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Accueil du site > Tribune Libre > Origines et aspects méconnus de la conquête de l’Algérie. Partie n° (...)

Origines et aspects méconnus de la conquête de l’Algérie. Partie n° 10

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Alger sous la Régence turque

Au moment où les troupes françaises débarquaient à Siddi-Ferruch en 1830, l’Algérie existait-elle en tant que Nation souveraine et indépendante dotée d’un Etat ?

Cette question mérite d’être débattue. Pour cela essayons d’y voir un peu plus clair.

Depuis la création par les Turcs de la Régence d’Alger, toute l’organisation administrative, militaire et religieuse était entre les mains des Pachas sous tutelle de la Sublime Porte. Les Maghrébins s’étaient mis au service des Turcs, ils étaient surnommés les « Turcs d’Alger ». Ils s’étaient constitués en organisation militaire, cette organisation ne devait subir aucun changement profond jusqu’à la conquête du Maghreb par les Français sous Charles X.

Cette organisation militaire était une milice composée en grande partie de janissaires regroupés en ojâq (foyer). Les Janissaires composaient ce corps d’élite qui pesait sur les affaires, par leur influence.

Au départ, ces milices se composaient de Chrétiens enlevés par les corsaires turcs, pendant les « courses », ainsi que dans les populations en Anatolie.

A Alger, ils devenaient une sorte de « petite aristocratie ». Ceux qui gagnaient du grade par l’ancienneté, pouvaient devenir un Agha ( commandant général de la milice), ou des mensoulhaga. Les ortas (compagnies) vivaient en casernes. Ces milices animées d’un puissant esprit de corps tenaient leur « Divan » (conseil) pour la défense de leurs intérêts. Elles ne tardèrent pas à les confondre avec celles du Pacha.

Elles prirent un tel pouvoir dans les affaires à la fois administratives, militaires, qu’elles dominèrent toutes les questions gouvernementales concernant la Régence d’Alger.

« Ses coups étaient dirigés non seulement contre les beylerbeys, mais contre la caste rivale des raïs qui les appuyaient ».

Le Gouvernement des Beylerbeys.

Les beylerbeys (Émir des Émirs) étaient désignés par le Sultan et gouvernaient la Régence, par l’entremise des Kalifas. Ils exerçaient leur suzeraineté sur les Pachas de Tunis et de Tripoli, se comportant en « véritables « rois d’Alger ».

Tout les liait au Sultan Sublime Porte, à laquelle ils vouaient fidélité. Tout ce que le « Grand Seigneur » de la Sublime Porte commandait, les Beylerbeys l’exécutaient. Les ordres venus de Constantinople déclenchaient toute action ou entreprise de la Régence d’Alger.

A Alger, les Beylerbeys vivaient dans « la jenina » (jardin). Il s’agissait du palais beylical, vastes bâtiments (Dâr es-Soltân), ornés de cours et de fontaines, jets d’eau, dignes des Mille et une nuits.

Les Pachas, grâce à l’anarchie qui régnait dans le pays, ne se contentaient pas d’Alger, mais étendirent leurs conquêtes et l’exploitation des Algériens, renforçant leur pouvoir aidés en cela par les confréries et les garnisons (mounas), placées un peu partout dans les villes stratégiques du Maghreb.

Ils mirent en place un système d’impôts très lourd qui pressurait les populations. Pour recouvrir ces impôts, ils avaient recours aux tribus Makgzen. Ils créèrent des corps expéditionnaires, (les mehallas), collecteurs d’impôts.

« Tout l’or que le Pacha ne versait pas au Sultan pour s’assurer ses faveurs, grossissait son trésor ».

De plus en plus méfiants devant le pouvoir des Janissaires, les beylerbeys engagèrent des contingents kabyles, les Zwawa, pour créer une armée un peu plus fidèle.

Mais la méfiance du Sultan de la Sublime Porte allait croissant, devant ces milices organisées. Il redoutait la création au Maghreb, d’un Etat indépendant et rival, tout autant qu’un Empire maritime par la Régence d’Alger, qui aurait menacé directement la Sublime Porte.

Aussi, la Turquie usa de toutes les armes politiques et diplomatiques à sa disposition pour empêcher la Régence de réaliser son dessein : devenir un véritable État souverain au sein d’un grand empire maritime maghrébin.

