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Accueil du site > Tribune Libre > Mondialisation : le radeau de la Méduse

Mondialisation : le radeau de la Méduse

 Vous êtes l’Homme le plus riche de France, ceci n’est pas une raison de vous détester, ni de vous admirer. Je ne m’adresse pas à vous pour que vous distribuiez tout ou partie de votre fortune, ce qui ne changerait d’ailleurs rien à la situation dramatique que nous connaissons. Pourtant vous pourriez tant de choses…

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 Louis XVIII est roi de France. L’empire a disparu avec la défaite de Waterloo. Les pays vainqueurs de Napoléon Ier, l’Autriche, le Royaume-Uni, la Prusse, la Russie et quelques autres, l’ont porté au trône. Les émigrés, environ 150 000 personnes parties suite à la Révolution, sont les tenants de la monarchie et d’un pouvoir absolu, ils ont obtenu ce pour quoi ils se battaient. Il faudra attendre plus de trente ans pour qu’une chancelante seconde république apparaisse.

 En 1816, Hugues Duroy de Chaumareys commande le navire ‘La Méduse’ ; c’est un noble très peu expérimenté n’ayant pas navigué depuis l’ancien régime. Il traite dès le départ ses subordonnés avec condescendance et préfère prendre les conseils d'un passager qui prétend connaître la côte d'Afrique. À bord embarque aussi le colonel Schmaltz, nommé gouverneur du Sénégal. ‘La Méduse’ est chargée d'acheminer du matériel, des fonctionnaires et des militaires affectés à ce qui deviendra le Sénégal. Le navire s’échoue sur un banc de sable pourtant bien connu des navigateurs. Plusieurs tentatives de renflouement sont faites sans succès. Il n'y a pas assez d'embarcations pour évacuer les quatre cents occupants : la frégate ne dispose que de quatre canots et d'une chaloupe. Schmaltz fait alors construire un radeau avec des pièces de bois récupérées dans la mâture afin d’y transférer du matériel et alléger le navire. Une liste répartissant les personnes dans les différents canots de sauvetage est établie par Schmaltz et Chaumareys en secret. Canots et chaloupe sont mis à l'eau. Le gouverneur Schmaltz exige d'être descendu à bord de son embarcation dans un fauteuil, suspendu à un palan. Sur le radeau s'entassent 150 marins et soldats avec quelques officiers, ainsi qu'une femme cantinière. Très vite, les amarres qui relient les chaloupes au radeau se rompent (ou sont rompues volontairement) et celui-ci part à la dérive. Sur la machine, nom donné au radeau, une « rébellion » éclate, et est noyée dans le sang : on comptera soixante-neuf cadavres. Quelques jours plus tard, une seconde « révolte » fait plus de trente morts. Au bout d'une semaine, il ne reste plus à bord de la ‘machine’ que trente survivants. Nécessité faisant loi, ils se sont mis à manger les cadavres de leurs victimes. Un conseil se réunit et décide que douze naufragés sont trop faibles pour survivre : ils sont jetés à la mer...

 Le commandant Chaumareys, qui a pu regagner la côte, a envoyé l'Argus non pas pour sauver les naufragés mais pour récupérer trois barils contenant des pièces d'or et d'argent. Le brick retourne sur le lieu du naufrage et le surlendemain récupère quinze rescapés du radeau.

 Erreur de cap ! Méconnaissance de la route à suivre ! Décideurs sans grandeur ! Foules exaspérées et excitées par les turpitudes ! Que d’analogies avec notre situation !

 Le dernier exercice budgétaire français à l’équilibre remonte à 1974, année du premier choc pétrolier, depuis lors la France vit à crédit : elle dépense plus qu’elle ne gagne. Cette même année, le taux de croissance baisse (à 5,7%), les salaires augmentent comme l’inflation, le gouvernement s’efforce de ne pas franchir le seuil de 700 000 demandeurs d’emploi. La dette publique de la France n’a pas cessé de croître depuis le premier choc pétrolier jusqu’en 1996 pour rester à peu près stable jusque la crise de 2008, la dette a ensuite ré-augmentée très brutalement. Tous les pays du monde sont endettés, les pays dits riches bien plus que les pays pauvres. Les pays les moins endettés sont la Russie, la Libye, l’Iran. Il n’est évidemment pas possible de relier le montant des dettes à un quelconque objet réel, celles-ci correspondent à un élément d’un rapport de force qui tient en compte maints aspects militaires, sociétaux et environnementaux.

