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Accueil du site > Tribune Libre > Mise en garde aux collectionneurs de munitions & prospecteurs

Mise en garde aux collectionneurs de munitions & prospecteurs

Le 26 mai 2018, un collectionneur de munitions est décédé dans l'explosion d'un des quatre obus de 75 mm qu'il manipulait dans son garage à Damelevières (Meurthe et Moselle), achetés lors d'un vide-grenier. Certains lieux de notre territoire regorgent d'obus datant de la Première Guerre mondiale. Sur un milliard d’obus, bombes utilisés lors de la Guerre de 14-18, un quart est resté inexplosé ! La Première Guerre mondiale terminée, le « désobusage » (à ne pas confondre avec le débombage ni avec le déminage qui posent des problèmes différents, et encore moins avec les EEI qui ne respectent aucun « standard ») visait à débarrasser le sol et les champs de bataille d'obus inexplosés et des stocks d'obus pour rendre de nouveau les lieux sûrs à la circulation, à l'agriculture, ou à la construction.

« Au cours de ces trois guerres (1870-1871, 1914-1918, 1939-1945), toutes sortes de munitions ont été employées et de très nombreux engins de guerre, non explosés, subsistent encore. A l'époque, certaines munitions n'ont pas fonctionné, d'autres ont été abandonnées, cachées ou perdues. Encore de nos jours, ces engins représentent un risque de nature variable en fonction de leurs emplois d'origine et de leur état actuel. Les munitions de guerre se présentent sous la forme de cartouches, grenades, mortiers, roquettes, mines, obus, bombes d'avion, etc. De temps en temps, des engins de guerre reviennent à la surface sous l'effet de l'érosion naturelle ou sont retrouvés lors de travaux de terrassement. Parfois, on en découvre oubliés dans une cave, un grenier, une remise. En mauvais état apparent, dû à leur vieillissement, ces engins de guerre paraissent inoffensifs mais ils gardent toute leur dangerosité (service de déminage du haut-Rhin). »

« On désigne sous le nom de munitions tous les engins, y compris les pièces constitutives, contenant de la poudre ou des explosifs et destinés à la troupe ; les engins contenant des matières pyrotechniques ou chimiques destinés au combat ou à l'instruction ». Les obus sont classés d'après leur calibre. Selon son calibre, un obus (projectile lancé par une pièce d'artillerie) a une masse de quelques centaines de grammes jusqu'à une quinzaine de kilogrammes. Un obus de calibre moyen renferme une masse d'explosif d'environ 15 %.

Les projectiles peuvent comprendre : un dispositif de déclenchement (fusée) - une partie active (explosif et enveloppe) - une partie propulsive ( charge propulsive, propulseur) - un dispositif d'allumage (amorce, vis porte-feu) - dispositif de guidage (stabilisation par rotation, ailettes). Les fusées sont réparties selon leur système de fonctionnement : à percussion - à pression - à temps - à combustion - à traction. Chaque groupe principal de munitions est caractérisé par une couleur distinctive (gris, noir, bleu, vert, brun, jaune) et un numéro indicatif. Cette particularité informative, peut ne pas avoir résisté au temps..., et seules une ou deux croix frappées à froid sur la collerette de la fusée, visibles sur certains types d'obus, indiquent qu'il s'agit de gaz !

Si le désobusage (neutralisation) est « simple »..., il n'est jamais exempt de risques ; deux clefs à chaînes suffisent, l'une pour enserrer la fusée, l’autre le corps de la munition, et ensuite exercer deux couples de sens contraire. Si l’obus est trop rouillé, un tournevis ou un grattoir est utilisé pour ôter le maximum d’écailles avant d’injecter du dégrippant et le laisser agir quelques instants. La fusée séparée, il faut dévisser le cylindre contenant l’explosif primaire, une substance très sensible ! Attention ! il s’agit d’obus (celui-ci se distingue principalement d’une bombe par le dispositif d’allumage et de guidage) entreposés et non de ratés. «  Les ratés sont des munitions ou des parties de munitions qui, après le départ du coup, le jet, ou le déclenchement du dispositif de propulsion, n'ont pas régulièrement fonctionné, quelles qu'en soient les raisons du non-fonctionnement. Les ratés sont éminemment dangereux. Un simple contact peut déclencher la mise à feu, mêmes après plusieurs années ». Les ratés sont généralement détruits par pétardement (pose d'une charge au contact du corps de la munition). Si les munitions peuvent être déplacées, elle sont placées dans un fourneau protégé par un tertre ou merlon de terre.

