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Accueil du site > Tribune Libre > « MédiAcratie » ou « médiOcratie », M. Rocard ?

« MédiAcratie » ou « médiOcratie », M. Rocard ?

Invité des « Matins de France Culture », mardi 28 octobre 2008, M. Michel Rocard s’en est pris à l’une de ses bêtes noires favorites, « la médiacratie ». Il désigne sous ce vocable l’emprise qu’exercent les médias au point de dicter à la vie politique son calendrier et ses choix. La télévision y occupe une place prépondérante en délivrant « l’information par l’image ».

M. Rocard fait à celle-ci deux reproches : 1- elle est incapable de rendre compte de la complexité des problèmes par la simplification outrancière qu’impose l’image ; 2- et elle ne peut les exposer dans leur durée toujours très longue, puisque ne l’intéresse que l’immédiateté, une information chassant l’autre pour prévenir le zapping du téléspectateur incapable de soutenir longtemps son attention. M. Rocard y voit à terme la ruine de la démocratie par l’accès des plus médiocres au pouvoir, puisque ce ne sont pas les idées qui importent, mais l’apparence physique de celui qui parle et parade.

Une des significations du paradoxe, « le médium est le message »

On ne saurait contredire M. Rocard. Mac Luhan a, dans son essai, Pour comprendre les médias, paru en 1968 (le Seuil), formulé un paradoxe devenu célèbre : « le médium est le message ». Et l’une de ses interprétations est la primauté de l’apparence physique de l’émetteur sur ce que celui-ci peut énoncer. La séduction sexuelle, en particulier, conduit le récepteur à être fasciné avant tout par la beauté de celui ou de celle qui s’exprime, quoi qu’ils disent l’un et l’autre. Il suffit de voir « le casting » des présentatrices de télévision. Quel critère est déterminant ? Leur grâce ! Le reste importe peu. M. Rocard peste sans doute, sans le dire, contre le charme de Mme Ségolène Royal qui lui donne à l’écran un avantage auquel il ne peut prétendre, malgré la séduction intellectuelle qu’il exerce, car M. Michel Rocard est toujours intéressant à écouter. Mais, justement, l’image anéantit la séduction intellectuelle au profit exclusif de la séduction sexuelle.

Cette observation rappelle un sondage Ipsos-20 minutes que l’on a analysé sur Agoravox le 3 octobre dernier (1) : il était prétendu que 61 % des Français estimaient être mieux informés par la télévision. On y dénonçait la fascination de l’image chez une majorité de Français assez peu préparés à la lire pour être capables de soutenir pareille naïveté. On serait donc tenté de donner raison à M. Rocard. Quand une majorité de citoyens plébiscitent « l’information par l’image », on est assuré que les leurres, qu’elle comporte structurellement, leur sont inconnus et qu’ils s’y laissent prendre comme des benêts.

La truite et le citoyen

Pourtant est-ce bien ainsi que le problème doit être posé ? Peut-on reprocher aux médias et à la télévision en particulier de jouer de leurs pouvoirs de séduction truffés de leurres ? N’est-ce pas reprocher à un pêcheur à la ligne d’utiliser, selon la saison, tantôt un petit ver rouge, tantôt la mouche artificielle pour attraper des truites ? Pourrait-il espérer en capturer s’il agitait seulement un hameçon nu dans l’eau ? Oui, objectera le spécialiste, à la pêche à la cuillère ! Même pas ! Une cuillère est un dispositif qui autour d’un jeu d’hameçons fait tourner et briller dans l’eau une palette pour lancer des signaux visuels vibratoires susceptibles de provoquer chez la truite un réflexe alimentaire ou agressif.

Les médias, comme le pêcheur, ne sont si efficaces que parce qu’ils usent de leurres bien rodés qui trompent leurs cibles à leur insu. On ne peut leur en faire grief. Ils sont dans leur rôle. S’il y a un reproche à faire, n’est-ce pas à la truite imbécile qui saute inconsidérément sur le ver ou sur la mouche sans se douter qu’elle court à sa perte ? Les récepteurs qui gobent pareillement ce que leur livrent les médias et en particulier la télévision avec ses minets et minettes de journalistes, ne sont-ils pas tout aussi inconscients ? Il s’agit moins de « médiAcratie », ou gouvernement des médias, que de « médiOcratie » - ou gouvernement des médiocres.

