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Accueil du site > Tribune Libre > Médicament salvateur et tirage au sort des patients - et si c’était à (...)

Médicament salvateur et tirage au sort des patients - et si c’était à décider -

Le soin thérapeutique est dans les mains d'une industrie pharmaceutique située en grande partie hors de nos frontières. Il arrive qu'il y ait plus à gagner dans certains pays que dans d'autres et c'est pourquoi ( flux tendu oblige ) même des corticoïdes de base peuvent faire défaut dans nos pharmacies.

Mais il y a pire.

L'amyotrophie spinale atteint les muscles des bébés et particulièrement les muscles respiratoires. Leur espérance de vie est alors d'environ deux ans. À l'échelle de la planète, elle frappe un bébé sur dix mille. Il s'agit d'une maladie familiale de type autosomique récessive.

Un médicament est depuis peu capable par une injection d'améliorer le génome et la survie de ces petits malades. Son coût est estimé à près de deux millions d'euros. Il est question qu'une centaine de bébés condamnés soient tirés au sort de par le monde ( hors la France où une commission décide de la prise en charge ) pour en bénéficier. 

Le téléthon aurait participé à une partie des fonds pour sa recherche.

Cette situation, qui me révulse, préfigure-t-elle l'avenir ? Le capitalisme ne soignera-t-il définitivement que les riches en faisant passer la pilule par un tirage au sort d'une poignée d'autres ?

Citoyens faudrait veiller aux grains ! Autrement il faudra bien réfléchir avant de naître et choisir sa vie comme dans :

                  ET SI C'ÉTAIT À DÉCIDER ?

Nous sommes tous là. Des millions, des milliards, des milliards de milliards. L’univers est si vaste et il y a une telle multitude indicible de planètes plus grandes les unes que les autres à ensemencer en permanence. Nous sommes les suppléments, les principes vitaux en attente. Chacun d’entre nous est destiné à naître. Imaginez-nous, émus et empressés comme de jeunes promis à l’heure du mariage, mais retenus dans une antichambre virtuelle que vous pourriez comparer à vos cinémas multiplexes. La soufflerie d’une sorte de machine à tirage nous a éparpillés dans chacune des salles et je me retrouve, par le plus grand des hasards, dans celle où l’on nous projette « les mille et une vies sur la planète bleue ». Toutes les cinq secondes de votre temps, il y a une vingtaine de naissances sur votre monde. C’est mon tour, j’ai en instantanéité la connaissance de toutes ces existences et je dois choisir. Mettez-vous quelque peu à ma place et tentons ensemble de prendre l’irrévocable meilleure décision, en observant les options qui me sont présentées.

 Jane

Dans toute la principauté, les trompettes claironnent, les cloches battent la volée et les canons tonnent. Je suis Jane, rose et menue, la petite princesse si désirée et je viens juste de pousser mon premier cri. Médecins et infirmières s’empressent, on me pèse, me sèche, me teste et m’enveloppe. Jugée présentable, j’atterris dans les bras de ma mère, rayonnante et qui ne peut se retenir de me couvrir de baisers. On nous cale de coussins de dentelle, on nous coiffe car j’ai aussi des cheveux blonds, juste avant que mon père, accompagné de mon frère n’entrent, blancs d’émotion et d’interrogations. Le sourire radieux de maman les rassure, tout va bien, nous sommes toutes les deux au mieux et les plus belles.

Le lendemain, nous sommes tous réunis sur le grand balcon du palais. Les hommes sont en grand uniforme, maman en robe de soie ciel et diadème étincelant, et moi en gigoteuse rose. La foule m’acclame, papa me soulève et me montre. La joie de notre peuple déferle sur la Grand Place en vagues de vivats. Ce soir, la ville ne sera qu’un bal joyeux et le feu d’artifice sera grandiose.

Je grandis. J’ai de multiples occupations, je danse, je monte à cheval et progresse au piano. Mon entourage m’instruit en plusieurs langues.

Je suis adolescente. Je m’ennuis, je n’ai pas d’amis et mon frère me délaisse, trop occupé à jouer les princes héritiers de par le monde. Pour me tenir compagnie, papa m’a offert un couple de caniches royaux. Ils me suivent partout mais sont totalement ridicules de la façon dont on les a toilettés en lion.