Si les artilleurs français vissaient les fusées d'ogives à la main en exerçant un serrage modéré, il n'en allait pas de même pour les obus étrangers ! Séparer la fusée d’une munition est susceptible d’en entraîner l’éclatement, ainsi que celles des munitions situées à proximité (effet d'influence ou détonation par sympathie). En présence d’humidité, des vapeurs d’azoture instables peuvent avoir migré dans le filetage (exsudation) ! L'explosion de l'explosif contenu dans l'obus en fragmente le corps (acier ou fonte) en éclats irréguliers de dimensions très diverses et aux arêtes aiguës. Lors de l'explosion d'un obus posé sur un établi, les éclats sont projetés perpendiculairement à la surface du projectile. La vitesse des éclats peut avoisiner les 1000 m/s, vitesse qui diminue cependant rapidement par suite de leur forme peu aérodynamique. L'énergie nécessaire à un éclat pour avoir une efficacité mortelle se situe aux environs de 10 Kgm (unité qui n'est plus guère utilisée, qui correspond à l'élévation d'une charge de 10 kg d'un mètre en une seconde, et qui figure dans les manuels). A une distance de 50 mètres du point d'éclatement, l'éclat d'un obus de 75 a encore une énergie suffisante pour avoir une efficacité mortelle, ce qui explique que les artificiers dépêchés sur place aient fait procéder à l'évacuation d'une quarantaine de maisons d'habitation situées dans un rayon de 100 mètres.

On retrouve des munitions dans certains plans d'eau jouxtant une route. De nombreuses armées (ennemies et alliées) se sont débarrassées de leurs stocks d'obus et de grenades en les jetant dans des étangs..., que des pêcheurs d'un genre spécial récupèrent à l'aide d'un aimant attaché à une ligne ! Si la goupille corrodée cède, la grenade vous saute à la g… ! Méfiance, s'il s'agit d'une munition ceinte de bandes de couleur, pas touche ! Il peut s’agir d’une munition chimique. Vous êtes confiant dans le code des couleurs utilisées pour identifier la nature de la « mun ». Gare ! certaines munitions piégées ont reçu un faux marquage pour tromper le service du déminage adverse.

Entre 1945 et 2000, les services de la sécurité civile ont découvert 660.000 bombes, 13 millions de mines et 24 millions d’obus ! Chaque année, ce sont plus de 600 tonnes d’explosifs et de munitions qui sont découvertes, dont une vingtaine d’obus chimiques ! Collectionneurs, prospecteurs ou amateurs de champignons, votre passion vaut-elle de risquer la vie de vos proches ? En cas de découverte d'une munition (obus ou bombe) inexplosée, mieux vaut prévenir les autorités (notez soigneusement l'endroit et l'aspect) qui s'assureront de leur état (dangerosité) et de leur neutralisation. Ne jamais surestimer ses connaissances..., entre les munitions : allemandes - américaines - anglaises - françaises - italiennes, ce qui représente plus de 600 modèles qui ont été en service, une confusion reste toujours possible. Il faut identifier le type de fusée, apprécier l'état de l'engin, estimer le risque et prendre les mesures de sécurité qui s'imposent avant d'en entreprendre la neutralisation. C'est un travail de professionnels et de passionnés.
 

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19 réactions à cet article    


  • baldis30 25 juin 2018 08:24

    bonjour,

    Comme exemple hors des régions de l’Est : cette année, dans le but de faciliter la libre circulation des eaux dans des cadereaux ( i.e. torrents éphémères) à la périphérie de Nîmes deux bombes ont été découvertes …Elles provenaient d’un bombardement allié en vue de détruire les moyens de circulation des armées allemandes. 


    • juluch juluch 25 juin 2018 11:12

      effectivement....vous avez un doute...ne touchez pas ! ne soyez pas con !  smiley


      • Drougeok Drougeok 25 juin 2018 11:59

        @juluch
        Le doute suppose un minimum d’intelligence. Mais vous savez bien que pour tout oser etc...


      • juluch juluch 25 juin 2018 12:39

        @Drougeok

        ces chasses aux « souvenirs » font des victimes tous les ans....par collection ou pour but lucratif certains croient être plus fort qu’un obus ou une grenade....faut pas déconner !

      • covadonga*722 covadonga*722 25 juin 2018 13:04

        @juluch
         toi et moi on en connu hein des professionnels qui savaient tout sur tout yep certains ont finis en confettis comme disait l’autre 


        comme dis l’artilleur si ça fuse t’es mort ......

