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Accueil du site > Tribune Libre > Lutte de l’Occident contre l’inflation. Leçons d’histoire (...)

Lutte de l’Occident contre l’inflation. Leçons d’histoire que l’Occident doit mettre à profit pour éviter des situations difficiles à venir

 « La France va mal, fort mal même, en cet automne 2013. Ses difficultés ne sont pourtant que la coloration particulière que l'histoire et la culture donnent dans ce pays à des problèmes ou des défis qui concernent le monde entier. », écrit Michel Rocard dans une analyse « La France va mal », publiée le 27 novembre 2013, par « LE CERCLE ». Dès les premières lignes, le ton de son réquisitoire est véhément, abrupte et sans fard. 

Il précise l’évolution historique de la France qui est commune à tous les grands pays développés : « Comme tout le monde et notamment comme tous les pays développés, elle subit les effets de ces immenses mutations en cours qui affectent la phase présente du capitalisme. La première est l'arrivée du modèle du capitalisme industriel à maturation. Depuis la saturation en occident et au Japon des marchés de premier achat de l'automobile, du réfrigérateur et de la télévision et leur remplacement par des marchés de renouvellement, infiniment moins dynamiques, il n'y a plus d'objet industriel de consommation de masse exigeant autant de force de travail : les industries de la communication et les services personnels n'y suffisent pas. La croissance stagne et l'emploi diminue. »

 Deux autres mutations, indique-t-il. La seconde qu’il résume durant cette même période en « regroupement des actionnaires en fonds de pension, fonds d'investissements et fonds d'arbitrage, externalisation maximale de la main d'œuvre, restructurations… » La troisième mutation, il fait état « d’une financiarisation extrême des économies et des sociétés, extension démesurée des marchés financiers spéculatifs, effondrement du système bancaire occidental entre 2007 et 2008, intervention des puissances publiques et donc des contribuables, au prix d'une nouvelle vague d'augmentation de la dette publique pour des Etats déjà tous gravement endettés depuis le ralentissement de la croissance ».

 Il brosse une situation difficile de la France. Le chômage qui s’est envolé, la précarité, l’instabilité qui « touche le tiers de nos sociétés et pousse ses victimes à l’apathie politique, à l’abstention et à la violence et à la délinquance » et la liste des maux est longue si on doit expliciter chaque point des conséquences de la crise qu’il énumère.

 Mr Rocard, on sent sa déception, tire la sonnette d’alarme : « À ces dommages qu'elle subit comme les autres, la France ajoute un effondrement particulier et récent de son appareil productif. Le déficit commercial apparaît puis devient lourd, les PME sont plus qu'ailleurs entravées dans leur croissance. C'est dans cette situation que la France ajoute un élément qui lui est propre aujourd'hui : une étrange crise politique qui se traduit par une profonde incapacité à entreprendre et assumer les difficiles réformes nécessaires, accompagnée d'une sorte d'aphasie de sa classe politique, incapable de prendre assez de recul pour comprendre et analyser ces menaces distinctes et se réfugiant dans un pugilat verbal principalement centré sur l'événement quotidien. Tout cela peut finir fort mal. […] en fait c'est tout le sud européen qui est en difficulté à la fois économique et politique ».

 Dans ce réquisitoire dressé par Mr Rocard, tout lui donne raison. Mais où sont les solutions ? Il n’y a évidemment pas une solution miracle, mais des solutions, des approches, des analyses à procéder. On ne peut oublier que Michel Rocard a été Premier ministre de juin 1988 à mai 1991 sous la présidence de François Mitterrand, donc bien au fait des problèmes économiques de la France, de l’Europe et du monde. Il a une vision précise des problèmes économiques dans le monde. Comment voit-il la solution aux problèmes économiques de la France ? 