J’en ai marre d’être poursuivie par les photographes et la garde du palais n’est même pas capable de les contenir. On en retrouve jusque dans le parc.

Le garçon du chef jardinier est trop mignon, il m’a offert une pomme en tremblant, mais ma dame de compagnie l’a réprimandé. Il travaille dans la grande serre. Je n’ai qu’une envie, échapper à la surveillance de ma duègne et le rejoindre chaque jour depuis une semaine, juste après le goûter. Le soir je m’endors en rêvant de lui, je voudrais qu’il m’enlève et que nous partions loin de cette prison.

Mon père est le pire des despotes, il a renvoyé son chef jardinier et son fils a disparu. J’ai la haine, ça me sauve.

J’ai grandi, je suis devenue femme. Mon père veut me marier et me cherche un prétendant digne de notre famille. Elle est belle notre famille ! Ma mère fait des croisières sur notre yacht pour se changer les idées, depuis qu’elle a appris que son mari file le parfait amour avec une cantatrice aux formes épanouies. Mon frère, le prince héritier, semble surtout intéressé par les garçons musclés. Et moi, je n’ai que deux caniches stupides qui ne comprennent rien à ce que je leur confie.

Mère est alitée. Les médecins sont des ânes, ils ne savent pas ce qu’elle a et s’opposent les uns aux autres.

Je suis invitée à présider une énième journée de bienfaisance. Impossible de refuser. Je fais la connaissance d’un parent éloigné, de passage. Il est grand et bien fait de sa personne. Sa compagnie m’est agréable. Il ne me quitte pas. L’après-midi, je ne sais comment, nous ouvrons le bal ensemble. Je lui accorde trop de danses, les photographes s’en donnent à cœur joie. Je m’en fiche, je suis bien et le champagne est si bon...

On me rappelle au palais ? Ma mère ne va pas bien du tout, je dois partir. Vite, il se propose de me conduire, je n’ai pas lâché sa main. La voiture file à travers la ville derrière les motards de la police qui nous ouvrent la route. Une pluie fine goutte sur les vitres.

Le faubourg n’en finit pas. L’enfant jaillit derrière son ballon, je ne verrai rien d’autre. La voiture se cabre et s’encastre autour d’un pylône. Je suis à la place du mort.

J’ai vingt deux ans, je suis Jane, la belle princesse qui meurt.

 

 Bilal

Capitale du pays des cinq rivières, la grande ville grouille comme à son habitude, fière de sa mosquée, de ses jardins et de ses palais. Depuis les attentats, les touristes se font rares et des hommes en armes patrouillent de partout.

La chaleur, c’est tout ce que je ressens à mon arrivée, écrase mon premier cri.

Les moussons se succèdent, je patauge nu entre les jambes des plus grands et j’apprends vite tout seul à ne pas me noyer.

Je ne saisis pas tout. Il est question du mariage d’un de mes frères et les discutions sont vives avec les parents de la future mariée. Beaucoup d’argent, il faut beaucoup d’argent et comme nous n’avons presque rien, nous allons devoir emprunter. La fête est merveilleuse, il y a beaucoup à manger, mais je n’ai pas compris pourquoi il ne faut ni chanter ni danser. Il paraît que c’est interdit et que les autorités religieuses pourraient même nous condamner à mort si nous étions surpris à le faire.

Les jours et les mois qui suivent sont très difficiles. Notre dette pèse lourd dans notre quotidien et mon père est persuadé de ne jamais pouvoir la rembourser. Il est venu hier avec un drôle de bonhomme qui m’a examiné sur toutes les coutures. À son départ, ma mère a hurlé et je l’ai entendue pleurer jusque tard dans la nuit. Le lendemain, on me dit que j’ai quatre ans, que je suis grand et que je n’aurai qu’à faire ce qu’il me sera demandé. Le drôle de bonhomme est là qui m’emmène. Ma mère a disparu.

