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Mais pourquoi ne pas jeter à la poubelle tous les bons chiffres de l’économie chinoise ?

Dans la vidéo du 16 septembre 2015, Alexandre Mirlicourtois se fait tout à coup prophète : « Chine : pourquoi la panne sera longue  », tout en se plaçant sous une autorité dont rien ne démontre qu’elle soit d’une extrême fiabilité :
« L’économiste Patrick Artus a raison : la Chine est déjà en hard landing [atterrissage difficile]. »

Or, ainsi que les voies de Dieu, les raisons de Patrick Artus sont sans doute impénétrables, et notre Alexandre de passer immédiatement à la suite :
« La bonne question est donc de savoir si l’on peut envisager un redressement et à quel horizon. »

L’Occident va sérieusement se pencher sur le chevet de l’animal malade, et lui prescrire un traitement… Remarquons, tout d’abord, que cet animal lui-même ne se sait pas malade. C’est l’économie occidentale qui le lui dit. Ainsi, les quelques bons chiffres qu’il croit pouvoir mettre en avant, ne sont justement pas les bons… foi d’Artus
« On le sait, le compteur « truqué » du PIB officiel chinois indique toujours 7% quand la vitesse réelle est plus proche de 2. »

À ce train-là, voici la Chine quasiment en péril de mort pour les toutes prochaines années, et nous avec elle. D’ailleurs, le bilan – le vrai – est tout à fait significatif, et encore n’en avons-nous que le début. C’est ce qu’affirme la parenthèse qui apparaît vers la fin du paragraphe…
« Chute de la compétitivité-coût avec la hausse rapide des salaires ; saturation des besoins en logements et en infrastructures, sous-utilisation des capacités de production, dynamique déflationniste, bulles sur les actifs et krachs boursiers, endettement excessif, sont autant d’indices (et la liste n’est pas exhaustive) d’une économie en crise.  »

Et pour anéantir toute chance de rester même sur un petit rien d’illusion…
« De crise, non pas cyclique, mais structurelle et durable. »

Sauf médication occidentale, la Chine est donc perdue… Il y avait eu l’heureux temps de l’« atelier du monde » dont il est maintenant certain qu’il convenait parfaitement aux pays impérialistes…
« Or que voit-on aujourd’hui ? L’ultra-compétitivité de la Chine a disparu en raison de la flambée des salaires : près de 14% en moyenne par an depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001 : soit une multiplication par 5 en moins de 15 ans. »

Voilà des chiffres (dont il ne semble pas que Patrick Artus ait osé dire qu’ils étaient complètement farfelus) qu’il vaut mieux laisser ignorer à la main-d’oeuvre française attelée à la production… chiffres qui interviennent dans un contexte où règne le plein emploi… Chiffres donc, qu’il vaut mieux ne pas répercuter auprès des victimes du chômage et de la précarisation qui courent les rues dans ce beau pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité les plus affirmées… D’autant qu’il faudrait ajouter que, pour se trouver doté d’un parti communiste aussi performant sur ce terrain que le parti communiste chinois, il faut – ce qu’a fait la Chine – en passer par la dictature du prolétariat ouvrier et paysan. Horreur sans pareille !

Et tandis qu’en France, c’est bien la jeunesse non bourgeoise qui s’apprête à trinquer, tandis qu’une partie notable de ses effectifs aura véritablement affaire aux rigueurs de l’exploitation intégrale et continue, ou au chômage intermittent et sans fin, qui pourrait s’étonner de ce que signifie, en comparaison du sien, le sort d’une jeunesse chinoise qui ne paraît plus être placée, elle, sous le signe de « l’atelier du monde ».

En effet, pour la Chine, l’entrée dans l’OMC, au-delà d’une apparente intégration à l’univers capitaliste, a été soigneusement reliée, par le parti communiste chinois, à une dynamique de hausse des salaires qui visait le très long terme… en même temps qu’à la prolongation d’une politique familiale dont nous voyons Alexandre Mirlicourtois nous indiquer ce résultat qui ne peut que déplaire à l’Occident :
« Tout cela dans un contexte de vieillissement démographique, de moins en moins compatible avec l’idée de pays atelier. »

Ce qui signifie que l’ancien système – celui de ce que j’ai appelé : l’accumulation primitive – est bouclé en Chine, et jusque dans le processus de remplacement des générations…

Quant aux solutions à la crise chinoise que Patrick Artus lui a fait voir, Alexandre Mirlicourtois nous avoue tout à coup qu’il n’y en a pas, qu’il n’y en a plus. Autrement dit : tout est fichu…
« Le niveau d’innovation progresse en Chine et l’effort en R&D [Recherche et Développement] s’intensifie année après année mais il reste beaucoup plus faible qu’au Japon ou qu’en Corée. De même, le niveau de qualification de la population reste nettement inférieur à ses deux plus proches concurrents : la part de diplômés de l’enseignement supérieur dans la population active est inférieure à 17% alors qu’elle dépasse les 40% en Corée comme au Japon. Il manque des ouvriers très qualifiés, des ingénieurs mais aussi tout l’encadrement c’est-à-dire les manageurs. »