 Il n’en reste pas moins que la France vit à crédit donc sous une tutelle de plus en plus grande du reste du monde. Dans l’ancien régime, les finances de la France sont presque toujours dans le rouge. Pour rétablir l’équilibre des comptes, le Roi utilise tous les moyens possibles : les emprunts, les spoliations, les faillites ; des guerres pouvaient aussi être déclarées justifiant alors des impôts extraordinaires difficilement contestables par la population. Toutes ces possibilités existent encore de nos jours avec un habillage différent. La mondialisation permet d’assurer une relative stabilité du pouvoir d’achat dans les pays riches tout en intégrant les pays pauvres dans le système global de production et en élargissant ainsi considérablement l’espace des investissements possibles.

 Une brisure du fait de la mondialisation peut être observée depuis 1990, et qui s’accentue dans tous les pays, elle concerne le creusement des écarts entre revenus du capital et revenus du travail, et également entre revenus du travail qualifié et non qualifié. La déification de l’argent devient telle que toute autre valeur immatérielle s’en trouve marginalisée ou ridiculisée, rendant obsolètes républiques et démocraties. Toute idéologie, au sens de sublimation de l’intérêt, est jugée dangereuse ou nuisible et on remplace la morale égalitaire par la philanthropie qui recueille d’autant plus de succès qu’une large publicité l’accompagne.

 Pourtant, un Monde sans morale ne peut que s’écrouler : c’est elle qui peut contenir l’animalité qui sourde par chacun des pores de tout individu. Pour qu’un frein à la bestialité soit possible, les vrais dirigeants, ceux qui détiennent les capitaux, ne doivent pas seulement être puissants, ils doivent être exemplaires.

 La planète va manquer de tout : laissera-t-on une infime minorité s’accaparer du peu qui reste ou pourrons-nous bâtir un monde pour l’ensemble des populations ? Le nombre de personnes vivant sur Terre était d'environ 650 millions en 1750, il atteint plus de 7 milliards aujourd’hui. Il est hors de question de fournir à tous le niveau de vie d’un américain ou d’un français. Qui va diriger la transition vers une sobriété nécessaire et pas forcément heureuse ? Les détenteurs de capitaux, volontairement ou pas, ont permis l’essor des pays dits émergents en augmentant toutefois significativement les inégalités dans chacune des nations. Il faut en effet un pouvoir fort pour imposer des sacrifices aux populations, même à celles qui bénéficient d’un trop plein de biens dont elles ne savent plus quoi faire. Les ‘marchés’, hors d’atteinte de la démocratie, ont permis d’imposer les efforts nécessaires. Corrélativement, les détenteurs de capitaux ont vu leur fortune augmenter avec leur puissance. Ce processus n’a pas de limite à moins d’en imposer une. Peut-être M. Arnault, vous qui êtes le plus riche d’entre nous, vous ne croyez pas plus que moi en Dieu ? Peut-être cependant accepterez-vous la direction qu’il indique, l’Amour, sans lequel aucune vie ne vaut d’être vécue. Alors bannissez les ‘Chaumareys’ qui abondent dans tous les lieux de pouvoir, vous nous aiderez, vous vous aiderez.

 


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15 réactions à cet article    


  • samy Levrai samy Levrai 23 avril 09:58

    Loi Pompidou-Giscard-Rothschild, 1973 ( art 123 du TFUE)

    Libre circulation des capitaux ( article 63 du TFUE ) , des marchandises et des services ( art 32 ).

    Euro ( art 282 du TFUE)


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 avril 10:57

      @samy Levrai
      Des lois sont généralement écrites pour être justes. Il est plus que certain qu’elles ne le sont pas pour tout le monde. Mais même des lois justes ne pourront pas remplacer la Morale.


    • Arogavox 23 avril 11:17

      « un pouvoir fort pour imposer des sacrifices aux populations »  ??
       Voilà bien l’opposé de l’idéal démocratique !
      cf le célèbre : « chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant »
         Une « simplicité volontaire », pas plus que des « sacrifices » ne sauraient être « imposés ».
       Implorer, chercher à attendrir, à moraliser celui ou ceux qui se sont hissés « au-dessus » du pouvoir du peuple, souhaiter qu’ils aient la prétention d’abuser du détournement de confiance associé à la monnaie pour faire du bien aux gens malgré eux ?!  Très peu pour moi !


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 avril 12:06

      @Arogavox
      Personne ne conteste que l’on ne pourra pas continuer à consommer comme nous le faisons. La seule chose que l’on puisse sauver c’est la justice : que chacun puisse avoir selon ses besoins. Le système qui permet cette justice sera probablement coercitif car l’égalité n’est pas dans la Nature des choses : ce sera le bâton, le conditionnement mental... ou, si l’on rêve un peu, l’intelligence de la vérité.


