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Accueil du site > Tribune Libre > Négociations sans fards au sein de la communauté internationale

Négociations sans fards au sein de la communauté internationale

Barack : Bonjour à toutes et à tous, vous pouvez vous asseoir !

 

Les autres : Merci boss !

 

Barack : Euh ! Mathilda (May) tu sers le café. Ça t'apprendra pour le brexit.

 

Mathilda : mais moi j'étais contre, et je vais tout faire pour qu'on revienne en arrière. J'ai d'ailleurs Tony (Blair) qui me donne d'excellents conseils dans ce sens.

 

Barack : prenez-en de la graine, les autres. Tony, ça c'est un modèle dont vous devriez vous inspirer. Un putain de menteur comme on n'en fait plus et toujours capable de retomber sur ses pattes. François et Angela, vous devriez vous en inspirer parce que vous, vous savez mentir, mais vous êtes infoutus de le cacher bien longtemps. Faut dire qu'avec vos tronches, vous inspirez davantage l'angoisse et la méfiance que la foi en l'avenir. J'ai toujours pensé que vous, les Européens, on devrait vous présélectionner à partir de votre look. Puisque vous ne décidez de rien autant que vous ayez une bonne gueule de VRP pour vendre nos produits.

 

Mattéo : un peu comme moi, hein chef !

 

Barack : oui ou comme Alain (Juppé) qui va te remplacer François. Lui il fait vieux bonze, donc sage. Il inspire confiance, même à ceux qui devraient censément le combattre. Il va tellement bien entuber les Français qu'on va le faire redoubler, malgré sa promesse de ne faire qu'un mandat. Un peu de com et un lifting, et ça passera comme une lettre à la poste. Pour toi François, honnêtement y a trop de boulot. Sur les deux plans. C'est comme ça, y'en a qui sont doués et d'autres pas. Regardez Alexis, en Grèce il s'en est tiré comme un chef. Il se fait élire pour vous mener une guerre qu'il sait qu'il va perdre, va même jusqu'à organiser un referendum qui le conforte dans son combat tandis qu'il capitule sans conditions, et même avec des conditions encore plus dures pour lui, enfin les Grecs, le lendemain. Et du coup il se fait réélire. Alexis, toi t'es un bon. Si je trouvais un Français et un Teuton aussi doués que toi, on n'aurait même plus besoin de se réunir. On pourrait tout faire par mail. Bon, Angela et François, je suis désolé. Ne le prenez pas mal. Vous êtes vraiment très loyaux, votre fidélité est à toute épreuve, mais vous n'êtes pas aussi doués que des gens comme Tony ou Alexis. Je vous dis, y a quelque chose qui vous manque ou que vous avez en trop (il fixe en disant ça alternativement les bajoues de Angela et la chemise de François dont un des boutons vient de sauter sous la pression). Cela dit Angela et François, c'est pas la même chose. Angela, c'est l'usure qui finit par l'avoir, tandis que François, c'est une erreur d'appréciation dès le départ. Et ça fait deux erreurs de suite qu'on commet avec la France. La première c'est avec Nicolas qui est trop agité et anxiogène. La seconde c'est quand on décide de le remplacer par un placide tout mou pour contrebalancer. Mais le balancier est allé trop loin. Désolé François, mais malgré toutes tes qualités, tu ne fais vraiment pas président. Mais t'inquiète pas, on saura te renvoyer l'ascenseur pour ce que tu as fait pour nous. Et je dis ça aussi pour tous les autres, hein, nous saurons nous montrer reconnaissants. Bon, vous n'aurez pas tous un job chez Goldman Sachs comme Barroso, quand je pense que c'est un ancien maoïste (rires dans la salle), mais on vous trouvera des compensations dont vous ne serez pas déçus. A-t-on jamais vu un de nos fidèles se retrouver sur la paille ? Moi-même d'ailleurs, puisque vous savez que je ne suis qu'un intermédiaire, j'envisage avec grand optimisme mon proche avenir, à partir du mois de janvier.

