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Accueil du site > Tribune Libre > Nouveau Paradigme 2 : Le « faire ensemble »

Nouveau Paradigme 2 : Le « faire ensemble »

Dans mon article précédent (Nouveau Paradigme 1 : La satiété) j’ai musardé un peu sur cette première manifestation d’un changement de paradigme qu’a été la prise de conscience d’une possible satiété. C’est qu’elle est CRUCIALE et que je ne voulais vraiment pas qu’elle passe inaperçue. Pas si facile, car des poids lourds comme Schumacher ont dû dire : « small is beautiful » souvent pour qu’on accepte de les prendre au sérieux, et Leopold Spohr, malgré son quasi-Nobel, n’y est jamais vraiment parvenu.

 C’est qu’il n’est pas intuitif que ‘’PLUS ‘’ puisse ne pas être MIEUX. Et le petit singe doit apprendre que c’est en lâchant les cacahuètes, que sa main ouverte pourra sortir de la cage dont son poing fermé ne sortirait jamais…

Il y a eu résistance, mais on a finalement compris, au vu des rapports des éclaireurs revenant du Pays de Cocagne de l’abondance, que celle-ci n’apportait pas le bonheur et qu’on pouvait même songer à contourner cette pseudo Terre Promise. Ils sont de plus en plus nombreux, aujourd’hui, à renier l’obsession de la possession du matériel.

Le nouveau paradigme n’est pas un rejet doctrinaire du matérialisme, du moins pas encore, mais les transgressions au dogme, les compromis et les accommodement avec une réalité plus équivoque où tout ne se mesure pas sont bien fréquentes.

Ainsi, le passage vers une économie tertiaire. Comprend-on bien que 80% de ce qu’on veut ne consiste plus en « biens », mais en « services » qui sont, par définition sans substance… et donc INAPPROPRIABLES ? On cherche maintenant des états éphémères à créer en soi ou autour de soi, des situations en mouvance, des abstractions souvent subjectives… La vie devient une recherche d’événements, et on voit bien que le rapport de ceux qui possèdent à ceux qui ne possèdent pas mais travaillent et consomment, n’est plus du tout celui du seigneur à SA glèbe sur laquelle son serf devait s’activer ou périr….

Toute possession est devenue impermanente, voire aléatoire. Il faudra s’y faire. Le nouveau paradigme, c’est que dans une société basée sur le commerce et la concurrence, le rapport du proprio aux non-proprios, s’est même inversé ! Quand un producteur est privé d’acheteurs, il va à la ruine bien plus vite que le consommateur auquel son fournisseur fait faux bond ! 

Et quand à la désuétude technique vient s’ajouter une obsolescence planifiée qui est une arnaque prévue et consentie, on comprend que posséder une richesse matérielle ne soit plus rassurant… On la remplace donc par une richesse immatérielle de pure confiance, entre les mains d’un banquier….  Ce qui est bien pire… mais est conforme à la tendance vers la dématérialisation. Et toutes les corporations sont maintenant de fait « de mainmorte » car on sait bien que les lois ne durent pas plus que leur opportunité et que le capital, de toute façon, mourra lentement de l’inflation.

Bâtir sa sécurité et son bonheur sur la richesse est donc devenu un acte de foi, et toute l’Histoire est témoin que cette foi a toujours été trahie. Quand on la voit comme inconstante autant que triviale, la désaffection envers la richesse croît encore. Le danger est grand, d’ailleurs, qu’on prenne la richesse de notre société pour acquise et qu’on ne néglige d’en prendre soin. (Les prophètes du revenu pour tous sans contrepartie-travail me font frémir).

Mais cela est a contrario, et donc un autre débat. Mon présent propos, c’est qu’après un premier pas qui été la prise de conscience de la satiété, le deuxième vers le changement de paradigme a été le constat de la précarité de tout équilibre durable du matériel, dans un monde où la seule constante est la nécessité de la constante adaptation au changement. Chacun sait qu’il est lui-même - comme le système tout entier - en équilibre en mouvement sur sa bicyclette… et qu’il ne freinera pas sans mettre pied à terre ou tomber

Dans ce contexte, l’enrichissement matériel qui implique permanence et continuité apparaît comme un autre le leurre du paradigme que nous délaissons. En avons-nous tiré toutes les conséquences ? Avons-nous insisté suffisamment sur celle, inéluctable, que cette précarité conduit à une préférence croissante pour le « faire ensemble » ?