 « La clé majeure de soulagement de tous ces drames, dit-il, est un changement de doctrine économique pour privilégier la recherche de la croissance ». Pour arguer son analyse, il met en avant deux prix Nobel d'économie, Paul Krugman et Joseph Stiglitz et demande qu’on les écoute. « De l'écoute qu'on leur porte et de notre capacité commune à retrouver le sens du long terme à la place de celui de l'immédiat dépend aujourd'hui le retour de la France et du Sud de l'Europe à des situations plus stables et plus harmonieuses ». Mais, même en écoutant les lauréats du prix Nobel, l’espoir est-il permis tant à la France que pour les pays du Sud de l’Europe ?

 Et que proposent les deux prix Nobels, Mr Krugman et Mr Stiglitz pour sortir de l’ornière ? Depuis longtemps, ils mettent en avant des médications keynésiennes pour soigner l’économie européenne. Ce qui veut dire mener des dépenses publiques fortes centrées sur les infrastructures, écoles, routes, réseaux de distribution d’eau… Pour les deux lauréats, la situation relative au chômage dans la zone euro est grave. Mr Stiglitz incite les décideurs européens à créer de nouvelles entreprises. Il rappelle qu’avant la crise de 2008, on faisait beaucoup état des déséquilibres mondiaux et de la nécessité pour les pays en excédent commercial comme l’Allemagne et la Chine d’accroître leur consommation. Et la situation, aujourd’hui, n’a pas changé. Si l’excédent de la Chine n’est plus à des sommets, c’est en raison principalement de la crise économique et sanitaire (pandémie) qui a touché l’Europe et les États-Unis. La dominante des économistes va dans le même sens. Si l’on croit Michel Rocard, « Tout cela peut finir fort mal », i.e. plus de chômage et moins de couverture sociale.

 Dans son article du 7 janvier 2013, « Les crises de l’après-crise », www.project-syndicate.org, Joseph Stiglitz ne pouvait pas être plus clair en écrivant : « Le rythme du progrès technique et de la mondialisation appellent eux aussi à des changements structuraux rapides, tant dans les pays en développement que dans les pays émergents. Ces changements peuvent être traumatisants et les marchés ont souvent de la difficulté à y faire face. […] Il faut créer de nouvelles entreprises, or les marchés financiers modernes sont plus enclins à spéculer et à gagner de l'argent rapidement qu'à financer de nouvelles entreprises, notamment des PME. […]

Un système économique et politique qui ne bénéficie pas à la grande majorité de la population n'est pas durable. La foi dans la démocratie et dans l'économie de marché va finir par s'éroder et la légitimité des institutions existantes et du système en place va être remise en question. Le fait que l'écart entre les pays émergents et avancés ait fortement diminué depuis 30 ans est une bonne chose. Néanmoins, des centaines de millions de personnes restent dans la pauvreté et le fossé entre les pays les moins développés et le reste du monde n'a guère diminué. […]

Alors que nous nous débattons avec les crises du moment, demandons-nous si notre réponse pour y faire face n'exacerbe pas les problèmes à long terme. La politique prônée par les hérauts de la lutte contre le déficit et les partisans de l'austérité affaiblit l'économie et mine les perspectives d'avenir. Le paradoxe de la situation est que la faiblesse de la demande agrégée (la cause majeure du ralentissement de l'économie mondiale) suggère une alternative : investir pour l'avenir en faisant les changements structuraux nécessaires et en s'attaquant simultanément au problème du réchauffement climatique et à celui des inégalités et de la pauvreté au niveau planétaire. »

 Un réquisitoire tout aussi critique que celui de Michel Rocard pour juger que les politiques menées par les gouvernements européens ne feront pas sortir l’Europe des crises économiques qui se répètent, et aujourd’hui le Covid-19, la guerre en Ukraine et la crise énergétique et des matières premières.

 Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, professeur à l’Université de Columbia, conseiller économique du président Clinton, ancien vice-président et Chef Economiste de la Banque Mondiale sait de quoi il retourne sur le plan économique mondial.