      • Drougeok Drougeok 25 juin 2018 14:00

        @juluch
        Je ne cherche pas à déconner, je voulais dire qu’il y en a qui osent tout, et que c’est à cela qu’on les reconnait( d’après les mots célèbres de Audiard) Souvent hélas, on nous demande d’aller les reconnaitre... quand il est trop tard.


      • juluch juluch 25 juin 2018 16:14

        @Drougeok


        Lol...quand je disais « faut pas déconner » se n’était pas pour vous naturellement....je rajoutai sur vos propos afin de les illustrer....  smiley

      • juluch juluch 25 juin 2018 16:17

        @covadonga*722

        tout à fait...tu connais pas...touches pas....signales par contre : !!!

      • zygzornifle zygzornifle 25 juin 2018 13:32

        La migration est une bombe a retardement par contre on n’a pas de démineurs formés pour cela .... 


        • Drougeok Drougeok 25 juin 2018 14:03
          @zygzornifle
          On n’a pas de démineurs, mais on a un sacré paquet de complices, et de défenseurs maladroits, voyez On n’est pas couché du 23/06/2018.

        • zygzornifle zygzornifle 25 juin 2018 18:20

          @Drougeok
           

          très intéressant ce « débat » ressemblant a une accusation de la bande a Ruquier digne de l’inquisition du moyen age , pour un peu NDA aurait fini au bûcher avec pour combustible les billets de 500€ de cette bande d’inquisiteurs fortunés .... 

        • velosolex velosolex 25 juin 2018 14:25

          Il y en a qui ont l’art de chercher les emmerdes.

           Pourquoi ne pas faire collection de bacilles, pendant qu’ils y sont.
           Mais je ne veux pas donner de mauvais conseils à personne. Préférez les collec tranquilles, celles qui ne vous mettront pas en danger qu’on vous volera pas
          Un chapeau de Napoléon a été vendu dernièrement plus de 100 000 euros

           : Étiquettes de camembert, petits trains électriques, soldats de plomb !
           Le mieux c’est de lâché prise...
          Qui veut ma collection de vieux journaux « Pilote », le journal qui s’amusait à réfléchir"


          • Dom66 Dom66 25 juin 2018 14:35

            A quoi servent les mises en garde(s), encore un coup de bol que le gus est mort seul sans personne à coté de lui (enfants, amis, épouse)


            • rugueux 25 juin 2018 16:49
              Ce fait divers lamentable est un beau prix Darwin...

              Quoiqu’il semble que candidat ait dépassé largement l’êge de se reproduire selon ce qu’en disent les journaux...

              • sls0 sls0 25 juin 2018 17:12

                Les têtes d’obus c’est très précis coté mécanique, presque de l’horlogerie.

