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Mes chroniques italiennes 1

Résider dans un pays qui n'est pas le sien représente une expérience, celle d'une réalité sociologique, de la politique, d'habitudes.

Alors que nous avons décidé de rentrer dans nos pénates, je souhaite partager avec vous ce vécu si particulier, bourré de paradoxes, pour témoigner de ces réalités qui se découvrent seulement en étant sur place.

Mes chroniques italiennes 1

Voici bien des années, j’ai lu avec plaisir les livres de Frances Mayes (Sous le soleil de Toscane, notamment), à propos de ses plus ou moins longs séjours en Italie. Et moi qui fréquente ce pays depuis trente ans, je partageais cet engouement.

Rien de mieux que de sortir de ses chaussures de touriste pour tenter l’expérience de résident … pour transformer la fougue en un regard critique.

Je pourrais parler en termes d’erreur, ce serait peu constructif et sans doute inexact.

Habiter pendant trois ans et quelques en Emilie m’a conduite à des constatations qui, comme je le dis dans mes journées de dépit, auraient pu ruiner mon beau rêve italien, mais ce serait dommage. Ce serait un dualisme, forcément étriqué.

Comme je l’ai dit dans le premier livre que j’ai écrit sur la péninsule, et comme il me plaît de le répéter, l’Italie, cela n’existe pas. Ce territoire est le résultat d’un amalgame de seigneuries, duchés, républiques, états. Les cultures et les us y sont multiples et s’y cotoient – ou pas – des influences autrichiennes au nord-est, françaises au nord-ouest, arabes et hispaniques au sud.

L’Emilie, cette région que je connais le mieux, possède une histoire, qui a amené sa capitale, Bologne, a etre qualifiée de « rouge, cultivée, grasse ». C’est donc dire qu’elle arbore fièrement son gauchisme, son Université de 1088 (l’Unesco dit que la plus ancienne est Al-Quaraouigine à Fès en 859, suivie de al-Azhar au Caire en 969, puis Bologne) et sa gourmandise pour ses excellents produits (au premier rang desquels on trouve la mortadella, la truffe blanche, les lasagne, les « gnocco fritto », le borlengo,…).

Et pourtant … nous avons choisi de passer ces années en Emilie, à l’époque où Renzi dirigeait le gouvernement. Et le personnage, chef du « partito democratico », toscan pur jus, s’est noyé dans son égocentrisme en emmenant avec lui les velléités gauchistes de son parti. Il a fait tant et si bien que les élections ont ensuite porté au pouvoir une improbable coalition Lega-5Stelle, la Lega qui, à l’occasion, a oublié son nom de parti indépendantiste, « Lega Nord per l’indipendenza della Padania » et sa grande revendication d’une région en fait inexistante, pour ne retenir que la « Lega » … on doit bien élargie l’électorat, non.

Quant aux 5Stelle, ce mouvement devenu parti, fondé par un humoriste, il aurait pu rester comique s’il ne s’était fourvoyé dans ses ambitions.

L’Italie s’est donc retrouvée dans l’impossibilité de nommer d’abord un premier ministre, car les deux difficilement élus ne voulaient céder la place à l’autre et, ensuite, avec deux vices-premiers ministres puisque, tel à l’école lorsqu’on distribue les bonbons sans faire de jaloux, on a attribué ces postes aux deux lascars en allant chercher un inconnu pour faire un premier ministre.

 

Et l’Emilie, dans tout cela ? L’Emilie suit la désillusion et le désenchantement politique de tout le pays.

La politique s’est décrédibilisée et les épaules se sont tournées. Les 5Stelle et leurs promesses intenables se sont ridiculisées. Les écoeurés se taisent, ils optent désormais pour l’abstention. Qui dit abstention parle de laisser la place aux extrémistes. Et ce sont donc eux qui, actuellement, alimentent les discours racistes et antisémites.

Entendre parler « des étrangers » m’a lassée. Nous le sommes nous-mêmes en Italie, même si on nous répond que non sur cette terre émilienne auparavant synonyme d’ouverture et d’esprit progressiste.

A suivre... Françoise Beck


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10 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 4 mai 16:08

    Bonjour, Françoise

    « Ce territoire est le résultat d’un amalgame de seigneuries, duchés, républiques, états »


    Comme la France !


    Certes, l’Unité italienne  2e moitié du 19e siècle est globalement plus récente que la nôtre, mais il ne faut pas oublier que la Savoie et le Comté de Nice ne sont devenus français qu’en 1860. Ne pas oublier non plus que l’Alsace a été allemande durant près d’un demi-siècle.


    Ne pas oublier enfin qu’avant que l’Unité italienne ne soit réalisée, les nombreuses composantes du territoire disposaient d’une langue à peu près commune, ce qui, au cours du 19e siècle, était encore très loin d’être le cas en France, où la diversité des langues était beaucoup plus spectaculaire.


    Et ce ne sont pas les territoires germanophone du Haut-Adige ou francophone du Val d’Aoste qui ont pesé. Rien à voir avec la Bretagne, le Pays basque, l’Occitanie dans sa diversité, l’Alsace et la Flandre française.


    A propos de minorités et de curiosités territoriales, je vous invite à lire  pour sourire un peu  cet article que j’ai rédigé en avril 2009 : Bienvenue dans la Vallée étroite !


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 4 mai 18:28

      @Fergus
      "Ne pas oublier enfin qu’avant que l’Unité italienne ne soit réalisée, les nombreuses composantes du territoire disposaient d’une langue à peu près commune, ce qui, au cours du 19e siècle, était encore très loin d’être le cas en France, où la diversité des langues était beaucoup plus spectaculaire.« 

      Cette langue  »à peu près commune« n’était-elle pas, comme en France, celle des élites ? Le bon peuple parlait des »dialettis" qui différaient selon les régions. Le dialecte des Lombards était bien différent de celui des Napolitains ou des Siciliens !