Un enseignement scolaire déficient

On observe, toutefois, une différence de taille entre la truite et le citoyen qu’abusent, pour l’une, les leurres du pêcheur et, pour l’autre, ceux des médias. Il n’existe pas, sauf erreur, d’école pour les truites, alors que ça fait 120 ans que les futurs citoyens sont obligés d’y aller. On se demande ce qu’ils y apprennent ! Sûrement pas à se défendre contre les illusions de l’image et les leurres des émetteurs ! Pas plus il y a cent ans qu’aujourd’hui !

Car le problème n’est pas nouveau ! On garde en mémoire la sinistre période de 14-18 où les journaux sans crainte aucune de se discréditer auprès de leurs lecteurs, les égaraient à coups de leurres grossiers. Patriotisme et nationalisme obligeaient ! Ainsi L’Intransigeant - on se demande envers quoi ! -, le 17 août 1914, transigeait-il avec la réalité en ces termes sous le titre « Camelote allemande » : «  Nos soldats, lisait-on, ont pris l’habitude des balles allemandes et des shrapnels (obus remplis de balles qu’ils projettent en éclatant)... Les shrapnels, en effet, éclatent mollement en l’air, et tombent en pluie de fer inoffensive ou s’enfoncent dans la terre sans éclater. De plus, le tir est mal réglé... Quant aux blessures causées par les balles, elles ne sont pas dangereuses... Les balles traversent les chairs de part en part sans faire aucune déchirure. De sorte que les grands trains de blessés (sont) remplis de jeunes garçons atteints par des balles et qui, pourtant, rient avec une réconfortante bonne humeur. » Quelle honte, quand on voit tous ces monuments aux morts dans les communes françaises !

On a inventé à l’époque la notion de « bourrage de crâne  ». Mais n’est-ce pas la même optique adoptée par M. Rocard, quand il dénonce « la médiacratie » ? Dans les deux cas, la responsabilité de ces leurres n’est-elle pas imputée aux médias qui les diffusent et non aux récepteurs qui s’y laissent prendre ? Or, pour qu’il y ait « bourrage », sans doute faut-il "un bourreur", mais ne faut-il pas surtout des « bourrés », c’est-à-dire des lecteurs ou des téléspectateurs qui n’opposent aucune résistance au « bourrage de crâne » ?

La qualité médiocre de l’information disponible aujourd’hui renvoie donc bien à la naïveté de la majorité des Français incapables de se défendre contre les illusions des médias et les leurres des émetteurs. Or, à son tour, cette naïveté renvoie obligatoirement dans un pays où la scolarité est obligatoire depuis 120 ans à la formation initiale reçue. Pour que « la médiAcratie » ait cours, il faut que « la médiOcratie scolaire » lui fournissent ses contingents de citoyens désarmés, comme le sont les truites dans leur nudité qui fondent, les écervelées, sur le ver rouge, la mouche ou la cuillère pour leur perte et la plus grande joie du pêcheur. Paul Villach



(1) Paul Villach , « Un sondage Ipsos-20 minutes : les Français préféreraient l’information par l’image. Mais savent-ils la lire ?  » Agoravox, 3 octobre 2008.


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21 réactions à cet article    


  • Cher Paul VILLACH

    J’ai beaucoup apprécié votre texte qui a, comme d’habitude, le grand mérite de nous replacer en face de la triste réalité des pratiques pour "gogos". Oui l’école manque à ses devoirs car au-delà d’un savoir minimum qu’elle n’est même plus capable de dispenser elle s’avère également et surtout incapable de développer l’esprit critique. Qui osera un jour prendre tout cela à bras le corps ???


    • Gilles Gilles 29 octobre 2008 17:59

      Oui mais Paul Villach oublie un détail

      C’est que les industriels du bourrage de crâne, les fabriquants de leurres, innovent en permanence. Moults diplômes du supérieurs, type marketing, sont spécialisés pour former des "bourreurs" trés bien rémunérés.

