour voir le spectacle de la cour , « il ne sut pratiquement jamais ce qu’était un repas chaud » du fait de la mise en scène publique et du temps qu’elle prenait.

            Je n’ai pas encore tout lu, je rajouterai éventuellement pour les autres rois.

          • Étirév 23 janvier 2018 13:51

            Louis XIV ou le règne de Mme de Maintenon

            Ce roi n’avait ni but, ni plan, ni connaissances étendues.

            Pas non plus un ministre capable de le seconder. Il faisait la guerre par goût et ses conquêtes par vanité. Il avait des ministres adulateurs ou faibles de conceptions : Louvois, Colbert, qu’on cite, étaient des médiocres, « ils auraient pu, tout au plus, servir de secrétaires à un premier ministre ».

            Mme de Maintenon domina son âme, fit naître une atmosphère de moralité, et des formes élégantes dans une cour voluptueuse.

            Le roi suivait ses inspirations parce qu’il les savait solides et prudentes.

            Sa vie fut partagée en deux parties : l’une ténébreuse et misérable pendant laquelle il fait des sottises, telle la révocation de l’Édit de Nantes, l’autre choisie et brillante, celle pendant laquelle il écoute les conseils de la raison froide d’Une femme intelligente.

            Après la mort de Mme de Maintenon, qui pendant sa vie avait comprimé les abus, empêché les excès, forcé la cour et la ville à s’envelopper d’une haute moralité, tout cela s’évanouit et le monde fut envahi par une licence audacieuse qui bientôt ne connut plus de bornes. Le duc d’Orléans, régent de France, pressé par des besoins de finance, adopta le système de Law sur le papier-monnaie ; les billets de banque se multiplièrent au-delà de toute imagination, ce fut un bouleversement financier et des ruines formidables.

            […]

            « On croyait avoir tout dit lorsqu’on avait donné au « bon pèlerin » Louis de Bourbon le nom de Roi-Soleil, à cause de son identification avec l’astre dans sa conception du gouvernement. Mais voici qu’il nous mène plus loin et nous montre comment, à force d’aimer, on devient l’AUTRE.

            « Qui pourra jamais sonder le cœur des hommes et comprendre la démesure de leur soif de divinité ?  »

            (Emanuela Kretzulesco-Quaranta - Versailles, le Triomphe du Soleil - 1972)

            Cordialement.


            • Lugsama Lugsama 23 janvier 2018 15:36

              @Étirév


              Des ministres médiocres qui lui ont permis de dominer l’Europe ?

            • Franck ABED Franck ABED 23 janvier 2018 16:13

              @Lugsama

              Les Ministres de Louis XIV furent excellents...

            • Lugsama Lugsama 24 janvier 2018 19:59

              @Franck ABED

              C’était pour se moquer, sans être érudit je sait que nombres de ses secrétaires d’Etat (et non ministres) étaient exceptionnel et ont marqué l’histoire de leur domaine respectif.

            • McGurk McGurk 23 janvier 2018 17:16

              * "Cependant, en France le roi : « reste visible et accessible à la différence d’autres cours où il est plus caché, comme en Espagne, peut-être en Autriche et à la différence des cours lointaines où l’empereur vit dans une enceinte réservée (le sérail de Constantinople ou la Cité interdite de Pékin), et où il ne se montre que comme un demi-dieu  ».« 

              Les rois de France et surtout celui-ci ont toujours été inaccessibles. Ils vivaient dans des bulles coupées du monde avec leur cour pendant que leurs sujets crevaient la faim.

              D’autre part, les rois de France ont toujours eu un double statut. Ils étaient déjà de droit divin (une sorte de demi-dieu légitimé par l’Autorité suprême) - pas pour rien qu’on l’appelle »le roi-soleil" - mais également les pères de la nation et du peuple, exactement comme les tzars.

              Un attachement, donc, à la fois au spirituel mais également à la base (le peuple), même si ce n’était qu’illusion.


              • Lugsama Lugsama 24 janvier 2018 20:10

                @McGurk

                Louis XIV n’était pas inaccessible et recevait tous les Lundi des sujets de son royaume. De mémoire on les laissait même entrée en tenu de parade épée à la ceinture.

                « Je donnais à mes sujets, sans distinction, la liberté de s’adresser à moi à toute heure, de vive voix (…), je m’instruisais par là en détail de l’état de mes peuples ; ils voyaient que je pensais à eux et rien ne me gagnait tant le cœur »

                Le Roi était le lieutenant de Dieu sur terre, mais la notion de « roi soleil » est propre a Louis le grand, cela viens d’une volontée assumé de Louis XIV de mettre en scène son reigne, au point de jouer le Soleil dans une pièce de théatre, il a de fait lui même crée ce surnom et cette image pour servir son pouvoir.

              • dr.jambon-beurre dr.jambon-beurre 24 janvier 00:19

                @Lugsama
                la notion de « roi soleil » est propre a Louis le grand

                Pas très chrétien comme symbolique, n’a t-il pas eu des ennuis avec la papauté de l’époque ?


              • Decouz 26 janvier 2018 14:34

                Livre de D.Randall « Folies royales » : 


                Charlemagne  : selon l’auteur, il aurait été embaumé et assis sur son trône pendant plus de quatre siècles, avant d’être enseveli, ce qui n’est pas très exact. Il semble plutôt qu’il ait été embaumé et enseveli assis (selon une coutume des guerriers germains) sur un siège en marbre, puis effectivement bien plus tard, les os auraient été déterrés et installés dans une châsse.



                Charles VI : « roi de France et maboul », ça semble exact puisque il a comme surnom « Le fou », mais sa folie était entrecoupée de retours à la raison.



                Henri III : « célèbre chouquette », s’habillait avec des vêtements féminins, avait plus de 2 000 chiens qu’il chouchoutait et promenait. Là aussi c’est un peu plus complexe :


                François-Louis de Bourbon : élu roi de Pologne, trône offert par Louis XIV, l’élection a été acquise par des pots-de-vin, part immédiatement, mais, devancé par l’électeur de Saxe qui revendique la couronne, doit retourner en France.

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