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Accueil du site > Tribune Libre > Origines et aspects méconnus de la conquête de l’Algérie. Partie (...)

Origines et aspects méconnus de la conquête de l’Algérie. Partie n°3

Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, né à Versaille en 1757, comte d’Artois, est considéré sous l’ancien régime comme un « seigneur fastueux ami des fêtes et des plaisirs ».

Opposé aux idées nouvelles, il émigre en 1789 et prépare activement la contre-révolution extérieure dont il fera son cheval de bataille, mais finalement devra en laisser la direction à son frère aîné, Louis XVIII, le Comte de Provence.

En 1814, il revient en France, avec le titre de « Lieutenant général du royaume ». Il fait partie de ces émigrés qui « n’ont rien appris et rien oublié ».Chef de file de la droite royaliste dite des « ultras », le Comte d’Artois réprouve la politique de prudence et de petits pas de son frère Louis XVIII. Lorsqu’il est sacré roi de France, il s’entoure des ministres Villèle, Martignac, Polignac, et les encourage à poursuivre une politique qualifiée de « réactionnaire ». Cette politique lui vaut l’animosité des libéraux qui forment le gros des troupes de l’opposition.

En 1830, Charles X essaie d’imposer sa politique en promulguant « 4 ordonnances », ce qui débouchera à Paris sur l’insurrection des « 3 glorieuses », les journées des 27,28,29 juillet. Il abdique et s’exile.

Mais en attendant ces journées déterminantes pour son destin de monarque, il a le temps de mettre en place son grand projet d’Orient.

Le rôle du Prince Metternich

C’est ici qu’interviennent Metternich et son rôle dans l’évolution du projet.

Il n'est pas, non plus sans poser les question des relations de Metternich avec les « ultras » et les « Chevaliers de la Foi ». Metternich connaît très bien ce milieu et ne le confondrait pour rien au monde avec la « Congrégation ».

Metternich {JPEG}

Metternich échange avec le baron de Lebzeltern, ambassadeur à St-Pétersbourg, une correspondance. Metternich est un plumitif et un épistolaire et a laissé de nombreuses correspondances avec l’élite européenne. De plus, c’est un amoureux inconditionnel de la France.

Extrait :

«  Une corde que je n’ai pas touché dans ma dépêche, c’est la restauration morale de la France. Celle-ci s’avance avec calme et force au milieu de tant de miasmes délétères que moi-même je ne l’eusse aperçue, si les chefs véritables de cette grande œuvre n’étaient venus eux-mêmes me placer en face de la vérité... Je reviendrai un jour sur cette question importante, et vous serez surpris de ce que vous apprendrez ».

Friedrich Von Gentz (1764-1832), secrétaire du Directoire Général des Finances de Prusse, traducteur des écrits de Burke et de Malle du Pan, entré au service de l’Autriche en 1802, rédigea contre Napoléon les « manifestes des cours de Berlin et de Vienne ».

Principal rédacteur du traité de Paris en 1815, il échange avec Metternich. Ce dernier manifeste auprès de Gentz, le souhait d’un « parti pur ».

Extrait :

« Ce qu’il y a de plus intéressant pour moi, ce sont les rapports étroits qui se sont établis entre le parti pur et moi. Cette union aura d’heureuses conséquences… Au centre de tout le mal, un centre de vrai bien, qui s’étend et se fortifie dans un sens vraiment pratique ».

Une autre correspondance à Madame de Liéven nous en dit un peu plus sur la personnalité et les aspirations de Metternich.

« Il est ici, une classe d’hommes qui vivent comme des solitaires au milieu du bruit et des clameurs. Leur esprit est d’une bonne trempe et ils ne sont dupes de rien… Je sais tout ce qu’ils ne savent pas et ils fixent ma pensée. »

Au Comte de Sonft-Pilsach, Metternich donne son sentiment personnel et nous éclaire sur les relations avec les milieux diplomatiques européens. Metternich vit à Paris, rue du Bac, Faubourg St-Germain et entretient de bonnes relations avec les notabilités « ultras ». Qu’il s’agisse du Comte de Senft-Pilsach ou de Metternich, ce sont tous deux des hommes profondément imprégnés de la foi chrétienne. Et cette particularité a son importance ici, et particulièrement pour la question du projet d’Orient.