J’ai résisté, j’ai pris deux gifles, fortes. J’ai vite compris que je devais me taire et me suis retrouvé sur une vieille carpette sous une machine en bois, bruyante et articulée. Il y a plein d’autres enfants. Nous sommes tous enchaînés à même le sol à des métiers à tisser des tapis. Les autres se chargent de m’expliquer. J’ai été vendu et si je veux manger, je dois réaliser comme eux, douze heures par jour et sans me tromper, de multiples combinaisons de dessins géométriques. Je vis le mot esclave de l’intérieur, attaché à un métier à tisser manuel et vieux comme le monde, dans une atmosphère polluée, tout contorsionné à faire et refaire les mêmes gestes, les mêmes noeuds. Je vis quatre années qui en pèsent quarante, je me déforme, mon corps me fait mal.

J’ai huit ans et le visiteur qui s’est penché sur moi trouve que je ressemble à un petit vieux. J’ai huit ans et c’est le plus beau jour de ma vie, je suis libre, je viens d’être racheté. On me lave et m’épouille, me parfume d’eau de toilette et m’habille comme un prince. La femme du visiteur me dit que je ne dois pas manger trop vite, que personne ne va plus me prendre ma portion et que même tous ces fruits sont pour moi. Elle m’offre une grosse boîte enrubannée, un jouet de garçon me dit-elle. Un jouet, je ne sais pas ce qu’elle veut dire.

Je vais à l’école, j’étonne mon entourage, je fais de gros progrès. J’ai besoin de raconter mon avant, ma vie d’esclave et les autres m’écoutent. Des journalistes viennent me voir, je parle, je parle, je dénonce tout.

J’ai onze ans, je suis en voyage en Europe et jusqu’en Amérique. Les télévisions m’accueillent, je suis devenu le représentant des centaines de milliers d’autres enfants toujours croupissants dans des ateliers infâmes. Je veux faire des études, je deviendrai avocat, il faut que le monde sache, le temps presse et il faut que je les fasse tous libérer.

Je prends la tête de marches contre le travail des enfants. J’ai le verbe facile, je suis bon orateur, je parle sur toutes les estrades, devant tous les micros et le monde maintenant sait. Mon pays ne peut plus fermer les yeux et va légiférer. Quelques milliers d’enfants sont libérés. Je suis fier, je me sens fort et de taille à faire reculer l’enfer et plier tous ces mauvais patrons.

J’ai douze ans. Je vais à l’école sur mon beau vélo bleu. Le chemin est caillouteux et je me dresse sur les pédales pour amortir les chocs. Les balles me transpercent sur un fond sonore de rafale.

Même pas mal. Je suis dans le fossé tout troué de rouge et un gros nuage gris me sourit.

Même pas mal, là où je suis personne ne pourra plus m’atteindre.

 

Daisy

Bingo, cela devait arriver. Avec tous les hommes qui passent dans son lit, ma mère ne pouvait que l’être un jour, mère, et ce jour c’est aujourd’hui. Coucou c’est moi, grands yeux clairs et cheveux roux, paquet cadeau, cadeau bonus d’une liaison parmi d’autres et d’un père inconnu.

Maman est folle à lier et va être internée. Moi, je suis élevée par son dernier amant, puis par différentes familles d’accueil.

À dix ans je subis par deux fois des tentatives appuyées d’abus sexuels.

À seize ans je me marie et à dix huit, je deviens mannequin et blonde.

Très vite le cinéma s’intéresse à moi, mais je dois toujours poser nue pour survivre et payer mon loyer.

Très vite le cinéma ne peut plus se passer de moi.

Je fais la une des magazines en blonde lascive.

J’ai divorcé depuis longtemps et cela deviendra une habitude.

Je perds l’enfant que j’attendais.

Je fais la star en blonde platine. Je suis la star adulée du public. Je suis l’objet de quelques hommes et le fantasme de tous les autres.

J’avorte. Je suis mal, je bois, je me drogue.

Je deviens la maîtresse de si hauts personnages qui se jouent de moi si fragile et qui ne font qu’augmenter mon vertige.

Je suis mal, je bois, je me drogue.

J’hallucine, des hommes en noir me font avaler une poignée de pilules et s’estompent en fin de générique tout au fond de mon cerveau.

