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Accueil du site > Tribune Libre > Macron au-delà de Benalla ou du délit à l’affaire d’État (...)

Macron au-delà de Benalla ou du délit à l’affaire d’État !

Pour Edouard Philippe, le cas Benalla est une « dérive individuelle » plutôt qu’une « affaire d’État » ; une idée reprise par Philippe Castaner[1] : « Ce qu’il s’est passé le 1er mai place de la Contrescarpe est grave, mais une dérive individuelle ne fait pas une affaire d’État. » Nous pourrions accepter cette analyse si les protagonistes de cette affaire n’étaient que des gens « ordinaires » : des membres du cabinet du président de la République, des hauts fonctionnaires de la police et de la gendarmerie, le ministre de l’intérieur et vraisemblablement le président de la République lui-même (n’a-t-il pas dit devant les députés de la majorité qu’il est le seul responsable). Le contexte d’emploi d’Alexandre Benalla, ce qui a permis qu’il « dérive », la qualité de ceux qui ont caché par volonté ou par omission cette dérive, sont autant de raisons qui font que ce serait une erreur serait d’en rester à l’attitude et même aux fonctions élyséennes d’Alexandre Benalla. Qu’est-ce qui a dysfonctionné au sein du cabinet présidentiel, qu’est-ce qui a été autorisé par la hiérarchie du cabinet, qu’est-ce qui relève de l’incompétence, de la tolérance ou de la protection du président de la République ?

 Les commissions d’enquête parlementaires sont là pour apporter des réponses à ces questions, seule la licéité de l’action d’Alexandre Benalla ne relève que de la Justice.

La position, les fonctions et la façon dont A. Benalla les exerçait interrogent le fonctionnement de notre République : comment se fait-il qu’un chargé de mission contractuel puisse être en position d’adjoint au directeur de cabinet ? Comment se fait-il que les hauts fonctionnaires concernés par l’action possiblement délictueuse de A. Benalla n’aient pas appliqué les injonctions, indiscutables, de l’alinéa 2 de l’article 40 du code de procédure pénal qui est explicite : « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. » ? L’absence de plainte de la part des victimes tout autant que l’absence supposée (car parait-il on avait perdu la trace des victimes qui pourtant avaient été conduites dans un commissariat de police) ne sont pas des raisons suffisantes pour s’exempter, surtout quand on est un haut fonctionnaire, d’avertir le Procureur de la République. La soi-disant sanction infligée (15 jours de suspension) n’autorise pas non plus à ne pas informer le procureur. Les citoyens sont en droit d’attendre qu’une « vraie » sanction conservatoire soit appliquée à l’auteur de la dérive et que le délit soit porté à la connaissance du procureur de la République. En règle générale c’est comme cela que les choses se passent ; quand une administration a connaissance d’une action qui pourrait être qualifiée de délictueuse elle en informe le procureur et elle suspend le présumé fautif jusqu’à ce que le procureur rende une décision. Nous ne pouvons pas nous satisfaire des explications données devant les commissions d’enquête qui ont montré que chacun tente de « sauver sa carrière », de couvrir sa hiérarchie, d’évidence de masquer la réalité : mais chacun sait que ne pas tout dire ce n’est pas mentir. Comment peut-on imaginer faire croire au public que le Ministre de l’Intérieur et les hauts fonctionnaires de police ne connaissaient pas A. Benalla alors qu’on ne peut même pas dénombrer les photos où il est présent côte à côte avec le président de la République ?

Donc cette affaire n’est pas que celle d’une dérive individuelle, elle est surtout une affaire d’État puisqu’elle met en cause le fonctionnement de la Présidence de la République. Prise à ce niveau, au-delà des aspects juridiques et de ceux managériaux, cette affaire est à la fois un symptôme, un révélateur et un signe.