Mysticisme et Rédemption.

Le 13 Janvier 1820, le duc Charles Ferdinand de Bourbon, Duc de Berry, second fils de Charles X, est assassiné par Louis-Pierre Louvel, ouvrier-sellier, qui déclara avant son exécution, qu’il « voulait exterminer les Bourbons ». L’affaire de l’assassinat du Duc de Berry est inquiétante et traduit le trouble des esprits, car la Restauration a institué un régime parlementaire où les débats des assemblées traduisent les profondes querelles qui agitent les notables.

Les « légitimistes » cantonnés dans l’opposition sont minoritaires dans l’Assemblée et les « libéraux » se posent la question de savoir si les légitimistes, après cet assassinat ne tenteraient pas un coup d’État pour rétablir la « Monarchie absolue » !

Les légitimistes, nous l’avons vu, n’ont jamais été chauds pour l’aventure coloniale, mais les libéraux, eux, oui ! Aussi leur « repli dans l’opposition » opposition terne et quasi inexistante ont favorisé « la colonisation » dans les Dom-Tom et surtout le grand projet d’Orient, que l’Etranger étudie de près.

Il en va de la « perception de la réalité du passé… à l’extérieur comme à l’intérieur, les penseurs politiques présentent un ordre qui ne suppose pas forcément un retour sur le passé ». En effet, la société de l’Ancien Régime s’appuyait sur « l’ordre naturel ». Pour eux, la Révolution française fut une œuvre sataniste (lumières, luce, Lucifer/Satan), mais « nécessaire au bien de la France.

Voilà une belle contradiction de la part des « légitimistes » !

Quelle en est la raison ?

Les légitimistes accompagnent leur raisonnement par un élément : la « mystique », celle de « l’expiation » qui se développe dans les cercles royalistes pendant l’émigration – puis sous la Restauration – avec l’idée de « réparation » et de « régénération de la France ».

« Les légitimistes après 1830, devaient appliquer à la colonisation, et en particulier celle de l’Algérie, ces vues formulées par Joseph de Maistre avec tout l’éclat de son style... ».

Dans leur esprit, la conquête de l’Algérie devait constituer le symbole d’une nouvelle France qui aurait permis le renouveau de la Chrétienté.

Les « idéalistes » travaillaient ardemment sur la question « évangélisation » et « colonisation ». Ils espéraient en Henri V, le Comte de Chambord, petit-fils de Charles X et fils du Duc de Berry assassiné.

Pour les « légitimistes », Henri V était considéré comme prétendant au trône de France. Leur seule référence valable était le « Congrès de Vienne », mais ils y rajoutaient des « vues de régénération chrétienne » dont l’origine est bien antérieure à 1815. La renaissance de la France passerait obligatoirement par la re-christianisation.

Il fallait donner à cette vision presque « métaphysique », toute l’importance qu’elle revêtait à l’époque et que l’on ne peut considérer comme secondaire ou épiphénoménale.

Elle prit toute son importance avec la prise d’Alger à partir de 1830. Ce n’était plus une doctrine coloniale stricto sensu, mais le recours à un « mysticisme », au moment où les « Lumières » projetaient partout en Europe et sur le monde, sa « doctrine universelle ».

Jusqu’en 1830, l’intérêt pour un Empire colonial bien modeste se constitue peu à peu. Il est lent, mais il a besoin d’un élément déclencheur pour s’ancrer profondément dans l’opinion publique.

Cet élément déclenchant sera la prise de la Régence d’Alger. Deux visions vont se confronter : idéalisme et « facteur métaphysique », chez les légitimistes, l’autre, pragmatique et matérialiste chez les Orléanistes, libéraux et considérés par les premiers comme « régicides », c'est-à-dire,ayant vot la mort du roi, appartenant aux Sociétés secrètes actives dans toute l’Europe et ayant pris une grande part dans la Révolution française.

Alors, pour ceux qui attendent l’avènement d’Henri V, un jour peut-être, une grande question se pose.

La colonisation est-elle compatible avec une évangélisation ?

Pour les légitimistes, il faut renverser poser le problème tel qu’il se pose. La colonisation est inconcevable dans une action missionnaire, si l’idée de conversion est fondamentale, elle pourra ne se faire que par la persuasion.