J’hallucine, j’ai trente six ans et m’endors à jamais.

 

 Luc

 - Surtout ne pousse pas, chérie je t’en prie, nous allons arrivés dans une petite demi-heure.

 Ça c’est la voix de mon père, qui tout en conduisant à toute vitesse, tente d’endiguer l’agitation de ma mère, et qui me parvient déformée par le liquide amniotique. C’est la deuxième fois que nous faisons le voyage. Il faut vous dire que la maternité de notre petite ville a été fermée dans le cadre d’une politique d’austérité qui ne dit pas son nom et que maintenant les femmes sont obligées de se rendre à un hôpital situé à quarante cinq minutes de voiture. Hier après-midi, nous nous sommes faits refouler par une sage-femme pressée qui, après un rapide examen, a conclu que nous n’étions pas à terme.

Quelques heures plus tard, nous perdions les eaux et comme l’ambulance tardait à venir, mon père nous a déposés à l’arrière de son véhicule, et nous voilà, en pleine nuit, à foncer sur la départementale, et moi à forcer comme un beau diable dans la filière pelvienne. Pour tout arranger, je me présente par les fesses et ma mère hurle sous mes efforts qui la déchire.

- Ne pousse pas chérie, ne pousse pas.

Ma mère n’entend plus rien, la douleur est trop vive et elle perd quelques instants connaissance. Moi, je m’expulse mais mon cou est pris au lasso par le cordon. Mon cœur s’accélère à exploser, étranglé, bouche ouverte je ne trouve pas l’air.

Sur le bord de la route, un homme et une femme pleurent.

Sur le bord de la route, je suis Luc et ne verrai jamais la lumière.

Sur le bord de la route, je nais et je meurs.

 

 Delphine

 J’arrive en sixième position, la petite dernière que l’on n’attendait plus, celle qui surprend son monde juste avant la ménopause.

À la clinique du parc, la meilleure de la région, roseraie et gazon frais, chambres individuelles avec salle de bain et coin salon, je suis mise au monde par un professeur entouré d’une escouade de blouses blanches.

Comme j’ai la délicatesse de me présenter juste après la messe dominicale, dans le couloir, ils sont tous là, mon père, lunettes d’écaille et costume trois pièces, mes deux sœurs, chemisier blanc et jupe marine, et mes trois frères en pull ras le cou et pantalon de velours, silencieux et raffinés.

Fichtre, ma mère accouche sans péridurale et sans un cri, lèvres pincées, mâchoires serrées, à peine maquillée selon son habitude mais coiffée comme pour le thé en ville.

On me sèche et tout et tout, me pèse et me mesure et me voilà, tête ronde, petit nez et petites oreilles, dans les bras de maman dont les yeux perlent quelques larmes.

Dix minutes plus tard, je fais face à toute la famille, bien rangée en fer à cheval tout autour du lit, et je suis trop flapie pour remarquer le léger tremblement de menton de père et la retenue de ma fratrie. La puéricultrice apparaît et me soustrait aux miens, tandis que d’énormes bouquets sont disposés par des mains discrètes et que père effleure d’un baiser les mains jointes de mère.

Cinq jours plus tard, bien que je ne discerne encore rien, on me présente à toute la maisonnée, personnel compris, avant de me faire découvrir ma chambre tapissée et meublée de neuf.

Je grandis choyée et entourée. Lorsque ma nurse en a terminé avec moi, mère se réserve chaque jour le soin de me brosser longuement et tendrement les cheveux. Interviennent chaque jour un kinésithérapeute spécialisé qui me fait faire des exercices car j’ai des problèmes de croissance, ainsi qu’une orthophoniste qui me demande avec douceur de répéter, répéter, répéter…

On m’a organisé l’école à domicile, ainsi en ont décidé mes parents, mais moi ce que je préfère c’est dessiner et peindre. Je n’ai pas d’amis, je ne joue qu’avec la plus jeune de mes sœurs, mais on me dit que je vais en avoir beaucoup dès mes sept ans.