 Mais alors pourquoi n’est-il pas écouté ? D’autant plus que nombreux sont les économistes et les politiques de renom qui partagent cette opinion. Michel Rocard, Joseph Stiglitz, Paul Krugman, Lionel Jospin, Michel Aglietta, et la liste est longue. Dès lors, posons-nous la question : « Que font les gouvernements français successifs ? » Ne font-ils pas tout ce qui est en leur pouvoir pour favoriser la croissance économique ? Et si comme disent les économistes, les gouvernements français qui se relaient se trompent de stratégie ?

La question de fond qui se pose est : « Qui a raison ? Qui a tort ? » D’autant plus qu’il y a un enjeu considérable, non seulement la déprime économique pèse sur de nombreux pays européens, surtout le Sud de l’Europe et aujourd’hui à toute l’Europe, avec les sanctions occidentales contre la Russie, depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, en février 2022. Et cette crise économique mondiale risque de perdurer vire même s’accentuer avec la crise du gaz à l’hiver 2022. A à force de lier politiques austéritaires et des politique d’aide aux ménages et aux entreprises pour booster l’économie, un cercle vicieux de crise après crise est en train de s’enclencher. Une « évolution en W accolés », au gré des injections monétaires, et paradoxalement pénalisée par une hausse des taux d’intérêt directeur généralisée, menée de concert par toutes les grandes Banques centrales occidentales, ce qui montre qu’il n’y a pas véritablement dans les années à venir une sortie de crise des événements d’aujourd’hui qui sont en train de plomber l’économie mondiale.

 Plusieurs questions se posent. Tout d’abord, la spéculation sur les marchés financiers est-elle réellement la cause de la crise qui a sévi et qui sévit encore ? Il faut dire que la spéculation n’est pas un phénomène nouveau, elle a toujours existé, à un degré plus ou moins grand. Un trait caractéristique de l’homme qui veut toujours gagner. D’autre part, la spéculation est directement liée à la politique expansive des Banques centrales qui cherchent à stimuler par la création monétaire la croissance. Et cette stimulation passe par le tryptique « consommation-production-investissement ». Plus les ménages consomment, plus la production et l’investissement croissent, la demande stimule l’offre. Et un excès d’offre de liquidités favorise la spéculation.

 Il faut rappeler que, depuis la crise 1929, les cycles économiques reviennent régulièrement et opèrent en trois temps : un mouvement ascendant, un sommet et un repli et une phase descendante. Dans les trois séquences, c’est la Banque centrale qui orchestre le processus. Une phase ascendante avec des injections massives de liquidités et une baisse d’intérêt, à la fin de la phase une surchauffe par la spéculation, une augmentation des taux d’intérêt pour éviter un atterrissage en catastrophe, ce qui n’est pas toujours le cas. Et une phase descendante, conséquence de la politique monétaire restrictive, avec une chute rapide des valeurs financières. Le système financier est plus ou moins purgé des excès financiers (hausse anormale des valeurs boursières). La spéculation, en réalité, ne fait que « masquer » la baisse de l’activité productive. Emprunts massifs des entreprises productives qui n’arrivent pas à équilibrer leurs comptes d’exploitation, création monétaire excessive par les banques, euphorie des marchés, etc.

 Après la crise, la Banque centrale, de nouveau, baisse rapidement le taux d’intérêt et procède à des injections massives, le cycle économique recommence. Ce qui s’est passé en 1997-2001 et 2001-2008. Et en 2020-2021, avec la crise pandémique. En 2022, la Banque centrale américaine (FED ou Federal Reserv) et la Banque centrale européenne (BCE) ont augmenté leurs taux d’intérêt directeur, elles ont terminé avec la quantitative easing (QE), des politiques de rachats de dettes publiques. Le même processus joue pour la Grande-Bretagne et le japon.

