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Accueil du site > Tribune Libre > Mes yeux s’enivraient de cette ineffable douceur...

Mes yeux s’enivraient de cette ineffable douceur...

 

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"Moi, j'écoutais... - Ô joie immense
De voir la soeur près de la soeur !
Mes yeux s'enivraient en silence
De cette ineffable douceur."
 
Dans ce poème, extrait des Contemplations, intitulée Elle était pâle et pourtant rose, Victor Hugo évoque sa fille Léopoldine, qu'il a perdue très jeune : Léopoldine est morte en Seine, dans un tragique accident, à l'âge de 20 ans.
 
On voit, dans ce texte, Léopoldine, enfant, faire la lecture à sa jeune soeur, Adèle.
 
Jolie scène intimiste, où l'on perçoit toute la tendresse du poète pour ses deux filles réunies, en train de lire la Bible...
 
L'adjectif "ineffable", emprunté au latin "ineffabilis", composé du préfixe négatif in- et du radical du verbe "fari, dire, parler", désigne ce qui ne peut être exprimé par des paroles.
 
La beauté de la scène, son infinie tendresse sont, en effet, de l'ordre de l'indicible.
 
Les mots ne peuvent exprimer, pleinement, ce souvenir merveilleux des deux enfants d'autrefois...
 
L'adjectif "ineffable" restitue, pourtant, dans ses sonorités, cette harmonie que les mots ne peuvent dire : fricative "f", pleine de douceur, labiale "b", souvent associée à l'amour, l'affectivité, voyelles variées...
 
Comment exprimer certains sentiments, comment décrire certains paysages, comment raconter certains moments qui confinent au sublime ?
 
L'artiste, le poète sont, souvent, confrontés à ces difficultés de dire, faire ressentir certaines émotions.
 
Comment exprimer toute la sensibilité, liée à un souvenir, à une image ?
 
Comment dire l'ineffable ? Sans doute, en ayant recours à une forme de simplicité et d'humilité dans l'expression, pour affirmer l'évidence de la tendresse et de l'amour.
 
C'est bien ce que fait Hugo, dans ce poème au charme évident : simplicité du vocabulaire, de la syntaxe, simplicité de la scène évoquée : la grande soeur qui s'occupe de la plus petite, la beauté du texte lu avec ferveur, les enfants transformés en "anges" qui font "tressaillir le livre de Dieu..."
 
Ce texte, aux mots très simples, parvient à restituer tout l'amour d'un père pour ses deux filles : on y voit l'esquisse du portrait de l'enfant, un visage "pâle et rose", sa fragilité, sa force, une forme d'autorité à l'égard de la soeur plus petite, on y voit le regard passionné du père, on y perçoit le bonheur de la lecture dans une atmosphère intimiste, le soir, alors que s'évaporent "les souffles des nuits et des bois".
 
On y voit l'essentiel de l'harmonie du monde ! On y voit, sans doute, cette "ineffable douceur" dont parle le poète...
 
Cette poésie insérée dans la section des Contemplations, intitulée Pauca meae, Quelques vers pour ma fille, restitue bien le monde de l'enfance, fait de simplicité, de fragilité, de découvertes...
 
 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/article-mes-yeux-s-enivraient-de-cette-ineffable-douceur-124813909.html

 

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Elle était pâle, et pourtant rose,
Petite avec de grands cheveux.
Elle disait souvent : je n'ose,
Et ne disait jamais : je veux.
 
Le soir, elle prenait ma Bible
Pour y faire épeler sa soeur,
Et, comme une lampe paisible,
Elle éclairait ce jeune coeur.
 
Sur le saint livre que j'admire
Leurs yeux purs venaient se fixer ;
Livre où l'une apprenait à lire,
Où l'autre apprenait à penser !
 
Sur l'enfant, qui n'eût pas lu seule,
Elle penchait son front charmant,
Et l'on aurait dit une aïeule,
Tant elle parlait doucement !
 
Elle lui disait : Sois bien sage !
Sans jamais nommer le démon ;
Leurs mains erraient de page en page
Sur Moïse et sur Salomon,
 
Sur Cyrus qui vint de la Perse,
Sur Moloch et Léviathan,
Sur l'enfer que Jésus traverse,
Sur l'éden où rampe Satan.
 
Moi, j'écoutais... - Ô joie immense
De voir la soeur près de la soeur !
Mes yeux s'enivraient en silence
De cette ineffable douceur.
 
Et, dans la chambre humble et déserte,
Où nous sentions, cachés tous trois,
Entrer par la fenêtre ouverte
Les souffles des nuits et des bois,
 
Tandis que, dans le texte auguste,
Leurs coeurs, lisant avec ferveur,
Puisaient le beau, le vrai, le juste,
Il me semblait, à moi rêveur,
 
Entendre chanter des louanges
Autour de nous, comme au saint lieu,
Et voir sous les doigts de ces anges
Tressaillir le livre de Dieu !
 
 


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14 réactions à cet article    


  • Merci Rosemar. A mon beau-père qui vient de mourir et dont le beau-père (deuxième mari de sa mère) était un grand peintre symboliste. Un hommage à Georges-Marie BALTUS. http://vincentlecuyer.com/?p=1954


    • rosemar rosemar 8 novembre 20:50

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Merci pour ce magnifique tableau : toute la sollicitude d’une mère pour ses deux fillettes...


