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Londres, Irak : à la télévision, un terrorisme éclipse l’autre

Une dépêche de l’Associated Press annonçait ceci lundi matin : « Trois attentats-suicide commis hier à Bagdad et dans le nord de l’Irak ont fait au moins 48 morts et plusieurs dizaines de blessés, selon les autorités. Les attaques ont notamment visé un centre de recrutement de l’armée irakienne dans la capitale, un convoi de police près de Mossoul, un poste frontalier de la Syrie et tué plusieurs civils à Kirkouk. Ces actes de terrorisme portent à plus de 1500 le nombre de personnes tuées dans des violences depuis le 28 avril (...) ». Point de battage médiatique à ce sujet. Les attentats de jeudi dernier à Londres, eux, donnent lieu chaque jour à un décompte macabre - 52 morts selon le dernier bilan -, à l’ouverture des journaux télévisés et à de pleines colonnes dans les quotidiens. Qu’en conclure ? Qu’en Irak, le terrorisme est devenu tellement banal, quotidien, qu’on n’y prête plus guère attention. En Grande-Bretagne en revanche, on n’avait plus connu d’attentats depuis longtemps, les derniers étant « l’oeuvre » de l’IRA, donc l’événement présente un caractère de nouveauté qui lui vaut une large couverture médiatique. On savait déjà que la mort n’a pas la même valeur selon les personnes qu’elle frappe. Ainsi, les milliers et milliers de morts du sida en Afrique sont évoqués une ou deux fois par an, à l’occasion de la journée de lutte contre la maladie et de manifestations telles que Solidays, essentiellement. Il faut dire que c’est nettement moins spectaculaire et inédit qu’un bus qui explose à Londres. Et c’est bien là le problème : pour passer au « journal » télévisé de l’une ou/et l’autre des deux premières chaînes hertziennes (celles qui font le plus d’audimat), il faut qu’une information - et donc avant tout qu’une image - puisse retenir l’attention du spectateur ; or, une image trop souvent diffusée (la situation en Irak par exemple), on s’y habitue, puis on s’en lasse, puis on n’y fait plus du tout attention... Donc elle disparaît de l’écran. Le spectaculaire - qui verse d’ailleurs rapidement dans le sensationnalisme - ou les reportages de proximité qui, eux, flattent le nombrilisme du spectateur moyen (telle petite famille à la plage, au supermarché, à l’école... sujets fédérateurs dans lesquels chacun est censé se retrouver), voilà ce qui « fait » l’actualité de nos petits écrans, voilà l’ouverture sur le monde que l’on - à part Arte, il faut le reconnaître - propose au public sur ces chaînes. Le terrorisme ne fait pas exception. L’Irak, vous comprenez, ça fait déjà deux ans que ça dure... L’Afghanistan a déjà disparu des écrans depuis longtemps. Passée à la moulinette de la télévision, l’information est avant tout un produit : consommable et jetable immédiatement.


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