Pour cela, les Turcs se servirent de l’exemple des conceptions européennes en matière de délimitations frontalières, chose absolument inconnue des dynasties maghrébines, qui ne connaissaient que le principe des « confins ».

Les Turcs substituèrent aux « confins », la notion de « limite précise ». Ils furent à l’origine de la « distinction qui s’opéra au XVIe siècle, entre cette partie du Maghreb central et la Tunisie » (Ifriqya).

NB : Les appellations « Algérie » et « Tunisie » ont été inventées par les Français et datent de la conquête par la France en 1830, au XIXe siècle.

Les pachas d’Alger.

A partir du XVIe siècle, les Régence d’Alger et de Tunis connurent plusieurs révolutions. Les Pachas cherchèrent à se dégager de l’autorité de la Sublime Porte, rompant en quelques sortes leur allégeance avec le Sultan. Ils refusaient d’être dirigés par des fonctionnaires au nom du Sultan.

Plusieurs fois par semaine le Pacha réunissait le Divan et précédait tous ses actes par la formule : « Nous, Pacha et Divan de l’Invincible Milice d’Alger ». Mais ils ne contrôlaient plus les Janissaires et les raïs.

Plusieurs factions se disputaient âprement les affaires publiques. Ces conflits renforcèrent le pouvoir des Aghas, des Deys et des Beys.

Les Pachaliks africains, petit à petit autonomes, développèrent la « course » sans tenir compte des décisions émanant de la Sublime Porte.

Les deux Régences, Tunis et Alger, entrèrent dans des conflits armés, se disputant la primauté des activités des corsaires.

A Alger, les émeutes, massacres, complots se multiplièrent ; le Pacha n’étant plus qu’un gouvernement fantoche.

La tutelle des Janissaires.

Elle se renforça. Kheder Pacha tenta de secouer le joug avec le concours de Koulouglis, écartés des affaires publiques, et des Kabyles, considérés par les Turcs comme des populations inférieures.

Une milice de 22 000 ioldachs se forma et demanda des comptes au Pacha, lui reprochant de s’enrichir sur leur dos, en détournant leur solde et par les impôts.

Le Divan supprima au Pacha la prérogative du paiement de la solde, la désignation des caïds, ne conservant qu’un titre honorifique.

S’en suivirent des émeutes. « Le nouveau régime des milices instaura l’assassinat comme procédure régulière de succession ».

Quatre Aghas furent massacrés par l’Ojaq entre 1659 et 1671.

12 ans plus tard, les « raïs » s’en prirent à l’Agha Ali, à qui ils reprochaient sa faiblesse devant les Européens. Il fut exécuté ainsi que sa femme par la milice. Après cet épisode, les candidats à la succession d’Agha se raréfièrent.

Les révolutions en Ifriqya (Tunisie).

Régime analogue à celui d’Alger. Un Pacha à la tête de la Régence, et une milice turque, puis levantine, des Koulouglis, le tout commandé par un Agha indépendant du Pacha, une « taïfa des raïs », toujours flanquée des tribus Makhgzen chargées de lever l’impôt. Cette organisation similaire à Alger, générait les mêmes genres d’émeutes.

L’Ojacq comprenait 40 sections de 100 hommes, à la tête de laquelle un Dey. Ces milices souffraient de l’arrogance affichée des odobachi (lieutenants) et de leurs boulouk-bachi (capitaines) qui siégeaient au Divan et supplantaient le Pacha.

En 1590, éclata une révolte pour briser leur prépondérance. Les boulouk-bachi furent massacrés.

Un Dey fut élu pour commander la milice en collaboration avec l’Agha. Sitôt élu, le Dey ne cessa de chercher à supplanter le Pacha et devint le véritable chef du Gouvernement de la Régence.

3eme Dey, Othman, homme d’autorité « réduisit le Divan au rôle de chambre d’enregistrement et le Pacha au vain honneur de recevoir le caftan ».

Au XVIe/XVIIe siècle, la Tunisie (Ifriqya) vit la puissance des Beys supplanter celle des Deys.

Othman Dey, de (1590-1619), soumit les tribus rebelles. Youssouf, son gendre, fut un grand protecteur de la piraterie et lutta constamment contre les insurrections arabes.