Bon cette parenthèse étant refermée, et le café servi, merci Mathilda, nous pouvons passer à l'ordre du jour.

On parlera donc du CETA et du TAFTA, et puis si on a le temps des sanctions contre la Russie. OK ?

 

Les autres : c'est vous le chef, boss !

 

Barack : c'est vrai que je devrais éviter ce formalisme entre nous. Donc je commence et sans doute même que je finirai.

En préambule, puisqu'on va parler du CETA, et comme vous l'aurez peut-être remarqué, Justin n'a pas pu se libérer. Il avait une séance d'aquagym suivie d'une séance d'UV. Le soin du look ! Essentiel ! Il m'a donc laissé carte blanche pour m'exprimer en son nom, ce qui tombe bien puisqu'il n'avait rien à dire d'autrement plus intéressant que ce que j'aurais pu lui dicter avant la réunion.

Alors là sérieusement, et j'en félicite en premier chef Jean-Claude (Juncker) et Donald (Tusk), chapeau ! Vous disposez d'une maitrise absolue pour rouler les peuples dans la farine. Comment un traité à peu près inconnu de la population, donc suspect par essence, devient acceptable après qu'une poignée d'irréductibles, ah ah ah !, le bloquent avant de le rendre finalement acceptable pour tous moyennant quelques garanties pour le moins fictives. Ou l'exercice virtuel de la démocratie des peuples d'Europe. Ça c'est du grand art. Comme de le rendre opératif avant même qu'il ne soit ratifié par les parlements nationaux. Mais ça c'est votre job ou celui de vos successeurs que nous vous avons choisis. Ça ne pouvait pas mieux se passer. La grogne est désamorcée avant d'avoir à peine commencé. Et maintenant il ne leur reste plus qu'à subir, ces ploucs. En tout cas bravo !

 

Angela  : che fais tout ce que che peux pour faire aboutir le TAFTA. Mais là ça s'annonce mal. C'est bien plus que une petite réchion qui rechigne. Hein François !

 

François : oui mais euh, c'est pas de ma faute…

 

Barack : Angela, ne critique pas François, il a fait ce que je lui ai dit de faire. Comme ce traité vient de chez nous, a été pensé par nous, élaboré par nous, on ne pouvait pas en dévoiler le contenu inacceptable pour vos peuples. C'est en fait le mode d'accès aux documents par vos parlementaires qui nous a trahis. Et comme il y a de plus en plus d'anti-américains en Europe, et on ne peut pas les en blâmer, il fallait calmer le jeu, tout en laissant croire que certains dirigeants prenaient garde aux intérêts de leurs pays. Tu comprends, faire croire qu'il y avait de véritables négociations. C'est comme le CETA, mais c'est plus dur parce que ça vient de chez nous. Donc il faut ruser davantage et forcer sur la vaseline. Je ne t'ai pas mise sur le coup parce que si vous parliez d'une même voix, ça ferait suspect. C'est bien que les dirigeants de la France et de l'Allemagne semblent avoir des intérêts divergents. En plus ça vous légitime.

Alors pour le TAFTA, on laisse passer du temps. En fait on laisse ça à nos successeurs. Mais on ne nous en tiendra aucunement rigueur. On a fait le job. Et puis maintenant que le CETA est acté, on a ouvert la porte. On pourra toujours avec nos multinationales se faufiler par là.

 

Les autres : quel génie ! (Applaudissements nourris)

 

Barack  : merci, merci ! Mais vous n'êtes pas des manchots vous non plus. Votre sélection qui ne doit rien au hasard a été bien faite. Le programme young leader, le filtre Bilderberg et le reste, le dispositif fonctionne bien. Même s'il eut y avoir des ratés ensuite, à cause d'erreurs de comportement, voire pire quand un des sélectionnés ne peut pas réfréner ses pulsions comme Dominique, ou parce que la maitrise de l'art de mentir les yeux dans les yeux n'est pas absolue ou se heurte trop violemment aux faits qu'on ne peut pas cacher ou camoufler, jamais le système n'a été menacé. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il continue à avancer de façon inexorable. Faut dire que nous mettons les moyens avec la peur que nous instillons sur le monde : peur de la précarité, peur du terrorisme, peur de la guerre… Tout ça est tellement bien entretenu par les medias qui nous transforment en nounou avec nos institutions-bidons et l'OTAN.

