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OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE

                OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE

 

Le solstice d'hiver pointe son nez. Les jours sont tout rabougris, la lumière s'économise ce qui ne fait pas l'affaire de l'humeur de Pierre. Comme pour beaucoup d'entre nous, le noir le déprime et le fait en plus ressasser :

« En cette période, Rome permettait à ses esclaves de faire la fête, de parler librement et même de critiquer les maîtres. Courte aération des esprits avant que la chape ne retombe. Aujourd'hui les peuples secouent partout leurs chaînes sans parvenir, malgré les conseils de Victor Hugo, à déployer leurs ailes. L'humain ne progresse pas en dépit de sa science et de ses technologies. Il reste capable du pire, plus souvent que du meilleur, seul comme au sein des nations. La trame du passé n'est faite que d'horreurs provoquées par la soif de pouvoir de quelques uns que notre bêtise permet de qualifier de grands. »

Par exemple pour Pierre, Alexandre le Grand n'est qu'un gamin parricide à la tête d'envahisseurs féroces et avides. Pour lui, une instruction toute dirigée nous fait admirer l'inadmissible. Quant au futur, il le voit remis en question jusque dans sa possibilité. Ce qui finit de le tourmenter c'est cette question qui joue les carrousels dans ses neurones :

« Mais pouvait-il et peut-il en être autrement ? »

Pierre porte mal son prénom. Il n'en a pas la solidité. Selon son habitude, tout en marchant il rumine sombre :

« Déjà 450 ans avant notre ère, Anaxagore considérait que rien ne naît ni ne périt mais, à peu près comme Lavoisier beaucoup plus tard, que tout se transforme . Dérangeant les dieux de l'époque il dut fuir pour sauver sa peau. Il voyait plus loin que l'atome avec du petit toujours plus petit et nos particules élémentaires qui composent matière, antimatière et leurs interactions participent de la même ambition. L'association des « petits » aboutit à l'univers (le nôtre et même pourquoi pas à ceux des autres) avec tout ce qu'il comporte, nous compris mais aussi et en même temps à des champs de forces désagrégeantes nécessitant la recombinaison permanente de l'Existence. »

Pierre vient de mettre au centre de sa conception du Grand-Tout, la notion d'une « Existence » parvenant à se maintenir par l'obsolescence programmée des constituants des deux infinis. « Éphémérité » des particules comme des étoiles, brièveté de la vie mais aussi des états d'âmes, des idées, des théories scientifiques. Cette grande remise en question permanente participe à la sauvegarde de l'Existence. Le passé est la matière noire du futur, le complément de masse du présent. À notre échelle et dans le bocal de notre espace-temps, l'organisme humain, par l'usure de ses télomères qui président à la réplication cellulaire et l'empoisonnement consécutif aux déchets des réactions biologiques ( l'oxygène nous rouille), est programmé pour mourir après avoir procréé. La mort est indispensable à la vie. L'expansion démographique se fait au prix d'une réduction parallèle de ses outils (matières premières, fertilité des terres agricoles...) et d'une perturbation de son écosystème provoquant la mutation des espèces, leur disparition et leur remplacement.

« Mais pouvait-il et peut-il en être autrement ? »

Pierre est en train de percevoir au tréfonds de sa boîte crânienne un continuum à plusieurs dimensions se pérennisant par une multitude de boucles en toutes ses échelles, un peu comme grossissent et éclatent les bulles dans l'épaisseur d'un liquide surchauffé, quand son épaule droite vient à en heurter violemment une autre.

Sous le choc, son sac lui a échappé roulant jusque dans la rigole. Pierre se précipite, le ramasse et lui tend. Il veut s'excuser mais les mots meurent sur ses lèvres. Bras tendu, il reste figé par la beauté de celle qui le regarde en esquissant un sourire bienveillant. Deux yeux bleu pervenche tirant sur le mauve, une bouche rose de porcelaine dévoilant la blancheur des dents, des cheveux mi-longs irisés de soleil fondent sur un Pierre quasi ébaubi. Cupidon en reste coi, il n'a pas encore tiré une seule de ses flèches que Pierre est déjà transpercé. Le voyant tout chamboulé, l'apparition s'avance et tente d'un « ce n'est rien, merci » de le réanimer mais la musique de sa voix renforce le coup de foudre et Pierre ne lâche pas le sac comme pour la retenir.

C'est là que le ciel entre en action en déversant brusquement sur nos personnages, comme disent les belges, une " drache nationale " verticale. Pierre est d'un naturel prudent, il a toujours avec lui, dès que le moindre nuage se montre, un grand parapluie gris, robuste et résistant au vent. D'un geste rapide il l'ouvre et la belle vient aussitôt tout contre lui s'abriter.

« Chemin faisant, que ce fut tendre, d'ouïr à deux le chant joli que l'eau du ciel faisait entendre sur le toit de mon parapluie »

Brassens chante à l'oreille de Pierre puis pouffe :

« Elle va partir vers ton oubli ! »

Non ! Il faut qu'il lui propose quelque chose, quelque chose d'original qui la surprenne et la fasse rester plus d'une éternité et alors il s'entend dire :

« Et si nous prenions un café juste en face en attendant que cette pluie se calme ? »

et Brassens de penser :

« En séchant l'eau de sa frimousse d'un air très doux elle ne va pas lui dire oui. »

et bien SI le poète, elle lui prend même le bras « pour l'horizon de sa folie ».