La Banque centrale chinoise, en revanche, a abaissé l'un de ses taux d'intérêt, le « loan prime rate », référence pour les prêts hypothécaires, une stratégie à rebours de celle des autres banques centrales aux quatre coins du monde qui ont opté pour un resserrement monétaire pour juguler l'inflation. L’objectif de la Chine, avec la pandémie, qui a enregistré ses pires performances économiques depuis deux ans, est tout autre : « soutenir l'économie ».

 En Europe, même les pays qui disposent d’une structure industrielle forte comme l’Allemagne ont des difficultés sur le plan de la croissance. Et les pays du Sud tirent leur croissance surtout des services (tourisme, investissements étrangers…), industrie légère, etc. Par conséquent, une politique de resserrement monétaire ne peut que mener à la décroissance. Et tous ces pays en difficultés n’ont pas d’alternatives que d’utiliser le « levier budgétaire ». Et comme les recettes fiscales ne compensent plus les dépenses des Etats, il faut recourir alors à l’endettement. Combien même ces pays dégraissent la fonction publique, diminuent les salaires, reportent l’âge à la retraite, etc., ils sont toujours confrontés à des dépenses incompressibles, et sans perspectives de relance, ces pays ne sortiront pas de la dépression.

 Une remarque sur l’avant-crise de 2008. La spéculation et la titrisation des créances immobilières (subprimes) ont été, pour ces pays et surtout pour les États-Unis, un « formidable levier » pour la croissance. Si crise financière il y avait, elle n’incombait pas intrinsèquement à la titrisation qui, au fond, n’a été qu’un mécanisme pour créer de la croissance. L’emploi n’a-t-il pas suivi ? Le taux de chômage était très bas. Des millions de logements ont été réalisés aux États-Unis et en Europe, ce qui était une réalité.

 Le problème n’était pas dans la « titrisation » mais dans le laisser-aller des banques et du manque de surveillance par le système bancaire – voulue ou non – qui a laissé se développer l la crise (créances à risques empaquetées dans d’autres anonymes et logées dans l’architecture du système financier mondial). Il demeure pourtant que cette « politique de l’offre » a été favorable pour les États-Unis que pour les pays du reste du monde. Grâce aux injections monétaires massives opérées par les Banques centrales occidentales, entre 2003 et 2008, les pays émergents, en particulier la Chine, ont enregistré des excédents commerciaux considérables. Ce qui a permis d’accélérer leur décollage économique, la Chine s’est trouvée hissée au rang de deuxième puissance économique mondiale, en 2010.

 Certes, après la crise de 2008, des injections monétaires massives ont été opérées en Occident, les plans de sauvetage et les plans de relance ont permis de dépasser la crise. Et les banques qui ont été renflouées se targuent, dans la décennie 2010, d’avoir remboursé les crédits qu’elles ont contractés auprès de leurs Etats. En revanche, à partir de 2014, après la fin des quantitative easing aux États-Unis, la chute de la croissance a impacté les pays émergents et les pays en développements.

 Cependant, dans les décennies 2000 et 2010, partout en Occident, l’endettement a augmenté, il résulta principalement des déficits publics des Etats. L’endettement devient un passage obligé pour tout l’Occident. Et avec la crise sanitaire aujourd’hui, l’endettement public a encore augmenté, dépassant pratiquement 100% du PIB en Europe, les Etats-Unis à 134% du Pib. Aussi, sans reprise économique, malgré les réformes structurelles que les pays auront apportées à leurs finances publiques, malgré la surveillance multilatérale, les efforts budgétaires ne pourront qu’atteindre leurs limites.