      Personne ne se ferait encore prendre à la propagande ridicule de la guerre mondiel n°1. En revanche, nous sommes démunis quant de nouveaux moyens de propagandes déboulent, car nous ne savons même pas qu’ils existent.

      C’est comme pour les images subliminales. Comment les détecter ou apprendre à éviter ce que nous ne voyons pas ? Pas simple...

      Et les leurres sexuels ? Même si on les détecte on s’en délecte smiley C’est sûrement pour ça que les pubs avec de belles nanas exhibitionistes restent inchangées ; tout le monde a compris le truc mais tout le monde y succombe

      Même le citoyen le mieux informé, le plus lucide, le plus volontaire ne peut y échapper. Il peut juste limiter les dégâts et comprendre ce qui lui arrive ; comprendre que l’on est manipuler c’est déjà pas mal, non ?

      Quant à Ségolène, oui, il m’est arrivé d’essayer de l’imaginer nue ... ... Martine Aubry ou Rocard, jamais ! Là on y peut rien !.


    • Emile Mourey Emile Mourey 29 octobre 2008 11:51

      Cher Paul Vilach

      C’est bien de faire un article, mais ce qui serait encore mieux serait de voter contre le "bourrage de crâne" que je dénonce, avec preuves à l’appui, dans l’article que je propose "Mon rêve : Rachida Dati à la Culture".


      • LE CHAT LE CHAT 29 octobre 2008 12:44

        Bon article , c’est d’ailleurs la tendance actuelle à abaisser le niveau scolaire , la médiocratie scolaire , pour avoir à disposition une masse d’esclaves maléables et incultes à qui on pourra faire gober n’importe quoi , la médiacratie ! et ça marche ! y’a qu’à voir aux states comment les cons croient dur comme fer que Saddam avait des ADM ! et comment en France certains ont cru à la présidence du pouvoir d’achat !


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 octobre 2008 15:12

          Article très pertinent : Je suis comme vous tenté de distinguer médiocratie et médiacratie, mais je serais plus sévère que vous à l’égard des journalistes qui ne font dans la presse écrite que relayer les rumeurs de la médiacratie sans s’interroger sur leur propre médiocratie, laquelle commence par le refus de lire et d’analyser d’une manière critique les images, les textes et les actes pour se faire les commentateurs serviles des images chargées de présupposés latents, donc manipulées et manipulatrices dont est abreuvé le plus grand nombre.

          C’est moins le poids des images qui est responsable de cette dérive que le mise au service de la pub et des grands groupes financiers de la presse qui, dans son ensemble, refuse la réflexion citoyenne. Du reste accuser sans partage la médiacratie fait l’impasse sur le fait qu’une culture critique de l’image et de la sondocratie sur laquelle elle fait fond manque tout à fait dans l’éducation des (toujours futurs) citoyens .

          Une autre médiacratie réfléchie de l’image et du son est possible. La médiocratie commence lorsque cette culture au sens noble et donc en liaison avec la (re)lecture et le débat critique interprétatif vient à manquer

          M.Rocard n’est-il pas lui-même à la fois victime et responsable de cette simplification extrème qu’il dénonce dans son refus des images en général ?


          • Lord Mad Michel Caruso 29 octobre 2008 16:13

            En utilisant le terme de médiacratie, il aurait été utile de mentionner l’ouvrage du même nom écrit par le regretté François Henri De Virieu qui a "théorisé" en premier ce concept en 1992...


            • docdory docdory 29 octobre 2008 16:16

               @ Paul Villach
              A quand des cours d’esprit critique au lycée , et , pourquoi pas , au collège ? Les simples cours de philosophie en terminale sont trop tardifs pour développer l’esprit critique .


              • Gilles Gilles 29 octobre 2008 18:10

                C’est pas à la mode ! Il parait que la France était un pays ou l’enseignement donnait une large part au dévelopement de l’esprit critique (contrairement aux USA ou a la Finlande qui sont sur le créneau de l’uniformisation et que l’on nous sert en modèle) .