C'est ainsi que Pierre et Dorée, fille d'un couple de musiciens, entame leur histoire d'amour. Les bombes peuvent pleuvoir sur la Libye, la famine peut frapper au Yémen, Ebola peut se propager et les calottes glacières disparaître, ils sont tous les deux seuls au monde, enlacés et protégés par le bouclier d'Eros.

Un espace-temps plus loin, ils ont leur premier enfant, un garçon dénommé Rémi et pour l'amuser une chienne qu'ils appellent Lassie pour rester dans la musique.

C'est Pierre qui va être victime de la première fausse note. Au sein d'une de ses bronches l'orage s 'annonce. Une cellule a le hoquet en se divisant et sa lignée décide de jouer en solo sous forme d'un carcinome hyperactif. Malgré les traitements, les métastases se multiplient et l'immunothérapie qui lui rend durant quelques mois l'usage de la marche perd à son tour de son efficacité.

Pierre est mort, la vie s'en fout comme de l'an quarante, vive Rémi !

Dorée pleure, Dorée s'isole, Dorée accepte de revoir ses amis, Dorée trouve à nouveau que les fleurs sont jolies, Dorée rencontre Rebecca qu'elle surnomme son petit « ré bécarre » pour la gravité de ses intonations. Elles veulent avoir un enfant, de préférence une fille. Merci la PMA, une petite Sidonie pousse son premier cri tandis que Rémi s'engage dans la légion étrangère et saute sur une mine antipersonnel qui lui arrache les deux jambes en le stérilisant à jamais.

La vie s'en fout, elle a Sidonie....

« Mais pouvait-il et peut-il en être autrement ? »

 

Certainement pas, l'Existence telle un orchestre philharmonique exécute de tous temps une partition où chaque note, comme les rebonds des billes du flipper, est provoquée par la précédente.

Qu'importe le parcours, seule compte la musique. L'Existence se suffit à elle-même en un capharnaüm infini qui sur ses différentes étagères s'autocontrôle pour, depuis toujours à jamais, se jouer de tout et de nous en un sublime concerto. 

                                   toubib 41 le 31/12/2019

                                


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13 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 décembre 2019 16:57

    un bon antidépresseur comme le Zyban devrait régler tout ça en même pas une semaine.

    Bonne année.


    • popov 31 décembre 2019 17:14

      Ah, ce que c’est de nous !


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 décembre 2019 17:18

        @popov

        Comme le disait mon voisin du dessus, un certain Blaise Pasclal : "Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. ... "


      • popov 1er janvier 02:14

        @Séraphin Lampion

        Vous avez vu, le marchand de tableaux nous a éjectés. Le mot « vautours », peut-être...


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 1er janvier 08:36

        @popov

        oui
        en tous cas, bonne année vous, et que les puces d’un millier de chiens galeux infestent son cul s’i nous qui te gâche une seule seconde de l’année 2020, et que les bras de cet abruti deviennent trop courts pour qu’il ne puisse jamais se le gratter ....


      • popov 1er janvier 12:58

        @Séraphin Lampion

        Bonne année à vous également.


      • Abou Darbrakam Abou Darbrakam 1er janvier 23:59

        Bonne année 2002 à tous ;je suis enfin sorti du coma ce matin.

        et s’il n’y à pas de médicaments pour tout le monde il faut les couper en deux,pas facile pour les suppositoires,mais dans l’adversité il faut serrer les fesses.


        • Cadoudal Cadoudal 2 janvier 00:14

          @Abou Darbrakam
          Tu peux te rendormir, rien de neuf sous le soleil...

          Rendez-vous en 2038 quand ils auront grandi...lol...

          « Ce qui est frappant cette année, c’est le nombre de véhicules incendiés, 220 décomptés pour le moment, et l’âge des individus, parfois entre 10 et 12 ans seulement »

          https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/strasbourg-des-individus-parfois-ages-de-10-et-12-ans-dit-robert-herrmann-7799815772


        • troletbuse troletbuse 2 janvier 13:26

          @Cadoudal
          A Paris, c’était accidentel comme pour l’incendie de NDP. Ce doit être l’obsolescence programmée. smiley
          A Strasbourg, qu’est-ce qu’il y avait comme vieilles bagnoles, 2 ou 300 je crois


        • Cadoudal Cadoudal 2 janvier 13:44

          @troletbuse
          Moi ce que j’aime bien c’est l’age des incendiaires...

          A 10 ans, cramer une bagnole, faut au moins 3 générations d’impunité totale et une carte d’abonnement familiale aux stages de tonton Pemile pour en arriver là...

          Au rythme ou on progresse, l’an prochain des gamins de 8 ans crameront des poneys...lol...


        • troletbuse troletbuse 2 janvier 14:03

          @Cadoudal
          Ben oui. Ils ont la bénédiction des autorités et des constructeurs de voitures et rout celà gratuitement sauf pour nous avec les assurances.... de payer plus cher.


        • Cadoudal Cadoudal 2 janvier 14:23

          @troletbuse
          Avec patience et vaseline, écrit Céline, éléphant encugule fourmi.

          https://www.dedefensa.org/article/maurice-joly-et-le-gouvernement-par-le-chaos-vers-1864


        • prong Q 2 janvier 00:20

          « Ce qui est frappant cette année, c’est le nombre de véhicules incendiés, 220 décomptés pour le moment, et l’âge des individus, parfois entre 10 et 12 ans seulement »

          demain sur mediaparte le gros titre :

          « pourquoi les identitaire commence t’ il si jeune » 

          demains sur valeur actuel 

          « Carnage dans les rue » 

          ...mais au final le meme aticle a tourner en rond lol smiley

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