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Accueil du site > Tribune Libre > « Moi Augustin de Marieke Aucante » par Franck ABED

« Moi Augustin de Marieke Aucante » par Franck ABED

Cet ouvrage, sous-titré prêtre martyr de la Révolution française, écrit par Marieke Aucante ravira les jeunes et moins jeunes. Effectivement, l’histoire se montre très intéressante et l’écriture nous plonge littéralement dans ce XVIIIème siècle agonisant. L’auteur est journaliste à France Télévisions. Pour son implication dans la protection de l'environnement et son engagement dans la formation des professionnels et des familles accompagnant des personnes handicapées, elle a reçu en juin 2008 les insignes de chevalier de la Légion d'honneur. Elle est également l'auteur d'une quinzaine de romans, essais, nouvelles et pièces de théâtre.

 

Comme elle l’écrit dans l’avant-propos, tout commence en septembre 2010 à bord d’un bateau pour « faire le tour de Fort Boyard ». Une fois le pied posé sur la terre ferme et « inconnue  », son regard se pose sur une chapelle. Elle nous raconte dans le détail cette rencontre : « Par une chaude lumière d'automne, j'avise une chapelle. La porte est ouverte. J'entre. Devant l'autel, je suis saisie de frissons. Sur le sol, je lis l'inscription : ossements des prêtres martyrs. Ce sont ceux des 829 prêtres réfractaires, déportés pendant la Terreur. Ils ont croupi dans des bateaux transformés en prisons flottantes en rade de Rochefort ». Frappée d’émotion et de sentiments puissants, elle reste « plus d’une heure seule dans cet espace de silence  ». Elle découvre que ces prêtres « venaient de toutes les régions de France  ». Elle n’ignore pas le sort que réservait la révolution à ceux qui entendaient rester fidèles à Jésus et à Rome. Elle dit encore : « Ils (les prêtres) ont vécu l'enfer. Beaucoup n'ont pas survécu et reposent sous mes pieds ». Pendant qu’elle projette des images des pontons dans le tréfonds de son âme, elle ressent « alors un appel intérieur : l'un des prêtres prisonniers me supplie de raconter leur tragédie. Celui qui me tient la main pendant l'écriture s'appelle Augustin. Il est jeune et vient du Limousin. Il me fait partager son existence, ravagée par l'intolérance et le fanatisme ». Commence alors un véritable et sincère témoignage qui mêle espérance, charité, amitié et pardon.

 

Le pardon est au coeur de la doctrine catholique et de la vie des chrétiens. En effet, dans le Notre Père nous lisons : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Est-il possible de pardonner à ceux qui tuent vos parents, vos frères, vos soeurs, vos amis ? Peut-on aimer les gens qui détruisent les autels et saccagent les lieux sacrés ? Comment garder l’espoir quand tout s’effondre autour de nous ? Ce livre répond à ces questions et bien plus…

 

Le récit s’ouvre par un jeu d’enfants entre Augustin et son ami Nicolas - fils du seigneur local - dans le Pays d’Yriex. Dans cette contrée, ils courent, s’amusent et découvrent les joies de la nature créées par Dieu. Pour les deux amis, tout ce qui les entoure est source d’émerveillement. La suite du roman nous raconte les évènements sombres et souvent méconnus de la Terreur, ou pire passés sous silence, de manière originale. En effet, elle ne se place pas du point de vue des révolutionnaires ou des contre-révolutionnaires, pas plus que des grands personnages de l’époque tels, Danton, Robespierre, Cathelineau ou Charette. Non, elle se glisse littéralement dans la peau de l’humble paysan Augustin, qui dès sa plus tendre enfance entend l’appel de Dieu pour le servir. Celui-ci devient prêtre, puis un réfractaire déporté à Rochefort, parce qu’il refuse de signer la Constitution Civile du Clergé. Celle-ci visait à laïciser la religion catholique et à transformer les clercs en fonctionnaires républicains. Augustin n’entend pas se soumettre au despotisme révolutionnaire, même si cet acte peut lui coûter la vie. La mère d’Augustin, qui ne croit pas en Dieu, dit au cours du récit : « Je sais que mon fils ne renoncera ni à écouter le Pape, ni à suivre la liturgie séculaire  ».

 

Comme le disait Pierre Chaunu, le grand historien de confession protestante : « La Révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l’athéisme que l’Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen-Âge et dans toute l’Europe ». Ainsi nous lisons tout au long du roman, les actions de haines menées par les révolutionnaires et les sévices subis par des populations qui voulaient en fin de compte vivre comme leurs ancêtres. La tornade révolutionnaire s’abat sur les catholiques : églises pillées, monastères détruits, assassinats de religieuses de prêtres de moines, profanation des reliques et autres objets sacrés. Marieke Aucante décrit avec force les ravages du fanatisme révolutionnaire et utilise des images percutantes pour montrer la folie des sans-culottes. Les révolutionnaires voulaient par tous les moyens détruire l’héritage chrétien de la France. Certains s’y sont opposés par le combat, d’autres pacifiquement. 

 

Nous suivons donc pas à pas ce prêtre dans les ténèbres de la révolution. Nous lisons ses états d’âmes, nous partageons sa détresse. En dépit des événements douloureux qu’Augustin subit, il n’a de cesse de prier et d’espérer le meilleur pour les hommes qui l’oppriment et le réduisent à moins que rien. Les mauvais traitements, l’injustice et la bêtise des révolutionnaires n’éteignent point chez Augustin sa confiance en Dieu et son amour du prochain. Augustin, prêtre réfractaire, est un personnage fictif mais son histoire s’inspire de faits réels qui ne peuvent laisser insensibles les honnêtes gens. 

 

L’auteur, avec ce livre sincèrement touchant, rend hommage à ces 829 prêtres réfractaires tués par le fanatisme athée et révolutionnaire. Nous sommes en présence d’un roman soucieux de vérité historique qui pose la question du Mal, de la souffrance injuste et de la Rédemption. Témoignage de foi et de vérité, nous recommandons sa lecture, notamment à la jeunesse d’aujourd’hui, car Augustin représente un modèle à suivre dans notre époque bouleversée et finalement bouleversante.

 

Franck ABED


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