                Mais dorénavant, c’est lire, écrire, compter au primaire. Apprendre un métier pour s’insérer dans la valeur travail aprés. C’est bien le but affiché non ?

                Il parait qu’en France "on pense trop (C Lagarde") alors développer l’esprit critique, merde alors ! ça va encore faire une génération d’enmerdeurs pas content

                Mieux vaut une armada de secrétaires qui écrivent sans fautes que des bac + XXX qui connaissent leur histoire, Kant et Marx et pointent au chomdu (je plaisante bien sûr)


              • oncle archibald 1er novembre 2008 13:21

                @ Doctory :

                En seconde au lycée Pierre de Fermat à Toulouse, un « simple » professeur de Français-Latin-Grec chargé également des cours « d’instruction civique » achetait de sa poche l’ensemble des quotidiens qu’il pouvait trouver, du Figaro à l’Huma, en passant par les quotidiens régionaux, et nous confiait pendant l’heure hebdomadaire consacrée à la-dite instruction civique le soin de comparer les commentaires d’un même évènement relaté et présenté de façon très différente lorsqu’il avait une « incidence politique possible ».... C’était en ... voyons voyons... 1944+16 = 1960 .... C’était le bon temps !! Je ne doute pas qu’il ait été critiqué par ses collègues qui eux connaissaient sans doute ses opinions politiques, mais j’avoue que moi le potache je ne les ai pas ressenties...

                Croyez vous cela possible aujourd’hui ? J’imagin,e que ce brave prof ne pourrait même pas poursuivre son action sans se faire traitre de « facho » ou de « gaucho » par son syndicat, ses collègues, les parents d’élèves et même les élèves bien remontés par les précédents...Qu’est ce qui a changé depuis 1960 ? les profs ? les gamins ? les deux ? qui peut être géné par une recherche d’objectivité ? Si Mitterrand détestait Rocard c’est parce que c’est un homme de vérités.... La Vérité et l’Objectivité ne sont plus de mise à ce jour. La politique spectacle règne en maîtresse des deux cotés ! Nos enfants et nos petits enfants sauront-ils remettre ces valeurs à leur juste place ? Vivront-ils comme nous en démocratie ? Seront-ils éternellement des « consommateurs » de leurres pour revenir au sujet de l’article ?


              • Gilles Gilles 29 octobre 2008 17:50

                "S’il y a un reproche à faire, n’est-ce pas à la truite imbécile qui saute inconsidérément sur le ver ou sur la mouche sans se douter qu’elle court à sa perte ?"

                Bien vu ! Dieu, ou la Mère Nature, a fait la truite ainsi. Ils ont aussi crée l’homo télévicus qui vote inconsidérément pour le beau parleur sans se douter qu’il court à sa perte.

                Cela légitime totalement le pêcheur, pardon le démagogue, qui n’a d’autre choix que de profiter des fruits que Dieu ou la Mère Nature lui a donné dans l’abondance. L’ordre des choses est bouclé et heureusement que Dieu, ou la Mère Nature (j’insiste) à aussi crée ces êtres supérieurs pour nous pêcher - heu pardon - faire pêcher - noooon - Guider, voilà ouf !


                • cordier 29 octobre 2008 22:18

                  Bonjour !

