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Nouvelle histoire de la Révolution française par Jean-Clément Martin

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Jean-Clément Martin, avec le talent qu’on lui connaît, arrive à décortiquer les passionnants faits historiques qui marquent encore durablement la société française du XXIe siècle. En France, il demeure toujours difficile d’aborder sereinement les nombreuses questions soulevées par les événements liés à la Révolution. Pourquoi, plus de deux cents ans après 1789 et la mort du roi Louis XVI survenue le 21 janvier 1793, en sommes-nous encore là ? Dès les premières lignes l’auteur livre une intéressante réflexion : « La Révolution fascine ou dérange. Qu’elle soit morale, sexuelle, économique ou politique, elle porte un imaginaire qui séduit ou révulse mais ne laisse jamais indifférent.  »

En même temps, comment en serait-il autrement ? 1789 semble être l’horizon indépassable pour l’écrasante majorité des acteurs de la vie politique française, comme si de 496 - date du baptême de Clovis - au 5 mai 1789 - ouverture des Etats Généraux -, il n’y avait presque rien eu entretemps. Pourtant, Martin rappelle que «  même si la France continue de se dire Patrie des droits de l’homme, elle se réclame moins de son héritage révolutionnaire qu’elle ne le fit jusqu’au milieu du XXe siècle ». 

Les raisons de ce relatif abandon intellectuel sont multiples : mondialisme, faiblesses intellectuelles et historiques chez la grande majorité du personnel politique et l’inventaire de la Révolution est de plus en plus connu… Cela étant, un homme situé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique républicain n’a pas hésité, tout récemment, à commettre une œuvre dans laquelle il assume se reconnaître dans l’héritage jacobin (1). 

Quoiqu’il en soit, la France républicaine reste imprégnée par la Révolution, et l’auteur écrit, avec selon nous une pointe d’ironie, que « son hymne national, qui revendique de faire couler le sang de ses ennemis dans les sillons, est toujours chanté dans les stades du monde entier ». Nous citerons également, entre autres : la Marianne, la devise Liberté-Egalité-Fraternité inscrite aux frontispices de nombreux bâtiments, officiels ou non, autant de symboles qui démontrent tous la mainmise idéologique de la Révolution sur la France contemporaine.

De fait, ce n’est donc pas un hasard si « la force de cet imaginaire est telle que l’année zéro des temps modernes français est toujours identifiée à 1789. Tous se rejoignent sur ce point, qu’ils regrettent la monarchie idéalisée, qu’ils voient 1789 ou 1793 comme la première marche vers le totalitarisme, ou bien au contraire qu’ils demeurent convaincus que 1789 jette les bases d’une ère nouvelle pour l’humanité, ou qu’ils puisent plus simplement dans les rebondissements des événements révolutionnaires des enseignements pour aujourd’hui. »

Pour comprendre les bouleversements historiques, encore faut-il prendre le temps de les analyser loin des passions. Effectivement ces dernières obscurcissent souvent la vue et embrument les capacités de réflexion. Martin estime que « c’est le processus révolutionnaire lui-même qui est à examiner pour ce pour quoi il se donne : une inventivité politique, économique, sociale, religieuse, culturelle, qui commence sous l’effet des expériences européennes et américaines dans les années 1785-1787 et qui est accompagnée, en permanence, par les contre-courants provoqués en retour  ». Pour saisir l’essence de la Révolution, il faut constamment avoir à l’esprit comme le dit Martin que «  la Révolution est dans cette optique une création et une affirmation ininterrompue d’expériences, créant une attente à jamais insatisfaite et une angoisse de l’échec ». Très rapidement, les révolutionnaires en sont venus à se poser la question suivante : « Comment finir la révolution ?  », car le vide institutionnel créé par la mort de Louis XVI fut en définitive difficile à combler, comme beaucoup s’en aperçurent, souvent à leurs dépens.

La période Révolutionnaire fut marquée par la guerre intérieure et aux frontières, par des exécutions officielles - approuvées par l’Etat de droit (3) - et non officielles - violences des populations non encadrées par les différents gouvernements révolutionnaires - ainsi que par des rivalités politiques très puissantes. Martin n’entend bien sûr pas fermer les yeux sur ces nombreux épisodes : « Il ne s’agit pas d’exonérer les acteurs de leurs responsabilités. Ce qui est en jeu est la compréhension des moments révolutionnaires, de ces périodes pendant lesquelles des façons de voir s’imposent, des groupes s’emparent du pouvoir, des personnalités sont reconnues et suivies.  »

L’intention de Martin ne repose pas sur la volonté de défendre ou d’attaquer la Révolution : « Le but du livre a été d’inscrire ces moments dans la période révolutionnaire tout entière - ce que Maistre appelait l’époque - en respectant les engrenages minuscules qui ont régi les rapports entre les individus et les groupes. » Après une lecture attentive et critique, nous pouvons dire que l’objectif est atteint, même si nous ne suivons pas l’auteur dans toutes ses intuitions et analyses. 