Le titre de Bey devint avec Mourad, héréditaire.

« Dès lors, l’influence héréditaire des Mouradides ne cessa de s’affirmer ».

Hamouda Bey accrut son prestige, en mettant fin à des défections de tribus arabes et en rattachant Jerba au Pachalick de Tunis.

Les successeurs de Mourad s’installèrent au Palais du Bardo, en souverains. Vingt ans de guerre civile suivirent la mort de Mourad.

« Le pouvoir des Mouradides finit par sombrer dans un complot militaire ».

La différence entre la Régence de Tunis et la Régence d’Alger est notable.

Bien qu’agitée, l’Ifriqya (Tunisie) ne connut pas avec autant d’intensité, comme sa voisine, l’ anarchie où sombrait trop fréquemment et facilement la Régence d’Alger.

La Tunisie avait un passé et des traditions. Sous la dynastie Hafçid, elle ne s’était pas désintégrée. La Tunisie jouissait d’une culture citadine héritée des Carthaginois, d’un gouvernement de maintien de l’ordre, si bien que même l’autorité turque se « coulait dans le moule que l’Ifriquiya imposait à ses maîtres », ce, depuis des siècles. Il y avait une continuité administrative.

Au XVIIIe siècle, les Hosaïnides transformèrent la Régence de Tunis en un État corsaire, mais un Etat organisé.

Ce qui ne fut jamais le cas de la Régence d’Alger.

Aucun État souverain, stable et organisé, ne put naître de la tutelle turque dans le Maghreb central, (actuelle Algérie) malgré quelques tentatives, et de la désorganisation causée par les guerres intestines entre tribus rebelles, montées les unes contre les autres par les Turcs eux-mêmes, qui les utilisaient au nom de leurs propres intérêts.

Telle était la situation de la Régence d’Alger, lorsque les Français y débarquèrent, en 1830, au XIXe siècle.

 

Cet article a pu être rédigé à partir de la thèse de Pierre Gourinard, Historien, Docteur-ès-Lettre, intitulée « Les royalistes français devant la France dans le monde », présentée à l’Université de Poitiers en 1987 et de l’ouvrage du même auteur, édité en 1992 chez Lacour-Editeur, (préface de Jacques Valette professeur de l’Université de Poitiers).

Sources bibliographiques complémentaires pour les parties 2-3 et suite :

Encyclopédies Alpha, Larousse, Quillet.

Histoire de la civilisation Will Durant.

Le destin tragique de l’Algérie française – Collection dirigée par P. Miquel.

Charles-André Julien – Histoire de l’Afrique du Nord – Éditions Payot -1952


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20 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 29 juin 17:25

    Quid du Sahara ?


    • troletbuse troletbuse 29 juin 17:31

      @Séraphin Lampion

      Les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans 5 ans, faudrait qu’ils achètent du sable ailleurs.

      Coluche


    • Et hop ! Et hop ! 30 juin 22:07

      Description intéressante et claire, qui correspond à ce que j’avais lu dans des livres anciens. Les deys étaient presque tous assassinés, pas seulement deux ou trois, il y en a eu une quarantaine de suite, ça n’empêchait pas qu’il y ait des candidatures.

      Il y avait une importante communauté juive à Alger, quel était son rôle, entre les Turcs, les Janissaires, les Arabes, les Kabyles, les renégats, etc. ?


      • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 1er juillet 08:35

        @Et hop !

        Bonjour et merci de votre commentaire. Pour ce qui est de la communauté juive d’Alger, les seuls renseignements que j’ai nous montre une communauté un peu en retrait, qui occupe des métiers de commerçants, d’artisans ou bien dans le commerce avec les Echelles du Levant. Bien à vous.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 1er juillet 10:12

        @Et hop !

        Il est possible qu’il y ait eu des Juifs à Carthage et dans le territoire actuel de l’Algérie avant la conquête romaine mais leur expansion a été concomitante à la présence romaine.

