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« Nous pensons qu’ils ont frappé l’avion comme bouclier humain »

Mohsen Asadi Lari et Zahra Majd, tous deux membres de la faculté de l'Université des sciences médicales d'Iran, sont les parents de deux des 176 victimes de « l'accident d'avion » de la compagnie Ukraine International Airlines (UIA), intervenu le 8 janvier 2020. Dans une interview récente accordée au journal d'état Sharq, le couple dénonce les autorités du pays et voient dans cet accident un acte intentionnel du régime.

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Zeinab et Mohammad-Hussein ont donc péri avec 174 autres personnes dans l’avion reliant Téhéran à Kiev le 8 janvier 2020. Un drame évitable condamné par leurs parents Mohsen Asadi Lari et Zahra Majd. Le 10 janvier 2002, ces derniers ont confié au journal d’état Sharq que le commandant en chef des CGRI[i], Hossein Salami, les avait rencontrés et leur avait avoué que " si ce crash n'avait pas eu lieu, 10 millions de personnes auraient été tuées et [que] cet incident a empêché cette guerre de se produire." Les époux vont plus loin dans leurs déclarations et ajoutent que les Gardiens de la Révolution ont utilisé l'avion ukrainien comme bouclier humain et voulaient en rejeter la responsabilité sur les États-Unis. "Ils disent que si l'avion ne s'était pas écrasé, une guerre dure aurait eu lieu le lendemain, les États-Unis auraient attaqué et 10 millions de personnes auraient pu être en danger", affirme Zahra Majd. De plus, les époux ont rapporté avoir rencontré certains responsables du gouvernement, dont Ali Bagheri, vice-ministre iranien des Affaires étrangères. C’est d’ailleurs sans doute ce dernier qui a organisé la rencontre entre la famille Hossein Salami.

 

Les rapports de l’enquête accablent le CGRI

 

Auparavant, l'Association des familles des victimes du vol 752 de la compagnie UIA avait écrit dans un rapport d'enquête que les preuves indiquaient que l'abattage de l'avion par les Gardiens de la Révolution était "délibéré et visait à créer un bouclier humain pour empêcher une attaque américaine." Selon ce même rapport, la thèse de l’erreur humaine ou d’une défaillance du système anti-aérien ne tient pas, contrairement aux affirmations de hauts responsables iraniens au "plus haut niveau de vigilance militaire" de la République Islamique. En laissant l'espace aérien iranien ouvert aux avions civils, le CGRI se servait des avions de ligne et de leurs passagers comme de boucliers humains contre les attaques éventuelles des États-Unis.

 

Le Dr. Zahra Majd poursuit : « Nous ne devons pas considérer la question de l'abattage de l'avion ukrainien comme un incident unique. Il est le résultat d’une chaîne d’événements et de responsabilités. Ce courant s'est formé à la suite des événements d'il y a 3-4 jours[ii], et il a été créé dans leur lit et intensifié par l'attaque contre Ein al-Assad[iii], et ensuite ce courant a continué ; Cela signifie que toutes ces questions doivent être traitées dans leur globalité. » La roquette a été tirée sur l'avion le lendemain matin (heure locale) alors que le régime iranien lançait justement des roquettes sur la base américaine en Irak en représailles à la mort de Soleimani.

 

Des questionnements autour de l’embarquement et des effets personnels des victimes

 

Zahra Majd ajoute qu’aucun des téléphones ou ordinateurs portables de ses enfants ne lui ont été remis. Seul le passeport brûlé de sa fille aurait survécu au crash. « Pourtant, on voit sur les photos que la poupée en tissu est restée. Comment tous les appareils électroniques ont-ils pu être détruits ?! Il est possible qu'il y ait eu des informations dans les affaires des enfants, comme des films pris à la dernière minute et il y avait des informations qu'ils ne voulaient pas (ndlr : le CGRI) que l'on nous donne ».