Martin nous présente en effet une étude passionnante et réellement originale sur la Révolution française. Nous saluons son érudition et surtout son grand talent de pédagogue pour expliquer des situations complexes dont le profane ne mesure pas toujours les implications puissantes. La bibliographie se montre conséquente et exhaustive. Elle permet de repérer d’excellents ouvrages pour creuser les sujets qui nous intéressent. L’auteur ne se départit jamais de son rôle d’historien et, quand il analyse les faits historiques, il ne défend pas une cause politique. Il énonce même que la révolution – mais par le haut ! - fut initialement lancée par Louis XV, et maladroitement reprise par Louis XVI… La suite est connue : révoltes, Révolution, espoirs de la mise en place d’une société nouvelle et d’un Homme nouveau, libéralisation de la violence, stabilisation des institutions qui restent malgré tout fragiles, pour finir par Bonaparte prenant le pouvoir. Onze ans après avoir tué leur roi, les Français voyaient à Paris un étrange paradoxe : un général de la Révolution - soupçonné un temps d’avoir été jacobin - devenir Empereur en présence du Pape Pie VII. Quel roman que l’histoire française, pour reprendre une phrase très connue de Napoléon…

Pour conclure, rappelons que dès le début des émotions populaires, l’attente exprimée par les Français vivant à l’heure de ces soubresauts politiques atteignait des sommets. Martin note qu’il n’y a « pas lieu de s’étonner que nombreux soient ceux qui, au moment de l’ouverture des Etats Généraux en France et surtout après la prise de la Bastille, parlent de l’heureuse révolution qui se déroule sous leurs yeux ». Leurs espoirs seront douchés. Cela arrive généralement quand on accorde - trop légèrement ? - sa confiance aux politiques. 

Nous laissons le mot de la fin à l’auteur : « Le scandale de la Révolution tient depuis la fin du XVIIIe siècle à ce qu’elle a été "une promesse dont l’échec est inscrit dans la nature même de la promesse" pour reprendre une formule saisissante de M.-C Blais ». Rien à ajouter !

Franck ABED

 

(1) Alexis Corbière, Jacobins !, Paris, Éditions Perrin, 2019

(2) Jean-Clément Martin, Robespierre : la fabrication d'un monstre, Paris, Éditions Perrin, 2016

(3) Etat de droit révolutionnaire, notion difficile à discerner, à défendre et à légitimer au vu des différents coups de force (parfois meurtriers) opérés par les révolutionnaires pour s’approprier le pouvoir et le garder…

 


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8 réactions à cet article    


  • Théophile Duplessis Jean Guillot 21 février 09:48

    Avec la révolution on a eu la Ripoublique et les Francs maçons , mais on a perdu ce qui constituait la structure immémoriale de la France : la Chrétienté et ses Rois ...Amen

     smiley


    • Étirév 21 février 10:19

      La Révolution Française c’est la Résurrection de la femme.

      C’est, de tout temps, l’esprit de la femme qui a guidé le monde. Quand la femme pense et agit, le monde marche ; quand elle tombe dans l’apathie intellectuelle, quand elle se laisse réduire en esclavage et abdique son pouvoir, le monde tombe dans l’obscurité.

      Tous les grands mouvements de l’esprit sont dus à l’initiative féminine. La femme donne l’impulsion, l’homme la suit.

      Le grand mouvement philosophique qui au XVIIIème siècle a remis tous les problèmes de la Nature en discussion a été, tout entier, fait par des femmes ; cette œuvre prit un élan extraordinaire et se manifesta dans tous les pays à la fois.

      C’est ce grand réveil de la pensée féminine, se dégageant subitement des entraves du Christianisme, qui prépare la Révolution.

      C’est son esprit émancipé qui jeta dans le monde les grandes idées de Liberté et de Justice. C’est elle qui fit un retour vers la Nature, inspira à l’homme l’idée d’en étudier les lois et l’aida dans cette étude. C’est elle qui jeta la première le cri de liberté, l’amour de la liberté étant le plus fort de tous ses instincts : pour elle il renferme tout, il signifie : Bonheur, Justice, Progrès, Lumière, Amour. Dès que les Femmes s’aperçurent qu’une issue était possible pour sortir de leur servitude, elles travaillèrent avec ardeur à conquérir ce bienfait immense.