        La conquête musulmane a fait entrer le Maghreb et se sud de l’Espagne dans l’aire de civilisation arabo-islamique et la dhimma (droit musulman qui désigne les sujets non musulmans d’un état sous gouvernance musulmane) a marqué l’identité culturelle de ces communautés. Les persécutions des wisigoths, puis celles liées à la Reconquista ont poussé beaucoup de Juifs de la péninsule Ibérique à s’installer en Afrique du Nord et se sont mêlées à la population juive locale, ce qui a contribué à renforcer les traditions spécifiques aux Séfarades. 

        Ils jouaient surtout le rôle d’intermédiaires commerciaux dans les échanges entre les grands ports de la Méditerrnée, et particulièrement entre l’Europe et l’Empire ottoman, ce qui a favorisé leur réputation de polyglottes et d’érudition, bases de leurs compétences reconnues. D’ailleurs, quand Delacroix a accompagné le Comte de Mornay au Maroc, il s’est avéré que la langue arabe parlée par l’interprète officiel du diplomate était aussi éloignée de l’arabe local que le français peut l’être du roumain et ne permettait pas de communiquer. C’est Abraham Benchimol, un marchand juif de Tanger qui s’est joint à l’ambassade pour en être le traducteur, ce qui donne une idée du rôle de lien et de plaque tournante qu’avait pu jouer cette communauté auparavant.


      • Montdragon Montdragon 3 juillet 18:23

        @Séraphin Lampion
        "Les persécutions des wisigoths, puis celles liées à la Reconquista ont poussé beaucoup de Juifs de la péninsule Ibérique à s’installer en Afrique du Nord et se sont mêlées à la population juive locale, ce qui a contribué à renforcer les traditions spécifiques aux Séfarades."

        C’est du recrachage de propagande scolaire.
        Les Wisigoths ariens s’en battaient les couilles, et le rôle joué par les juifs dans l’affaiblissement des royaumes chrétiens est su et documenté.
        Vous oubliez vite qui fait émigrer leurs cousins sémites depuis les années 50


      • Berthe 2 juillet 02:00

        c’est du copier coller du bouquin de Charles André Julien (que j’ai lu), ses textes sont incomplets puisqu’ils parlent en l’occurrence des premières "invasions étrangères en Afrique du Nord (pas de l’Algérie à proprement parler qu’on est traduit en Français par l’intermédiaire de l’Espagne)

        l’Etat existait, pas sous la forme que vous l’entendez parce que pour vous c’est constamment la même rengaine (il faut une copie conforme aux états occidentaux, ce qui est une connerie, l’organisation existait), et même sous l’empire ottoman qui assurait sa protection. La preuve en est que l’Emir Abdel Kader est identité comme le père du nationalisme algérien. Je ne crois pas que vous soyez historienne, ni même anthropologue... 


        • Berthe 2 juillet 02:04

          @Berthe
          pour compléter, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et même l’Egypte préexistaient à la conquête française sous forme de Nations. structurées et organisées. 


        • Berthe 2 juillet 02:05

          @Berthe
          çà sent la nostalgérique là dedans !! 


        • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 2 juillet 07:41

          @Berthe

          « l’organisation existait), et même sous l’empire ottoman qui assurait sa protection. »

          … oui, enfin, bon ! Un peu comme les Etats-Unis « protègent » l’Afghanistan aujourd’hui !


        • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 2 juillet 07:30

          @ Berthe

          Bonjour, je passerai sur votre attaque personnelle me concernant, elle n’engage que vous. 

          La conception occidentale d’Etat souverain que vous qualifiez de « connerie », a pourtant été copiée par quasiment tous les pays sur la planète. Elle est loin d’être idéale, c’est un fait. 

          Vous dîtes : « l’organisation existait ». Mais laquelle ? Pouvez-vous préciser ?

          Concernant la Tunisie et le Maroc, c’étaient bien des Etats souverains, je ne dis pas autre chose dans mon texte. 

          « Ab Del Khader, père du »nationalisme« algérien ». 

          Le concept de « nationalisme » des pays musulmans est né du panarabisme et du « réveil de l’Islam » après la première guerre mondiale. Bien que Ab del Khader reste pour les Algériens, un « héros symbolique ».

          Personnellement, je ne demande qu’à échanger, mais avec courtoisie, et non à polémiquer.

          Bien à vous.


          • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 2 juillet 07:46

            @Nicole Cheverney

            « La conception occidentale d’Etat souverain « n’a pas été copiée par quasiment tous les états, elle a été imposée par les puissances colonisatrices à des territoires qu’elles avaient elles-mêmes définis (non sans violences avec les populations et entre elles),puis entérinée par les instances internationales qui ont une conception pour le moins léonine des relations entre les peuples.

            Demandez aux touaregs ce qu’ils en pensent, aux « natives » d’Amérique du nord et aux Indiens d’Amazonie, sans parler des Kurdes, etc.


          • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 2 juillet 18:52

            @Séraphin Lampion

            Bonsoir, d’accord avec vous, l’Occident y est allé à la hussarde. 
            Bien à vous.


          • QAmonBra QAmonBra 2 juillet 15:41

            Merci @ l’auteure pour le partage.

            Pour abonder à votre intéressant article et se faire une idée, assez proche de la réalité algérienne avant et durant la colonisation française, il suffit d’imaginer ce que serait devenue l’Italie, si les autrichiens et leurs béni-oui-oui, à l’instar des français avec Abd El Qader, avaient vaincu ou réussi a éliminer G. Garibaldi !

            Il faut néanmoins reconnaitre que les patriotes algériens manquent de gratitude, en effet, ils devraient être plus reconnaissants au colonialisme français, de leur avoir taillé sur mesure un pays 4 fois plus grand que la France, touristiquement attrayant, stratégiquement situé et aux richesses connues et potentielles exceptionnelles.

            Toutefois, chat échaudé craignant l’eau froide, on peut faire confiance aux dits patriotes pour se préparer a défendre chèrement, leur terre ancestrale ainsi que leur souveraineté, sait on jamais avec tous ces « français » « nostalgériques » reprenant du poil de la bête, ainsi que leur ploutocratie adulée jamais remise d’un pillage contrarié et, finalement, avorté. . .


            • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 2 juillet 18:47

              @QAmonBra

              Bonjour, merci pour votre intéressant point de vue. 

              Pour Garibaldi, il a réussi à faire l’unité italienne. Abd El Qader, s’est contenté de combattre les Français, histoire du pot de terre contre le pot de fer ! 

              En cas de victoire d’Abd El Quader, dans un pays comme l’Algérie, aurait-il pu comme Garibaldi, faire l’unité de l’Algérie ?J’ai comme un gros doute. Non pas que je mette en cause les désirs d’unité des Algériens, mais au regard de l’histoire du Maghreb central, trop de divisions tribales, et d’intérêts contradictoires sappaient tout projet d’unification.

              Comme disait un ami pied-noir d’Algérie poète à ses heures, l’Algérie ne se conquiert pas, elle s’apprivoise seulement. Il rajoutait... L’Algérie, terre de l’aveuglement... Avait-il compris que d’aller conquérir un tel pays était une folie danteste ?

              Si vous relisez mes premiers articles parties 1,2 et suite, je précise bien qu’en dehors de l’histoire de la piraterie barbaresque, les gouvernement de la Restauration n’étaient pas très chauds pour aller s’embourber dans une telle aventure. Mais ils le firent sous la poussée des libéraux. Quand le vin est tiré, il faut le boire.

              Autre réflexion qui me vient à l’esprit, on reproche aux Pieds-noirs leur nostalgie de ce bout d’Afrique, et de toujours aimer ce Maghreb magnifique qu’ils ont largement contribué à moderniser.

              Les minables politichiens de l’Assemblée Nationale ont très récemment postilloné leur aigreurs, contre un vieux député nouvellement élu et ému nostalgique qui ne s’est toujours pas remis du drame de l’exil des Pieds-noirs en 1962, comme la majorité d’entre eux. Et on ne peut que les comprendre. On a vu successivement, les mêmes godillots parlementaires de si petite envergure qui votaient comme un seul homme, pour le masque, le confinement, le pass vaccinal, sans qu’une ombre de doute vienne effleurer leur conscience en berne.

              Et ces mêmes viendraient, transpireux de colère préfabriquée, venir cracher sur le vieux député Hernandez, au nom de leur indignation à géométrie variable ? Qu’ils aillent se cacher la face ! 

