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Louisa Hanoune : “Célébrer les 50 ans de l’indépendance de l’Algérie, c’est défendre notre souveraineté”

Interview de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs

“Célébrer les 50 ans de l’indépendance de l’Algérie, c’est défendre notre souveraineté”

 

Le 19 mars 1962, étaient rendus publics les accords portant cessez-le-feu, signés la veille.

Le 1er juillet, les résultats du référendum donnent 99,77 % de oui à l’indépendance.

Le 5 juillet 1962, l’Algérie est indépendante.

 

Que représentent, pour une responsable politique algérienne, ces cinquante ans de l’indépendance de l’Algérie ?

Je suis née le 7 avril 1954, à quelques mois du déclenchement de la lutte armée. Mon premier souvenir remonte à la fin de l’année 1959, j’avais cinq ans. C’est l’image d’une maison en flammes, et de ma mère en pleurs devant sa récolte d’olives brûlée, sa vache tuée.

Elle venait de tout perdre ; notre maison venait d’être plastiquée par l’armée française pour la deuxième fois, parce qu’elle servait de centre d’accueil pour les moudjahidin (maquisards). Je suis née dans ces montagnes de la région de Jijel. Nos montagnes étaient propices à ces maquis. Nous avons dû quitter cette région et aller à Annaba.

C’est la découverte de la ville…

J’avais cinq ans. Je n’avais jamais vu de voiture ni de route. Je ne connaissais que les chemins de terre. Mon grand frère avait déjà vu un véhicule : c’était quand, dans notre village, avait débarqué un véhicule blindé de l’armée française. En ville, c’était un autre monde pour nous. Mon père travaillait comme boulanger chez un pied-noir. Toute ma famille était impliquée dans le combat d’indépendance nationale.

Comment se déroulait la vie d’une famille algérienne à la veille de l’indépendance ?

En 1961, nous partagions à Annaba un appartement de trois pièces avec une autre famille dans un quartier très pauvre, un quartier sordide. L’école était très loin. Grâce à un cousin de passage, j’avais été inscrite à l’école. En fait d’école, c’était plutôt un lieu d’accueil où l’on donnait aux gamins de l’exode un verre de lait et une barre de chocolat. C’est là que j’ai eu ma première paire de chaussures, à l’âge de 7 ans !

Et le jour de l’indépendance ?

Un jour, il y a eu des clameurs, des youyous, des cris de joie, des coups de klaxon, tout le monde courait dans les rues. Je ne comprenais pas tout, mais je voyais que ceux qui manifestaient étaient tous des Algériens, des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux. Un homme m’a portée sur ses épaules et m’a fait traverser toute la ville en délire. Ma mère n’a pas eu peur cette fois-ci, elle qui était saisie de terreur à chaque fois que les soldats français m’arrêtaient dans les ratissages. Nous étions indépendants.

Que va signifier immédiatement l’indépendance ?

Pour nous, le premier changement, ça a été d’avoir très vite un appartement. Nous étions en centre-ville d’Annaba, près de la place d’armes, non plus dans les faubourgs sordides. L’école était à deux pas, sur le front de mer. La peur était partie et nous pouvions enfin circuler librement. Mon père disait que nous allions enfin nous faire soigner avec la Sécurité sociale. Il tenait beaucoup à la Sécurité sociale. On allait pouvoir circuler librement. Mes cousins, en majorité, sont revenus vivants du maquis. Mais mon unique oncle maternel, qui avait été arrêté par l’armée française, était mort après des tortures sauvages. Toutes les familles algériennes ont perdu un ou plusieurs des leurs dans cette guerre effroyable, menée par le colonialisme français. Un million cinq cent mille Algériens sont morts pour que vive l’Algérie.

Et pour cette génération née dans les années 1950, quels véritables changements ?

Beaucoup, comme le fait de pouvoir s’affirmer Algérien dans notre pays libre et indépendant. Mais le changement le plus spectaculaire pour les enfants de l’indépendance, c’est l’accès à l’école gratuite et la gratuité des soins…Je suis la première femme de ma famille à être allée à l’école, car la scolarisation obligatoire n’a été décrétée qu’après l’indépendance en 1962. C’était comme si nous changions de planète.

Cinquante ans après, quel regard ?

Depuis cinquante ans, l’Algérie est indépendante, après cent trente-deux années de colonisation. Bien évidemment, nous avons connu beaucoup de difficultés durant ces cinquante années. Nous avons connu le régime du parti unique, puis nous avons connu ces dix années de guerre de décomposition, dans laquelle 200 000 Algériens ont trouvé la mort, la « décennie noire ». Encore aujourd’hui demeurent beaucoup de difficultés pour le peuple, et notamment pour notre jeunesse. Mais dans le même temps, malgré toutes ces difficultés, en cinquante années d’indépendance, nous avons éradiqué l’analphabétisme qui régnait en maître sous le joug des maîtres coloniaux. Nous avons éradiqué des maladies qui jusqu’alors frappaient les populations. Nous avons bâti une école publique sur tout le territoire, des universités dans toutes les grandes villes.