Aussi, dès 1830, les légitimistes impliqués et enthousiastes à l’idée d’une évangélisation des populations, mais en douceur, décident de mettre sur pied un projet ambitieux : l’installation de chrétiens du Liban, en Algérie !

Les Libanais sont des Orientaux, connaissent bien la mentalité des populations d’Algérie, connaissent l’Islam et parlent Arabe.

.../...

Cet article a pu être rédigé à partir de la thèse de Pierre Gourinard, Historien, Docteur-ès-Lettre, intitulée « Les royalistes français devant la France dans le monde », présentée à l’Université de Poitiers en 1987 et de l’ouvrage du même auteur, édité en 1992 chez Lacour-Editeur, (préface de Jacques Valette professeur de l’Université de Poitiers).

Sources bibliographiques complémentaires pour les parties 2-3 et suite :

Encyclopédies Alpha, Larousse, Quillet.

Histoire de la civilisation Will Durant.

Le destin tragique de l’Algérie française – Collection dirigée par P. Miquel.


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20 réactions à cet article    


  • Philippulus Séraphin Lampion 7 juin 12:22

    Vous écrivez :

    « La colonisation est inconcevable dans une action missionnaire, si l’idée de conversion est fondam »

    Ce passage de votre article m’a fait penser à la citation que Rakotoarison a intégrée à son article d’aujourd’hui consacré à Léon Blum :

    « Nous admettons qu’il peut y avoir non seulement un droit, mais aussi un devoir de ce qu’on appelle les races supérieures, revendiquant quelquefois pour elles un privilège quelque peu indu, d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation. ».


    • chantecler chantecler 7 juin 12:38

      @Séraphin Lampion
      Tu sais c’était durant dans les années 1930 ...
      « L’homme occidental supérieur » qui apportait la civilisation , le progrès aux indigènes des colonies qui ne leur avaient rien demandé ...

      C’est le bon temps où la race et le racisme s’imposaient dans notre culture , par la grâce de quelques écrivains , philosophes ,« scientifiques » politiciens qui s’étaient imposés au moment du passage à la 3ème République.

      L’antisémitisme ,(affaire Dreyfus ) qui explose , la traque des francs maçons , le poids réactionnaire de l’église , l’arsenal de l’extrême droite , du Maurrasisme qui s’implantent en conservatisme ...


    • chantecler chantecler 7 juin 12:38

      @chantecler
      « C’était courant.... »


    • Philippulus Séraphin Lampion 7 juin 13:22

      @chantecler

      Oui, mais justement, Blum était juif et agnostique, donc ni antisémite ni cul-béni, et pourtant il était porteur de l’idéologie dominante de l’époque

      C’est ça qui me préoccupe : la conscience ou non du fait que ce qui nous paraît évident, naturel, comme deux et deux font quatre, n’est qu’une norme fabriquée dans l’intérêt de certains et transmise par l’éducation. Les « hussards noirs de la république » n’ont d’ailleurs pas été les derniers à remplir les chères têtes blondes de tous ces préjugés (pré-jugés).


    • chantecler chantecler 7 juin 13:36

      @Séraphin Lampion
      Naturellement ,
      Nous sommes plus ou moins le produit de notre époque avec les diverses tendances correspondantes ...
      Un De Gaulle par exemple avait beaucoup de points communs avec un Mitterrand au point de vue origines .
      De Gaulle a entamé une carrière militaire (Saint Cyr) , un Mitterrand une carrière d’avocat , issu de la bourgeoisie terrienne (Les landes) mais partaient des mêmes bases bourgeoises ....
      Et tous les deux rêvaient de diriger notre pays ...


    • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 7 juin 12:43

      @ Séraphin Lampion

      Bonjour,

      La position des légitimistes sur la question n’est pas conditionnée par une question raciale, ni culturelle. Le dernier paragraphe concernant l’installation souhaitée par les royalistes de population libanaises en Algérie, plaident plutôt en la faveur d’hommes épris de chrétienté, faisant du musulman, un frère. Et si ce frère humain accédait à la chrétienté, par la conversion en douceur, ces hommes qui n’étaient ni des renégats, ni des brutes épaisses, mais des hommes intelligents, cultivés et plutôt délicats dans leur rapports avec autrui  particulièrement Metternich, ils s’en félicitaient. 