À mon anniversaire j’ai eu beaucoup de cadeaux et surtout, dans une grosse boîte ronde, fleurie et enrubannée de soie, ce qui m’a fait le plus plaisir, une boule de poils blancs avec une langue rose, un bébé chien, « Mamour ». Dès le lendemain et comme prévu, j’ai dû le quitter pour me rendre dans un établissement, où je passe toutes mes journées depuis maintenant de nombreuses années. Là, j’ai beaucoup d’amis filles et garçons. Nous avons régulièrement des activités artistiques et nous faisons souvent de grandes sorties en car à la campagne et même jusqu’à la mer.

Moi, je n’aime pas marcher, je m’essouffle trop rapidement, j’aime surtout jouer dans la pièce de théâtre que nous montons tous ensemble et aussi danser. C’est trop bien la tendresse en musique. J’ai un amoureux qui ne me quitte pas et qui m’offre des fleurs des champs et des gâteaux secs.

J’ai dix huit ans, j’en parais beaucoup plus. Désormais je reste à la maison avec Mamour qui vieillit. Père est mort l’année précédente et mère est malade. Je ne suis pas malheureuse, je peins beaucoup et j’ai un grand atelier rien que pour moi dans le grenier.

Je grossis et me tasse, je prends de l’âge et vis avec la plus jeune de mes sœurs aînées qui est restée vieille fille à s’occuper de moi. Mère est décédée, mes frères disent suicidée, mais je ne sais pas ce qu’ils veulent dire.

J’ai quarante huit ans et je ressemble à la fée carabosse, ma colonne vertébrale se plie en deux et mon cœur dilaté à l’extrême ne me permet plus que quelques pas.

J’ai beaucoup maigri et je suis alitée.

Ils sont tous là, bien rangés en fer à cheval autour de mon lit aux draps décorés de peluches comme je les aime.

Ils sont tous là, mes frères, lunettes d’écaille et costume trois pièces, mes sœurs, corsage blanc et jupe marine.

Ils sont tous là et même au fond du tunnel, père et mère à me tendre les bras et Mamour à me faire la fête.

Ils son tous là et moi, Delphine la trisomique, je ne suis plus.

 

 Bigre, ces cinq vies là ne valent pas tripette et aucune à vrai dire ne me tente. Surtout prendre, si j’ose dire, son temps, bien qu’ici ce mot ne veuille rien dire. Comprenez-moi bien, ce n’est pas comme dans votre monde de marchands où tout s’échange, même les soldes, au moindre défaut. Il n’y a pas non plus de période de rétractation possible, tout choix est définitif et pour toute une vie. C’est aussi la loi du tout ou rien où l’on accepte la totalité de la destinée, impossible de n’en prendre que le meilleur et d’en refiler une partie moins heureuse aux copains.

Choisir, choisir, choisir répètent des bouquets d’ondes à l’unisson.

Choisir, plus facile à dire qu’à faire et en plus, pour me faciliter la décision, je dois être du signe de la balance. C’est vrai, chez vous en cette période, on est en plein dans son deuxième décan.

Bon, il nous reste encore quinze vies à examiner, mais nom d’un éther, que vous êtes lents !

 

 Amura

Comme éclot une fleur, je nais tout sourire et mon premier son est léger et harmonieux. J’arrive dans une île où les cocotiers géants veulent accrocher leurs noix aux étoiles et où le sable reste blanc pour mieux faire ressortir le jade de la mer.

J’ai dû trop écouter les histoires d’autrefois et en particulier toutes celles qui se rapportent au troisième de la fratrie, ce garçon que l’on élevait en fille pour le protéger des tueries des guerres tribales. Quoiqu’il en soit, si sous la ceinture je suis un garçon, dans ma tête depuis tout petit, je suis une fille, tout ce qu’il y a de plus fille. Je pense en fille, je m’habille en fille et cela n’a jamais gêné personne à l’école comme chez les miens qui trouvent pratique que je m’occupe des plus petits. En grandissant j’apprends à faire disparaître mes testicules dans mon abdomen et je m’attache la verge entre les cuisses, car je veux me balancer et rouler des hanches aussi bien que mes sœurs vahinés.

