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Accueil du site > Tribune Libre > Nous sommes tous des gaz chaotiques

Nous sommes tous des gaz chaotiques

Tous connectés, nous flottons et nous nous entrechoquons.

Chacun de mes pas, chacun de mes mouvements viennent de plus en plus télescoper mon voisin, cet autre que je ne connais pas.

Souvenir d’une discussion dans la campagne provençale, dans les années 80, où le chef de famille local trouvait que sa fille s’était « exilée » en s’éloignant de dix kilomètres. Alors il pouvait choisir celui qu’il ou elle rencontrait. Chacun était dans sa bulle, dans sa « caverne ». On pouvait vivre en oubliant les autres.

Aujourd’hui rien de tel. Nous sommes trop nombreux sur cette planète, nous sommes trop itinérants, nous voyageons trop pour nous penser les uns sans les autres. Que nous le voulions ou pas, nos villes sont devenues multiraciales, notre impact collectif dérègle le climat, la question des ressources en eau et en aliments de base se posent ou se reposent.

Et cet étranger – celui que je ne connais pas –, même s’il est physiquement distant de moi, je peux être connecté à lui au travers de mon organisation professionnelle – les entreprises sont des réseaux vivants qui créent et structurent des liens entre territoires et communautés –, ou au travers de réseaux privés grâce à Internet.

Finalement, si je voulais illustrer mon propos au travers d’une image, je dirai que nos sociétés sont passées d’un état solide à un état gazeux.

Je m’explique.

Par « état solide », je me réfère à ces structures anciennes où la place de chacun était, sauf exception, spatialement figée : j’allais mourir là où j’étais né. De plus les relations étaient des relations de proximité : comme dans un cristal, une molécule est contrainte par sa localisation et n’est en relation qu’avec celles qui lui sont contigües.

Par « état gazeux », je pense à ces nouveaux modes d’organisation et de relation beaucoup plus flous et incertains. Et aussi à ces relations aléatoires, faites des hasards des rencontres, des chocs entre des molécules libérées et flottantes. Cet état gazeux s’accompagne d’une sensation de chaos et d’incertitude, d’une forme d’entropie collective.

Mais n’est-ce pas le signe d’une forme de maturité où la forme – c’est-à-dire l’organisation et la structure – n’est plus le fruit d’une pensée a priori, mais le résultat des interactions collectives ?

Bien sûr, cela vient prendre de travers bon nombre de pensées politiques : classiquement, on imagine que c’est le centre – le président, le gouvernement, les institutions – qui doit définir le droit et les structures. Et si, dans le monde qui devient le nôtre, le rôle du politique était de plus en plus de trier parmi les structures émergentes, et non plus de les définir…


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9 réactions à cet article    


  • jako jako 7 avril 2009 10:07

    Merci Robert, en effet je pense aussi que ce changement de mode (solide et gazeux) renforcé par la brain connection au travers du Web2 (déja décrite par Joel de Rosnay dans le pronétariat) vont changer totalement le monde sociétal et bien sûr politique, cela a déja bien commencé d’ailleurs.


    • Robert Branche Robert Branche 7 avril 2009 10:27

      Tout à fait, cela a commencé :

      - avec l’explosion démographique à partir de 1900 (1650 Millions en 1900, 2500 en 1950, 5270 en 1980, 6000 en 2000)

      - avec l’émergence des transports mécaniques, puis s’est accéléré avec les télécommunications et l’informatique... et s’est "cristallisé" avec internet et les connexions haut débit et permanentes


    • Sébastien Sébastien 7 avril 2009 11:48

      Tres bon article.

      Les reseaux sociaux permettent de garder contact avec sa "tribu" en temps reel, de rencontrer de nouvelles personnes, toujours plus de nouvelles personnes... L’analogie avec le gaz est tres juste car ce comportement bouillonnant a aussi une certaine instabilite et de manque de constance.

      Et les interactions collectives n’ont pas de logique commune, simplement un meme interet au meme moment. Ca reste assez superficiel et souvent soumis a des effets de modes qui font pshiiiiit, comme une fuite de gaz smiley


      • Robert Branche Robert Branche 7 avril 2009 12:08

        Qui dit "fuite de gaz" peut aussi dire "explosion"...


      • Menouar ben Yahya 7 avril 2009 16:58

        Solide ! Gazeux ! Ca me fait penser à deux éléments, le premier etant la pensée et le second le pet. Il y a une relation plus qu’allégorique dans les circvulations cervicales et les intestins. Dans l’un et l’autre cas, aprés macération et maints chocs, avec dans le premier cas avec d’autres idées, des concepts... et dans le second avec des sucs, des enzimes...Tout deux finiront par produire dans un cas un gaz plus ou moins inodore et dans l’autre une pensée plus ou moins rationnel. Cette pensée pourra produire grace à certains efforts, un chef d’oeuvre(Edifice religieux, tableaux...) et grace à certains effort sur les intestins nous pourrons passer du stade gazeux la aussi au stade de la matiére, fécale en l’occurence.

        En retirant toute sacralité à la pensée et pour rester dans le même ordre d’idée, on admettra qu’un chef d’oeuvre n’est ni plus ni moins qu’une belle merde.


        • Sébastien Sébastien 7 avril 2009 19:03

          L’aperitif a commence de bonne heure aujourd’hui smiley


        • Grasyop 7 avril 2009 17:10

          « Nous sommes tous des gaz chaotiques »

          Parlez pour vous !


          • iris 7 avril 2009 19:15

            nos élites sont souvent à l’origine des usines à gaz...


             


            • joelim joelim 8 avril 2009 00:11

               Mais n’est-ce pas le signe d’une forme de maturité où la forme – c’est-à-dire l’organisation et la structure – n’est plus le fruit d’une pensée a priori, mais le résultat des interactions collectives ?

              C’est-ce ce qu’on veut dire quand on demande à quelqu’un si çà gaze...

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