Le symptôme :

Cette affaire, dans la façon dont elle a été traitée puis cachée, est symptôme de la personnalité trouble du président de la République qui semble être un adolescent caractériel qui ne supporte ni les refus ni les contradictions, à qui tout est dû, qui est ancré dans une indissoluble certitude d’avoir seule raison contre tous et de détenir la vérité, que l’autre intéresse peu sauf à être servi pas lui ou à s’en servir. La tyrannie peut exclure toute forme de violence et, alors, elle se manifeste essentiellement par un sentiment d’insatisfaction exprimé de manière exacerbée, et par une grande intolérance à la frustration. Cet adolescent tyran devenu un adulte tyran, avant peut-être d’être un gouvernant tyran, refuse de renoncer aux fantasmes de toute-puissance de son enfance, ce qui le pousse à se croire tantôt le centre du monde, tantôt moins que rien. D’où le besoin d’emprise sur les autres pour se sentir exister.

On retrouve ces traits dans le discours délirant qu’Emmanuel Macron a prononcé devant les seuls députés de La République en Marche : « je suis le seul responsable », « qu’ils viennent me chercher ». Il s’adressait à ses seuls affidés, ceux sur lesquels il a de l’emprise ; d’ailleurs la réaction de ceux-ci montrait comment ils se comportent comme des groupies, comme les membres d’une secte. On pourrait multiplier les exemples : l’omniprésence du président sur la scène médiatique supplantant souvent les ministres, la décision de choisir les journalistes qui accompagnent ses déplacements, le rejet de la salle de presse hors de l’enceinte de l’Élysée, la volonté de réduire le nombre de parlementaires pour s’assurer plus facilement une cour d’affidés, les propos méprisant pour les gens du peuple… L’attitude de désinvolture et de mépris manifestée lors de cette affaire concourt bien à affirmer l’existence de cette personnalité tyrannique : « Vous êtes très excités par ces sujets. Moi ça fait deux heures que je suis avec les gens. Vous êtes les seuls à m’en parler », fait mine de s’esclaffer le président, qui a vivement attaqué la presse ces derniers jours. « Ils sont excités comme tout », insiste-t-il en se tournant vers les badauds, les prenant à témoin. L’affaire Benalla, « c’est une tempête dans un verre d’eau. Et, pour beaucoup, c’est une tempête sous un crâne », a-t-il lancé dans la matinée, à Campan, où il rencontrait des agriculteurs[2]. »

Le révélateur :

Cette affaire, conséquence du « symptôme », est le révélateur d’un type de gouvernance autocratique. Christophe Castaner en apporte une illustration[3] : «  Le 6 avril 2016, un mouvement nouveau qui allait transformer la vie politique était créé : En Marche ! J’étais là, aux côtés d’Emmanuel Macron, convaincu qu’il était nécessaire de dépasser les clivages en place qui gangrenaient la vie publique. J’avais, et j’ai toujours chevillée au corps, la sensation que notre pays regorge d’envie et de talents qui n’attendent qu’un coup de pouce pour se mettre en marche. J’avais, et j’ai, plus que jamais, chevillée au corps l’idée que nous pouvons faire mieux pour mettre en commun les intelligences et les talents au service de la transformation de notre pays. Aussi, et peut-être même surtout, j’étais, et nous étions tous convaincus que ce qui avait tué la confiance entre politiques et citoyens depuis tant d’années était une forme de résignation devant une politique qui n’était pas « propre », jamais exempte des reproches qu’elle ne manquait pas d’adresser aux autres. » Voilà tout est dit : les autres sont « sales » et corrompus, Jupiter-Macron lave plus blanc. À bien y regarder ce n’est pas un discours si nouveau qu’il y paraît, mais à l’aune de la personnalité charismatique quasi christique de Macron il prend une nouvelle dimension. Quant à vouloir supprimer les clivages ça en dit long sur la volonté hégémonique de celui qui gouverne : tous derrière moi, tous d’accord avec moi ! Une idée que l’on retrouve dans la lettre de Ch. Castaner[4] : «  Pour autant, que l’ensemble de l’opposition instrumentalise ces fautes individuelles pour tenter de mettre à mal notre République relève, en fin de compte, de ce refus que nous changions en profondeur notre pays. » En démocratie le rôle de l’opposition c’est bien d’instrumentaliser les faits pour déstabiliser un gouvernement qui ne lui sied pas. Comment à un moment de la vie politique où le pouvoir étouffe toute pensée contraire par l’importance de sa majorité parlementaire et sa façon de caractériser comme forcément « ringarde », par sa communication logorrhéique plus proche du marketing que de la philosophie politique, par le musellement des corps intermédiaires et de la presse, comment l’opposition ne se saisirait-elle pas d’une affaire individuelle si intimement liée au président de la République et à sa façon de gouverner ? Elle ne le ferait pas que nous serions en droit, nous citoyens, d’y voir une faute et de la lui reprocher.