J’ai lu récemment que, comptant non seulement les intervenants directs, mais tous ceux qui indirectement doivent apporter leur soutien à une chirurgie de pointe, par exemple, c’est par milliers qu’on doit noter tous ceux qui ont contribué à la formation et à l’entretien de ces intervenants ainsi que ceux en aval qui, à multiples paliers, ont mis la main à la pâte pour l’entretien et la formation de ces derniers.

C’est par milliers aussi qu’il faut compter ceux dont l’apport a été indispensable, tout au long d’un processus sans failles, pour qu’à toutes les étapes de l’aménagement des lieux comme de la conception et réalisation des équipements requis - du scalpel, au ventilateur, à l’ambulance - naissent les conditions et la disponibilité des ressources permettant cette intervention.

Ajouter la variable administration et les autres services, et on une implication qui tend a être exhaustive de tous dans la réalisation de tout. Il est important de prendre conscience de cette INTERDÉPENDANCE. Car si la satiété qui nous advient est une gifle à Malthus, la collaboration qui s’impose maitenant en est une à Darwin.

La complexité d’une société de services met en évidence, comme jamais auparvant, la nécessaire complémentarité qui seule permet de transcender « ensemble » les contraintes que la nature nous impose comme individus. Le seul avenir raisonnable pour les humains est de se percevoir comme humanité. Le nouveau paradigme exclut donc une société d’individualistes. Il en est à exclure l’existence même de sociétés libérales se réclamant de l’individualisme.

La prochaine société sera celle qu’on bâtira avec son prochain. Elle sera une adaptation - religieuse ou laïque, peu importe - du message christique de s’aimer, et non la vision darwinienne d’une incessante destruction les uns des autres dans le refus fanatique de la solidarité. Cette Nouvelle Société sera entrepreneuriale, mais dans le cadre d’un respect strict de l’essentielle collaboration sans laquelle aucune société n’est viable, ni aucun vrai progrès possible.

Il y au Nouveau Paradigme, un autre volet que certains trouveront bien étonnant. J’en parlerai dans le troisième article de cette série.

 

Pierre JC Allard


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10 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 23 novembre 2015 19:31

    J’attends la fin de votre exposé, pour me faire une idée plus « approfondie » du « nouveau paradigme ».
    Pour la satiété, ok je vois ce que vous voulez dire, mais ce « faire ensemble », ne peut émerger qu’une fois que tout le monde est repu, non ?
    Il y a la philosophie et puis il y a la dure réalité. Qu’entendez-vous par « individualisme » et « exclure l’individualisme », et comment ?


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 23 novembre 2015 20:32

      @bouffon(s) du roi

      « J’attends la fin de votre exposé,... » Vous avez bien raison smiley... et je vous en remercie. Je ne suis pas sûr moi-même que les trois (3)éléments que j’ai choisi de mettre ici en évidence donnent un aperçu acceptable du paradigme d’une Nouvelle Société ... que je présente ailleurs en neuf (9) volumes.... 

      Répondant a vos deux (2) questions :

      1. J’appelle individualisme un système qui met l’individu au sommet des valeurs de l’individu lui même et des priorités de la société.

      2. Lisez-moi bien : je ne prétends pas exclure l’individualisme, mais les sociétés qui y voient le bien absolu et donc une fin, au lieu d’une étape obligée à franchir
      et d’un mal nécessaire en régression

      PJCA


       


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 23 novembre 2015 21:20

      @Pierre JC Allard

      Merci pour cette explication.
      Je vais commencer par votre résumé. Pour les 9 volumes, je ne vous promets rien, j’ai tellement de choses à lire encore smiley


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 23 novembre 2015 23:49

      @bouffon(s) du roi


      5700 visites ’article prededen,une douzaine sur celui-ci.... Comme la corrélation est presque parfaite entre le nombre de visites que reçois un article et son positionnent sur le site.... Une forme de censure-pistonage discrète ? ... C’est Damian West qui m’avait expliqué ça, il y’a des lustres.... Il va falloir que je m’interroge sur les sujets a ne pas aborder. smiley

      PJCA


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 24 novembre 2015 00:38

      @bouffon(s) du roi
      oui ou une question de « conjoncture » (attentat, guerre, crise chômage, argent, etc.), on a moins envie de réfléchir  smiley


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 23 novembre 2015 19:41
      @ TOUS

      Ceci est le deuxième d’une série de trois (3) articles. Je vous invite à lire d’abord le premier, accessible en cliquant le lien ci-dessous,
       

      PJCA

      • Blé 24 novembre 2015 07:16

        « L’invention de l’individu » de Miguel Benasayag, « Le travail fantôme » d’Illich, etc... des auteurs qui sont dans le même esprit que cet article.