 Si on compare l’Europe aux États-Unis, on constate que la situation est meilleure de l’autre côté de l’Océan Atlantique que dans le « Vieux continent ». Pourquoi cette dynamique aux États-Unis quand la Réserve fédérale américaine injectait chaque mois 85 milliards de dollars à son système bancaire, dans le cadre de son QE3, entre 2012 et 2014, pour qu’il puisse financer l’économie ? Il faut préciser que ces injections monétaires vont à la fois à la demande privée et la demande publique, via l’achat par la FED des créances immobilières et des bons de Trésor. Le soutien à l’économie est perceptible, les données statistiques font état de remontée de l’emploi, une reprise de la construction, etc. Quant au budget fédéral, il est de plus en plus financé par les banques américaines, ce qui, après 2014, avec la fin des QE, compensait la diminution des achats de titres du Trésor américain par les pays étrangers. Plus important encore, la détention des titres souverains américains passant progressivement des pays du reste du monde vers les États-Unis via la hausse du bilan de la FED (quantitative easing) s’assimile à une « reprise des titres émis par le Trésor américain », et donc à une « destruction ».

 Le même processus a joué en Grande Bretagne, au Japon et dans la zone euro, sauf que dans la zone euro, le processus de rachat des dettes souveraines s’opérait selon les règles établies par l’Allemagne. Premier moteur de la zone euro, son poids économique pèse pour plus du quart du PIB total, la France vient après pour environ 20%.

 Il faut se rappeler que le candidat François Hollande avait mis, lors de la campagne présidentielle en 2012, les euro-bonds comme « mesure-phare » de son programme économique pour la France. Après son élection, et suite aux discussions qu’il a eues avec la chancelière allemand Angela Merkel, le silence du président est tombé sur cette donne. On n’en parle plus. De plus, non seulement, il eut des débats inquiétants pour alarmer l’opinion publique européenne sur un éclatement possible de la zone euro, par une éventuelle sortie de la Grèce, en outre, il a été même mis en avant une remise en cause de la monnaie commune.

Une formidable campagne médiatique a été enclenché où tout a été mis à contribution pour créer une situation de panique sur l’avenir de l’union monétaire. Le conditionnement a réussi. Alors que tous les politiques savent « qu’une sortie de la Grèce ou n’importe quel pays de l’Europe monétaire signifierait le début de la fin de l’Europe », et la fin des illusions pour les pays hors-zone qui y prétendent. Alors qu’il y a aujourd’hui, et surtout depuis 2008, une impossibilité presque absolue pour une économie européenne de sortir de la zone euro. Au contraire, la crise de 2008 a montré à tous pays d’Europe hors-zone euro d’intégrer la zone euro, y compris la Grande-Bretagne. Ce n’est qu’une affaire de temps, et un temps pas très lointain. Et qui a sauvé l’Europe et les Etats-Unis lors de l’irruption du Covid-19 alors que pratiquement tout l’Occident était confiné ? N’est-ce pas les plans de sauvetage et de relance massifs corrélés par des quantitative easing des Banques centrales occidentales entre mars 2020 à décembre 2021.

 Aussi, on ne peut croire que Mr Rocard, Mr Stiglitz, Mr Krugman, et de nombreux économistes de renom en France, en Europe et dans le monde, se trompaient dans leur diagnostic. Ils exhortaient les décideurs de la zone euro à prendre des mesures courageuses à l’instar de la Réserve fédérale américaine. Evidemment, selon la taille de la zone euro qui représente 10 474,613 milliards d’euro, à la fin de l’année 2012, ce qui en fait de la zone euro, la deuxième économie dans le monde. Le ratio de la dette publique de la zone euro par rapport au PIB, à cette époque, était de 90,6%. (Source Eurostat).

 Le problème, à l’époque, n’était pas une mutualisation des dettes souveraines européennes, ce qui aurait été inéquitable et expliquait les réticences de l’Allemagne dans les euro-bonds, mais de trouver un juste milieu qui assurerait la croissance à la fois aux économies du Nord, du centre dont la France, et du Sud (Espagne, Grèce, Portugal, Italie…). Continuer dans la direction de l’austérité sans reprise réelle condamnait ces pays à la régression avec des évolutions en W. En tant que première économie de la zone, à voir les excédents qu’elle cumulait et le devait aux déficits des autres pays de la zone et hors-zone, l’Allemagne tirait-elle réellement profit de cette situation ? Le syndrome de l’hyperinflation de la crise de 1923 ne jouait-il pas dans cette politique économique timorée de la zone ? Et qu’en est-il des « fonds servis » dans le cadre du MESF ? A qui profitaient-ils ? Est-ce seulement aux pays des économies du Sud de l’Europe ?