Oui, une faille dans le système est apparue et les « oppositions » autant que les journalistes s’en emparent comme le dit François Fressoz[5] : « Et lorsque la faille se présente, béante, c’est la curée : non seulement les parlementaires infligent au président qui se croyait infaillible une leçon de démocratie en pointant du doigt le déséquilibre des pouvoirs, les travers d’une -hyperprésidence qui a voulu tout écraser – le Parlement et le gouvernement –, mais ils passent immédiatement aux travaux pratiques en bloquant la révision constitutionnelle. » Oui, la « dérive individuelle » d’un membre du cabinet du président de la République est une faute politique qui ouvre une faille dans la gouvernance et donne un caractère d’Affaire d’État à cette situation dont l’opposition politique a le devoir, en démocratie, de s’emparer, n’en déplaise au président, au gouvernement et à la majorité.

Une fois encore heureusement que la presse nous révèle ces faits et que l’opposition s’oppose et demande, en notre nom, des comptes face à une défense d’une affligeante médiocrité à moins qu’il ne s’agisse d’une tartuferie : « Aucun moment les faits n’ont été cachés. À aucun moment nous avons considéré que ce qu’il s’était passé n’était pas grave : des sanctions ont été données. À aucun moment nous n’avons voulu empêcher la justice de faire son travail. »[6], sans l’article du Monde du 18 juillet rien n’aurait été dit ni sur la « dérive » de Benalla ni surtout sur la gestion de la « garde rapprochée » de Jupiter-Macron. Le président Macron et les membres de sa secte avaient bien l’intention d’étouffer l’affaire en discréditant la presse et l’opposition parlementaire, mais aussi en faisant porter le discrédit sur les victimes comme en témoigne ce message (un parmi d’autres) sur Twitter communiqué par Médiapart : « Plus tôt dans la journée, à 3 h 59, un compte affichant le logo En marche !, poste l’une des vidéos volées en préfecture avec ce commentaire : « Ok, même si ce n’était pas à Alexandre Benalla de le faire, ne faisons pas passer cet étudiant pour un garçon bien sous tout rapport. C’était un individu violent qui était sciemment venu place de la Contrescarpe pour « casser du flic ».  », et bien sûr les nervis de la macronie ont fait disparaître les copies de bandes de vidéosurveillance.

Si de la faute nulle n’est protégé comme le rappelait le Premier ministre aux députés qui l’interpellaient : « Un comportement exemplaire, ce n’est pas un comportement infaillible. Une République exemplaire, ce n’est pas une République infaillible », il reste le flou autour du recrutement et des fonctions d’A. Benalla comme l’a dit Laurence Trastour-Isnart, députée Les Républicains des Alpes-Maritimes : « Comment accepter que le président confie autant de privilèges à un jeune homme de 26 ans aux fonctions obscures ? […] Comment justifier ce système monarchique où notre pays est confié à un cercle de conseillers tout-puissants ? On assiste aux dérives du pouvoir central qui veut supprimer tous les contre-pouvoirs pour accentuer les siens. »