Nous avons construit une industrie nationale. Et nous avons inscrit, dans l’article 17 de la Constitution, le fait que les richesses du sol algérien sont propriété de la nation. Bref, nous avons créé les conditions de notre indépendance et de notre souveraineté. Les problèmes, les difficultés ne peuvent être réglés que dans le cadre de la République algérienne par le peuple lui-même, sans aucune ingérence extérieure. C’est là la position du Parti des travailleurs. Nous sommes les héritiers d’un long combat, celui du mouvement ouvrier international qui affirme depuis plus d’un siècle et demi que l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes, et du mouvement national algérien qui, dès les années 1920, avec Messali Hadj, combattait pour l’indépendance.

C’est l’indépendance contre l’ingérence ?

Oui, le peuple algérien a les moyens de régler par lui-même l’ensemble des problèmes auxquels il doit faire face. Il l’a d’ailleurs montré en ce qui concerne la question fondamentale de la restauration de la paix. Depuis des années et des années, au Parti des travailleurs, nous avons affirmé que la solution était algérienne et qu’en aucun cas les ingérences de grandes puissances ne devaient être acceptées. Depuis longtemps, le Parti des travailleurs combat pour une Assemblée constituante souveraine, pour en finir avec les restes du régime du parti unique. Depuis longtemps, nous affirmons que c’est à l’Etat d’avoir le contrôle de l’économie. Ces dernières années, d’importantes mobilisations des travailleurs, avec leur centrale syndicale UGTA, ont obtenu des succès revendicatifs : augmentations de salaires, titularisations, réouvertures d’usines fermées, etc. Le gouvernement algérien, en 2009, a fait un pas dans la voie de la reprise en main du contrôle de l’économie en décidant, entre autres mesures, que dans toute entreprise comptant des capitaux étrangers, ceux-ci ne devaient pas dépasser 49 % du total, 51 % demeurant algériens.

Des voix s’élèvent ici appelant à une “révolution” en Algérie…

Ces gens liés aux grandes puissances parlent de révolution, on sait ce que cela veut dire. Le résultat, c’est la Libye où, sous couvert de « révolution », ont été déclenchées la dislocation du pays et la mainmise directe de l’impérialisme sur les richesses libyennes. Ce qui gêne les grandes puissances, c’est que l’Algérie cherche à préserver sa souveraineté. Pour elles, il faudrait remettre en cause cette souveraineté pour piller les richesses de l’Algérie, et soumettre son peuple à l’exploitation totale. Nous avons déjà fait une révolution qui a chassé, il y a cinquante ans, le colonialisme français et nous n’accepterons jamais le retour de colonisateurs français, américains... Depuis la guerre en Libye, des armes en nombre effarant et des groupes armés circulent dans tout le Sahel. Des affrontements répétés ont lieu aux frontières de la Libye et de la Tunisie, mais aussi de celles de l’Algérie et de la Libye. Le Mali, après le retour des mercenaires, est livré à la guerre. L’aviation américaine vient de bombarder le nord du Mali, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Les risques d’intervention militaire en Syrie et en Iran menacent non seulement la région, mais la planète tout entière. Il ne s’agit pas de « révolution », il ne s’agit pas de libération des peuples, il s’agit de la dislocation des nations au profit des grandes puissances. Tous les pays du monde sont menacés. Il suffit de regarder la Grèce, soumise à une dictature de la troïka par laquelle on massacre le peuple grec. Quand, il y a quelques mois (en novembre 2011), nous avons tenu à Alger, à l’appel du Parti des travailleurs et de l’UGTA, une conférence d’urgence contre la guerre, contre l’ingérence, contre la dislocation des nations, des délégations sont venues de plus de 40 pays du monde, et de quasiment tous les pays d’Afrique, déjà amplement soumis à ce phénomène de dislocation. Nous savons que, dans le monde entier, les peuples ne veulent ni de la guerre ni de la dislocation.

Un dernier mot ?

Célébrer les cinquante ans de l’indépendance de l’Algérie, c’est défendre l’indépendance et la souveraineté de l’Algérie aujourd’hui. Et nous avons conscience qu’en défendant l’indépendance de l’Algérie aujourd’hui, nous contribuons au combat pour la défense des peuples et des nations de tous les pays, sur tous les continents.


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2 réactions à cet article    


  • Utopie ? Peut-être, mais l’Algérie indépendante ne pourra seule s’opposer aux manoeuvres du Grand Capital.
    Alors, pourquoi ne pas envisager d’ores et déjà et à partir des organisations syndicales et populaires de la région concernée, une étroite collaboration pour ne pas dire union qui engloberait les nations d’Afrique du Nord, donc les Lybie, Tunisie, Algréie, Maroc et Mauritanie ?
    Seule cette solution voulue par les citoyens pourraient doter la région d’une force capable de s’opposer à la voracité éventuelle d’autres puissances. 


    • anty 10 mai 2012 16:48

      A l’auteur 

      Beaucoup de suffisance dans ces pseudo vérités...

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chapoutier


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