 Les opinions sur l’endettement divergent. Des économistes déclarent que l’endettement de l’Europe n’est pas tellement grave puisqu’il faut bien y avoir recours pour financer le Budget des Etats, et surtout qu’il est libellé en monnaie nationale. D’autres contredisent cette version et déclarent que l’endettement viendra peser sur les contribuables et les générations futures. Que penser de ces opinions contradictoires ?

 Tout ce qu’on peut dire, et malgré les prises de positions de chacun vis-à-vis des moyens de relance économique, une chose est certaine est que ce qu’ont préconisé Michel Rocard, Joseph Stiglitz, Paul Krugman… ont été en fait suivi à la lettre par les Banques centrales américaine, européennes et japonaise. On peut même dire qu’il n’y avait pas d’alternatives, injecter des liquidités ex nihilo parallèlement aux plans de soutien et de relance était vital tant pour l’économie occidentale que pour les économies des pays du reste du monde.

Seules les monnaies occidentales (dollar US, euro, livre sterling et yen) ont cours dans le commerce mondial, et tous les pays hors-Occident dépendent de ces monnaies ; la monnaie chinoise, le renminbi du peuple ou yuan est une monnaie internationale récente depuis 2016, mais nouvellement arrivante, elle a son poids dans le commerce mondial. Aussi peut-on dire que l’Occident est condamné à s’endetter pour tirer l’économie mondiale ; sans cet endettement qui au fond ne lui coûte rien tant qu’il est seul dans la commande économique mondiale puisqu’il a l’entière liberté d’injecter des liquidités monétaires internationales quand la conjoncture le commande. Le seul inconvénient avec les QE, c’est que le monde est désormais entré en transition ; à voir seulement la décision de la Russie d’internationaliser le rouble depuis février 2020, exigeant des pays qui lui sont hostiles en Europe à régler leurs importations de gaz et de pétrole en rouble.

Cela a eu des répercutions très négatives pour l’Europe monétaire. Au lieu de créer des euros et régler les transactions d’hydrocarbures avec cette monnaie qu’elle imprime et avec un taux de change qui lui est favorable, la Banque centrale européenne se trouve à créer des euros en plus grande quantité à un taux de change euro-rouble qui ne lui est pas favorable, parce qu’il est fixé unilatéralement par la Banque de Russie. Conjugué à l’envolée du prix du pétrole et surtout du gaz russe, la situation est dramatique pour la monnaie européenne. De 1,15 dollar pour un euro, la monnaie européenne a dévissé et se trouve presque à parité avec le dollar US. Tandis que la Russie, avec une chute de la production pétrolière et gazière, suite aux sanctions occidentales, a enregistré néanmoins une augmentation de ses réserves de change, aujourd’hui autour de 575 milliards de dollars Us.

 Ce point est cité simplement pour dire que l’Occident doit faire très attention sur les événements d’aujourd’hui et à venir qui ne pourraient que changer la donne mondiale, et tout laisse entrevoir que les Banques centrales occidentales, visant stratégiquement un marasme économique mondial pour lutter contre l’inflation, aura « des retombées mondiales ». Alors qu’il est dans l’intérêt de l’Occident de regarder aussi l’intérêt du reste du monde dont aussi ils sont dépendants par ses ressources et ses richesses en produits de base.

Sans les pays du reste du monde, les Banques centrales qui auront mené massivement des quantitative easing n’auraient en fait que provoquer une hyperinflation, à la suite de laquelle les pays occidentaux seraient revenus aux zones monétaires des années 1930, avec à la clé la grande Dépression qui duré plus d’une décennie et un deuxième conflit mondial.

