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Accueil du site > Tribune Libre > Ministre aveugle ou aveuglé ? On attend sa visite au mont Beuvray, vrai ou (...)

Ministre aveugle ou aveuglé ? On attend sa visite au mont Beuvray, vrai ou faux site de Bibracte ?

À Monsieur le Ministre de la Culture,

Lt-colonel d’active retraité, carrière courte, proposition au grade de colonel à laquelle je n’ai pas donné suite, origine saint-cyrienne, légion d’honneur, mérite national, valeur militaire, rédacteur sur le site Agoravox, auteur de plusieurs ouvrages sur la Gaule, 86 ans,

par lettre en date du 20 janvier 2019, j'ai attiré votre attention sur des traductions erronées de certains textes de Strabon et de César qui, à mon sens, ne permettent pas de mettre la capitale éduenne de Bibracte au mont Beuvray. Je ne vous demande pas de me croire sur parole. Je vous ai seulement suggéré de faire vérifier mes traductions par des professeurs qualifiés.

Répondant à ma lettre, M. Philippe Barbat, directeur général du patrimoine, passe outre à ma demande tout en affirmant que cette localisation, déjà identifiée au XIX ème siècle, a depuis été incontestablement confirmée par les recherches archéologiques menées sans relâche depuis 1985 (lettre du 2 mai 2019, D11015).

C'est une erreur ou un mensonge caractérisé que m'oppose depuis près de vingt ans, M. Vincent Guichard, directeur du centre archéologique européen du mont Beuvray, à savoir que cette localisation serait authentifiée depuis le XIXème siècle... C'est faux ! Au XIX ème siècle, l’hypothèse de Bulliot était contestée par les érudits d’Autun. Elle est tombée ensuite dans l'oubli faute de preuves. C’est à l’initiative de François Mitterrand que les fouilles ont été reprises mais sans y trouver la preuve qu’on espérait.

Les vestiges mis au jour sur le mont Beuvray sont ceux de Gorgobina, oppidum où César a installé les survivants des 20 000 Boïens aprés la victoire qu'il a remportée sur les Helvètes. Ces vestiges sont boïens et leur importance dans un laps de temps réduit s'explique dans le contexte d'une occupation importante mais temporaire, le blé étant fourni par les Éduens. Ces vestiges, principalement boïens, ne témoignent, en aucun cas, de l'histoire brillante des Celtes.

Le 15/5/95, François Mitterrand accordait au Monde une interview (édition du 29 août), dans laquelle il mettait en exergue l'importance de l'Histoire, véritable culture de l'homme politique, mais il rejettait sur l'historien la responsabilité de l'interprétation... étonnant testament.

Ci-après la carte qu'il m'a envoyée pour me remercier de l'envoi de mes livres.

Veuillez agréer, M. le Ministre, suivant l'usage, l'expression de ma considération distinguée,

Emile Mourey, 11 mai 2019. 

 

Annexe polémique, hors lettre.

Après l'absurdité de la polémique sur la localisation d'Alésia, replonger dans l'absurdité avec celles de Bibracte et de Gergovie, en vérité, il faut vraiment le faire. MM. les Anglais, tirez les premiers !

Gergovie

Évidemment, il faut traduire correctement le texte. Dans le vocabulaire militaire de César, une "collis" n'est pas une colline mais une pente. Sur la gauche de la photo, vous voyez un "mons", un mont très élevé aux accés difficiles. Vous voyez une tour, celle de la ville qui y est "posée". Ruines des remparts toujours là. Tour toujours debout. Il suffit d'ouvrir les yeux. À droite, vous voyez le plateau allongé, au dos plat, étroit et boisé. Tout cela est parfaitement décrit par César ; et on ose dire qu'il n'est pas précis. C'est à se taper la tête contre les murs. Rien à voir avec Merdogne, Corent et autres affabulations.

Même aveuglement pour l'explication de la bataille. On fait escalader le mur de la ville par trois légionnaires alors qu'il s'agit de trois manipules de peut-être 100 combattants chacun. On est incapable d'expliquer le fantastique affrontement dont l'enjeu fut la porte de l'oppidum aux hautes murailles. On évoque bien le valeureux centurion qui essayait d'enfoncer la porte mais on dit qu'il ne tua que deux Gaulois alors qu'une bonne traduction dit qu'il tuait les Gaulois deux par deux (pour s'ouvrir le passage)... risible ! 