      Alors, nous Chrétiens, avons-nous le droit d’espérer faire venir à nous des autres peuples sans qu’on y voit tout de suite des arrières-pensées établissant une hiérarchie raciale ? Ou du mépris ? Ou autre sentiment vil qu’un vrai chrétien réprouve ? 

      Je ne vois aucune analogie entre les deux mentalités, celle de Metternich, et celle de Léon Blum. On ne peut pas comparer deux hommes si éloignés dans le temps avec des idées et des mentalités si différentes. 

      Bien à vous.


      • Philippulus Séraphin Lampion 7 juin 13:29

        @Nicole Cheverney

        « ...sans qu’on y voit tout de suite des arrières-pensées établissant une hiérarchie raciale ? Ou du mépris ? Ou autre sentiment vil qu’un vrai chrétien réprouve ? »

        Comme ça ?


      • sylvain sylvain 7 juin 14:42

        @Nicole Cheverney
        Alors, nous Chrétiens, avons-nous le droit d’espérer faire venir à nous des autres peuples sans qu’on y voit tout de suite des arrières-pensées établissant une hiérarchie raciale ? Ou du mépris ?

        la colonisation dont vous parlez ne consiste pas vraiment a faire venir d’autre peuples a nous, mais plutot de s’inviter chez eux . Plus généralement, l’expansion des grandes religions s’est me semble t il toujours fait par la guerre, ou plutot avec la guerre, l’évangélisation ( ou ses équivalents dans les autre religions) étant une forme de propagande, une manière d’assimiler les populations conquises .

        Je ne suis pas un spécialiste, loin de là, mais a ma connaissance l’islam ou la chrétienté a toujours procédé comme ça .Pour le boudhisme je ne sais pas .


      • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 7 juin 16:29

        @ Sylvain

        Bonjour et merci. Le Bouddhisme ne contient à ma connaissance aucun dogme comme les trois religions monothéistes qui ont toutes les trois les mêmes origines : Abraham. 

        Le bouddhisme s’appuie sur une philosophie. Mais je suis loin d’être experte en la matière. 

        Quant au prosélytisme religieux des monothéistes, je suis d’accord avec vous, certaines convertions se sont faite par la violence, le chantage. Mais il ne faut pas noircir le tableau, certaines évangélisations se sont faites dans un esprit de concorde et de paix. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel le colonisateur aborde les populations conquises. J’ai eu connaissance d’un prêtre français actuellement très âgé qui a converti au christianisme des dizaines de libanaises et de libanais à l’origine musulmans. C’était leur choix. 

        Pour l’Algérie, et notamment les Berbères et les Kabyles à l’origine ils étaient chrétiens, mais ont été convertis  souvent par la force  et pour ne plus payer l’impot réservé aux non-musulmans, à l’Islam. 

        C’est l’Histoire et on n’y peut rien. 

        Bien à vous.


        • Philippulus Séraphin Lampion 7 juin 17:09

          @Nicole Cheverney

          Les Berbères (Imazighen) n’étaient pas chrétiens « à l’origine » (quelle origine, d’ailleurs ?)  !

          Les différents peuples de langues berbères présents en Afrique du nord existaient bien avant l’apparition de christianisme. Les Carthaginois, dont Hannibal a été un des chefs, étaient des Berbères rivaux de Rome. Au moment de la conquête musulmane du Maghreb, plusieurs tribus berbères pratiquaient le judaïsme ou ainsi que le christianisme, mais la plus grosse partie de la population restait « païenne », comme les Banou Ifren.

          Christianisme, Arianisme et Donatisme ne se sont développés que dans les villes fondées par les Romains comme Timgad, mais ne concernait pas les populations rurales, surtout dans les montagnes de l’Atlas. Encore aujourd’hui, les Chaouias de l’Aurès ne pratiquent qu’un Islam de façade pas opportunisme, mais ils vénèrent Kahina, une princesse guerrière, dans un culte où mythologie et histoire se mêlent ? Ce qui caractérise leurs véritables croyances, c’est le recours et le fakirisme (interdit pourtant en Algérie) qui n’est pas du tout un truc indien comme on le croit trop souvent.