Ce sont là les leçons de l’histoire que l’Occident doit mettre à profit pour ne pas être pris au dépourvu dans des situations difficiles à venir. A l’instar de la crise financière de 2008 en plus grave et remise en question de son leadership monétaire sur le plan mondial.
 

Medjdoub Hamed,
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective.


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4 réactions à cet article    


  • Clark Kent Philippulus 22 août 17:44

    Les banquiers sont des bandits, mais pas des imbéciles. Ils ne pas des « bêtises » sans tenir compte de « leçons » : ils comprennent mieux que vous ce qui se passe puisque ce sont eux qui l’organisent.

    Les bandits qui jouent avec le système Ponzi n’ont pas plus de leçons à retenir ou à recevoir que les charlatans qui escroquent les dupes au bonneteau. En fait, ils ne perdent jamais, ce sont toujours les naïfs qui se laissent prendre, mais la différence, c’est que même ceux qui ne jouent pas perdent.


    • Clocel Clocel 22 août 18:00

      @Philippulus

      Dès l’instant où tu collabores à ce système de merde, tu joues...

      La collaboration commence lorsque tu remontes/programme ton réveil.

      Après, que tu te laisses aller à jouer à la démocrassie ou non, peu importe, c’est très secondaire, tu n’alimentes que l’illusion, le spectacle, pas le monde réel...


    • sylvain sylvain 22 août 21:52

      l’inflation n’est pas en soit une mauvaise chose pour une société . Il faut simplement qu’il y en ai la bonne dose . Voire pour ça la très intéressante théorie relative de la monnaie . En gros, il faut que la monnaie soit suffisamment stable pour assurer une valeur fiable de l’argent et qu’il y ai une inflation suffisante pour laisser une place aux nouveaux, aux jeunes dans l’économie .

      Evidemment, il n’est absolument pas question de ça dans l’inflation actuelle, qui n’est que le résultat de luttes de pouvoirs


      • tashrin 23 août 10:20

        Et si comme disent les économistes, les gouvernements français qui se relaient se trompent de stratégie ? La question de fond qui se pose est : « Qui a raison ? Qui a tort ? »

        Je sais pas. Mais une chose est à peu pres sûre, faire plus de ce qui ne fonctionne pas n’amenera pas de solution... Les dirigeants francais (tout comme la majorité des autres d’ailleurs) sont soit gravement incompétents, soit ne visent pas les mêmes objectifs que ceux qui les élisent. Soit un peu des deux

        La reforme du chomage à venir tout comme celle des retraites, cumulées aux augmentations énergétiques et alimentaires vont provoquer un appauvrissement généralisé dont les conséquences vont secouer. Fort. Les copro croulent déjà sous les impayés, les défauts de remboursement de prets n’ont pas été aussi hauts depuis des années, et on compense avec la pression fiscale et la redistribution de primes àlakon, sauf que les classes moyennes principales contributrice sont exsangues. 

        Le Gvt maquille les chiffres du chomage pour justifier la reforme mortifère qui vient (transfert d’une catégorie à l’autre, mais certainement pas baisse du chomage). Un chomeur sera obligé d’accepter n’importe quoi, les salaires déjà tres bas vont encore baisser (puisqu’apparemment c’est le seul marché qui ne fonctionne que dans un sens), et mécaniquement les cotisations et les retraites vont suivre.

        Et les seules (maigres) marges de manoeuvre dont on disposait, on les a bousillées en en faisant cadeau à Pfizer pour financer des trucs dont on avait absolument pas besoin et pour faire plaisir aux ptits vieux hypocondriaques. Alors que tout se pete la gueule et que les investissements étaient indispensables

        Et les benets ont réélu ces gens qui ne cachaient même pas leurs intentions. Et si on ajoute la problematique environnementale et énergétique, alors là...

        Vivement la suite, on la connait tous : un bon gros pugilat collectif

        /popcorn

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