Le signe :

Cette affaire le signe d’un avenir plein de dangers pour la France et les Français, par les questions qu’elle pose, par l’obscurité faite autour d’elle, par le silence du président de la République, pas son refus de s’expliquer devant l’ensemble des Français et en réservant ses explications incantatoires et imprécatives aux seuls courtisans de La République en Marche, tout en prenant soin qu’elles soient communiquées à l’extérieur du temple. Cette affaire est bien une affaire d’État, signe d’une déliquescence de la France, de ses institutions et de ses valeurs républicaines.

La France court le risque de voir la démocratie amoindrie jusqu’à n’être plus qu’une caricature de démocratie. Rappelez-vous ce Prince Louis‑Napoléon, qui se présentait tantôt en défenseur des pauvres, tantôt de la religion et enfin des propriétaires, devenu empereur après avoir muselé l’assemble nationale et écrit une nouvelle constitution. Dès lors plus de liberté pour la presse, création d’une police politique, une opposition politique muselée, tout cela marquait la victoire du parti de l’Ordre et des bonapartistes autoritaires, un « monde nouveau » par rapport à « l’ancien monde » des conservateurs. Les Français déçus par une République qui les avait fait canonner en 1848 ont répondu à l’appel d’un « monde nouveau » qui se montra tellement identique à l’ancien. La réaction fut quasi inexistante : la France s’était endormie, on sait combien le réveil fut brutal en 1870.

 

 


 

[1] Lettre aux adhérents du 27 juillet 2018.

[2] Le Monde du 28 juillet 2018.

[3] Lettre aux adhérents du 27 juillet 2018.

[4] Lettre aux adhérents du 27 juillet 2018.

[5] Le Monde du 25 juillet 2018.

[6] Lettre aux adhérents du 27 juillet 2018.


Moyenne des avis sur cet article :  4.53/5   (36 votes)




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30 réactions à cet article    


  • amiaplacidus amiaplacidus 30 juillet 2018 09:32

    Affaire d’état, évidemment.

    Q’est Benalla ?

    Un CV totalement bidonné.

    Une chose attestée, c’est qu’il a fait un stage de troisième, en Février 2006 - Stage conventionné au Service de Protection des Hautes Personnalités".
    Donc troisième en 2006, ce qui veut dire bac en 2009. Bachelor en 2012, master 1 en 2013, master 2 en 2014.

    De 2010 à 2016, il nous dit être protecteur (sic) de diverses personnalités.

    Bref il a cumulé études supérieures et job à haut niveau durant 5 ans. Un génie on vous dit. Cela dit, je pense qu’il doit avoir pas mal de difficulté à montrer son master, quoique, avec les traitements de texte ...
    Et le 1er mai, ce n’était pas son premier exploit : selon une vidéo dévoilée par la chaîne Public Sénat, Alexandre Benalla avait violemment expulsé un journaliste de la chaîne lors d’un meeting d’Emmanuel Macron en mai 2017, lui arrachant même son accréditation.
    .
    .
    L’affaire d’état commence lorsque Macron, offre à un personnage pour le moins douteux, un salaire confortable et des prébendes exorbitantes :

    - Un salaire brut 7.113 €, auquel s’ajoute primes et indemnité, on peut estimer un revenu de 9.999 €, ou 10.001 €, mais pas 10.000 puisque tous les macronistes ont affirmé, les yeux dans les yeux, qu’il ne gagnait pas 10.000 €.

    - Une voiture du parc automobile de l’Elysée mise à disposition d’Alexandre Benalla. Une Renault talisman équipée d’accessoires policiers : appareillages lumineux, LED derrière le pare-brise et à l’intérieur de la calanque.

    - Un permis de port d’armes.

    - Une habilitation secret défense.

    - Un accès à l’hémicycle.