                Croyant au début de la guerre que le stock aurait suffit on a envoyé les ouvriers sachant usiner sur le front.
                Quand il a fallu refaire du stock, les mécaniciens ou mécaniciennes n’avaient plus le coup de patte.
                10 à 20% d’obus non explosés voir 40 à 50% pour certaines préparations d’attaques.
                Vu le nombre d’obus envoyés, il en reste pas mal.
                Chez moi les munitions et des morceaux d’os humain il y en avait plus que des cailloux dans les champs et jardins.
                Peu d’accidents, je n’ai le souvenir que d’un dans des années 80 longtemps après la ruée pour la récupération.
                Petit si je voulais de l’argent de poche, 1 à 2 heures à récupérer les billes de plomb des scrapnels et l’affaire était dans le sac.
                J’ai encore le souvenir d’un champ qui à brulé, il ne restait que des fânes de pommes de terre mais il y avait aussi une multitude de crayons d’explosifs que l’on trouvait dans le sol, ce sont eux qui ont pris feu.
                Au début des années 70, ça a pris moins d’importance cette récupération, la connaissance du matériel et du danger ont disparus. Les accidents sont apparu.
                Les obus commençaient à être trop oxydés, seul le déminage avait les connaissances et moyens.
                Il y a longtemps que les repères des obus à gaz avaient disparu.
                A l’époque comme je me balladais pas mal et que j’avais un minimum de connaissances, je rassemblais les obus trouvés et je prévenais les démineurs avec qui j’avais de bonnes relations.
                Ils m’ont invité plusieurs fois, coté équipement c’était autre chose surtout pour les obus à gaz qui ne m’inspiraient aucune confiance.
                Petiot j’ai vu ouvrir des obus, ils étaient relativement en bon état et si il y avait une résistance on insistait pas.
                Dans les mêmes conditions d’état des obus et prudence, je referai la même chose.
                Déjà dans les années 70-80, les conditions avaient changé, les bouger je le referai encore surtout avec des démineurs dans ses relations.
                Vu l’état actuel des munitions, je repère l’endroit et je préviens le déminage.
                Dans les années 80 on a fait une voie express à 2km en moyenne de la ligne de front, c’est par tonnes au km qu’ils trouvaient des explosifs, j’ai connu un imbécile qui en avait récupéré 2-300kg, c’était surtout des crayons internes d’obus qui nous servaient quand j’était mioche pour faire des fusées, pas d’explosion mais un superbe incendie qui aurait touché les voisins qui n’appréciaient que moyennement. Les flics et le déminage sont passé récupérer le stock.
                Faisant partie d’une ONG j’ai eu longtemps tout les types de mines avec leur plan et caractéristiques. Non pas pour jouer au démineur mais pour avoir les connaissances nécessaire pour faire de la prévention.
                Si on ne connait pas on ne touche pas.
                Si on connait on ne touche pas non plus.
                Dans le deuxième cas c’est parce que l’on connait le danger. Dans le premier cas une méconnaissance peut parfois faire croire, peut parfois faire oublier le danger.
                Les collectionneurs, certains sont drogués par leur hobby, ils ne pensent pas à mal, ils n’ont pas envie de faire une guerre ou exploser quelque chose mais parfois ils sont hors limite du raisonnable. Des collectionneurs quoi, les collectionneurs de papillons sont moins dangereux en cas d’incendie.
                Il y a aussi des personnes qui ne savent pas comment évacuer sans subir les foudres de la justice, là un décès peut servir, on fait pas chier les morts.
                On serait étonné de savoir ce qui traine dans les greniers ou caves le long d’une ligne de front fixée.
                Jusque dans les anciennes chiottes on en trouve. En 40 pas mal de personnes ayant connu les réquisitions de cuivre de 14-18 ont sauvé les meubles ou plutôt le cuivre, bronze et laiton en balançant dans les chiottes.


                • sls0 sls0 26 juin 2018 18:14

                  @cassini
                  J’ai connu des tourneurs avec des sacrés coups de pattes.

                  Des têtes d’obus pas de problèmes pour eux.
                  Que ce soit une ouvrière ou un ouvrier qui le remplace sans ce coup de patte, on ne risque pas de se trouver devant des horlogers avant quelques mois voir années s’ils ont des dispositions.
                  S’il faut fusiller autant prendre ceux qui rentrent en guerre sans tout les atouts dont les obus.
                  Les imprévoyants, qui envoient des spécialistes se faire tuer, la liste est longue avant d’arriver aux ouvrières.
                  C’est surtout chez les anglais que ça s’est senti.

                • Raymond75 25 juin 2018 19:18

                  Je possède une vieille bombe atomique chez moi, avec de curieuses inscriptions en allemand. J’ai commencé à la démonter, mais il me manque un tournevis spécial. Je pense qu’un burin fera l’affaire. A l’intérieur, il y a quelque chose qui brille la nuit.


                  • baldis30 26 juin 2018 19:35

                    @cassini
                    bonsoir,

                    « Si elle est allemande, vous voilà célèbre : grâce à vous tout un chapitre de la WWII est à réécrire »

                    Non pas à réécrire mais à diffuser et commenter .. Par exemple à partir d’une publication de l’Espresso ( groupe La Repubblicca) de pas plus de deux ans. A partir d’une émission de ZDF en allemand d’il y a peu …. 

                    Selon qu’il y aurait eu la remise d’un stock d’U235 par les allemands aux américains courant AVRIL 1945. je reviendrais peut-être sur le sujet dans quelques jours s’il n’est pas trop tard .

                    Et sur un fait peu connu mais publié AVANT 1939 en français en ce qui concerne l’information qu’un scientifique français très connu avait calcule qu’il fallait une charge de 10 tonnes d’U pour amorcer une réaction nucléaire. On peut penser qu’il se serait agit d’une bombe à l’U naturel mais ce n’est pas sûr !

                     


                  • zygzornifle zygzornifle 1er juillet 2018 17:10

                    Pour l’instant en France on collectionne les taxes impôts charges amendes et autre prélèvements ....

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