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‘Ogu Umunwanyi‘ : la guerre des femmes

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  L’Afrique comptait de l’ordre de 140 millions d’habitants au XIXe siècle et la population n’augmenta pas significativement jusqu’en 1920 année où elle commença à s’accroître rapidement pour atteindre 280 millions en 1960 et 800 millions en 2000. Leur ‘entrée dans l’histoire’ correspond à l’époque coloniale (1880-1960). Pendant la période ayant précédé la colonisation, il existait cependant en Afrique une activité économique marchande et des activités productrices et commerciales importantes.

 La conférence de Berlin tenue en 1885 rassemble les principaux pays européens (Allemagne, Angleterre, France, Portugal) en plus des USA afin de se partager le continent noir considéré comme une terre sans maître. Il est alors stipulé que ‘Le commerce de toutes les nations jouira d'une complète liberté’. L’Article 6 précise que : ‘Toutes les Puissances s'engagent à veiller à la conservation des populations indigènes et à l'amélioration de leurs conditions morales et matérielles d'existence et à concourir à la suppression de l'esclavage et surtout la traite des noirs’. L'esclavage et le travail forcé ont existé dans de nombreux royaumes africains pendant des centaines d'années avant l’époque coloniale mais, quelquefois, la distinction entre maître et esclave n’allait pas de soi.

 Les traités valent ce que valent les traités, c’est à dire pas grand-chose si vous n’êtes pas le plus fort, et, manifestement, le peuple noir n’avait aucune arme autre que culturelle à faire valoir. Une illustration de cette évidence est donnée par une guerre menée par des femmes en 1929.

 Avant la colonisation européenne, les Igbo vivaient en clans autonomes, hiérarchisés et indépendants, ayant une structure politique qui peut s’apparenter à une démocratie gérée par des conseil d’anciens. Les dirigeants étaient traditionnellement élus, les systèmes administratifs étaient décentralisés et égalitaires. Ils ont ainsi rejeté toute forme de concentration du pouvoir, décentralisant plutôt l’autorité entre les groupes d’âge et les clans qui constituaient la communauté. Le pouvoir était partagé entre les hommes et les femmes pour promouvoir l'harmonie des sociétés. Les autorités coloniales considéraient au contraire que seul un ordre patriarcal pourrait établir un ‘ordre moral’.

 Un système fut institué par les Britanniques qui donnait aux chefs traditionnels la mission de représenter la reine d’Angleterre. Les chefs locaux ainsi mandatés devinrent despotiques et furent souvent conduits à faire payer indûment des amendes et des frais de toutes sortes.

 La Grande Bretagne avait essuyé de lourdes pertes financières durant la Première Guerre mondiale. Pour recueillir des fonds, les colons ont dû lever de nouveaux impôts, en particulier un impôt direct à l’attention des femmes, des enfants et du cheptel. Pour ce faire, les Britanniques organisent un recensement. Les femmes commerçantes, importantes dans le tissu économique, se sont inquiétées des nouvelles règles fiscales imposées par les chefs locaux mandatés. Elles ont alors demandé au gouvernement colonial de préserver leur statut qui donnait droit à une exemption fiscale. Cette demande fut rejetée. Elles ont alors décidé de ne pas payer d’impôt et de refouler tout étranger désirant identifier leurs biens. Au cours d’une tentative de recensement, une dispute éclata entre un agent des autorités locales et une veuve, la rencontre se termina par une rixe. Apprenant la nouvelle, les femmes des villages voisins se rendirent au bureau du chef de la police locale pour exiger sa démission.

 Traditionnellement, les nigérianes menaient des actions collectives de grande ampleur pour faire entendre leurs voix. Dans les années 1910, les femmes d’Agbaja avaient déserté leur foyer des mois durant afin de dénoncer les meurtres de femmes perpétrés par les hommes de leur communauté. En 1924, 3000 femmes de Calabar s’insurgèrent contre une taxe sur les marchés exigée par le gouvernement colonial. L’une des manifestations propres aux femmes consistait à revêtir leur tenue traditionnelle et à peindre leur corps et leur visage selon les rituels de guerre. Elles encerclaient la maison du fautif et criaient, hurlaient jusqu’à ce que celui-ci rende raison. Lorsque ce n’était pas le cas, elles pouvaient détruire la maison du fautif.

 Le 18 Novembre 1929, des milliers de femmes Igbo se réunirent à Calabar et Owerri afin de protester contre les chefs locaux et elles tentèrent de ridiculiser les hommes aux moyens de chants et de danses durant toute la nuit. Le 2 décembre 1929, plus de dix mille femmes de six groupes ethniques (Ibibio, Andoni, Orgoni, Bonny, Opobo, et Igbo) manifestent à Oloko. Cet événement se propage dans une grande partie des régions de l'est. C'est l'Ogu Umunwanyi , la Guerre des Femmes ! Le 9 décembre 1929, environ 1000 femmes s'en prennent au tribunal indigène d’Owerrinta. Le 10 décembre, des milliers de femmes se rassemblent à Aba, attaquent le tribunal indigène, la banque Barclays, ainsi que des entrepôts européens. Le 15 décembre, dans le village d’Utu Etim Ekpo, un nouveau rassemblement se termine de façon dramatique, les troupes coloniales interviennent et tuent 18 manifestantes. Le 16 décembre, à Opobo, les soldats massacrent cette fois 39 femmes et un homme, 8 autres femmes se noient dans la rivière et 31 sont blessées par balles. Les autorités britanniques brulent des villages en représailles et imposent des réparations collectives.

 Qu’est devenu le Nigéria un siècle après ?

 Il possède un parlement composé d’une chambre des représentants et d’un Sénat. Trois systèmes légaux coexistent le droit anglais hérité de la colonisation, la loi constitutionnelle développée au cours de la période postcoloniale et la Charia (dans les États musulmans du nord).

 La population est de l’ordre de 220 millions d'habitants et est est le pays le plus peuplé d'Afrique. La population du Nigeria devrait atteindre 440 millions d'habitants en 2050. Le taux de fécondité au Nigeria est de 5,53 enfants par femme Les deux principales religions sont le christianisme et l'islam, réparties à part presque égales. Les chrétiens nigérians sont majoritairement protestants évangéliques. La langue officielle du Nigeria est l'anglais mais trois langues africaines ont le statut de langues majeures : le haoussa, le yoruba et l'igbo.

 Le pays est la première puissance économique du continent africain. Malgré une production de pétrole importante et une économie diversifiée, le pays demeure pauvre et la plus grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté.

 


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6 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion 26 juillet 11:10

    La honte de l’Afrique, symbolique des limites des utopies, c’est le Liberia.

    On aurait pu penser que ce pays, fondé par des noirs américains descendants d’esclaves, serait l’avant-garde de la construction d’une Afrique moderne et autonome, est devenu la plaque tournante de tous les trafics, le QG de toutes les mafias et le poste avancé du néocolonialisme.

    Dommage.

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