Ce qui sous-entend que le parti communiste chinois ne vaut décidément rien du point de vue de l’encadrement général de cette Chine que voici bientôt retombée aux environs de 1902, quand John Atkinson Hobson s’inquiétait de la voir offerte, et jusqu’à la moelle, aux intérêts occidentaux…

Tout ce cinéma que se joue l’Occident repose sur le fait qu’ici les statistiques sont utilisées pour un pays de plus d’un milliard et trois cent millions de personnes comme s’il s’agissait d’une ville de 25.000 habitants qui serait née de la dernière pluie… Nul n’en fera le reproche particulier à Alexandre Mirlicourtois… En France, pour ne prendre que cet exemple, il semble que, ni le matérialisme dialectique, ni le matérialisme historique, ne sont plus du tout enseignés à l’école primaire par aucun des exercices qu’elle propose… Or, ceci n’a pas toujours été le cas. Comprenne qui pourra.

En attendant, nous voici bien bêtes en face du système chinois. Et c’est sans crainte de choquer qui que ce soit que, le 4 novembre 2015, Alexandre Mirlicourtois en sera venu à sombrer dans un déni de réalité qui ne devrait rassurer personne :
« Ras le bol du PIB truqué chinois (et de ceux qui s’y laissent prendre) »

C’est là le titre de sa vidéo.

La décompression aura pris une dimension étourdissante… Et qui, en France, pourrait n’en pas être partie prenante, compte tenu de tous ces systèmes d’intoxication dont le peuple français est lui-même extrêmement friand ?
« Disons-le sans précaution de langage : ras le bol de la soumission à la propagande statistique chinoise. Ras le bol de ces données reprises en boucle dans tous les médias, par les économistes, par les institutions internationales : des données de croissance qui, seul exemple au monde, atteignent immanquablement à 0,1% près les prévisions officielles. Comme en Union Soviétique autrefois où les objectifs du plan étaient toujours atteints, voire dépassés ! »

Mais c’est pourtant bien de la solidité de ces chiffres-là qu’Hitler est allé s’enquérir en juin 1941… Dès le 16, Joseph Goebbels croyait pouvoir jouer les gros bras :
« Sur la valeur des hommes et du matériel, il n’y a aucune comparaison possible entre eux et nous. La percée se fera en différents points. Ils vont se faire écrabouiller. Le Führer estime que l’opération prendra quatre mois, je pense que ce sera beaucoup moins. Le bolchevisme va s’effondrer comme un château de cartes. Nous sommes à la veille d’un triomphe sans précédent. » (Joseph GoebbelsJournal 1939-1942, Tallandier 2009, pages 308-309)

Alors que l’attaque a démarré le 22 juin, dès le 1er juillet un doute s’insinue dans l’esprit de l’anti-bolchevique par excellence :
« D’une manière générale, les choses se présentent bien, mais les Russes opposent plus de résistance qu’on ne l’a supposé au début. Nos pertes en hommes et en matériel ne sont pas totalement insignifiantes.  » (Idem, page 319)

Le 24 juillet, une certaine inquiétude commence à s’étendre sur l’Allemagne hitlérienne. Elle se manifeste jusque dans le Journal de Goebbels :
« L’ambiance dans le Reich est devenue un peu plus grave. On commence à prendre peu à peu conscience que la campagne de l’Est n’est pas une promenade vers Moscou. » (page 343)

Et c’est ici qu’Alexandre Mirlicourtois pourrait trouver les réponses aux questions que lui fait se poser la malheureuse révérence qu’il croit devoir aux travaux d’un Patrick Artus

Le 12 août 1941, Joseph Goebbels écrit plus particulièrement les deux tout petits textes que voici :
« Notre connaissance des armes soviétiques était imparfaite avant la campagne ; en particulier, nous ne savions pratiquement rien de l’existence des blindés géants, et surtout pas qu’ils seraient capables d’en fabriquer un nombre pareil. » (page 355)
« Concernant le perfectionnement technique des armes, l’adversaire nous est supérieur sur bien des points. Par exemple, chaque blindé a son propre périscope. Chaque chef de section en possède un. Chez nous, il ne peut en être question. » (page 355)

Bon voyage en Chine, pour l’impérialisme, ou économique, ou militaire !

NB. Cet article est le cent-trente-et-unième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici


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2 réactions à cet article    


  • Ilan Tavor aka Massada Ilan Tavor aka Massada 5 août 13:26

    Vive les chinois, les russes, les cubains, les iraniens et Nicolás Maduro !

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