                  Votre pensée est caricaturale. il est faux de dire qu’un homme politique est élu pour son physique. Je ne pense pas que Sarkozy a été élu parce qu’il est plus beau que Ségolène Royal.
                  Vous avez de drôles d’idées sur les milieux populaires qui sont beaucoup moins idiots que ne le pense la majorité des bourgeois du centre de Paris de la banlieue ouest ou de nos villes de province.
                  Rocard par exemple est souvent très alambiqué et incompréhensible dans ses explications. Je pense que c’est une preuve d’intelligence de ne pas voter pour quelq’un qu’on ne comprend pas
                  Je doute que la propagande de guerre entre 1914 et 1918 ait été d’une très grande efficacité. Les gens n’étaient pas dupes (notamment les militaires rentrant du front)
                  En parlant de citique, déjà Aristote disait qu’il fallait se méfier des "lieux communs". Dire que le peuple est idiot est un "lieu commun" ainsi que dire que Rocard est "compétent" ou que "l’éducation nationale est un désastre" ou encore "les médias nous manipulent".
                  Cependant, je suis d’accord avec vous Mr Villach sur le constat sur l’école. Non pas parce que je l’entends dire couramment (c’est un lieu commun) mais parce que je le vois tous les jours. Je pense aussi que Rocard a bien négocié les accords de paix en Nouvelle Calédonie. Un "lieu commun" peut dire des choses vraies.
                  Apprendre aux élèves à critiquer ! Critiquer juste demande de maîtriser beaucoup de choses. D’abord des connaissances (je suis incapable de critiquer la théorie du chaos structuraliste parce que je n’y connais rien),. Ensuite la grammaire. Puis le vocabulaire (le fameux "je vous ai compris’ du général...). Enfin, la dialectique, la rhétorique, la logique, l’histoire et ses sciences annexes, la psychologie, la science politique, la communication, l’économie... Bref il y a fort à parier qu’apprendre la critique à des lycéens risque de transformer une classe en café du commerce et un professeur en maître à penser politique, en gourou quoi ! Personnellement je serai incapable de critiquer de manière pertinente un arrêt un peu complexe de la cour de cassation, je n’ai pas les connaissances de l’affaire, la culture juridique, la maîtrise du vocabulaire technique etc. necessaire pour le faire intelligemment.
                  Je pense, Mr Villach que vous devriez enseigner aux élèves ce qu’on attends d’un prof de français, la maitrise de la grammaire, du vocabulaire, l’argumentation et savoir exprimer ce qu’on ressent. C’est déjà pas mal !!! Les obliger à critiquer sans leur donner les moyens d’avoir une critique intelligente est faire passer la charrue avant les boeufs.


                  • Céline Ertalif Céline Ertalif 29 octobre 2008 23:22

                    Je me souviens très bien que les enseignants du Supérieur, ceux qui ne cessaient de nous dire que les enseignants du secondaire n’étaient que des intellectuels ratés (qui avaient moins bien réussi qu’eux-mêmes, enseignants du Supérieur, naturellement), ces enseignants supérieurs donc étaient très attachés à la méthodologie de la dissertation. Laquelle méthodologie de la dissertation n’a jamais eu à mes yeux de plus grand mérite que de rendre la copie de l’étudiant plus transparente et donc plus facile à évaluer. La réalité de la construction intellectuelle, c’est qu’elle passe par un chemin littéral avec des repères et des incertitudes qui rende le trajet sinueux, d’une longueur et d’une durée parfaitement aléatoire. Je ne disserterai pas plus longtemps pour dire pour que les baronnies de la science ont aussi leurs petitesses corporatistes et que l’esprit critique est autant une vertu qu’une science.

                    Je suis plutôt d’accord avec Paul Villach pour rappeler à la nécessité de la vertu dès lors qu’il s’agit de citoyenneté, et que cela concerne autant le menu peuple que les élites dans les allées du Pouvoir. Pour autant, dès lors que l’on a une responsabilité publique, on ne peut ignorer que la capacité d’attention de nos concitoyens est limitée et qu’il faut composer avec ces limites. Le choix est entre le respect de la contrainte de la simplicité et la démagogie. Dans une démocratie, le rôle des représentants élus est de rendre identifiable les alternatives fondamentales en obligeant les techniciens à rendre compte de leur efficacité et de la limite de leurs compétences. Cela rend le rôle des élus fragiles, ils préfèrent presque toujours se montrer en techniciens compétents, et bafouiller eux-mêmes le langage technocratique, plutôt qu’exposer les incertitudes et les limites des choix qu’ils discernent. Quand les maîtres ont besoin de faire croire qu’ils maîtrisent, les voix de la démagogie chantent.



