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Mai 68, cinquante ans déjà : bond, rebond et volée

 

Mai 68, cinquante ans déjà : bond, rebond et volée

  Au moment des événements, j’étais dans mon berceau ; ou plutôt, dans mon lit : à 20h, fallait être couché.

J’ai découvert Mai 68, 15 ans après le mois de mai de l'année 1968.

Aujourd’hui encore, mais... quarante ans plus tard, je serais bien en peine d'en partager le ressac, les remous, les tourbillons et d’accompagner le retour des tous les enfants prodigues en commentaires de toutes sortes sur cette époque, à leurs yeux, bénite entre toutes les époques. 

Je pense aux discours qui ont été tenus et qui ont continué d'être débités ici et là, jusqu‘au début des années quatre-vingt ; je pense aussi à ceux qui les faisaient et les dé-faisaient tous ces discours, au gré des circonstances et de leurs humeurs.

Ceux qui ont tenu le haut du pavé, sont allés exercer leur talent dans la publicité, à la radio, à la télé ou bien, dans des journaux qui n'étaient pas toujours révolutionnaires, dans des gouvernements aussi ; des gouvernements de centre-gauche ; et puis fatalement, des gouvernements de droite, les jours de vaches maigres.

 Comble de paradoxe, et parce que le ridicule ne tue plus, d'autres encore ont fini chez les curés (ou les rabbins !) : "Après moi............ chacun pour soi et Dieu pour tous !"

D'aucuns verront là une tentative d'y trouver son salut, rédemption incluse, au terme d’un engagement illusoire, et/ou d'un fourvoiement jugé, après coup, vraiment trop indigne.

 Quoi qu'il en soit, tous ces convertis défroqués puis, reconvertis, dirigeaient des groupuscules dits d’extrême gauche (non, on ne ricane pas !). Je pense, en particulier, à la fameuse nébuleuse appelée "Gauche prolétarienne", entre autres groupuscules fameux et inconnus.

Après Mao........................... Dieu.

Soit.

Ah ! Ces gauchistes alors ! Toujours en quête d’absolu ; toujours à la recherche d’un chef, d‘un capitaine ou d‘une mère maquerelle à qui remettre la caisse et les clefs en fin de journée.

 A tous ces contestataires radicaux qui ont fini mercenaires - on pense à un Cohn-Bendit, devenu au fil des ans un archétype, celui de la trahison de la promesse que portait Mai 68 -, à un Henri Weber, à un Michel Field (aujourd'hui directeur de l'info de France-télévisions !)... et combien d'autres encore ! seul le pouvoir économique semble leur avoir échappé. Rien de surprenant à cela : dans les affaires, les dilettantes n‘y ont donc pas leur place car, foin des discours et de la limonade, dans ce milieu, on ne considère que les résultats : on vous jugera donc sur votre efficacité seule.


*** 

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 Lame de fond ouvrière sans précédent (9 à 11 millions de grévistes), en Mai 68, des langues se sont déliées, des carrières et des vies ont été brisées pour ceux qui, en poste, ont pris quelques risques, dans le privé comme dans le public ; des vestes ont été retournées aussi.

Des jeunesses ont été gâchées, d'autres perdues : on aura abandonné ses études pour poursuivre le beau rêve de Mai et ses leaders charismatiques (1).

affaires,litttérature,mai 68,auteurs,bourgeoisie,business,cultureAprès Mai 68, on a fait un peu plus l’amour : les femmes notamment.

On n’a plus fait la guerre. C'est vrai ! D’autres s’en sont chargés, sous d’autres tropiques, ailleurs, loin.

Certes, on a mieux vécu après Mai 68 qu’avant : des OS de chez Renault ont pu gagner un peu plus en travaillant un peu moins. C’était toujours ça de pris ; même si leurs fils et filles ne sont pas allés, pour autant, au lycée, à l’Université et dans les grandes écoles ou bien, dans des filières qui comptent vraiment, pour y réussir...

Et puis d'autres enfants encore, fruits d'une immigration de fin de guerres coloniales, d'indépendances et de travail. Ce peuple, alors invisible, a-t-il partagé l'esprit de Mai ? L'a-t-il seulement touché, sinon effleuré ?

En mai, on a interdit d’interdire, avant de jeter le bébé avec l’eau du bain ; la culture savante, dénoncée comme bourgeoise, a fini par raser les murs, tête baissée...