    • samy Levrai samy Levrai 23 avril 12:18

      @Jacques-Robert SIMON
      Elles sont surtout les causes produisant les effets...


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 avril 13:06

      @samy Levrai
      Les lois reflètent un rapport de forces. Pour arriver à sortir de ce piège on ne peut compter que sur la vérité et la morale qui en découle.


    • samy Levrai samy Levrai 23 avril 13:35

      @Jacques-Robert SIMON
      Ces lois viennent de l’arnaque démocratique qui a eu lieu en 2008 suite au referendum de 2005 ( sauf Pompidou -Rothschild à la mort de de Gaulle ).


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 avril 17:12

      @samy Levrai
      Les bâtisseurs de l’Union Européenne étaient pleins de bons sentiments mais ils se trompaient. On ne pouvait construire l’Europe que contre les Etats-Unis, ils ont essayé de concilier leur objectif et leur grand ami devenu inutile bien avant la chute du mur de Berlin.


    • Spartacus Spartacus 23 avril 17:31

      Arnault n’est pas responsable de la misère et l’état du pays.

      Les pauvres ne sont pas pauvres parce que Arnault est riche, c’est absurde. Les pauvres n’ont tout simplement pas trouvé ou cherché ou choisit ou essayé de s’enrichir . 


      Si la richesse expliquait la pauvreté, il faudrait expliquer pourquoi il y a si peu de riches dans les pays pauvres et qu’ils sont si nombreux dans les pays riches. 
      Ou encore que les pauvres des pays riches sont toujours moins pauvres que ceux des pays pauvres. 


      Il est responsable de 100 000 salariés, les salaires sont tout a fait corrects dans son entreprise sans compter les sous traitants.

      L’économie n’est pas cette absurdité d’un jeu a somme nulle dont se délectent les gauchistes qui adorent faire du racisme anti-riche.

      Et rassurez vous la terre n’est pas à l’agonie, et ceux qui s’accaparent les richesses sont les états, les élus et les fonctionnaires qui les composent.

      Eux seul ont le pouvoir de coercition et eux sont des coups pour la société marchande qui elle crée la richesse.


      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 avril 18:16

        @Spartacus
        Je ne crois pas avoir pris à partie M. Arnault et les considérations économiques données sont étudiées très complètement par ailleurs. Par contre, là où vous avez tort sans l’ombre d’un doute, c’est lorsque vous pensez que les richesses minières de la planète sont infinies : il suffit de regarder une mappemonde.


      • Spartacus Spartacus 25 avril 16:17

        Vous m’avez mal lu.

        Les ressources sont alternatives, et les matières premières sont indéterminées.

        Je fais la différence entre matière première et ressources.

        L’homme a épuisé la ressource de matière première du mammouth, mais cela ne l’a pas empêché de manquer de ressources.

        On se fou que des matières premières soient épuisées. Il existe toujours des alternatives dans un monde ou la technologie est de plus en plus présente et rend obsolète la précédente.


        • Spartacus Spartacus 25 avril 20:03

          Un homonyme a vous était un grand économiste des ressources sur terre, Julian Simon prof d’université de Maryland.
          Il a dit ceci :
          « Le monde est un système fermé au même titre qu’un piano est un système fermé. L’instrument n’a que 88 notes, mais ces notes peuvent être jouées de manières presque infinies. La même chose s’applique à notre planète. Les atomes de la Terre peuvent être fixes, mais les combinaisons possibles de ces atomes sont infinies. Ce qui compte, ce ne sont donc pas les limites physiques de notre planète, mais la liberté humaine d’expérimenter et de réinventer l’utilisation des ressources que nous avons »


        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 avril 17:48

          @Spartacus
          Vos espoirs concernant les technologies (sauf les biotechnologies) sont vains, mais vous n’êtes pas obligé de me croire.


        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 avril 17:50

          @Spartacus
          Les considérations sur les atomes sont exactes, mais pour nos sociétés il faut de l’énergie. Les seules énergies relativement renouvelables viennent du soleil ou du coeur terrestre.


        • JPCiron JPCiron 2 mai 22:24

          Bonjour,

          Sur mon ordi, j’ai un post-il avec les noms de quelques auteurs sur Agoravox. 

          Ce qui me permet, en me connectant, de faire un petit tour qui m’assure des lectures intéressantes. Je délaisse souvent les commentaires, qui trop souvent brisent le charme.

          L’article qui bloque, dans quelque temps passera.

          Votre intention de laisser tomber et compréhensible, j’en conviens. Pour être honnête, cette intention me déplaît...

          Et il n’est pas déshonorant de changer d’avis...

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