    - Une promotion, à l’âge de 26 ans, au grade de lieutenant-colonel

    - Les clés de la villa du couple présidentiel.

    - Un passeport diplomatique.

    - Depuis 9 juillet 2018, après le 1er mai donc, un logement de fonction de 84m² au 11 quai Branly. Un budget de 180.000 euros aurait été prévu afin de réunir deux appartements et d’en faire un duplex, d’une surface de près de 200 mètres carrés.

    - Et tout ce qui n’ai pas encore apparu au grand jour.

    .
    .
    Affaire d’état parce que :

    Ce qui est grave dans l’affaire Benalla, c’est la tentative de constituer une milice privée au profit de Macron.
    Ce qui est grave dans l’affaire Benalla, c’est les mensonges et omissions à répétition.
    Ce qui est grave dans l’affaire Benalla, c’est qu’un individu, couvert par la présidence, s’arroge des pouvoirs indus.
    Ce qui est grave dans l’affaire Benalla, c’est qu’après un dérapage inadmissible (le mot n’est pas de moi), ce dernier ne reçoit qu’une sanction symbolique : 15 jours de vacances en Bretagne ! La retenue de salaire n’a pas été faite. Cela sera fait en août, APRÈS que l’affaire soit devenue publique.
    Etc.
    Etc.

    En lisant la presse étrangère (si vous ne parlez pas anglais ou allemand, il existe des abstracts en traduction), on voit que l’image de la France est abîmée.

    En tout cas, pour les pays que je connais, il n’y a pas ce mélange entre voyoucratie et politique.
    En Suède, les ministres prennent le train comme tout le monde, idem en Norvège et en Finlande, pareil en Suisse, dans ce dernier pays, les ministres font leurs courses au supermarché, comme un citoyen lambda.
    Dans ces pays, les politiques sont au contact direct avec la population. Et ils n’ont pas besoin de gorilles pour les protéger.

    .
    .
    La question qui se pose, c’est pourquoi Macron continue à soutenir Benalla envers et contre tout. QUE SAIT BENALLA ?



    • Croa Croa 30 juillet 2018 20:55
      À amiaplacidus,
      Macron le soutient parce que Macron est un malade incapable de pouvoir se sortir de la coupe de ce genre de profiteurs.

    • V_Parlier V_Parlier 31 juillet 2018 17:04

      @Croa
      Qui sait d’ailleurs si cet exfiltré du PS (lui aussi) n’a pas déjà rendu service à Hollande... Pas vu pas pris.


    • Croa Croa 1er août 2018 08:51
      À V_Parlier,
      À priori non ou alors en moins grave.  Le cas Macron est vraiment spécial. Ce type est un malade inapte à la fonction de chef d’État. C’est justement ce que révèle l’affaire Benalla.

    • straine straine 30 juillet 2018 10:37

      ..../... La question qui se pose, c’est pourquoi Macron continue à soutenir Benalla envers et contre tout. QUE SAIT BENALLA ? ...\.....

      -> Une possible réponse avec ça ..... peut-être


      • Christian Labrune Christian Labrune 30 juillet 2018 11:07
        Cet adolescent tyran devenu un adulte tyran, avant peut-être d’être un gouvernant tyran, refuse de renoncer aux fantasmes de toute-puissance de son enfance, ce qui le pousse à se croire tantôt le centre du monde, tantôt moins que rien. D’où le besoin d’emprise sur les autres pour se sentir exister.
        ...................................................................... ...
        à l’auteur,

        Je relisais il y a quelques mois l’excellente biographie de Jules II par Ivan Cloulas. Je ne retrouve pas le bouquin, mais il serait facile d’en citer quelques passages où il apparaît que, lorsqu’on avait la chance d’être le neveu d’un pape, et déjà dès l’époque de Laurent le Magnifique, on pouvait sans difficulté, et sans avoir dépassé l’âge de l’adolescence, être élevé à la dignité de cardinal. Dès lors, à 26 ans … ! J’ai entendu les déclarations sous serment de M. Lefebvre du syndicat FO devant la commission du Sénat, se plaignant des abus de pouvoir de Mgr Benalla. On devait bien entendre à peu près les mêmes discours au temps d’Alexandre VI ou de Jules II.