      C’est dans les salons philosophiques que commença, le mouvement, qui ne fut, en somme, que l’écho des idées émises par les Femmes. Les hommes répètent leurs mots, leurs phrases, leurs formules, sans en comprendre le sens profond ; elles réclament leurs droits, les hommes alors les réclament aussi, et, chose étrange, dans cette société où l’homme est tout et la Femme rien, nous voyons des révolutionnaires, appliquant à leur sexe les aspirations féminines, demander « les Droits de l’homme », parce qu’ils ont entendu dans les salons des dames demander les droits de la Femme !

      Les hommes demandent leurs droits alors qu’ils les ont tous, alors que, pendant tout le Moyen Age et même la Renaissance, ils ont vécu en despotes, dépassant de beaucoup leurs « droits ».

      En France, les Femmes initiatrices de l’idée furent : la princesse d’Hénin, la maréchale de Luxembourg, Mme de Bouillon, Mme Geoffrin, Mme Helvetius, la marquise de Condorcet, Mme Necker, Mme Roland, Mme Tallien, Mme Simon, Mme Candeilh, Mme de Tencin, Mme d’Houdetot, Mme d’Épinay, Mme du Châtelet, Melle de Lespinasse, Théroigne de Méricourt, et tant d’autres qui furent les amies des philosophes, véritables hétaïres modernes, qui continuèrent l’œuvre des «  sorcières » et jetèrent dans le cerveau des hommes toutes les idées qui firent éclore la Révolution.

      Les unes étaient érudites et lisaient le grec à livre ouvert, d’autres furent des savantes qui élargissaient le champ des connaissances humaines, il y eut des philosophes et des psychologues, des physiciennes et des naturalistes, toutes étaient charmantes et, par le charme de leur conversation, stimulaient l’esprit masculin.

      Mais cette première révolte de l’esprit de la femme en face des erreurs du vieux monde ne fut pas bien comprise par l’homme, elle est défigurée, mal interprétée, mal rendue, elle est traduite en idées masculines.

      C’est ainsi que la Révolution préparée par la femme pour être l’avènement de la justice ne fut que l’avènement d’un système bâtard qui vint détruire l’ancien régime, mais ne le remplaça pas par ce que la femme avait rêvé.

      Ily eut des héroïnes et des martyrs.


      • martinez 23 février 13:27

        @Étirév
        oui, pourquoi pas, point de vue intéressant ; mais que faites-vous alors des femmes « réactionnaires », qui ont caché des curés réfractaires (nombreuses dans les campagnes bretonnes), et que faites-vous de Charlotte Corday ? On peut très bien soutenir aussi, comme je l’ai lu chez un moraliste comme Chamfort, que la Révolution a été une « réaction » masculine et misogyne (avec des accents de virilité romaine) contre une société aristocratique dominée par les salons féminins, etc. 


      • Julot_Fr 21 février 12:49

        La seule chose pertinente n’est pas dite : la revolution francaise a ete organisee par les banquiers commercants qui ont remplacer l’aristocratie feodale suite a cette revolution. Ces banquiers devenus la nouvelle aristocratie (ceux qui detiennent le pouvoir cette fous ci dans l’ombre) ont graduellement augmenter leur pouvoir suite a cette revolution (paradis fiscaux, prise controle monnaie par banque centrale, creation reseau de multinationales qui echappent a l impot et organismes supranationaux permettant le libre flux de leurs capitaux)


        • Emin Bernar Emin Bernar 21 février 13:38

          « La mainmise idéologique de la Révolution sur la France contemporaine » ça n’existe pas, quoiqu’en disent les nostalgiques des anciens régimes ! On peut préférer , comme Giscard, le chant du départ à la Marseillaise (cf le merveilleux film La guerre des boutons) ! On peut être fier de l’ordonnance de Villers Cotteret sous François 1er qui a officialisé la langue française ! On peut se référer d’abord à la République qui devrait être fêtée tous les 22 septembre, à la place du 14 juillet imposé par Thiers et les galonnés ! smiley



          • heraclite 21 février 20:07

            La révolution française c’est 20 ans de guerres contre l’Europe coalisée et puis c’est deux millions de morts. Elle a marqué la fin de la suprématie française et le début de la domination mondiale de l’Angleterre. Magnifique bilan !


            • Hugo Drax Hugo Drax 23 février 11:09

              @heraclite

              domination mondiale de l’Angleterre

              Lampe au néon pelle à tarte 1815 pour la fronce, et, de façon irréversible.

            • Et hop ! Et hop ! 21 février 21:40

              «  la devise Liberté-Egalité-Fraternité inscrite aux frontispices de nombreux bâtiments, officiels ou non, autant de symboles qui démontrent tous la mainmise idéologique de la Révolution sur la France contemporaine. »

              Cette devise est devenue officielle sous la IIIe République, c’était auparavant celle du Grand Orient de France.

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