        L’humanité sans coopération aurait-elle pu survivre ? J’en doute. Mais depuis ces deux derniers siècles, la marchandisation des activités humaines contribue à cet individualisme effréné. Le moteur de cette évolution est bien sûr l’ argent. Les activités traditionnelles qui se faisaient au sein des familles -cuisines, travaux de couture, bricolage, etc... existe toujours mais sous la forme de service : club de couture, club de bricolage, club pâtisserie, club jardinage, toutes ces activités se transmettaient de génération en génération dans les classes populaires.

        peu se souvienne de l’époque où il était mal vu de faire « soi même », où tout ce qui était fait maison était dévalorisé dans les années 70-80 de manière insidieuse. Il coûtait moins cher d’acheter une nouvelle paire de chaussettes que de les réparer. Aujourd’hui, l’objectif des capitalistes est atteint mais le prix à payé est très élevé pour les classes populaires.


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 24 novembre 2015 20:13

          @Blé

          Illitch, avec qui j’ai eu le plaisir de collaborer a Cuernavaca il y’a bien longtemps, a été sciemment marginalisé de la pensée contemporaine. Il serait bien dangereux de laisser lire « Unschooilling society » aux malfamés qui sont a massacrer ce qui reste d’éducation. Mais le bon sens reviendra ...

          PJCA

        • Hervé Hum Hervé Hum 24 novembre 2015 10:28

          Je recopie ici ce que j’ai posté sur votre précédent article

          l’intérêt général, est la somme des utilités particulières à l’’exécution de la volonté générale, établie à partir de la somme des besoins particuliers et de leurs aspirations secondaires, dans la limite de contraintes jugées supérieures (écologie, droit/devoirs intergénérationnel).

          Cet aphorisme est à mettre en relief avec celui-ci

          le laisser faire entrepreneurial (donc pour la partie secondaires) commencent là où s’arrête les nécessités du contrat social et s’arrêtent là où commencent les contraintes jugés supérieures.

          Autrement dit, le laisser faire entrepreneurial est la variable d’ajustement des nécessités et contraintes et non l’inverse comme aujourd’hui !

          Suivant cela, on peut donner une formule où le taux de croissance économique normal est égal à 1. formule que j’essaie de simplifier, mais faisant appel au ratio entre production + contrainte sur satisfaction des besoins primaires et secondaires. Rapporté au mode économique actuel, ce taux est incohérent, voir absurde, mais placé dans votre modèle il prend tout son sens.

          Avec ce ratio, un chiffre inférieur à 1, indique que la société est en sous-production, mais si le chiffre est positif, c’est que nous sommes en sur-production. On sort ainsi du mythe de la croissance basé sur un taux positif, pour faire appel à un taux normal neutre. Mais il est évident que ce taux n’a de sens que si la production est liée à la satisfaction de tous les citoyens et non uniquement de ceux qui ont le contrôle, monopole de la production,.


          • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 24 novembre 2015 20:35

            « Le laisser faire entrepreneurial est la variable d’ajustement des nécessités et contraintes et non l’inverse comme aujourd’hui ! »


            OUI, mais le problème est de délimiter et de fixer les bornes et, comme vous le souligner, nous n’avons pas la formule et ne comptons pas que le Systeme va nous les donner ! La pondération est subjective et se résout dans l’autoritarisme.... 

            Nous allons vers un équilibre empirique, toutefois, puisque à la limite , dans une monde de complémentarité et d’interdépendance, tous devient égaux quand ils sont TOUS indispensables. On n’atteindra pas cette limite théorique qui d’ailleurs ne serait pas souhaitable, mais on y tend... et c’est le seul modèle crédible pour un monde où les inégalités s’estomperont.

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