                    • maxim maxim 30 octobre 2008 10:08

                      et si l’on pouvait un peu évoquer ne serait ce que le bon sens .......

                      c’est d’ailleurs malheureux qu’en 2008 ,les gens se laissent leurrer ,hypnotiser même ,par des images ,par le charisme et la séduction de tel ou telle personne ,ne sachant plus faire le distingo entre ce fameux bon sens et ce leurre .......

                      nous sommes dans une société où il n’est pas bon de présenter une allure désavantageuse ,où le paraitre compte plus que l’être ,c’est l’effet vicieux d’une société de consommation où l’attrait de ce que l’on voit derriére la vitrine fait rêver et agit sur l’inconscient en altérant le jugement .....

                      juste un petit test ,dans une file d’attente ,si une superbe créature vous demande de passer parce qu’elle est pressée ,vous lui direz " mais oui ,je vous en prie !" tout ravi que la belle vous ait demandé quelque chose ,elle s’est interessée à vous un instant ..

                      si c’est une bonne femme ordinaire pas trés bandante ,une Madame Michu avec son cabas et ses kilos mal répartis vous lui direz " chacun son tour madame ,y’a pas de raison ! "

                      relayé également par les publicités ,même dans une pub pour un produit ménager ,la prétendue ménagère qui nous vante un produit pour nettoyer les chiottes présente un physique agréable ,une voix suave ,bref ,une bobonne idéalisée qu’un mari aimerait bien retrouver à la maison le soir en rentrant du boulot ......

                      oui,les gens sont fascinés ,on vit dans une période de fascinés ,de clinquant ,de bruit ,de lumière ,de facilité ,et ces gens ,et nous en sommes tous plus ou moins partie ,n’ont plus le jugement suffisant pour distinguer le vrai du leurre .

                      nous ne sommes que des victimes d’images ,le simple bon sens a disparu depuis bien longtemps !


                      • CAMBRONNE CAMBRONNE 1er novembre 2008 15:40

                        BONJOUR PAUL

                        Pour appliquer votre recommandation je vais vous critiquer :

                        Prenons l’exemple de la propagande de la guerre 14/18 : aujourd’hui non seulement plus personne ne se laisserait abuser par ce genre d’inepties, donc il ya progrès mais en plus , personne ne croit plus en rien même si c’est vrai .Prenons l’épisode de l’embuscade en Afghanistan . Vous verrez que le doute prévaut même si après moultes circonvolutions on est arrivé à une bonne connaissance des faits .

                        Le peuple n’est pas si stupide que ça et il sait en général quand on lui ment ; Le problème est qu’il n’est pas toujours dubitatif à bon escient . Nous sommes entrés dans la civilisation du relativisme dans laquelle tout vaut tout , vérités comme mensonges car personne n’est en mesure de faire le tri entre les infos . De plus "le peuple" s’en tamponne et n’est vraiment interessé que par ce qui le touche personnellement .

                        Là où je vous rejoins c’est pour dire que plus de culture ne peut que développer l’esprit critique .

                        Un grand bémol cependant : Les dirigeants nazis n’étaient pas les brutes épaisses que l’on nous a décrit mais beaucoup étaient des Herr doktors très cultivés et diplomés .

                        Pour parler de séduction par le physique : Hitler n’était pas beau . Staline non plus .Musssolini, ridicule et Franco avait l’air d’un épicier espagnol .

                        Seul PETAIN était beau et séduisait les masses par son aspect .

                        Bien à vous , Salut et éducation !



                        • CAMBRONNE CAMBRONNE 1er novembre 2008 16:07

                          ENCORE MOI

                          Quand je parle de dirigeants nazi, je veux parler de tout l’encadrement y compris à des niveaux relativement modestes . Idem pour les soviétiques .

                          La culture n’est pas suffisante pour éviter le bourrage de cranes quand une idéologie prend le dessus . Seule une autre idéologie peut en venir à bout et par la force !

                          En Occident, nous n’avons plus d’idéologie dominante et nous pratiquons la politique du chien crevé au fil de l’eau . Du moment que l’eau n’est pas trop froide ou trop chaude, ce chien là n’en a rien à secouer si ce n’est une puce de temps en temps .

                          En terre d’islam c’est autre chose et question bourrage de mou ils en sont encore à un stade antérieur à celui de la guerre de 14/18.

                          Je soumets ces modestes réflexions à votre sagacité et votre esprit critique , mon cher Paul .