Tiens puisqu'on parle de l'OTAN, abordons cette nouvelle guerre froide comme on l'appelle. Inutile d'épiloguer. On continue comme avant. En Ukraine les forces démocratiques et donc soutenues par l'occident sont l'objet d'agressions continuelles de la part des pro-russes soutenus par le Kremlin, tandis que les milices fascistes n'existent même pas. Celles-là on leur réglera leur sort plus tard mais en attendant elles nous sont bien utiles car ce sont les seules qui combattent réellement. De même que jamais les Ukrainiens ne bombardent leur population civile dans les zones séparatistes. De toute façon il n'y a aucun média occidental qui couvre ça, donc l'info ne passe pas. Sur l'Irak et la Syrie même politique. Les bombardements d'Alep sont un crime contre l'humanité. Au passage on est fort quand on arrive à dire, comme toi François ou ton ministre, tu sais celui qu'a toujours l'air de dormir, que c'est le pire massacre depuis la seconde guerre mondiale. 500 morts en un mois et encore selon l'ONU, c'est effectivement terrible comme massacre (fous rires dans la salle). Bon on insiste bien sur les civils innocents, on montre des enfants, même s'ils ne sont pas d'Alep et même de Syrie. On en a en stock en Irak. Et évidemment nos bombes et nos obus à nous ne touchent que des méchants terroristes évitant soigneusement la population civile. Parce que nous, nous sommes humains et que nous combattons exclusivement pour le bien, la démocratie, la paix. Nous faisons la guerre pour la paix, voilà un beau slogan, hein ? Bon vous avez compris, on ne change pas de pied et de temps en temps quand la vigilance tombe on fait comme la France, on fait monter la mayonnaise à l'ONU avec une résolution dont on sait qu'elle n'a aucune chance de passer. C'est avec l'émotion qu'on mène les peuples repus, n'oubliez pas ça ! Et surtout qu'on justifie nos menées expansionnistes. Le monde n'est pas encore totalement à nous, mais nous nous y employons. Déjà nous tous ici représentons la communauté internationale dans son ensemble !

Bon, je crois que nous nous sommes tout dit. Il ne me reste plus qu'à vous remercier pour la qualité de vos interventions à l'occasion de cette réunion. Elles vont nous permettre de progresser. N'oubliez pas de récupérer vos téléphones portables en sortant. Ils ont été contrôlés pour voir s'ils ne contenaient pas un dispositif d'espionnage. On ne sait jamais, hein ! Il y a tellement de gens malveillants. Mais nous on vous protège.

A bientôt !

 

Les autres : à bientôt boss ! Et surtout merci pour tout !

 


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4 réactions à cet article    



    • Bella Ciao 1er novembre 2016 00:15
      C’est excellent, Sigismond ! D’une part pour le scenario et l’écriture ; et de l’autre pour de nombreuses connotations très vraisemblables.

      Mais je ne partage pourtant pas votre vision (à travers le propos d’Obama) de la personnalité de Hollande, et cela d’autant moins que Barack Obama a fait figure de dégonflé par rapport à Hollande dans l’affaire de la ligne rouge franchie par Bachar El-Assad, empêchant par là-même la France de broncher tant elle dépend de la logistique étatsunienne. Évidemment, pour vous ce sera Obama qui aura roulé Hollande dans la farine...

      Sur le TAFTA, Obama sait qu’il suffira de CETA pour que sa force de frappe des multinationales agisse via un passage réel ou virtuel par le Canada. Sur le CETA, compte tenu des dernières négociations, la casse ne devrait pas être importante (espérons qu’elle soit compensée par une pénétration du marché canadien pour nos produits agroalimentaires comme pour nos entreprises). Mais il faut passer par le Parlement européen (avec une issue pas si évidente compte tenu du souverainisme d’extrême-droite et - espérons-le - un vote négatif des écologistes et d’une partie de la social-démocratie) puis par la ratification par autant de parlements que d’États membres de l’UE... dont ceux qui ont observé la Province Wallonne tout en n’en pensant pas moins et qui pourraient refuser de déposer les instruments de ratification...

