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Machiavel par Jean-Yves Boriaud

Jean-Yves Boriaud, professeur de langue et de littérature latines à l’Université de Nantes et spécialiste de la Rome renaissante, nous gratifie d’une très intéressante biographie consacrée à Nicolas Machiavel. Ce dernier, à l’instar d’Antonio Gramsci est un « illustre inconnu » (1). Souvent cité mais en réalité peu lu et compris par les acteurs et animateurs politiques, le Florentin continue d’intriguer et de susciter les plus vives controverses chez les philosophes et les intellectuels sérieux. Machiavel doit sa célébrité posthume au « Prince », une reconnaissance à laquelle il ne pouvait songer de son vivant. Celle-ci a traversé les âges et s’est exportée bien au-delà des frontières italiennes. « Le Prince » appartient, à tord ou à raison, au cercle noir des ouvrages sulfureux dont tout le monde ou presque a entendu parler au moins une fois dans sa vie. Contrairement aux écrits publiés depuis toujours, cet ouvrage ne préconisait pas aux puissants - afin de garder ou de conquérir le pouvoir - des conseils basés sur la morale ou les valeurs chrétiennes, mais des enseignements qui dans certains cas se heurtaient aux bonnes mœurs. 

 

De fait, cet essai et son auteur continuent d’être à ce jour le sujet d’innombrables critiques et controverses. Effectivement dans le domaine de la philosophie politique, Machiavel propose une césure profonde entre morale et politique. Par sa pensée très moderne pour l’époque, que certains jugent subversive, il est souvent considéré comme un immoral voire un amoral. Le tout a donné naissance au terme machiavélisme, auquel le florentin reste malheureusement souvent réduit, tout comme le sarde qui se voit confiné au seul gramscisme (2). Pourtant, son oeuvre pluridisciplinaire dépasse le cadre de la seule pensée politique. Machiavel fut également un théoricien politique et de la guerre. Il a commis « L’Art de la guerre ». Historien, il a composé une dense et passionnante « Histoires florentines ». Dramaturge et poète, il nous a légués - entre autres - « La Mandragore » et « Les Décennales ». Pendant quatorze années, il sert la République de Florence comme secrétaire d’Etat à la Chancellerie. Au cours de cette période, il mène de nombreuses actions politiques et diplomatiques. Elle lui permettent d’approcher les grands de son époque : Louis XII, Jules II, César Borgia, Julien de Médicis. Il observe de près la mécanique implacable du pouvoir, les ambitions concurrentes et les passions humaines qui animent le jeu politique. Boriaud nous emmène sur les pas de Machiavel avec un livre complet, proposant de nombreuses références et remarquablement bien écrit. 

 

Machiavel est un personnage souffrant d’un certain nombre de paradoxes. Tout d’abord, il se sent florentin mais il ne peut se définir comme un italien. Il aime la péninsule italienne dont il pressent tôt ou tard l’unification. En ce début de XVIe siècle, l’Italie souffre de ses divisions en plus d’être occupée en partie par des puissances étrangères. De surcroît, chaque territoire italien « indépendant » entend conserver sa souveraineté, tout en augmentant son domaine au dépend de ses voisins. L’inconséquence des seigneurs italiens avec leurs prétentions territoriales agacent Machiavel au regard des enjeux géopolitiques pour l’Italie. Il demeure important pour comprendre Machiavel de connaitre la situation géopolitique dans laquelle il a évolué. La vie, l’action et les réflexions de Machiavel s’inscrivent dans un contexte historique très particulier, à savoir celui du morcellement politique de l’Italie à la Renaissance face à la puissante montée des Etats-Nations, notamment celle du royaume de France. Ensuite, il est connu tout en étant méconnu. Très souvent son immense travail reste cantonné au machiavélisme, et son cynisme supposé ou réel masque malheureusement l’ampleur de ses recherches intellectuelles. Ses contempteurs et ses fidèles évoquent presque tous exclusivement « Le Prince » mais oublient ou méconnaissent son « Discours sur la première décade de Tite-Live », tout aussi passionnant et intéressant. Il se trouve aujourd’hui souvent cité voire pointé du doigt car décrié mais en réalité, l’étude de ses travaux est partielle. Pourtant son oeuvre s’impose avec force dans le domaine de la théorie et des idées politiques. 