 Et puis le divertissement est arrivé, tête haute, triomphant sans conteste, Sylvester Stallone se voyant remettre les insignes de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres par un Jack Lang amusé ; Renaud et Guillaume Durand (chanteur et animateur de télé au vocabulaire de 300 mots), pour tenter de nous faire oublier Léo Ferré, Maurice Clavel et leurs contemporains.

 Certes ! Il y a fort à parier que les entrepreneurs de spectacles ne viendront pas nous vendre l’égalité des chances, la liberté et la fraternité, ni nous parler de la réalité et de la vérité des faits, des choses et des évènements de la condition humaine. Et pas d'utopie ni de théorie critique fumeuses non plus. Nul doute : ces producteurs-là seront tous irréprochables parce que... intègres ; et intègres parce que... sans projet... pour les siècles des siècles.

 Mais alors ! A qui les générations qui nous succéderont, demanderont-elles des comptes ? Et sur quoi ?

 

 

1 - La filiation la plus importante de mai 68 était la tendance anarcho-marxiste et la tendance situ-libertaire : Castoriadis, Lefort, Lyotard, Lefebvre, Debord, Vaneigem, Clouscard, tous déjà adultes et actifs depuis les années 50.

 

____________

 

 

affaires,litttérature,mai 68,auteurs,bourgeoisie,business,cultureQue reste-t-il de Mai 68 ?

Une fabuleuse mobilisation du monde du salariat et cinquante ans plus tard, un de Gaulle visionnaire qui avait tout compris dans le domaine des affaires extérieures et tout ignoré à l'intérieur - le Peuple français, sa famille -, un peu comme ses héros à la carrière professionnelle époustouflante qui ont raté leur vie d’homme… vie de père et de mari.

Bien sûr, les événements de Mai ont permis à la société française de combler le retard accumulé dans le domaine de la libération des moeurs, sans oublier les "usages" et les droits en vigueur dans l’entreprise, dans les universités, la famille : leur abandon ou leur réforme.

Néanmoins, distinguons le Mai des ouvriers et le Mai d’une jeunesse étudiante appartenant à un milieu privilégié. Les aspirations toutes légitimes de cette jeunesse nous ont tout de même conduits vers cette société du divertissement-plaisir qu’est la nôtre aujourd’hui avec sa haine envers quiconque refuse de s’amuser ou bien, quiconque n’en a pas les moyens ; haine de l’échec aussi.

 Et si, du côté des étudiants principalement, ce mouvement avait été un mouvement individualiste, hédoniste et matérialiste ? Penchants qui, à l’âge adulte, exigent des revenus confortables. Ce qui expliquerait bien des comportements quelques années plus tard et tout au long des années 80 et 90 ( se reporter à l'œuvre de Michel Clouscard.

 Souvenons-nous de l’expression ironique (sinon tragique) : "Et dire que ça a fait Mai 68 !"

 


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23 réactions à cet article    


  • Chez les Dogons, 50 ans, c’est un jubilé (changement de cycle,....). Mais je ne sais si nous pouvons l’appliquer à notre propre calendrier. 


    • Grâce au mouvement dit « écolos » nous avons au moins évité les pilules rouges et vertes pour nourrir les individus. Eh, les années soixante étaient assez futuristes,...


      • Jean Roque Jean Roque 12 mars 17:07

        1968 : naissance de gocho-le-collabo
         
        Suite à son échec du marxiste objectif, incité par le capitaliste à se réfugier dans une idéologie de grand remplacement :
         
        - le bourgeois fût remplacé par l’homme blanc
        - le prolétaire par l’immigré
        - le capitalisme par la civilisation occidentale opprimante

         
        Ainsi le gauchiste est devenu le collabo de son ancien ennemi, à la grande satisfactions des 2. Le premier pouvait continuer à pontifier et se croire révolutionnaire en fumant du shit et en se faisant tripoter par les petites filles, et le deuxième avait doublement baisé le premier. Et les 2 s’en prirent aux peuples, et firent l’apologie du saint sans-frontièrisme libéral libertaire. Démolition de la citoyenneté et du social dans le folklore multiculturel alibi du mondain.
         
        Gérard Miller, grand psy mondain, dirige le « Merdia » des soumis gocho-collabos du Capital sans-frontièriste, où travaille sa femme et son fils, a orchestré sa « riposte merdiatique » depuis un hôtel 5* de Val-d’Isère, 700-2700€ la nuit.


        • pallas 12 mars 17:20

          @Jean Roque

          T’inquiète, je suis un blanc.

          Un oublié, pas beaucoup de pognon.

          Je fume et bois des bières, un vrai déchet, ayant passé son adolescence sur un ban, en faisant l’amant.