        • Philippulus Séraphin Lampion 7 juin 17:38

          @Séraphin Lampion

          correction d’un effacement importun :

           « c’est le recours à la magie et le fakirisme »


        • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 8 juin 11:24

          @Séraphin Lampion

          Bonjour, merci pour ces précisions. Vous avez raison de préciser qu’avant la chrétienté, ces populations étaient « païennes, avant d’être monothéistes. Car le monothéisme est relativement récent, dans le temps long de l’histoire humaine. 

          Les »pères blancs" avec les Kabyles par exemples ont trouvé un terrain très faborables aux conversions. Etait-ce un bien ou un mal ? Nous n’avons pas à juger. 
          Bien à vous.


        • Et hop ! Et hop ! 7 juin 20:38

          Ce que vous appelez malencontreusement la conquête de l’Agérie s’appelait l’Expédition d’Alger, ce n’était pas une conquête (de la France) mais une expédition (appuyée par de nombreux pays) contre la Régence (ottomane) d’Alger pour mettre fin à la piraterie. Les USA , l’Espagne et la GB avaient déjà fait des expéditions punitives en bombardant Alger.

          D’autre part, si c’est effectivement le roi Charles X de Bourbon, et même avant lui Napoléon, qui a préparé et réalisé cette expédition jusqu’à la reddition du Dey d’Alger, moment où Louis-Philippe d’Orléans, fils de Philippe-Égalité, est arrivé sur le trône, avec une toute autre politique.

          Les intentions de Charles X n’étaient pas du tout de conquérir les territoires autour d’Alger, mais seulement de tenir la place et le port pour empêcher la piraterie, les captures d’Européens et le trafic d’esclaves.

          Louis-Philippe est le rois des banquiers et de la bourgeoisie affairiste, il va transformer le projet de gouvernement militaire de la place en une conquête de la ville, puis du pays.

          Pour comprendre à quel point l’expédition d’Alger par Charles X était éloignée de la conquête engagée par les Républicains, il faut lire l’acte de réddition du Dey d’Alger. Il pouvait continuer d’y résider, seuls les 4000 jannissaires (soldats ottomans) ont été expulsés. Plutôt que de parler de conquête de l’Algérie ce qui suppose qu’il aurait existé un libre, il vaudrait mieux parler à cette époque de libération d’Alger de la domination ottomane.

          « CONVENTION
          entre le général en chef de l’armée française
          et Son Altesse le dey d’Alger
          5 juillet 1830
          Le fort de la Casbah, tous les autres forts qui dépendent d’Alger et le port de cette ville seront remis aux troupes françaises, ce matin, à dix heures du matin (heure française).
          Le général en chef de l’armée française s’engage envers Son Altesse le dey d’Alger à lui laisser la liberté et la possession de toutes ses richesses personnelles.
          Le dey sera libre de se retirer avec sa famille et ses richesses dans le lieu qu’il fixera ; et, tant qu’il resterait à Alger, il y sera, lui et sa famille, sous protection du général en chef de l’armée française. Une garde garantira la sûreté de sa personne et celle de sa famille.
          Le général en chef assure à tous les soldats de la milice les mêmes avantages et même protection.
          L’exercice de la religion mahométane restera libre. La liberté des habitants de toutes classes, leur religion, leurs propriétés, leur commerce et leur industrie, ne recevront aucune atteinte. Leurs femmes seront respectées.
          Le général en chef en prend l’engagement sur l’honneur.
          L’échange de cette convention sera fait avant dix heures, ce matin, et les troupes françaises entreront aussitôt après dans la Casbah, et successivement dans tous les forts de la ville et de la marine. »


          Il n’est pas du tout question de changer la population, ni la religion, ni les coutumes, ni de fonder une colonie.


          • Xenozoid Xenozoid 7 juin 20:46

            @Et hop !

            Il n’est pas du tout question de changer la population, ni la religion, ni les coutumes, ni de fonder une colonie.

            non ?

            en fait ils sont venu les liberer 


          • Philippulus Séraphin Lampion 7 juin 22:17

            @Xenozoid

            ah oui, comme nos libérateurs en 1945, c’est ça ?


          • Et hop ! Et hop ! 8 juin 00:11

            @Xenozoid : «  en fait ils sont venu les liberer »

            C’est très clair en 1830 dans l’acte de reddition que les Français ont fait signer au dey d’Alger.