 

L’auteur dresse, en introduction, un constat et soulève une antinomie apparente : « Comment un fonctionnaire de rang moyen, à qui ne fut jamais confié de poste vraiment décisionnel, réussit-il à porter sur le monde chaotique auquel il avait affaire un regard doté d’une universalité suffisante pour entrer dans l’histoire générale de la pensée politique ? » Pour répondre à cette question, l’auteur nous invite à suivre le sillon tracé par Machiavel et remonte à ses origines parentales. Nous découvrons qu’il ne naît pas dans une famille pauvre : « L’économiste Milho place la famille Machiavel parmi les cinq cents familles les plus fortunées de Florence à l’époque  », mais « en lui assignant toutefois une place au bas de la fourchette ainsi dessinée ». Ainsi, nous apprenons que le père de Nicolas, Bernardo, pour assouvir sa soif de lecture doit « recourir à des expédients, tels des prêts d’argent  », car « la passion des livres est coûteuse, et réservée en principe, à de riches familles à prétentions humanistes. Les Machiavelli n’en étaient pas. » Nonobstant son appartenance à une famille de second rang sans être de basse extraction, il reçoit une excellente éducation humaniste qui lui permet d’étudier en langue latine, car il ne maîtrise pas le grec ancien, es auteurs antiques. L’humanisme dans la Florence du Quattrocento et du Cinquecento est « l’idéologie à la mode ». L’auteur précise que cette pensée humaniste « s’appuie sur un certain nombre de textes anciens, de Platon à Cicéron, elle affirme la primauté de l’homme dans l’échelle des valeurs du temps, postule que l’Antiquité détint des savoirs absolus, inégalables et que la science a été transmise par la langue savante, le latin. » 

 

Après une formation classique réservée aux fils de bonne famille, il entame son service auprès de Florence. Cependant « l’époque où Machiavel entrait dans la carrière politique n’était guère facile. Quatre années seulement s’étaient écoulées depuis le grand traumatisme qui avait frappé l’Italie, de Milan à Naples, à l’automne 1494 : la discesa, la descente, le déferlement des troupes françaises de Charles VIII, prodrome d’un fléau récurrent qui ruinera le pays jusqu’en 1559. » A la suite aux pérégrinations des armées françaises en Italie « des libelles venimeux apparaissaient où les Français sont vus comme les barbares, coupables d’une fâcheuse irruption dans le pays de la civilisation… » Qui dit Florence à la Renaissance pense inévitablement aux Médicis. Boriaud insiste sur une idée majeure qui permet de mieux saisir Machiavel : « Niccolo fut le contemporain de deux moments forts différents de l’histoire de cette famille Médicis qui modela l’histoire de la Florence contemporaine : celui du règne de Laurent dit le Magnifique de 1469 à 1494, et celui des mésaventures de Pierre le Malchanceux qui en accompagna la déconfiture jusqu’à la catastrophe finale, avec l’arrivée des Français devant lesquels il capitula honteusement. » Et il poursuit : « L’ombre portée des Médicis plane en effet sur l’ensemble de son action et de sa réflexion, et c’est de cette mise en perspective des deux régimes qu’il vécut, l’un en spectateur attentif, l’autre comme acteur de premier plan, que surgit l’oeuvre qui devait l’immortaliser  ». Ainsi, contrairement à de nombreux penseurs et autres philosophes qui dissertent à longueur de temps sur la politique, l’état et la forme de gouvernement, sans jamais avoir été dans l’action, Machiavel peut s’appuyer sur son expérience d’homme de terrain. Cela lui confère à nos yeux une légitimité certaine. Nous y voyons là un aspect fondamental de son oeuvre. Ce dernier n’a point échafaudé des théories loin du monde et de la réalité politique, enfermé dans un cabinet au milieu de ses livres. Ce fut un homme d’actions dans une période charnière pour Florence et l’Italie. Il s’inscrit pleinement dans le courant réaliste et rejoint tous ces hommes d’Etat écrivant et théorisant l’action politique. 