        J’ai déjà expliqué que la petite déclaration du Président de la République en présence de ses affidés (Je suis le seul responsable, qu’on vienne me chercher, etc.) était un simple pastiche de la tirade où le tarfuffe, à la sixième scène de l’acte III, s’accuse avec excès « Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable... », au lieu de réfuter les accusations dont il fait l’objet. Cette démarche paradoxale aboutit à un résultat surprenant et, de fait, les braves marcheurs aux lourds godillots, qui n’ont probablement pas la plus minimale connaissance de notre culture classique, se mettent immédiatement à applaudir. Ils sont aussi facilement retournés que le cocu en herbe de la pièce de Molière.

        Il y a des gens « qui ne sont rien », disait naguère Macron. Il y a seulement cinq ans, il faisait partie de ces gens-là, dont on n’avait encore jamais entendu parler. Apparemment, son grand problème est d’ordre ontologique. Il veut ETRE. Etre Jupiter, par exemple ; ou bien, à défaut, parce que ce type d’ambition paraît désormais un peu compromis, une sorte d’Erostrate. Ce sinistre personnage, au quatrième siècle, avait incendié le temps d’Artémise, et les Ephésiens avaient interdit de citer son nom, indigne d’être retenu. Ce ne fut pas le cas, et c’est donc plutôt encourageant. A défaut de pouvoir être Alexandre le Grand, qui naquit le jour même de la destruction d’un temple considéré comme l’une des merveilles du monde, on peut donc encore détruire toute grandeur, et par exemple détruire la République. Cet objectif plus modeste paraissait déjà très bien inscrit dans le concert qui fut donné à l’Elysée le jour de la fête de la musique, et qui rappelait les fastes un peu particuliers du règne d’Héliogabale.

        Notre actuel Alexandre de la petite affaire aurait bien dû, s’il avait ressemblé à un grand Macédonien du même nom qui conquit l’empire perse, conseiller à son proche ami de changer du tout au tout sa misérable politique du bout de gras vis-à-vis de l’Iran, mais il se sera contenté de plus modestes entreprises, du côté de la Contrescarpe. On fait ce qu’on peut, et on ne peut vraiment pas grand chose.

        Ce qui m’étonne quand même, c’est l’espèce de fixation qu’on fait sur une toute petite affaire d’état, certes révélatrice, mais sans voir que c’est la politique même de la France qui, depuis des années, (et cela s’est singulièrement accentué depuis le début de ce règne), part à vau-l’eau. L’Europe paraît avoir résolu de se faire euthanasier, et les présidents successifs ne notre beau pays, surtout le dernier, se contentent de nous apporter la grande seringue remplie à Bruxelles.


        • Macondo Macondo 30 juillet 2018 12:18

          Bonjour. Tiens, du Benalla frais du jour, me disais-je, en larmes. Puis me suis vite ravisé, en lisant ceci : "Cette affaire est bien une affaire d’État, signe d’une déliquescence de la France, de ses institutions et de ses valeurs républicaines." prouvant que l’Auteur, quelque peu ficelle et pour le moins cachotier, marquait là d’une pierre blanche le centenaire des feuilles OCB ...


          • Dom66 Dom66 30 juillet 2018 12:45

            Tiens ! En ce moment je viens sur AV tous les jours, apres la plage...j’ai du temps a perdrte, et je découvre avec votre article, qu’il y a une affaire Benalla !! quelle surprise...enfin

            Macron serait il PD ? Qui saute Brigitte ? Partouze à 3 ?? Ce sont des questions


            Nombreuse sont les questions….mais une chose est certaine au palais de l’Élysée, c’est du haut niveau de culture.