Ma chevelure d’ébène devient longue et j’adoucis ma peau d’huile de monoï que je prépare moi-même. Je glisse toujours à l’oreille une fleur de tiare Tahiti que je porte à droite lorsque mon cœur est libre. C’est ainsi, je suis un mahu. Je deviens couturière aux mains de fée le jour et danseuse dès que le soleil baisse sur le bleu de l’horizon.

Je rencontre l’homme de ma vie, je porte la fleur à gauche durant cinq ans car je vis en couple et suis très heureuse jusqu’au jour où mon compagnon meurt écrasé par la chute d’un arbre.

Je ne confectionne plus de jolies robes. Je m’étourdis dans la danse et l’alcool. Je suis jeune et belle et les hommes me paient pour obtenir mes faveurs. Je vais de l’un à l’autre. Je deviens un rae-rae et les hormones m’aident à parfaire ma féminité.

Un mauvais vent s’est levé et je perds mes pétales. J’ai vingt huit ans et je n’ai plus que la peau sur les os. Le sida m’a flétrie, décharnée et mes poumons surinfectés ne me permettent plus de respirer.

Dans ma tête je danse un ultime tamouré, me balance et roule des hanches, les tambours s’estompent lentement, je suis morte.

Choisir, choisir, choisir…Les ondes vibratiles s’accélèrent, se font impératives, je dois choisir, les images se troublent et il n’en reste que quelques traces :

  •  

    • Je vis sur les rives du fleuve Yangon, mon père a été assassiné. Je fais de brillantes études en occident. Je deviens une personnalité politique importante, je fais de la prison, je suis assignée à résidence sept longues années…

       

    • Je travaille dès six heures dans le froid en cuisine et je fais le ménage. Je dois servir le tsampa aux moines assis en tailleur vêtus de leurs rouges manteaux. C’est moi qui sonne le gong…

 

    • Les pieds dans l’eau des moussons, ma ville n’a rien de celle des anges. Dans ma rue, les tuk-tuk ces gros tricycles capotés, déposent les touristes en mal de sexe. Je suis une go-go girl comme ils disent et ils peuvent tout me demander…

       

    • Trop fatigué, trop fatigué, je me laisse couler, je ne verrai jamais l’Europe…

       

    • Les balles sifflent et s’écrasent sur les pans de murs, l’armée des mécréants nous a à sa merci. Je vais mourir mais j’ai piégé mon corps. Mort je deviens une bombe…

       

    • La médecine humanitaire est une drogue dure. Le pire ce fut ce génocide entre noirs, lorsque l’ONU eut retiré les trois quarts de sa force et cette image, qui me hante, de cette mère recousant le corps éventré de sa petite fille morte…

       

    • Adulée, je suis adulée. Ils aiment tout de moi et jusqu’à mon accent. Je suis la voix qui remplit les stades depuis plus de vingt ans. J’ai des propriétés merveilleuses où je peux vivre tous mes caprices mais ma plus belle réussite est celle de mon couple…

       

    • Le bâtiment a fait ma fortune et ma perte. Nous sommes des millions à chercher un travail. Nous nous sommes entassés, ma femme et mes trois enfants, chez mes parents et vivons de leur maigre retraite. Il faut virer tous ces arabes et récupérer les emplois des champs de tomates…

 

 

Am, stram, gram,

Pic et pic et colégram,

Bour et bour et ratatam,

Am, stram, gram pic dam, ce ne sera pas toi.

Vite, vite, choisir c’est éliminer, il faut que j’élimine, toi, toi…

 

  • Je sais, je suis un assassin, pire un tueur en série d’enfants mais pourquoi juste dans cet État où perdure la peine de mort…

     

  • Ça a commencé à dix sept ans, juste la veille du bac, ma première bouffée délirante. Une chance sur trois de s’en remettre a dit le psychiatre. J’ai dû tirer les mauvaises cartes et la fumette n’a rien arrangé. Je suis schizophrène…

 

  • J’ai réussi SciencesPo et je termine l’ÉNA première de ma promotion. Les partis politiques me font les doux yeux, je ne sais pas le quel choisir. Père sera de bons conseils…

Au hasard ? Laisser faire le hasard me suggérez-vous ? Impossible, je n’ai pas d’yeux à fermer et puis il y a aussi cet enfant superbe, qui deviendra mannequin et l’égérie du plus grand des couturiers parisiens, et ce maigrichon aux yeux bridés qui exercera trois petits métiers en plus de faire le taxi avec sa moto pour survivre, et encore cet autre richissime dictateur assis sur ses barils de pétrole.