          Fait cause des réalités, et non vérité, les fumiers ce logent tranquillement dans le 16 emes, et à la télévision, crachant leurs venin.

          Une bande de parasite.

          Salut


        • belin 12 mars 18:40

          @Jean Roque
          La baudruche fachoconne a parlé. Amen.


        • Diogène Diogène 12 mars 17:11
          « Voici qu’à l’avant-veille de la Pentecôte, un bruit devenu vite tapage, puis clameur, retentit d’un bout à l’autre du pays : l’essence est revenue. La révolution est finie ; les grèves vont cesser ; le temps est doux ; la mer, la campagne, la montagne nous appellent pour le long week-end. C’est la démobilisation générale. »

          Pierre VIANSSON-PONTÉ - Histoire de la République gaullienne (1971)

          • Jean Roque Jean Roque 12 mars 17:15

            « Le libertaire [Cohn le tripoté] témoigne d’un saut qualitatif des quantités accumulées qui, à un certain moment, accèdent à une systématique, à une structure libertaire de la société. Autrement dit, cette nature sociale libertaire ne fait qu’accomplir le mode de production libéral. Celui-ci achève son parcours comme libéralisme libertaire. (…) Avec le libertaire, le libéralisme accomplit son concept [Capital Total dirait Marx] » Critique du libéralisme libertaire, Clouscard
             
            « Ces joyeux gauchistes [gocho-le-collabo] pour qui le problème politique est celui de la victoire totale du principe de plaisir sur le principe de réalité, qu’il suffise de dire que celui-ci aboutirait [...] au monde des 120 journées de Sodome, bref à un monde monstrueux [bébé gpa acheté] »  Thucydide, Castoriadis
             


            • Diogène Diogène 12 mars 17:26

              @Jean Roque


              Cohn-Bendit n’était ni libertaire ni gauchiste, mais infiltré pour accomplir sa mission, exécuter son contrat : alimenter les caisse des groupuscules avec de l’argent dont certains connaissent l’origine. Le résultat a dépassé les espérances des sponsors et se compétences :
              « Je vivais au jour le jour […] Je n’avais aucune idée de l’issue. Je ne savais pas où était la limite, s’il y avait une limite. Je me sentais isolé, coupé. J’étais déraciné politiquement, incapable de mener le débat avec les militants gauchistes qui avaient, eux, leurs certitudes. Je suis parti parce que j’étais dépassé. C’était une fuite. »

              Daniel COHN-BENDIT témoignage de 1986

              Le problème de Cohn Bendit dans ses avatars successifs (rouge, vert, européiste, etc...) a toujours été de ne pas savoir quoi faire quand il est au milieur dela rivière.

            • belin 12 mars 18:45

              @Diogène
              Ce mec est un parasite de la société Française et Allemande , il n’a jamais rien fait ni produit quelque chose. S a seule gloire la tchatche , il s’écoute parler , se congratule , et donne les bons et les mauvais points. Une merde malodorante.


            • Lisez Guy Debord. La plupart voulaient mettre un point final à cette civilisation "merdique affalée devant son téléviseur et économisant pour le Club Med,... cette fois encore, il y avait de nombreux courants parmi la gauche,... 


              • Lisez le prophétique livre de B.G. : L’univers contestastionnaire. Il avait prévu le monde actuel,...retour du racisme et de l’extrême-droite.....


                • Antoine 12 mars 21:20

                  @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                  Il faut lire aussi Georgette Mouton, Jeunesse et genèse du nazisme qui ne fait pas dans la psychanalyse mais simplement dans l’histoire.
                  Si elle ne parle pas de notre temps,ce qu’elle dit de l’avant guerre nous éclaire sur les risques que nous courrons. Détruire l’ordre patriarcal ne peut que nous conduire à la pire des tyrannies.
                  Des hommes sans père se damnerons pour celui qui prendra cette place manquante.


                • Jean Roque Jean Roque 13 mars 00:34

                  @Antoine
                   
                  « Sous les pavés Le Pen » Clouscard
                   
                  Quand la nation est humiliée, l’homme trouve une autre patrie, moins abstraite, dit Arendt


                • @Antoine


                  Attention : il y a père et père. Ne parlait-on pas de Staline comme de : Petit père du peuple",... ?

                • Antoine 13 mars 20:28

                  @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                  L’œdipe est une brisure.
                  La réponse à l’œdipe, c’est la parole du père qui dit la loi.
                  Mais la loi qui doit être dite ce n’est pas la loi des hommes, c’est l’expression dans le langage humain de la loi naturelle dont l’enfant est victime et dont il doit prendre connaissance pour faire le deuil de cette brisure. Tu sera un homme mon fils, tu seras une fille ma fille.
                  Si le père manque à ce stade, il faudra bien qu’il revienne plus tard. Et là, il a le visage de Staline.