            Michel Onfray critique la fête de la musique donnée à l’Élysée par Emmanuel Macron.

            A écouter à partir de 1’10 pour les paroles des pédales Pauvre France.

            Et Macron veut discuter d’homme à homme avec Mr Poutine !! Je me mare


            La France coule, il va falloir s’unir les citoyens en laissant de coté pour quelques temps nos différences.

            Nettoyage de la rrépublique et vite…


            Vive la France


            • V_Parlier V_Parlier 31 juillet 2018 17:11

              @Dom66
              Franchement ça fait bien 11 ans que le « nettoyage » aurait du être fait. Aujourd’hui je n’y crois plus. Un coup de pub pendant deux mois sur les TV et on remet le même genre au pouvoir par les urnes...


            • V_Parlier V_Parlier 31 juillet 2018 17:12

              @V_Parlier
              (Et encore, quand j’écris 11 ans c’est pour rester modéré, car il y a encore à dire sur ce qui a précédé).


            • UnLorrain 5 août 2018 15:07

              @Dom66

              A la la. ..c’est pourtant simple. ...Marcaron a une bite géante hihi


            • zygzornifle zygzornifle 30 juillet 2018 13:00

              Tempête pas dans un verre d’eau mais dans la piscine de fort Brégançon ....


              • armand 31 juillet 2018 12:17

                @zygzornifle Bonjour, cela en est où cette improbable piscine ?


              • zygzornifle zygzornifle 31 juillet 2018 16:12

                @armand


                 ça baigne pour les Macrons ....

              • troletbuse troletbuse 30 juillet 2018 13:34

                Encore une diversion : les agressions sexuelles. Fake news ,,,


                • Taverne Taverne 30 juillet 2018 17:03

                  « une dérive individuelle ne fait pas une affaire d’État. »

                  C’est la même défense que celle de la banque quand Kerviel a dérivé. Cette même explication a valu aussi pour minimiser les actes des premiers terroristes (qui étaient des « loups solitaires »).

                  Toutes ces défenses nient la part de zone d’inséparabilité qu’il peut y avoir entre l’individu et le système auquel il appartient, qu’il fait vivre et qui le soutient. Dire que l’individu en cause (généralement, celui qui se fait prendre) est 100 % responsable, c’est une thèse bien arrangeante et très bête. 


                  • Taverne Taverne 30 juillet 2018 17:14

                    A partir du moment où il y a un second larron (Vincent Crase), il y a un début de système. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que l’on ne parle que de Benalla et jamais de son comparse qui a agi comme lui.

                    Il faut dire que « Crase » est l’anagramme de « César » alors quand on interroge : « Et Crase ? On te répond »Ecrase !"


                  • Croa Croa 30 juillet 2018 21:10
                    L’affaire Benalla nous révèle une chose essentielle : Notre Président de la République est totalement inapte à remplir ses fonctions de chef de l’état.
                    *
                    Macron est un malade dont nous ne connaissons pas l’intimité mais cela commence à se voir qu’il ne va pas bien. Il est sous la coupe de sa femme, une perverse qui ne pense qu’au cul et aussi sous la coupe de tout un entourage prêt à profiter de situation, dont ce Benalla.

                    • lloreen 30 juillet 2018 23:58
                      Dans ce monde ultra-pourri de la politique, ils se tiennent tous par le crime. C’est aussi « simple » que cela. Un aperçu de ce qu’il y a de plus vil se trouve ici.Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg...

                      • zygzornifle zygzornifle 31 juillet 2018 08:19

                        Sacré DRH le Macron , avoir embauché un mec avec un délit de fuite alors que pour passer le balais le long des routes pour une mairie on vous demande un casier hyper vierge et on se enseigne partout pour savoir si vous n’avez pas des antécédents syndicaux et autres et que vos gosses ne se la sont pas mesuré dans les toilettes de l’école .....