 

D’aucuns glosent beaucoup sur le démocratisme supposé de Machiavel et de Florence. A son époque « Florence est donc toujours officiellement une république. Mais non pas une démocratie puisque sur 100 000 habitants (ou peut-être 70 000 ? Voire 50 000 ?), 3000 à peine sont impliqués dans la vie politique. » Dans les différentes républiques que connaît l’histoire, le pouvoir politique se concentre toujours entre les mains de quelques personnes ou de quelques familles, le plus souvent riches, bourgeoises et aristocratiques, que ce soit à Athènes (Antiquité) ou à Venise (Renaissance) ou même dans les Provinces-Unies. Nous sommes loin d’une république démocratique composée de plébéiens, de paysans et de citoyens non issus des classes supérieures de la société. La politique, hier comme aujourd’hui, demeure dans une large mesure une activité de riches. Machiavel l’apprend très vite à ses dépends, au cours de ses différentes missions et ambassades : « il ne disposait d’aucune fortune personnelle, la situation devenait extrêmement difficile, et nous avons gardé les lettres revendicatrices qu’il ne cesse d’adresser à la Seigneurie. » Quand celle-ci refuse de lui répondre ou ne lui envoie que de maigres subsides, il s’adresse aux membres de sa famille pour quémander des espèces sonnantes et trébuchantes. Le plus cocasse dans sa situation est que son besoin d’argent vise à assurer le strict ordinaire de son office, et non à mener un train de vie fastueux comme tant d’autres fonctionnaires dispendieux. Sa principale dépense rémunère des coursiers. Elle permet l’envoi de lettres à son administration et à ses différents contacts. Machiavel ne s’enrichit pas sur le dos de la République de Florence. Il défend une certaine idée de la vertu antique, disons le clairement, romaine. Il ne fut pas, et loin s’en faut, un prévaricateur. Pour lui, la corruption liée aux affaires politiques trouve son origine dans la volonté des êtres humains de vouloir placer leurs petits intérêts particuliers ou d’une classe sociale au dessus du bien commun de la Cité. 

 

Au cours de ses nombreuses et différentes missions - il est l’homme à tout faire de son gouvernement - il note et consigne ses idées et ses nombreuses observations qui constituent la matière première de ses futures ouvrages. Nous pouvons écrire qu’il incarne le réalisme politique à l’état pur. Boriaud nous explique les différentes alternatives politiques qui se présentaient à Florence et quelles furent les orientations défendues par Machiavel. La géopolitique de l’époque se montre réellement passionnante et simultanément déconcertante. Nous y voyons des alliés devenir ennemis, car les alliances se font et se défont rapidement en fonction des victoires, des mercenaires qui se vendent aux plus offrants mais qui parfois refusent le combat car ne voulant pas affronter des collègues amis, des chefs plus préoccupés par leur petit territoire que par « l’Italie »… Machiavel se rappelle des défections des Condottiere quand il coordonne les affaires militaires de sa cité. Il préfère l’efficacité des armées de métier, comme celles du Roi France, que d’avoir constamment recours à des mercenaires peu fiables, en plus de ne pas être florentins. Il considère qu’un soldat se bat mieux si sa motivation se base sur l’amour de la patrie que sur celle d’un gain pécuniaire. Boriaud n’élude rien et développe tous les aspects de la vie politique florentine en la mettant en parallèle avec le parcours de Machiavel. Nous prenons connaissance du régime théocratique mis en place par Savonarole (3), des négociations florentines entreprises avec le roi de France, le Pape, Milan, Venise, de la politique menée par le Conseil des Dix, etc. Surtout nous discernons mieux l’échec « républicain » de Florence et le retour en fanfare des Médicis. Nous voyons aussi un Machiavel torturé par les Médicis, exilé de sa ville natale, méditant seul loin de sa patrie et écrivant ses livres qui lui confèrent l’immortalité.