Et si je n’y allais tout simplement pas. Après tout, je ne suis pas mal ici à buller pour l’éternité. Qu’irais-je faire dans cette mêlée si ce n’est prendre des coups et irriguer cette vallée de larmes. Et puis surtout n’oublions pas la sortie, le point final de cette galère, la mort avec son cortège de souffrances.

Non, tout bien réfléchi, je ne vois rien qui puisse me décider et je laisse volontiers ma place aux autres.

Alors, me dites-vous, je ne connaîtrai jamais le sublime bonheur de contempler le lever du soleil, le scintillement des étoiles et celui de respirer le parfum de la rose, de goûter au miel des abeilles, et pardessus tout la caresse de l’amour.

De l’amour ? Parlez moi de l’amour…

Mais ne poussez pas vous autres ! Attention ! Nom d’un éther, je chois et ne vous entends pluuuuus…

 

Poussez, madame, poussez, votre bébé arrive. Vous, qui n’avez pas jusque là voulu savoir le sexe de votre enfant, vous préférez un garçon ou une fille ?

                           Toubib 41 le 29/12/2019

P.S. Si vous trouvez les personnages réels évoqués dans cette nouvelle, vous avez gagné la meilleure des 2020 possibles.

 


Moyenne des avis sur cet article :  2.55/5   (11 votes)




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16 réactions à cet article    


  • San Jose 30 décembre 2019 14:36

    Que voulez-vous, nous sommes mortels. 


    • njama njama 30 décembre 2019 15:49

      @toubib41

      A quel âge l’amyotrophie spinale est-elle diagnostiquée ?

      si dès la naissance, on pourrait avancer l’hypothèse d’une maladie héréditaire, mais si les manifestations cliniques sont plus tardives il ne serait pas impossible que les problèmes neurologiques trouveraient leur source dans une cause étrangère (bio ou neuro-toxique auxquelles le nourrisson pourrait avoir été exposé, médocs, vaccins, ...), et non pas dans l’hérédité proprement dite...

      encore que dans le cas du distilbène qui m’inspire ce commentaire on sait que l’intoxication se perpétue dans les générations suivantes.

      Le postulat d’une maladie héréditaire est périlleux car il exclut de réfléchir à d’autres causes possibles

      À l’échelle de la planète, elle frappe un bébé sur dix mille.

      si votre chiffre est exact, il paraît incompatible avec une maladie rare, et l’hypothèse génétique devrait s’effondrer.


      • toubib41 30 décembre 2019 15:58

        @njama
        Malheureusement ce n’est pas une maladie rare et l’origine héréditaire est une certitude. (Il en existe plusieurs formes et aussi des parents sains porteurs du gène ).


      • San Jose 30 décembre 2019 17:29

        @toubib41
        .
        Etant ici depuis peu vous ne savez peut-être pas encore que Njama fait partie de la bande des génies militant contre les vaccinations. 


      • foufouille foufouille 30 décembre 2019 17:44

        @San Jose

        et la plupart des médicaments comme doctorix.


      • San Jose 30 décembre 2019 21:52

        @foufouille
        .
        Reconnaissez pourtant la grande sagesse de Rosemar quant à l’usage des opiacés de palier 2. Tous ces Américains morts...


      • foufouille foufouille 30 décembre 2019 16:27

        2000 000 me semble beaucoup pour une vie et pas certain que la vie soit beaucoup prolongé.

        autant que les riches payent.



          • zygzornifle zygzornifle 31 décembre 2019 13:19

            Le soin thérapeutique est dans les mains d’une industrie pharmaceutique située en grande partie hors de nos frontières

            De toute façon la ministre de la santé bosse pour eux ....


            • zygzornifle zygzornifle 31 décembre 2019 13:20

              Vive le Cannabis ....