                • @Antoine

                  D’accord avec votre point de vie. Et l’éradication de la différence sexuellequi ne peut satisfaire l’inconscient régresse à un stade bien plus archaïque : la différence de races. 

                • Antoine 14 mars 13:32

                  @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                  Tout à fait.
                  C’est dans l’œdipe que nait l’altérité et que les individus se placent en relations aux autres.
                  Si l’oedipe n’est pas résolu la personne ne s’individualise pas et reste incapable de penser le je et le tu, mais reste coincé à nous et eux.


                • Parrhesia Parrhesia 12 mars 18:14
                  >>> Cohn-Bendit,devenu au fil des ans un archétype, celui de la trahison de la promesse que portait Mai 68 - <<<

                  La seule promesse jamais portée par mai 68 a été annoncée par le général de Gaulle lui-même : « la chienlit » !!!
                  Et cette promesse il suffit de constater le résultat global des hommes politiques qui lui ont succédé et de prendre connaissance des nouvelles du jour (quel que soit le jour et quelle que soit la source) pour réaliser que sur ce point aussi, il a toujours eu raison !!!

                  • Ernst 13 mars 07:55

                    Après 68, le taux de fécondité de l’Europe de l’Ouest et tombé progressivement à 1,3-1,4, soit environ 30% de population en moins par génération, tous les 35 ans. Les peuples de 68 auront quasi disparu en 3 générations, remplacés par des peuples « moins évolués », genre voilés où excisés...
                    On est bien au delà de la décadence consumériste !


                    • J’aimais beaucoup le point de vue de Robert Merle dans son livre : Derrière la vitre,...


                      •  C BARRATIER C BARRATIER 13 mars 18:54

                        68 ? CE FUT UNE EXPLOSION
                        Il y avait matière, la censure cassait la presse et le cinéma, radios et teles d’état dogmatiques et insupportables nous abrutissaient. Apres les abus « gauchistes » si on veut, il en reste l’essentiel , la liberté d’expression, l’écoute de l’autre, la libération de la femme...


                        • huitrier-pie huitrier-pie 13 mars 20:45

                          En 68 j’avais 15 ans, donc, je n’ai pas pu en suivre tous les événements, mais j’en ai encore un bon souvenir. Contrairement à ce qu’on veut lui faire dire, mai 68 n’était ni écolo, ni féministe, ni anti raciste, ni gay friendly mais un mouvement libertaire, avec une forte connotation sexuelle , une protestation contre le gaullisme moral qui maintenait la France dans le 19° siècle et un désir de libertés individuelles. La politique était partout, et paradoxalement les partis de gauche PCF et socialistes ont pris le train en marche du mouvement étudiant, suivis par des syndicats méfiants sans vouloir vraiment virer de Gaulle
                          L’émigré qui était à 80% un célibataire algérien ou marocain était avant tout un prolétaire exploité par les capitalistes et non un musulman, une victime du racisme.
                          La femme était une victime du patriarcat et son premier droit était celui de pouvoir baiser librement et de ne plus porter de soutien-gorge, le féminisme de De Beauvoir était peu écouté et les filles épluchaient les patates à la Sorbone. Se souvenir que tout a commencé le 22 mars, pour une histoire d’accès au dortoir des filles à Nanterre.
                          En dehors du FHAR très confidentiel, l’homosexualité n’était pas brandie comme un étendard. Quant à l’écologie, tout le monde s’en foutait, la seule culture attrayante étant celle du cannabis. L’industrie lourde était la fierté de la France, même de gauche.
                          Mai 68 aurait pu éliminer de Gaulle , mais hélas personne n’a osé ! Quand Mendès-France a timidement osé, Mitterrand et le PCF ont tout fait pour l’en empêcher. Il faut en retenir un grand désir de liberté et de recherche du plaisir, c’est déjà ça, mais c’est un échec politique. Un mouvement dans un pays e blancs de fils de bourgeois blancs, cultivés, irrévérencieux, mais ayant fait du latin, du piano et employant le subjonctif même en chiant sur la gueule à papa. 68 n’est plus réplicable


                          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 13 mars 21:07

                            Pompidou des sous ! Pompidou des sous ! Ton avant garde si tu savais où tu peut te la mettre...et les prolos de l’époque n’étaient déjà pas dupes.

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