 

Lire Machiavel revient à étudier un théoricien qui a conceptualisé sa propre vision de l’état et du devoir d’état, en rupture avec les idées de son temps. La raison d’état, selon Machiavel, permet et justifie l’usage de procédés non moraux, afin de garder ou de conquérir le pouvoir. La radicalité de sa pensée, éprouvée par une longue action politique et diplomatique au service de Florence, ainsi que par l’exil, conduit à une critique de la thèse dominante selon laquelle l'autorité légitime découle inévitablement de la bonté morale. Pour le florentin, celui qui gouverne peut et doit employer « des moyens humains ou bestiaux » selon la situation à affronter. Machiavel s’appuie sur des exemples historiques de princes, de rois qui se montrèrent trop bons et qui perdirent le pouvoir. Machiavel ne peut être considéré ni comme un angélique, ni comme un diabolique. Il se veut comme un homme d’état ou un serviteur de l’état. Il considère le devoir envers la patrie comme une absolue nécessité. 

 

A la fin de sa vie, Machiavel écrit dans une lettre adressée à un compatriote : « j’aime ma patrie plus que mon âme ». Cette phrase choqua les consciences contemporaines, car dans ce monde encore dominé par la chrétienté, rien ou presque n’était plus important que le salut de l’âme. Très vite des défenseurs et des pourfendeurs s’affrontent au sujet de l’oeuvre de Machiavel. Ces joutes philosophiques méritent un long développement mais elles n’entrent pas dans le cadre de notre propos. Par ailleurs, une fois n’est pas coutume dans une biographie, l’auteur s’attarde longuement, dans trois chapitres bien distincts, sur « Le Prince », les « Discours sur la première décade de Tite-Live » et « L’Art de la guerre » pour en expliquer les ressorts, les motivations et la portée éventuelle de ces oeuvres. Boriaud nous offre trois notes de lecture passionnantes, parfaitement insérées dans le récit biographique, qui éclairent le Machiavel historique loin de légende noire. Machiavel peut, de temps à autre, être considéré comme un précurseur de l’étude scientifique moderne, au prétexte qu’il a basé sa méthode intellectuelle - notamment dans « Le Prince  » - sur des généralités conceptuelles tirées de son expérience et de faits historiques. 

 

Il refusait de réfléchir et de théoriser à partir de situations fictives, étant donné qu’il considérait cet exercice comme inutile. Etre dans le concret et le pragmatisme tel pourrait être le credo machiavélien. Par ailleurs n’a-t-il pas écrit : « Je pense qu’il faut être prince pour bien connaître la nature et le caractère du peuple, et être du peuple pour bien connaître les princes  » ? Machiavel est un penseur en action qui mérite d’être lu, étudié et compris. Ce livre du professeur Boriaud constitue une excellente entrée en matière pour découvrir le penseur florentin, passionné d’histoire et amoureux des belles lettres…

 

 

                                                                                     Franck ABED

 

 

(1) «  Antonio Gramsci par Jean-Yves Frétigné », article rédigé par l’auteur

 

(2) L’oeuvre de Gramsci est riche et ne se limite pas à la seule métapolitique. Ses écrits abordent l'histoire d'Italie, le nationalisme, les partis politiques, la littérature (notamment l'œuvre de Machiavel), l'époque de la Renaissance et de la Réforme, et enfin le matérialisme historique.

 

(3) Jérôme Savonarole, en italien Girolamo Savonarola, né à Ferrare, le 21 ou le 24 septembre 1452, mort pendu et brûlé à Florence le 23 mai 1498, est un frère dominicain, prédicateur et réformateur italien, qui institue et dirige la dictature théocratique de Florence de 1494 à 1498.


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4 réactions à cet article    


  • Mekissê Mekissê 31 décembre 2017 12:56

    C’est gentil de faire de la réclame à l’excellent travail de mon quasi voisin de palier.
    Je vous invite à lire de lui son Histoire de Rome où dans une forme très ramassée il apporte des idées nouvelles sur l’évolution de la Religion et offre des perspectives sur la filiation entre le culte rendu à l’empereur et le Christianisme .