              • sound of sound of 31 décembre 2019 16:06

                La médecine n’est pas une science exacte et ne le sera jamais ! En revanche c’est un bon outil, si tenté que l’on s’en serve correctement .... Je ne parle même pas de l’enseignement en faculté de médecine qui est des plus obtus et très arriéré ... Au sujet des maladies toutes confondues, il y’a fort à penser que ses origines ne sont pas que physique et c’est la que la médecine patauge ... Les dogmes scientifiques sont ainsi faits (pour le moment) ... Des maladies, il en existe des milliards et nous les avons toutes crées, directement ou indirectement. L’industrie pharmaceutique nous faits croire qu’elles est indispensable !!! Mais alors comment l’homme a t’il pu survivre et se developper pour arriver jusqu’a nos jours actuels sans cette industrie ??? La vérité c’est que l’industrie pharmaceutique, les médicaments, les soins sont un business et rien d’autres ... Fut un temps ou l’on se soigné avec des plantes et je vais vous dire une choses, TOUS les médicaments reproduisent chimiquement des molécules naturelles. Les laboratoires envois partout dans le monde des chercheurs afin de trouver de nouvelles plantes et de nouvelles molécules afin de les synthétiser. Le soucis c’est l’industrialisation, car comme je l’ai évoqué l’origine des maladies n’est pas que physique et donc leurs guérisons également CQFD donc ’industrialisation et l’uniformisation des soins n’est pas très efficace voir même créer d’autres maladies !... Les premiers à se lever contre ça cela, devrait être les médecins eux même, car ils sont censés avoir la « connaissance » donc une forme de responsabilité ... Mais il n’en font rien et de plus on leurs mets en tete dans l’enseignements que se sont « une ’élite de la société » alors que la première règle en médecine est l’humilité comme dans toutes les sciences, la remise en question doit être permanente. Un enseignement vieux pour certaines disciplines de plus de 50 ans et suis sympa !!! Donc on a arrive au constat que quelque soit le traitement pour soit disant soigner, il peut couter alors un « bras », car nous sommes dans une logique commerciale et non du soins ;) Plus il y’a de malade atteints moins le traitement est couteux et plus sa diffusion est facile ... L’offre et la demande ! En somme ils ont vraiment intérêt que les gens continuent à être malades smiley plus la maladie est rare plus c’est le pactole ... L’origine et la responsabilité de tout ça en premier lieux, sont les acteurs principaux de la médecine : médecin, chercheurs, pharmaciens etc ... Qui ont approuvés eux même tout ce petit système sans s’en rendre compte puisque le matraquage débute lors de l’enseignement ... Puis ils finissent par prescrire par exemple les 3/4 du temps des molécules dont ils ne connaissent absolument rien !!! Nous sommes aux balbutiements de la science, médecine compris, soyez humble cher médecins et prenez vos responsabilités, car cette réalité absurde que vous avez contribué à créer peut être inversée ... Mais pour cela faut il en avoir conscience ;)


                • foufouille foufouille 31 décembre 2019 16:26

                  @sound of

                  gros délire de malade mental.


                • sound of sound of 31 décembre 2019 19:37

                  @foufouille
                  La vie est un pure délire ;)


                • sound of sound of 31 décembre 2019 19:42

                  Surtout avec des fautes !!! ;)


                  • ETTORE ETTORE 1er janvier 20:16

                    En attendant des heures, sur un brancard inconfortable, dans les courants d’air ; au fond d’un couloir froid, juste fréquenté par le frottement rapide des blouses blanches, des rares médecins de garde.... exténués.....

                    Ne pensez vous pas que « la loterie de LA survie »....commence.... là, aussi ?


                    • toubib41 1er janvier 23:33

                      @ETTORE Ce sera pire demain du fait du manque de médecins. Réduction du nombre de lits hospitaliers, réduction du nombre de postes de soignants, réduction des vocations voire abandon de l’exercice par ceux qui n’en peuvent plus...
                      La solution technique des consultations par internet engendrera des erreurs, on les voit déjà au niveau des régulations des SAMU. Nos élus sont les responsables de cette situation. C’est un choix politique.

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