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Accueil du site > Tribune Libre > Non-manifestation à Bruxelles : 448 arrestations

Non-manifestation à Bruxelles : 448 arrestations

 

Le bilan de ce dimanche 31 janvier est excellent du point de vue des autorités : aucun débordement et plusieurs centaines d’arrestations. Ce qui signifie que pour elles désormais une bonne manif est une manif qui n’a pas lieu. La prévention dont on nous chante les vertus, et qui s’applique toujours aux comportements de certains, jamais aux décisions politiques ou économiques, est de rigueur dans ce domaine aussi

Suite à l’appel lancé par un Bruxellois néerlandophone sur Facebook, 40000 personnes avaient cliqué sur « Intéressé », ce qui pour tout esprit sensé connaissant un minimum les réseaux ne signifie à peu près rien. Il n’en a cependant pas plus fallu pour que la police, l’armée, la Sûreté de l’Etat se mettent sur le pied de guerre. Et cela bien que ce citoyen, probablement mis sous pression par ces mêmes institutions, qui l’ont convaincu qu’une telle action engendrerait nécessairement le chaos, ait retiré son appel. Il n’allait donc rien se passer.

Las, il fallait bien que les « forces du désordre » s’amusent, on ne les avait pas chauffées à blanc pour rien. Donc, ce dimanche dès l’aurore, elles avaient investi le parc royal, où l’on pouvait voir des centaines de combis mais aussi à peu près tous les chevaux du pays, des tas d’engins motorisés etc. Au petit matin, des centaines de personnes ayant le malheur de descendre de train à la gare centrale sont arrêtées sans aucune raison, pas même sur un soupçon mais parce qu’il fallait bien justifier un tel déploiement, et ainsi satisfaire nos chères élites ainsi que toutes ces personnes qui sont à peine sorties de chez elles des 10 derniers mois mais sont persuadées de tout savoir puisqu’elles suivent les infos officielles.

Ces arrestations, qui démontrent l’extrême vigilance démocratique des autorités, sont immédiatement très largement relayées par les médias dominants, suscitant énormément de curiosité. C’est ainsi que plusieurs centaines de personnes vont non se rassembler, pas le moins du monde, mais stationner, espérant de cette manière, pour la plupart, nourrir leur profil de réseau social, se faire mousser en publiant en temps réel leur indignation. C’est parmi eux que se recrutent presque tous ceux qui quelques heures plus tard seront je suppose présentés comme des émeutiers. Vers 12h, un groupe de quelques dizaines de badauds est ainsi encerclé par les policiers, en nombre dix à trente fois supérieur selon les moments. Des soldats mitraillettes pointées à hauteur de visage sont ensuite appelés en renfort vers 14h, au cas où. Sans compter les cavaliers et les forces d’assaut, plusieurs dizaines pour chaque catégorie. Notons que cet encerclement a lieu à un endroit où passent chaque jour des centaines de milliers de gens, et que la présence de quatre ou cinq dizaines de jeunes n’a donc rien d’inhabituel. Bref. Pour les protéger de leur inconscience, on les immobilise pendant des heures collés-serrés par des centaines de flics rigolards qui ne se privent pas de humilier, menacer et insulter toute personne qui les observe : en termes d’efficacité sanitaire, on atteint des sommets.

Les « journalistes » des « grands médias » ne parlent qu’entre eux ou avec les agents ; aucun ne songe à interroger les ci-devant citoyens, sans doute pour de mystérieuses raisons sanitaires. Comprendre, informer, analyser se réduit pour eux à deux choses : filmer puis le soir ou le lendemain relayer les précieuses, scientifiques et impartiales déclarations des autorités. Dès que la situation se tend, non en raison d’un afflux d’émeutiers (le nombre de personnes présentes, hors passants vaquant à leurs occupations et pour la majorité totalement indifférentes à la situation, n’a guère varié au cours de ces quelques heures, ne dépassant jamais la centaine ; j’exclus évidemment les innombrables représentants de l’ordre) mais parce que les flics se décident à embarquer les curieux pris dans la nasse, ils ont fini journée, remballent leur matériel et s’en vont rejoindre leur loft ucclois. Un seul reste sur place, le représentant d’un média citoyen dont l’audience dont à peine dépasser le nombre de « manifestants » et qui filme au smartphone sans jamais cesser de discourir.