    • Choucas Choucas 31 décembre 2017 15:19

      MACHIAVEL : L’UTILISATION DES COLONS COMME ARME
       
      « L’établissement des colonies [banlieues] est peu dispendieux pour le prince [c’est le souchien qui paie...] ; il peut, sans frais ou du moins presque sans dépense, les envoyer et les entretenir ; il ne blesse que ceux auxquels il enlève leurs champs [26m2/s de bétonnage immigratoire] et leurs maisons pour les donner aux nouveaux habitants [white flight]. » Machiavel, Le Prince
       
      GREENHILL : PRÊCHER LA LIBERTÉ DE REPEUPLEMENT POUR DÉTRUIRE
       
      Greenhill, professeur de sciences politiques à Stanford et Harvard, dans « Armes d’immigration massive : déplacement forcé, coercition et politique étrangère (Weapons of Mass Migration : Forced Displacement, Coercion, and Foreign Policy, 2010, non traduit en français). Greenhill reconstitue l’histoire de l’instrumentalisation des flux migratoires en tant que type d’armement parmi d’autres dans le cadre de stratégies militaires d’agression. Mener une guerre par procuration au moyen de hordes d’immigrés clandestins réduits à des troupes de choc nomades servant de chair à canon pour envahir, dévaster ou plus simplement occuper un territoire, est certes plus économique que d’entretenir des armées conventionnelles. Aujourd’hui, le pilotage offensif des clandestins en Europe par l’OTAN et diverses ONG cosmopolites (Open Society, IsraAID, No Border, etc.) est pratiquement gratuit. Le coût matériel et humain retombe généralement sur les populations locales qui en sont les victimes, et la chaîne de commandement repose sur les réseaux internet Wi-Fi accessibles un peu partout pour une somme modique. Chaque migrant est utilisé comme un soldat, armé d’un smartphone grâce auquel il prendra ses ordres qui lui fourniront les instructions permettant de poursuivre dans les meilleures conditions sa progression territorial et la déstabilisation consécutive des pays ciblés.
       
      Lucien Cerise, Retour sur Maïdan. La guerre hybride de l’OTAN
      http://www.oragesdacier.info/2017/12/linstrumentalisation-des-flux.html


      • gogoRat gogoRat 1er janvier 13:44

        ’La politique, hier comme aujourd’hui, demeure dans une large mesure une activité de riches.’

         illustration par : Pantagruel au milieu des nains de jardin’


        • maQiavel maQiavel 2 janvier 12:57

          Merci pour cet article , très intéressant. 

          Juste une petite remarque par rapport à ceci : « Dans les différentes républiques que connaît l’histoire, le pouvoir politique se concentre toujours entre les mains de quelques personnes ou de quelques familles, le plus souvent riches, bourgeoises et aristocratiques, que ce soit à Athènes (Antiquité) ou à Venise (Renaissance) ou même dans les Provinces-Unies. Nous sommes loin d’une république démocratique composée de plébéiens, de paysans et de citoyens non issus des classes supérieures de la société. La politique, hier comme aujourd’hui, demeure dans une large mesure une activité de riches ».

          Ce n’est pas tout à fait vrai pour Athènes puisque le pouvoir était concentré en gros dans deux institutions : l’Ekklesia et le boulé qui étaient constitués majoritairement de simples citoyens. Certes, les postes de stratèges revenait mécaniquement à une aristocratie par le mécanisme de l’élection et les riches avaient beaucoup d’influence au sein de l’assemblée mais on ne peut pas à parler d’une concentration de pouvoir puisqu’en dernier instance, c’était l’assemblée et le boulé qui décidait. 

          Même Périclès n’eut pas un tel pouvoir le temps où son influence fut à son apogée, il pouvait espérer une approbation continue de sa politique, exprimée par le vote du peuple à l’Assemblée, mais ses propositions étaient soumises à l’Assemblée, semaine après semaine, les idées opposées demeuraient sous les yeux des membres de l’Assemblée et celle-ci pouvait toujours ( et elle le fit à l’occasion ) l’abandonner, lui et sa politique. La décision appartenait aux membres de l’Assemblée, elle n’appartenait ni à Périclès ni à un autre dirigeant. Si les citoyens Athéniens reconnaissaient la nécessité d’une direction, ils n’abandonnaient pas pour autant leur pouvoir de décision. 

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