                        • lloreen 31 juillet 2018 10:34

                          @zygzornifle

                          Cette affaire Benalla dépasse très largement du cadre français et prouve une fois de plus, la toute-puissance de ces criminels contre l’humanité dans pratiquement tous les pays du monde.
                          Le lien que j’ai posté précédemment au vôtre est une goutte d’eau dans l’océan et il faut imaginer que ceux fonctionnement mafieux affecte pratiquement tous les états.
                          Il s’agit d’une guerre de gangs qui transparaît au niveau politique par cette affaire Benalla mais qui est récurrente depuis des siècles...

                          C’est aussi une affaire qui dépasse même le cadre terrestre et qui montre ce qu’il advient d’une planète qui a oublié l’essentiel:la spiritualité.

                        • Croa Croa 1er août 2018 09:00
                          À zygzornifle,
                          Benalla est un voyou semi-mondain, c’est à dire un parasite mondain. Ce genre de type s’impose à sa victime. Dans son cas ça passe par une embauche mais c’est là un détail.

                        • Croa Croa 1er août 2018 09:10
                          Erratum, pas « semi-mondain », demi-mondain.
                          (Une personne demi-mondaine est quelqu’un qui s’introduit dans le monde des personnes fortunées ou influentes, le « monde » alors qu’elle n’y est pas née, par le culot, le sexe où plus simplement via un faux CV.)

                        • Eric F Eric F 1er août 2018 16:06

                          @Croa
                          les hiérarques ont, de tout temps, été entourés de séides...


                        • lloreen 31 juillet 2018 10:35

                          pardon:ce fonctionnement


                          • baldis30 1er août 2018 16:12

                            bonjour,

                            « Pour Edouard Philippe, le cas Benalla est une « dérive individuelle » »

                            Laissez les dériver , avant qu’ils n’intègrent la cohorte des virés.


                            • Eric F Eric F 1er août 2018 16:13
                              Ceci étant, le mois d’Aout va passer, et à la rentrée le personnage aura discrètement été mis de coté (avec une compensation) , on nous informera que les services de l’Élysée sont réorganisés dans la transparence, et les autres comparses se feront discrets quelques temps.
                              Le chapitre sera clos, surtout que le ralentissement de la croissance (eh oui, l’effet Macron a fait pschitt) aura des conséquences sur l’emploi et le budget.

                              • baldis30 2 août 2018 08:36

                                bonjour à tous

                                La saga des gagas de l’été continue :

                                https://actu.orange.fr/politique/affaire-benalla-des-auditions-de-policiers-contredisent-la-version-de-l-elysee-magic-CNT0000015lAmS.html

                                Est-ce que le concierge du fils de la mère de l’oncle du gardien du zoo de Vincennes était au courant ?


                                • sweach 2 août 2018 09:31

                                  @baldis30

                                  Haa ce feuilleton de l’été « Benalla » est passionnant vivement le prochain épisode, vous pensez que c’est tiré d’une histoire vrai ?

                                  Heureusement qu’on a ça à la TV pour nous faire oublier nos petit tracas quotidien.

                                • Attila Attila 2 août 2018 10:19

                                  Nous sommes quand même quelques uns à douter que l’affaire Benalla soit due à une volonté d’informer de la part des médias.
                                  Les médias possédés par la finance obéissent aux ordres. L’« affaire Benalla » n’est qu’un leurre pour atteindre Macron. La marionnette Macron aurait eu des volontés d’autonomie et désobéi à ses maîtres.
                                  Une pièce de plus au dossier : un article du journal britannique « The Guardian » reproche à Macron « d’avoir vendu son âme à Poutine » en livrant des tonnes d’aide humanitaire à la Syrie transportées par un avion cargo russe.
                                  L’Occident ne doit pas jouer selon le scénario de Poutine en Syrie
                                  .
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