Bibracte

Mais le pompon, c'est Bibracte, une histoire tellement rocambolesque que ç'en est à mourir de rire ou à pleurer. Cela commence avec un marchand de vin qui invente l'archéologie régionale en découvrant au mont Beuvray d'importants débris d'amphores... traces des beuveries, selon certains archéologues, auxquelles se livraient les honorables citoyens de la cité, fameuse Bibracte dont parle César... sur un mont Beuvray pelé, perdu dans les forêts de hêtres... une capitale dont les citoyens, d'après Tacite, auraient été comme des « frères consanguins du peuple de Rome », une capitale qui, d'après le rhéteur Eumène, se glorifiait d'avoir été autrefois la soeur de Rome... je rêve ! L'affaire continue avec un marchand de tissus que les archéologues vénèrent comme le père de l'archéologie française moderne alors que l'intéressé aurait certainement corrigé ses thèses erronées s'il n'était pas mort prématurément au combat.

Problème de traduction, là encore. Oser dire que Strabon raconte n'importe quoi quand il écrit que les Éduens, c'est-à-dire Bibracte, se trouvaient entre l'Arar et le "Dubis", quelle arrogance ! quelle stupidité de la part de soi-disant érudits ! Strabon n'a jamais dit que Bibracte se trouvait entre la Saône et le Dubis/Doubs, mais entre la Saône et la Dubis/Dheune, ce qui exclut le mont Beuvray qui se trouve au-delà. Quant à la traduction de l'affaire helvète, c'est un véritable poème. C'est à croire que nos brillants professeurs de faculté ont trafiqué leurs traductions pour les accorder avec les thèses saugrenues des archéologues.

Tout est perdu, même l'honneur, quand on pense que les auteurs de cette mystification ont réussi à faire venir sur le site jusqu'à un président de la République pour qu'il y fasse un grand discours européen à la gloire des Celtes ; c'est à se rouler par terre de rire. On a touché, ce jour-là, le fond du ridicule. La presse locale a fait pleines pages de l'évènement mais, aujourd'hui, honteuse, veut l'oublier. Car, ici, en Bourgogne, les personnes bien informées savent bien que le mont Beuvray est une planche pourrie mais on fait comme si...

Au député Christophe Siruge qui, à ma demande, l'interroge sur le bien-fondé de la localisation de l'oppidum de Bibracte au mont Beuvray, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, répond, en langue de bois, au JO du 11/6/2013, que les questionnements relatifs à la stricte identification de Bibracte au site du Mont Beuvray s'avèrent d'un intérêt accessoire. On est à la limite de la forfaiture. 

Faut-il évoquer l'incroyable comédie du tombeau de l'ancien président de la République pour lequel son épouse avait acheté un bout de terrain sur ce mont pelé où tout gèle en hiver ; le journaliste Christophe Barbier en a fait un livre mais il n'a rien compris.

Bref, depuis la disparition de François Mitterrand, aucun ministre n'a osé gravir le mont, sauf M. Montebourg, mais c'est un cas. Seul, le ministre de la Culture du Burkina Faso. Aux dernières nouvelles, c'est peut-être d'Afrique qu'on aurait reçu, avant les Romains, la civilisation avec l'art de cuire les briques dans des fours.

(reprise de mon article du 25 janvier 2019). Ci-dessous, tour de Taisey, antique Cabillodunum.

 


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3 réactions à cet article    


  • tuxuhikewi 13 mai 12:55

    Bonjour,

    J’en ai rien a foutre, je ne suis pas assez spécialisé dans le domaine. Mais vous n’avez pas perdu votre cheval de bataille.

    Par contre, si vous avez produit un document, un livre, une thèse, un document concret consolidé, je peut l’archiver pour vous.

    N’hésitez pas a me communiquer un tel document s’il existe, la bibliothèque militante contribuera a le distribuer.

    ++


    • Antenor Antenor 14 mai 17:50

      @ Emile

      Pour appuyer votre identification Dheune/Dubis :

      Strabon parle également d’une rivière « Doubios » chez les Ségusiaves. Je pense qu’il s’agit de l’actuelle Dunières, affluent du Lignon en Haute-Loire. Elle devait marquer la frontière Sud de leur territoire. Du point de vue méditerranéen, les Ségusiaves se trouvaient donc bien entre le Rhône et le « Doubios/Dunières ».


      • Emile Mourey Emile Mourey 14 mai 21:01

        @Antenor

        Si mes souvenirs sont bons, les textes sont précis. Les Ségusiaves tenaient Lyon avant les Romains et occupaient la région à son ouest. Certes, la Dheune n’allait pas jusque-là mais pouvait en donner l’impression. 

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