      • Sigismond Sigismond 1er novembre 2016 11:23

        @Bella Ciao
        Bonjour,

        Sur le bombardement syrien, si j’osais, je dirai qu’Obama a fait preuve de raison. D’une part il est probable que l’attaque chimique soit le fait des rebelles, nos amis, et d’autre part cette attaque nous menait vers une aggravation du conflit avec peut-être la chute d’Assad et une prise de pouvoir par les islamistes. De fait la France n’a pas été tant suiviste des USA dans l’affaire syrienne. Elle a été pire et cela dans le cadre d’intérêts économiques court-termistes lesquels par ailleurs n’ont été que très partiellement réalisés, encore un échec. Notre positon en Syrie a été le résultat d’une politique de complaisance vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et du Qatar, qui fut le guide exclusif de la politique étrangère de Fabius reprise par Ayrault qui lui ne comprend rien à rien. Il faut noter cet égard les distorsions qui peuvent exister entre le monde du renseignement (notamment les militaires) et le gouvernement, le premier voyant sa production méprisée au nom de possibles intérêts économiques.

        Ce que je veux dire c’est que dans cette affaire la France a joué la carte de l’Arabie Saoudite pensant combler un vide laissé par les américains, d’où cette politique folle vis-à-vis de la Syrie. Même chose au moment des négociations avec l’Iran où elle s’est montrée intransigeante. Mais elle n’a pas eu pour autant les marchés espérés, juste quelques picaillons, s’est mal positionnée sur la marché iranien qui s’ouvrait, et elle continue à mener une politique de non-sens en Syrie au point d’ailleurs que plus personne ne la consulte lors des conférences internationales sur le sujet tant elle s’est discréditée.

        Merci Fabius ! (En fait ce fut la première fois sans doute sous la 5ème République où la politique étrangère fut dirigée du Quai d’Orsay et non de l’Elysée. Belle réussite !).

         

        Le TAFTA viendra en son temps, et selon les termes américains avec notamment cette clause empêchant les fameux tribunaux arbitraux d’attaquer les USA alors que les pays d’Europe n’y échapperont pas. Personne n’en n’a abandonné l’idée. Et vous avez raison, le CETA peut compenser son absence en attendant. D’ailleurs le traité est déjà partiellement opérationnel avant même sa ratification par les parlements nationaux qui va prendre sans doute des années et n’est même pas acquise. Mais finalement tout ça n’est qu’un écran de fumée. A cause de son pouvoir de sanctionner entreprises et banques dans le monde (mais l’Europe est la principale cible), les USA contrôlent déjà notre économie à l’exportation. A titre d’exemple il a fallu leur accord pour pouvoir exporter des Airbus en Iran, accord obtenu après que Boeing ait rempli son quota avec ce pays. Les banques ne prêtent plus aux entreprises qui exportent par peur d’être sanctionnées pour un tas de raison. Une commission d’enquête a été ou est en cours à l’Assemblée Nationale sur ce sujet, à l’initiative de Lellouche. C’est proprement édifiant, notamment notre capacité à nous faire entuber en silence et même avec le sourire et en en redemandant.


        • Bella Ciao 1er novembre 2016 18:30
          Ollé !

          Sigismond, ne pensez-vous pas que vous occultez l’avant-Hollande. Le Qatar... c’est loin d’être nouveau, et pas seulement dans le foot-ball !... L’Arabie saoudite était déjà courtisée.
          Je suis généralement en désaccord avec vous mais je vous prends très au sérieux et j’apprécie vos analyses, même quand je m’apprête à « antithèser »... Mais, j’en arrive à penser que vous êtes tout de même très influencé par l’est du continent, en d’autres termes vous « poutinez »... tandis qu’ailleurs vous me faites (gentiment) le reproche d’un tropisme atlantiste... 

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