A intervalles réguliers « Leader 2 », un commissaire stationné à une dizaine de mètres de la nasse et qui n’a pendant tout ce temps jamais songé à éteindre le moteur de son SUV, sans doute là aussi pour de mystérieuses raisons écologistes, ordonne à ses subalternes d’aller disperser des gens qui sont postés sur le Mont des Arts à une centaine de mètres de là et observent placidement, masques sur le nez ; ils n’ont jamais été plus de 10, dont certains sortaient de l’exposition installée dans l’espace appelé Plein Publiek. Lesdits agents s’exécutent à leur manière : ils agressent, insultent puis arrêtent les récalcitrants, càd ceux qui ne fuient pas assez vite à leur goût. Comme ils sont nettement plus agressifs avec les « basanés », allez savoir pourquoi, ce sont presque toujours eux qui sont embarqués. Notons que ces embarquements s’étalent en longueur ; les personnes appréhendées, le plus souvent des adolescents, poireautent pendant plusieurs dizaines de minutes dos au combi. Je gagerais qu’il s’agit de montrer que décidément ça chauffe, que la violence devient intolérable. Un trait frappant : aucune de ces personnes n’a fait mine de se rebeller, même par des cris. Elles se taisaient et obéissaient en tout, même face aux provocations et aux insultes de certains agents.

Vers 16h, j’approche de la nasse, pour me faire une idée de la composition sociale et ethnique des personnes encerclées puis forcées de se mettre en position assise après s’être fait ligoter les mains dans le dos au « colson » : pour cette racaille, les menottes seraient un privilège indu. Un agent m’interpelle poliment, me disant que je devrais respecter ces personnes au lieu de les regarder comme des bêtes de foire. Je réplique qu’à mon avis mon attitude à leur égard est plus respectueuse que la sienne. Aussitôt son collègue, franchement moins courtois, me sort les éléments de langage de l’heure : si tu crois que t’es mieux que ceux qui gouvernent t’as qu’à prendre leur place, en attendant tu dégages. Voilà donc ce qu’on leur inculque : les dirigeants occupent cette place parce que ce sont les meilleurs, les autres sont des glandeurs qui feraient mieux de s’occuper de choses sérieuses, comme organiser des opérations dominicales impliquant des milliers de policiers et de soldats et coûtant quelques millions pour encercler et embarquer une quarantaine de personnes dont aucune n’était armée, ne serait-ce que d’un briquet, ni n’a porté de coups ; ce qui n’empêchait d’ailleurs pas bon nombre d’entre eux d’avoir la trouille. Des trucs de vrai mec quoi. Les rapports de domination ça existe pas, c’est des conneries. Il y a les experts, ceux qui leur obéissent et puis le criminel qu’il faut ridiculiser, humilier, mater d’emblée, qui n’a aucun droit car il est une menace par sa simple existence, vecteur d’une terrifiante maladie. Et peu importent ses motifs, son attitude ou même la raison de sa présence ; il n’avait qu’à ne pas y être, ne pas être même.