 

L’association des familles des victimes va encore plus loin et soupçonne même le CGRI de préméditation : « Au portique de sécurité du vol à l'aéroport international de Téhéran, qui est contrôlé par les Gardiens de la révolution, on a demandé à certains passagers s'ils avaient un passeport américain. Cela pourrait indiquer que les gardiens de la révolution voulaient s'assurer qu'aucun citoyen américain ne se trouvait dans l'avion. De plus, certaines victimes avaient annoncé le débarquement de certains passagers lors de leurs dernières conversations avant le vol. Le régime iranien a manifestement craint d'encourager une attaque américaine contre le pays si des citoyens américains d'origine iranienne avaient été tués. »

 

Trump, Rohani et le jeu des menaces

 

Après la mort de Soleimani, les responsables du régime iranien ont déclaré qu'ils se vengeraient sévèrement. Déclarations qui ne sont pas restées sans réponse : « If Iran Attacks We Can Target 52 Points (…) very quickly and very hard [iv] ». S’en est suivie une tentative de culpabilisation des USA par le président iranien Hassan Rohani, ce dernier répondant que « ceux qui font référence au nombre 52 devraient également penser au nombre 290 IR655[v]. » En prenant en référence cet avion abattu par erreur par les USA, Rohani n’annonçait-il pas que l’Iran, lui aussi, prendrait pour cible un avion de ligne ?

 

D'autre part, selon le rapport officiel de l'Iran sur cet incident, le système de missiles est resté en attente jusqu’à 6h07 et est devenu opérationnel à partir de ce moment. C'est-à-dire qu'il a pris la commande pour devenir opérationnel et être prêt à tirer. La question est de savoir qui a donné l'ordre ou quel danger a-t-il ressenti lorsqu'il était en veille. Et, s'il y avait effectivement danger, pourquoi les autres radars ne l'ont-ils pas remarqué ? Ceci alors que l'avion ukrainien a décollé à 06h12. Tout le monde sait que les codes transmis par un avion de ligne à un radar sont bien connus et sont différents des codes transmis par un avion militaire ou tout autre objet volant.

 

Le temps des épreuves judicaires

 

Le fait est que le régime iranien a déjoué les éventuelles représailles américaines (suite à l’attaque de la base Ein al-Assad), en abattant l'avion de la compagnie ukrainienne. Plus tôt, Oleksy Danilov, secrétaire au conseil national de sécurité ukrainien, avait déclaré au journal canadien Globe and Mail que le CGRI avait « délibérément » abattu un avion de ligne transportant des civiles dans le but de prévenir une confrontation militaire avec les USA. Ce 3 janvier 2022, la cour supérieure de l’Ontario a accordé aux plaignants 74 millions d’euros de compensations, plus les intérêts, au bénéfice de six familles de victimes qui avaient porté plainte. À la veille du deuxième anniversaire de la chute de l'avion de ligne ukrainien, le Groupe de coopération des pays impliqués a officiellement annoncé qu'il avait mis fin aux négociations avec l'Iran et qu'il poursuivrait désormais l'affaire de la mort des victimes par les voies internationales.

 

De son côté, l'Association des familles des victimes du vol 752 a publié une déclaration le 29 août 2020, affirmant que "seul tribunal international impartial" serait compétent pour juger le "meurtre de masse", citant une ordonnance de non-poursuite pour les "coupables et principaux auteurs" de l'abattage[vi]. À l'occasion du deuxième anniversaire de la chute de l’avion de ligne ukrainien, les familles des victimes vivant en Iran se sont rassemblées sur le site du crash à Shahedshahr, samedi 9 janvier au matin. Lors du rassemblement, les familles ont déclaré qu'elles continueraient jusqu'au bout à demander justice.

 

 

[i] CGRI : Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, institution en dehors du contrôle du gouvernement, en relation directe avec (pour ne pas dire sous les ordres) le guide suprême.

[ii] Raid Américain provoquant la mort de Qassem Soleimani, général du CGRI.

[iii] Base Américaine en Irak bombardée par l’Iran en représailles de la mort du général du CGRI Qassem Soleimani le 3 janvier 2020 suite à un raid Américain.

[iv] « Si l’Iran attaque, nous pouvons cibler 52 points (…) très vite et très fort. Tweet de Donald Trump, président des USA le 4 janvier 2020 après les menaces proférées par le régime iranien contre les intérêts militaires et civils américains.

[v] IR655 est le numéro de l'avion de ligne iranien qui a été visé par erreur par des navires américains à la fin de la guerre Iran-Irak. Les États-Unis ont ensuite admis qu'ils avaient commis une erreur.

[vi] Dans son rapport final dévoilé en mars, l’Organisation de l’aviation civile iranienne (CAO) a blanchi ses forces armées. L’Ukraine a dénoncé une « tentative cynique de cacher les vraies causes » et Ottawa un rapport « incomplet » et sans « preuves tangibles ».


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1 réactions à cet article    


  • Lynwec 4 février 18:50

    Chez moi, on pense que le faux drapeau est très commode et beaucoup plus fréquent qu’on ne veut bien l’admettre dans la presse (admis uniquement quand ça devient impossible de continuer à nier).

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