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Accueil du site > Tribune Libre > Nicolas Sarkozy, ou la France en voie de sous-développement

Nicolas Sarkozy, ou la France en voie de sous-développement

La gauche, en 2007, n'a pas compris qu'une campagne ne pouvait pas se réduire à jeter des anathèmes. « Sarko = facho », c'était un peu cours, comme vision politique…

Je me suis pour ma part toujours refusé à faire de l'anti-sarkozysme primaire. Le fait que le leader de l'UMP parvienne à récupérer une partie du vote populaire, ainsi que celui de bon nombre de professeurs, devait être expliqué, analysé, compris, au lieu d'être stigmatisé.

En 2012, le candidat socialiste a su parler librement de sécurité parce que, oui, l'insécurité qui existe malheureusement sur certains territoires perdus de la République pourrit d'abord la vie des plus modestes. Des simples « incivilités » dans le hall d'immeuble ou dans la classe, jusqu'aux crimes les plus barbares.

Les bien-pensants qui ne saisissent pas cela n'ont jamais mis les pieds dans certains quartiers. Heureusement, on peut encore être de gauche sans sombrer dans l'angélisme.

Et ce n'est être ni « facho », ni « réac' », ni « lepénisé », que de rappeler l'impérieuse nécessité de « rattraper le voyou », comme n'a pas hésité à le faire François Hollande en meeting. C'est seulement se souvenir de ce que doit être un Etat de droit, sans lequel nulle émancipation sociale n'est possible.

Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il faille céder à la tentation sécuritaire ; c'est-à-dire, sous prétexte de lutter contre la délinquance, le banditisme ou le terrorisme, d'en arriver à renoncer aux libertés fondamentales. Au contraire, le président de la République doit être le garant de ces dernières. Or, Nicolas Sarkozy n'a pas été ce président-là.

 

« Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public... », stipule l'article 11 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

 

Un principe démocratique fondamental bafoué par le candidat sortant alors qu'il était ministre de l'Intérieur, puis plus tard en tant que chef de l'Etat.

Au soir de l'arrestation d'Yvan Colonna, en 2003, il faut se remémorer Nicolas Sarkozy qui paradait en exhibant « sa prise ». Comme un vulgaire pirate. Au mépris de la présomption d'innocence. Tout était bon, alors, pour s'ouvrir les portes de l'Elysée. N'importe quel effet d'annonce, n'importe quelle récupération.

L'avocat de Neuilly-sur-Seine se rappelle pourtant parfaitement de la présomption d'innocence lorsqu'il s'agit de défendre ses amis... ou lui-même. Mais c'est bien connu : selon que vous soyez puissant ou misérable...

Après avoir récupéré une partie des électeurs du Front national pour s'emparer du pouvoir, l'ami des puissants a du reste instauré une ploutocratie mâtinée de dérives en exercice personnel de l'autorité. Le quinquennat aura été marqué par la distribution des postes clefs aux serviteurs zélés, par la mise à l'écart des opposants, et par l'indifférence au mécontentement.

Quant aux hauts fonctionnaires incapables de tenir la plèbe à distance lors des déplacements du monarque, on en aura vus limogés sous vingt-quatre heures. Car tel était son bon plaisir. Règne de l'arbitraire, et retour aux lettres de cachet

 

Comment l'enseignant que je suis par ailleurs pouvait-il alors expliquer à ses élèves la présomption d'innocence et l'Etat de droit ? Et quel lien de confiance pouvait-il subsister entre la République et les nouvelles générations, avec des pratiques à ce point éloignées des principes ?

L'école, justement.

Nicolas Sarkozy s'était engagé à restaurer l'autorité du professeur.

Dans une lettre adressée « aux éducateurs », il assurait avec force qu'il était du devoir des adultes d'apprendre aux enfants que « la parole de l'élève n'équivaut pas à celle du maître ». A juste titre, et c'était sans doute là la part noble de son programme.

Mais combien d'enseignants, depuis, ont vu leur travail mis en cause par des classes simplement parce qu'ils exigeaient d'avoir les conditions pour transmettre les savoirs (interdiction de l'usage des téléphones portables pendant le cours, par exemple) ? Combien de caprices d'apprenants couverts par des services de « Vie scolaire » démagogiques ? Combien de profs lâchés par leur hiérarchie, avec l'approbation de ces recteurs nommés en conseil des ministres ?