Le plus indécent était la bonne humeur constante de la plupart des agents. Une partie de plaisir, et bien payée en plus. Quand je regarde des images d’un passé récent, j’y vois des visages graves, inquiets, attentifs. Pas des grands sourires ni des blagues de caserne. Nos protecteurs sont nettement plus épanouis, convaincus de faire le bien, et même le mieux absolu, d’incarner la science, la vérité. Alors je sais évidemment qu’il y a des flics bienveillants. Cependant (et je m’en réfère aux déclarations d’une de ces agentes, Bruxelloise qui plus est, parues dans les médias officiels) ils sont dans leur grande majorité soit virés soit placardisés, en tout cas très rarement envoyés sur le terrain, surtout en ce genre de contexte. Pour participer à une action comme celle de dimanche, il faut des guerriers, des gens suffisamment drillés pour refouler immédiatement le sens réel de leurs actes, pourtant manifeste dès qu’on s’arrête une seconde pour réfléchir. Donc pas question d’avoir le moindre scrupule, un instant de doute. Esprit de corps intégral, pas un neurone qui dépasse.

On me dira peut-être que les Gilets jaunes n’étaient pas mieux traités. Sauf qu’il y a au moins cinq différences majeures évidentes : on n’arrêtait pas des gens sur le simple motif qu’ils se trouvaient là, à la gare centrale d’une métropole européenne un dimanche matin, et qu’ils pourraient donc avoir envie de manifester ; les manifestations antérieures pouvaient au moyen se déployer dans l’espace ; les personnes prises dans la nasse ne sont pas venues manifester mais au mieux témoigner, quand il ne s’agissait pas de simples curieux ; la majorité de la population n’était pas privée de libertés fondamentales ; il était encore permis de porter assistance aux plus fragiles, et en particulier aux agonisants, qui ensuite avaient même le droit à une cérémonie, comme dans toutes les formes de société humaine précédentes.

A dimanche prochain ?


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17 réactions à cet article    


  • sirocco sirocco 3 février 14:47

    L’URSS ressemblera à un paradis par rapport à ce qui est en train de se mettre en place en Europe.

    Si l’insurrection éclate quelque part, où que ce soit, il faudra la propager en tous lieux sans tergiverser, il en va de notre avenir.


    • sylvain sylvain 3 février 17:27

      @sirocco
      mais une belle majorité de gens la soutient cette dictaure en herbe . Ils regardent les grands merdias et sont persuadés qu’en portant un masque, en faisant des gestes écologiques et en dénonçant leur voisin ils sauveront la planète, vaincront la maladie et pourront rester le cul sur leur canapé sans même faire bouger un neurone


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 3 février 17:38

      @sylvain

      Les résistants ont toujours et partout été minoritaires ;
      Il arrive même qu’ils échouent. Les vainqueurs les font alors figurer dans les livres d’histoire soit comme des martyres (au mur des fédérés du Père Lachaise, par exemple), soit comme des bandits (FARCS colombiens). Le plus souvent, les manuels d’histoire se contentent de les ignorer, quand ils ne font pas tout ce qu’ils peuvent pour en effacer les traces.
      Les B.O.F. étaient plus nombreux que les T.T.P.


    • Père_Vaire 3 février 21:31

      @sirocco Tout à fait d’accord avec ta dernière phrase. Les forces de l’ordre ont d’ailleurs la même idée, mais en sens inverse : la police belge pourrait être appelée en renfort pour mieux mater les « émeutiers » des Pays-Bas, et ainsi de suite, une sorte d’internationale policière en voie de création : https://www.lemonde.fr/international/article/2021/01/28/les-pays-bas-s-interrogent-sur-la-nature-des-emeutes-qui-ont-secoue-le-pays_6067910_3210.html


    • Père_Vaire 3 février 21:44

      @sylvain Séraphin m’a coupé l’herbe sous le pied, j’allais répondre en gros que l’histoire est faite par des minorités


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 3 février 15:10

      On ne devrait pas attendre que les gens sortent de chez eux pour prndre des mesures préventives et défendre la démocratie ; ni même vérifier que les individus dangereux sont propriétaires de smartphones ou sont abonnés à internet. Il faut aller arrêter ces fripouilles chez elles sans attendre qu’elles passent à l’acte en ouvrant leur porte. Ces gens-là peuvent très bien cliquer « intéressé » par télépathie : ils sont organisés, vous savez !