            Ils sont venu libérer 1° la navigation en Méditerranée de la piraterie et 2° Alger de la domination ottomane, oui c’était une double libération.

            Par la suite, avec l’avènement en 1830 de Louis-Philippe, et surtout en 1845 de la IIe République (décret Crémieux), le projet a changé pour devenir conquête et peuplement colonial.


          • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 8 juin 11:39

            @Et hop !

            Bonjour et merci de votre long commentaire. Effectivement il s’agit sous Charles X d’une « expédition » après diverses mésaventures que je narre dans mon volet n° 4. 
            Louis Philippe très libéral et surnommé le roi Bourgeois appuyé par l’élite financière pour contrer aussi les Anglais transformera cette « expédition » en « colonisation’.

            Mais je me permets de dire que le mot »colonisation« ne me fait pas peur. Et surtout je ne lui accorde pas toutes les tares dont les »bien pensants" l’ont revêtu, surtout en Algérie. 
            Le mot Algérie a été inventé par les Francais, au départ il s’agissait de la Régence d’Alger comme vous le précisez si judicieusement, et sous la férule du Sultan Turc, de Constantinople, et vassalité du Dey d’Alger. Il n’y avait envers les populations soumises aucune indulgence de la part des potentats Turcs et de la Régence d’Alger, ni envers les Musulmans, les Chrétiens, les Juifs vivant sur ces territoires. Les moeurs étaient rudes, un état d’esprit belliqueux y régnait. Les Roumis et les Juifs payaient un impot conséquent pour avoir le droit de commercer ou de vivre sur ce sol.
            Mais étonnament, lorsque vous discutez avec un Algérien ou Algérienne, ils effacent toute cette période de soumission des populations vivant sous la Régence à l’Empire ottoman, ne concentrant leur ressentiment que vers la seule France. 

            Bien à vous. 


          • Et hop ! Et hop ! 8 juin 14:56

            @Nicole Cheverney : «  lorsque vous discutez avec un Algérien ou Algérienne, ils effacent toute cette période de soumission des populations vivant sous la Régence à l’Empire ottoman »

            Les Algériens actuels réagissent en fonction de l’histoire qu’on leur a enseigné à l’école pour légitimer le pouvoir politique issu du FLN, donc à la libération de l’état-nation Algérie de l’occupation française depuis 1830. 

            C’est comme les Français qui croient l’histoire de la WW2 enseignée pour légitimer le pouvoir comme issu d’une libération, alors que c’est une occupation impérialiste américaine mise en place à la Libération.

            Depuis l’Antiquité, un peuple se définit comme libre lorsqu’il ne paie pas de tribut à un autre peuple, cela paraît un bon critère. En ce sens Alger ne l’était pas en 1830 et la France ne l’est plus depuis le Plan Marshall qui l’oblige à payer tribut à des banques américaines.

            Les populations d’Alger n’étaient pas libres puisqu’elles étaient tributaires de l’Empire Ottoman qui exigeait sa part de la piraterie en Méditerranée et des razzias sur les populations berbères, en échange de sa protection.


          • Claude Courty Claude Courty 8 juin 04:33

            Pour conquérir une nation encore faut-il qu’elle existe. Or l’Algérie n’existait pas en tant que telle à l’époque de sa conquête. C’est précisément le colonisateur auquel il est reproché de l’avoir fait qui l’a fondée ; non sans l’intention d’en profiter il est vrai ... et s’être fait “damer le pion“.

            Toutes les nations qui composent notre communauté mondiale, sont issues de leur colonisation, et ça continue.


            • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 8 juin 11:46

              @Claude Courty

              Bonjour et merci de votre commentaire.
              Pour illustrer votre propos qui soulève une vraie question, je pense que comme tous les territoires soumis par l’Empire ottoman, il n’’existait aucun Etat à proprement parler significatif d’une identité d’un peuple soudé et unifié. L’Algérie c’était une mosaïques de peuples montagnard et des côtes, extrêmement nombreux, des clans parfois antagonistes. 
              D’ailleurs il en était pareillement avec (et j’en parle dans mes précédents articles) pour la Valachie, la Moldavie etc. Et si l’on va plus loin, l’Allemagne soumise la Prusse surtout, ne se composait que de provinces dirigées par des « Electeurs ». 
              Cette question reste bien sûr à creuser. Bien à vous.

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