                        • ffi ffi 1er novembre 2008 20:18

                          Il y a un moyen radical de défendre son esprit critique : Eteindre la télévision.
                          Les sources d’informations alternatives ne manquent pas.
                          Et je vais vous donner une raison supplémentaire : depuis aujourd’hui, 1er Novembre, le CSA va faire passer un message sur les télévisions de France et de Navarre (allez voir ici : http://www.csa.fr/infos/textes/textes_detail.php?id=126993 et ici pour l’historique http://nobabytv.org/). A noter aussi quelques études montrant lien entre le déclanchement de l’autisme et le fait de placer bébé devant la télévision (1 cas sur 2000 il y a trente ans, 1 cas sur 150 aujourd’hui). C’est une chose que j’ai moi-même constaté (et qui est à l’origine de ma décision de boycott).
                          Laissons donc les médias pipeauter entre eux et retrouvons-nous, les copains, les voisins, les amis, les amours, les emmerdes, bref la solidarité joviale et naturelle du peuple.
                          Les choses sont claires : A force de niaiser, de s’hypnothiser et de s’aveugler devant un écran, comme des lapins devant les phares d’une voiture, il ne faut pas se plaindre de se faire écrabouiller la cervelle. Alors à quoi bon continuer de s’isoler devant les écrans et de râler sur ce qui s’y passe ?
                          Ceci n’expliquerait-il pas l’état désastreux de la démocratie ?
                          Ceci n’expliquerait-il pas l’aveuglement du peuple dans ses choix ?
                          Peut-être pas uniquement, mais en partie, pourquoi pas ?


                          • kabreras kabreras 2 novembre 2008 03:06

                            Hop je plus :)

                            Comme quoi des que vous sortez du caniveau vous faites de tres bon articles !
                            J’en redemande...


                            • Jean Chol POIVRESSELLE Jean Chol POIVRESSELLE 2 novembre 2008 23:22

                              Monsieur ROCARD a dû certainement lire avec attention le brillant essai de Nassim Nicholas TALEB
                              "Le Cygne Noir La puissance de l’imprévisible" que je déguste également avec beaucoup d’intérêt !

                              Pour en savoir plus l’entretien de M. TALEB donné à la Tribune sur les soit-disant experts en économie et tous ceux qui relaient les informations concernant les aspects de la crise :

                              http://www.latribune.fr/entreprises/finances—marches/industrie-financiere/20080923trib000173979/nassim-nicholas-taleb—plus-la-finance-est-mathematisee-plus-cest-du-baratin.html

                              Jean Chol POIVRESSELLE


                              • Jean Chol POIVRESSELLE Jean Chol POIVRESSELLE 3 novembre 2008 01:26

                                Le lien pour en savoir plus sur TALEB semble connaître quelques infortunes, je fais une nouvelle tentative et je remercie par avance le webmaster pour respecter l’accès à ce lien.
                                Toutefois si il y a incompatibilité technique, il suffit d’aller sur un moteurr de recherche et ce sera facile de le trouver
                                 :
                                http://www.latribune.fr/entreprises/finances—marches/industrie-financiere/20080923trib000173979/nassim-nicholas-taleb—plus-la-finance-est-mathematisee-plus-cest-du-baratin.html

                                Jean Chol POIVRESSELLE


                                • artam 3 novembre 2008 09:31

                                   Bonjour à toutes et à tous. Du très bon Paul Villach. 


                                  • Alexeï 3 novembre 2008 21:31

                                    Bon article qui conduit à s’interroger sur le désastre auquel nous sommes arrivés aujourd’hui en matière de réflexion. À trop chercher à séduire et à jouer le jeu des médias, l’école n’a pas rempli sa fonction qui était de former des citoyens et non des bourrins bourrés par des bourreurs non scrupuleux.

                                    Sans doute ces bourrés éprouvent-ils une profonde jouissance à se faire bourrer ? Il n’est que de voir ces émissions de télé réalité où seul le physique compte (heureusement toutes ces petites merdes sont immédiatement oubliées pour être aussitôt remplacées par d’autres encore plus nauséabondes).

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