    • Fergus Fergus 4 mai 20:04

      Bonjour, Jean J. MOUROT

      Vous avez raison sur les « dialettis ». Mais tous avaient une même origine, ce qui facilitait la compréhension dès lors que l’on ne se refermait pas sur son pré carré linguistique.

      A cet égard, l’Auvergnat que je suis sait à quel point les dialectes de langue d’oc — présumés si différents qu’un natif de Rodez prétend ne pas comprendre un patoisant de Cahors  sont en réalité assez proches pour des échanges fructueux entre gens de bonne volonté. En Auvergne, quand j’étais jeune on se remémorait même les échanges commerciaux des anciens avec l’Espagne, facilités, disait-on, par... la proximité des langues ! 

      Et dernièrement, j’ai fait écouter des chants napolitains (cf. Formidable NCCP : tout le soleil du sud de l’Italie !) à un ami originaire d’un village lombard. Il a certes buté sur quelques mots et des idiomes spécifiques à la Campanie, mais il a bien compris le sens des chansons et l’humour qui se dégage de certaines.

      Cela dit, il se trouve encore des gens pour affirmer sans rire que l’on ne se comprend pas à 50 km de distance en Bretagne. Forcément, ici l’on dit coat et men pour bois et pierre alors que là c’est plutôt coet et mein.  smiley


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 5 mai 17:22

      @Fergus
      Il est vrai que le gaellique, le basque, le flamand, l’alsacien et le francique sont très différents des patois « français » et des patois occitans, eux-mêmes fifférents entre eux.


    • marmor 4 mai 19:53

      Madame, pour vraiment se sentir bien dans un pays, il faut y avoir quelques racines, alors, vous accepterez même les petits travers de ses habitants, sans avoir à juger si la politique est à votre convenance. La sonorité de votre nom me laisse penser que vous seriez mieux en Islande ou aux Feroe…. la sonorité du mien me rapproche beaucoup de la Toscane et de la Sicile réunies, et quand je vais en famille, je ne me mêle pas de leur politique.


      • Fergus Fergus 4 mai 20:13

        Bonsoir, marmor

        Beck n’est ni irlandais ni scandinave, c’est un nom germanique qui évoque la cuisson, probablement du pain. Il est vrai que la racine se retrouve tout autant dans le Bäcker allemand que dans le Baker anglais.

        J’ai écrit ce commentaire, moins pour apporter ces précisions que pour évoquer une petite amie allemande qui se nommait précisément Beck, Heidi de son prénom. J’avais 17 ans.  smiley 


      • covadonga*722 covadonga*722 4 mai 20:29

        yep , on conçoit aisément l’ire de la dame démocrate de gauche .Pour la gent éduquée l’inconvénient avec la démocratie c’est que le vulgum pecus se prend de voter pour qui lui chante.Aussi un peu partout en Occident le peuple vote de plus en plus fréquemment pour d’odieux populistes  qui ont le toupet de faire ce qu’ils avaient promis à leurs électeurs .A vous dégoûter de la démocratie ainsi que d’aller prêcher le beau le bon et le juste en terre étrangère  .Quand aux Européistes démocrates aux mœurs libertaires et au dogme ou tout se vaut tout est égal , on répondra par ce dicton en provenance de cette Italie qui rayonnait jadis avant de se recevoir des leçons de savoir vivre par l’intelligentsia genrée

        ubi solitudinem faciunt, pacem appellant !

        Asinus : ne variatur


        • Areole 5 mai 08:11

          @Françoise Beck

          Vous semblez apprécier la « mortadella » mais ignorer une Italie « qui n’existe pas » parce que historiquement soumise aux influences de la France de l’Autriche ou de l’Espagne qui, selon votre implacable logique, n’existent pas d’avantage.

          Vous allez donc rentrer dans vos « pénates » que je suppose être la France et qui n’existe donc pas davantage que l’Italie. Vous pourrez y apprécier le jambon de Bayonne et les saucisses de Strasbourg... Sauf si, en ce mois de ramadan, vous résidez dans nos belles banlieues où il vous faudra vous priver des délices charcutiers et porter le survêtement tout en respectant le couvre-feu d’usage.

          Bienvenue donc dans notre beau pays multiculturel si apte à satisfaire votre bienveillante tolérance.


          • baldis30 7 mai 15:13

            @Areole

            bonjour,
            si vous aviez apprécié un San Daniele vous ne présenteriez pas même les meilleurs jambons français .



          • velosolex velosolex 6 mai 18:16

            Etre italien, c’est comme être Fiançais. Quand on est dans une province, on a l’impression de n’avoir rien à voir avec certaines autres, mais prenez la tangente, et à l’autre bout du monde, vous verrez les Bretons et les alsaciens, ou les Parisiens échanger des nouvelles du pays…

            C’est quelque chose de partagé à tous les peuples qui ont une identité de langue et d’histoire. La connerie est certainement la chose la plus partagée sur terre, mais néanmoins ça ne suffit pas pour faire une identité commune, bien que Trump actuellement puisse faire un candidat remarquable à la présidence, en tant que père Ubu.... A peu près le même pourcentage de cons partout. Le con est sûr de lui, fait des généralités, et beaucoup de photos. Souvent des selfies, et recule d’un pas de trop en bordure de la falaise. L’italie…On se trouve comme un con quand il faut en parler, ne sachant par quel bout de la pizza quatre saisons commencer..

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