    • Paul Leleu 9 novembre 00:34

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      @ Rosemar

      écoutez, Baltus ou Renoir (si je ne me trompe), ça ne colle pas vraiment avec Victor Hugo... à mon humble avis, bien sûr...

      bien sûr les deux sont magnifiques, mais le sensualisme subtil de Renoir et Baltus ne va pas vraiment avec l’austère grandeur de Victor Hugo...

      en tous cas, merci à toutes les deux pour ces communications poétiques que j’apprécie beaucoup... je ne connaissais pas Baltus mis en lien par Mélusine... c’est très beau. Merci de m’avoir fait découvrir cela !


    • @Paul Leleu
      Marié en première noce à la fille d’HILDEBRAND (époque toscane). Un très grand amour. C’était un homme EXCEPTIONNEL, Mais dans la veine symboliste belge (Georges Rodenbach,.....),.... Son chemin croisa celui de Péladan qui imprégna toute son oeuvre,.....UNE FILIATION.....Son fils d’adoption, le compagnon de ma mère rencontra celle-ci : le 11 novembre 1974..... 


    • Paul Leleu 9 novembre 15:15

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      une belle filiation... bravo !

      et une génération d’artistes où il n’était pas encore nécessaire de longues gloses explicatives et alambiquées pour comprendre une oeuvre d’art... bref... une génération d’art authentique...

      c’est vraiment de la très belle peinture.


    • @Paul Leleu

      alors, je vais sortir celui que je place au Panthéon de ma passion. Son timbre postal est sorti le jour de ma naissance (attention, je n’oublie pas les autres : Piero della Francesca, les pré-raphéalites, Van Eyck, Turner, Monet,...enfin bref, on aurait pas fini. ANTO CARTE dont j’ai pu admirer l’oeuvre à Mons,... Une telle densité dans la simplicité et l’humilité,... Je ne m’en lasse pas. https://en.tripadvisor.com.hk/LocationPhotoDirectLink-g1136493-d245990-i135811394-Musee_des_Beaux_Arts_d_Ixelles-Ixelles_Brussels.html


    • Mon beau-père était un bel et avait cette mélancolie de Rimbaud dans sa jeunesse. Sous son faire-part) enterré le vendredi 26 octobre , un poème probablement inspiré de sa mère : la poétesse belge : ADRIENNE REVELARD (quel nom !) : il est écrit : Oui, je té prépare un chemin, je verse l’huile dans ta lampe Afin que nulle ombre ne rampe Pour obscurcir nos lendemains. Mon âme, et que tu te souvienne De ton léger destin d’enfant Et de notre dans aérienne Dans la clarté du Dieu vivant..... ET ce dimanche, quelqu’un de mon entourage me rapporter de brocante un superbe dessin de la main de Georges Marie Baltus. Une jeune fille au regard mélancolique signé et inspiré du roman célèbre de Georges Rodenbac : Bruges-La-Morte. Une merveille,...qui pourtant n’aurait aucun succès dans les salles de ventes aux acheteurs endormis, ou le regard rivé sur les côtes chez Sotheby,....


    • relu : 
      Mon beau-père était un bel homme et avait cette mélancolie de Rimbaud dans sa jeunesse. Sous son faire-part (enterré le vendredi 26 octobre 2018) , un poème probablement inspiré de sa mère : la poétesse belge : ADRIENNE REVELARD (quel nom !) : il est écrit  : Oui, je te prépare un chemin, je verse l’huile dans ta lampe Afin que nulle ombre ne rampe Pour obscurcir nos lendemains. Mon âme, et que tu te souviennes De ton léger destin d’enfant Et de notre danse aérienne Dans la clarté du Dieu vivant..... ET ce dimanche, quelqu’un de mon entourage me rapporter de brocante un superbe dessin de la main de Georges Marie Baltus. Une jeune fille au regard mélancolique signé et inspiré du roman célèbre de Georges Rodenbac : Bruges-La-Morte. Une merveille,...qui pourtant n’aurait aucun succès dans les salles de ventes aux acheteurs endormis, ou le regard rivé sur les côtes chez Sotheby,....


    • @Paul Leleu
      Je ne peux révéler plus sur cette filiation. Seul indice : Affaire Benalla. 1er mai,.... Macron AURA toujours un petit caillou sur sa route qui le fera chuter,....


    • Severomorsk 8 novembre 12:59

      Les robes d’antan faisaient des femmes légèrement plus désirables et enchanteresses que le jean sans sexe. Mais chaque chose doit être à sa place et les robes d’antan n’étaient pas à la leur dans une barque. 


      • rosemar rosemar 8 novembre 20:54

        @Severomorsk

        Les robes d’antan étaient le plus souvent des carcans serrés, corsetés...


      • Paul Leleu 9 novembre 00:26

        @rosemar

        oui... mais bon... c’était plus attirant que les jeans masculins... mais bon... de toutes façons on ne reviendra pas en arrière... c’est ainsi...

        heureusement pour moi, j’ai vécu de bons moments avec des femmes qui portent encore des jupes et des collants, des machins, des talons ou des bottes, des vestes, des cols, des chemisiers ou de beaux vêtements... et qui savent avoir, sans honte, un regard d’admiration sur un homme... bref... des choses qui donnent envie...

        franchement, les fêtardes en blue-jeans déchirés et pulls informes, qui ont besoin de 3 g d’alcool pour se lâcher, c’est un peu lassant à la fin...


      • math math 9 novembre 08:47

        Merci..un peu de douceur dans ce monde de brute...

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