      Ce n’est pas en faisant preuve de laxisme et de laisser-aller en fermant les yeux sur les gens qui restent chez eux que nous sauverons nos valeurs !

      Justement, je voulais signaler à M. me gendarme qu mon voisin n’est pas sorti de chez lui depuis mars dernier ! C’est louche. Et ça commence à sentir....


      • sylvain sylvain 3 février 17:20

        @Séraphin Lampion
        que nous sauverons nos valeurs !

        Des vies, monsieur lampion, il s’agit de sauver des vies ! Vous devriez faire attention à ce que vous dites


      • Père_Vaire 3 février 21:35

        @Séraphin Lampion Je propose un confinement de 0h à 23h59, avec dérogation s’il s’agit d’aller bosser, pour se ravitailler il y a Amazon, UberEats etc. ; ceci devrait suffire à enrayer le virus (le Covid ou la vie démocratique, on sait plus trop),
        J’apprécie ton humour acide,


      • Père_Vaire 3 février 21:36

        @Père_Vaire Je corrige : un couvre-feu de 0h etc., évidemment


      • mac 3 février 16:30

        L’UE donne des leçons de démocratie à la Russie pour Navally, mais chez nous les manifestations ne peuvent même plus débuter !

        Combien d’éborgnés et mutilés en Russie lors de la dernière manif ?

        Plus ça va, plus nous ressemblons à l’ex URSS.


        • Père_Vaire 3 février 21:39

          @mac Oui mais

          ça n’a rien à voir puisque nous sommes en démocratie tandis que la Russie est ontologiquement une affreuse dictature 


        • Attila Attila 3 février 16:32

          Les Gilets Jaunes français avaient fait le même coup : ils avaient appelé à manifester à Versailles et, au dernier moment avaient annulé. Les forces de l’ordre se sont retrouvées toutes seules.

          Mais la manifestation avait quand même eu lieu ailleurs, à Montmartre si je me souviens bien.

          .


          • Père_Vaire 3 février 21:42

            @Attila La police française ferait mieux de s’inspirer de l’exemple belge, nettement plus efficace et moderne 


          • tonimarus45 3 février 23:02

            bonjour -quand on ramene ces arrestations a l’importance de la population bruxelloise , on voit que poutine suite aux manifestations dans son pays, fait « petit bras »


            • gardiole 4 février 07:36

              Quel était le motif de la non-manifestation ? C’est là, peut-être, la raison de ce déploiement de forces.


              • Père_Vaire 4 février 11:51

                @gardiole J’avais lu ces motifs dimanche mais impossible de les retrouver, aucun média n’a cru bon d’en parler. En deux mots il s’agissait de demander un retour rapide aux libertés constitutionnelles, un truc violent qui ne pouvait qu’émaner des franges les plus radicalisées de la population...


              • ETTORE ETTORE 4 février 14:10

                Si vraiment l’oeil de Caïn, est à ce point scrutateur des « rézo sociox » jouons alors le jeu de la multitude. Adoptons les règles des arts martiaux.

                Se servir de la force de son adversaire, ne pas tirer, mais faciliter le geste avec le mouvement enclenché !

                Si les réseaux sociaux, communiquent en masse par de simples« like » à des manifestations organisées, aux quatre coins du pays, et si ces caparaçonnés de matraqueurs courent à chaque manifestation.....manifestation en définitive, purement « virtuelle », ce ne sont pas les internautes qui vont fatiguer avant eux !

                D’autant plus que ....Comment reconnaitre un bluff, d’une vérité, au nombre de pouces levés ?

                Ahh ! la Rome Antique avait de bon moments.

                Faudra garder celui là .

                Le pouce levé se révèleras comme un signe de« non pardon »contre les mercenaires, payés pour ces jeux du cirque, à la gloire néfaste de son Né-ronD de pacotille.

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