 

S'il a longtemps existé un angélisme de gauche sur les questions de société, le sarkozisme, lui, pratique enfin un angélisme qui lui fait pendant sur les questions économiques. Il consiste dans la croyance selon laquelle le marché peut s'autoréguler, selon le vieux leitmotiv ultralibéral.

Il suffirait en somme de « laisser faire, laisser passer » pour que les relations entre les individus atteignent d'elles-mêmes un juste équilibre.

Mais une telle vision des choses s'appuie sur une fiction : l'égalité présupposée entre les employés et leurs employeurs, qui leur permettrait de s'accorder naturellement, et de signer un contrat. D’où l'intention du candidat sortant, en cas de réélection, d'ériger ce dernier en norme dans l'entreprise, au détriment du Code du travail.

Or, la réalité, qui s'avère bien différente, ne favorise pas un échange équitable. La pression du chômage, en particulier, fait que le salarié ne « négocie » pas à armes égales avec le patron. Et puis surtout, au sein même de l'entreprise, l'existence d'un rapport hiérarchique favorise l'abus de pouvoir. Combien de travailleurs précaires acceptent-ils des heures supplémentaires non pas par choix, mais parce qu'ils y ont été « incités » ?

Les ultralibéraux qui ne saisissent pas cela n'ont jamais mis les pieds dans certains milieux professionnels.

La liberté de chacun suppose au contraire le respect de la règle par tous. C’est la loi qui permet le « vivre ensemble ». Le « laisser faire, laisser passer », s'il n'est pas bridé et régulé, débouche en revanche sur un chaos social dont seuls sortent vainqueurs les plus forts et les plus brutaux. Voilà ce qu'ils appellent « la France forte ».

Ce qui n'empêche pas, toutefois, leur chef de file de s'aplatir lamentablement devant le « partenaire » germanique dans les affaires européennes.

 

Pour toutes ces raisons, je ne vois au terme de ces cinq années nul président de la République, mais un monarque ; nul Etat de droit, mais le droit du plus fort ; nul gouvernement par la loi, mais un régime d'arbitraire. C'est sur la voie de la régression et, au final, du sous-développement, que Nicolas Sarkozy a entraîné le pays.

« La république, c'est le gouvernement par la loi », à l'instar de ce qu'enseignaient les Anciens.

Aussi, dimanche prochain, je glisserai un bulletin « François Hollande » dans l'urne afin de redonner du sens à la république.

 

 

Daniel Arnaud

Auteur de La République a-t-elle encore un sens ?, L'Harmattan, 2011.

http://www.amazon.fr/Republique-encore-Ouverture-philosophique-ebook/dp/B005QL8EGK 

 

 

Retrouvez cet article dans son contexte original sur :

http://generation69.blogs.nouvelobs.com/


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5 réactions à cet article    


  • Iren-Nao 4 mai 2012 11:21

    Auteur

    On sera au moins deux dans ce cas, on peut espérer que les socialos ne feront pas pire et seront un poil plus souverainistes.

    Iren-Nao


    • leypanou 4 mai 2012 15:36

      « la presidence a venir sera la pire a gerer depuis la seconde guerre » : non, ce n’est pas depuis la seconde guerre, mais depuis 1789, car vous, vous avez vécu depuis la second guerre, moi, j’ai vécu depuis 1789 !


    • leypanou 4 mai 2012 15:40

      F Hollande, s’il est élu, ne reviendra pas sur toutes les mesures de régression sociale mise ne place par la droite, aussi social-libéral qu’il est.

      Par contre, les citoyens auront plus de marge de manoeuvre pour le faire dévier dans le bon sens. C’est un peu comme l’Obama français : Wall Street est toujours aux commandes, mais les manifestations les plus flagrantes ne sont pas là.


      • Abou Antoun Abou Antoun 4 mai 2012 18:59

        Par contre, les citoyens auront plus de marge de manoeuvre pour le faire dévier dans le bon sens.
        Ben non, c’est tout le contraire ! puisque les syndicats seront à la solde du pouvoir. Il feront leur job comme avec Tonton, faire avaler la pilule au bon peuple. Les plus fortes régressions (désindexation des salaires, etc.) se sont toujours produites sous gouvernance socialiste.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 4 mai 2012 19:08

        A l’insu de leur plein d’Mai !

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