              Autre point que je voudrais souligner. Les liens que vous mentionnez dans votre commentaire parlent d’eux-mêmes. Si le pétrole algérien n’a pas été exploité comme il aurait dû l’être, c’est bien que le monde anglo-saxon et surtout les Etats-Unis veillaient au grain pour empêcher tout développement du monde arabe occidental, préférant recentrer la question énergétique autour du Moyen-Orient et le remodeler autour de l’Irak, l’Afghanistan, et la Syrie, après avoir éliminé tout ce qui les gênait au nom de leurs intérêts.

              Votre dernière phrase laisserait sous-entendre que les « nostalgiques » retourneraient dans ce pays ? Je pense que vous vous trompez, même si leurs morts dorment dans cette terre, les vocations au réembarquement dans le sens Marseille-Alger, ne sont pas légion. Croyez-moi ! 

              Bien à vous. 


              • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 3 juillet 15:55

                @Nicole Cheverney

                « En cas de victoire d’Abd El Quader, dans un pays comme l’Algérie, aurait-il pu comme Garibaldi, faire l’unité de l’Algérie ? J’ai comme un gros doute. »

                J’ai aussi un doute.

                Même si le génois n’est pas le sicilien, les habitants de ces deux régions se comprenaient (et continuent à le faire) parce qu’ils parlent tous italien, avec des accents différents et quelques idiotismes qui ne sont pas plus éloignés que le picard ne l’est du gascon (peut-être moins).

                Il n’en allait pas, et il n’en va toujours pas de même pour les peuples qui vivent aujourd’hui sur le territoire algérien où coexistent plusieurs langues berbères (kabyle, chaoui, chenoui, les langues zénètes du Sahara, et où la variante locale de l’arabe fait que les palestiniens ne se comprennent pas avec les algériens arabisants (qui disent zouj (زوج)  pour deux, comme les Marocains et non  ihth-naan (إثنان).par exemple). Il suffit d’avoir un peu voyagé pour savoir que la langue véhiculaire est aujourd’hui le français dans ce pays où l’ »arabisation » officielle a été une décision politique volontariste et non pas le fait d’assumer une identité. Alors, on peut imaginer que la notion de « projet d’unité national » ou d’ »état » n’avait aucun sens pour ces différents peuples au 19ème siècle.


              • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 3 juillet 19:27

                @Séraphin Lampion

                Bonjour, selon de Baudicour, contemporain de la conquête et ami du Duc d’Aumale, un projet existait de création d’un « Empire arabe », par Abd el Kader. Mais il fallait pour Abdel Kader, attendre l’écroulement de l’Empire ottoman, pour sa réalisation. Ce projet qui aurait plu à Napoléon III, était tout à fait utopique, d’une part par l’incapacité d’Alb del khader d’unifier les tribus, et l’incessante rivalité inter-ethniques. 
                Bien à vous.


              • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 2 juillet 18:54

                @ QuamonBra

                « dantesque » au lieu de « danteste ».


                • juan 3 juillet 09:37

                  « cette question mérite d’être débattue » ? que nenni mon bon monsieur, cette phrase, à elle toute seule est un argument de plus pour que les incultes accusent la France de crime contre l’humanité...Depuis des siècles la méditerranée était infestée par des barbaresques qui détroussaient tout ce qu’ils trouvaient pour enrichir la ville d’Alger qui puisait sa richesse uniquement sur les rapines. Les américains avaient envoyé une escadre sans succès.

                  C’est la colonisation qui a transformé ce qui n’était qu’un repaire de pirates où étaient utilisés des esclaves chrétiens récupérés par la piraterie et les expéditions terrestres, en un territoire en lui donnant le nom de la ville.

                  Alors la colonisation n’a pas colonisé l’Algérie, elle l’a créée !


                  • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 3 juillet 10:01

                    @ Juan

                    Bonjour et merci de votre commentaire. Cette question, centrale, est jusqu’à présent taboue puisqu’elle arrange les donneurs de leçons. Elle doit être mise sur la table. Un autre sujet qu’il faut aborder sans état d’âmes, c’est le rôle EXACT qu’ont joué De Gaulle, les USA, L’URSS dans la « guerre d’Algérie », (en dehors de l’image d’Epinal habituelle), et son solutionnement dans des conditions totalement abjectes envers les Pieds-noirs et les harkis. 

                    Bien à vous. 

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