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Par quoi remplacer l’ENA ?

Cet article fait suite à une première publication : Pourquoi les français n'aiment pas l'ENA ? publiée le 11 JAnvier 2020. 

Après avoir analysé les causes d'un tel désamour, nous revenons pour réflechir aux modalités qui pourraient assurer une haute fonction publique davantage fédératrice. 

 

Par quoi remplacer l'ENA ?

C’est du croisement de deux motifs que l’ENA est née. Le premier : démocratiser l’accès aux plus hautes fonctions de l’administration de l’Etat, et le second : former les meilleurs hauts fonctionnaires pour redorer l’image d’une administration ternie par la guerre et en manque d’efficacité.

L’intention était louable, et rien ne laissait présager les dérives qu’ont vu naître les décennies suivantes. De l’omniprésence de l’élite administrative au sein des décideurs politiques à l’abondance des pantouflages douteux, en passant par une sélection à l’entrée de l’école favorisant l'homogénéité des profils, l’ENA semble avoir aujourd’hui perdue toute capacité à inspirer. 

Frédéric Thiriez a été chargé en Avril 2019 de rédiger un rapport sur la réforme de la haute fonction publique, qui devrait hypothétiquement exposer des solutions au problème. Alors que la publication du document devrait se faire dans quelques semaines, nous avons décidé de questionner la solution optimale qui pourrait remplacer la formation tant contestée. 

 

Une nouvelle place pour l’université, lieu démocratique. 

En France, la distinction entre universités et grandes écoles se fait naturellement. Tandis que les grandes écoles, auxquelles l’on accède par des classes préparatoires, sont auréolées de prestige et de sélectivité, les universités souffrent d’une réputation qui résulte d’un biais dans l’opinion publique et qui ne correspond pas à la réalité. Les universités sélectionnent autant, voir plus, qu’une grande partie des écoles accessibles après classes préparatoires. Un étude du ministère de l’éducation nationale, sur une cohorte d’étudiants entrés en licence 1 en 2007, montre que seulement 27% d’entre eux réussissent leur licence en 3 ans. Aussi, sur l’argument selon lequel de tels chiffres s’expliquent par le fait que seuls les moins bons bacheliers se dirigent vers l’université, la même étude montre la sévérité de la sélection : en moyenne,seulement 44.5% des bacheliers généraux et 17.6 % des bacheliers technologiques réussissent leur licence en 5 années ou moins (1). 

 

Par ailleurs, l’entrée en grande école oblige à la spécialisation plus rapidement que les études à l’université, et l’on pourrait se demander si, en l’absence de cet impératif, “les étudiants ne feraient pas un meilleur choix en suivant un cursus universitaire” (2). De fait, le système éducatif tel qu’il fonctionne repose sur une conception du mérite et de l'ascenseur social non fondée sur le contenu de la formation et étalé dans le temps, mais sur la capacité à être ou non le meilleur à l’entrée. Cependant, rappelons qu’à l’étranger, la mesure du prestige d’une formation repose avant tout sur “la teneur du cursus et son encadrement”, plutôt que sur la sélectivité à l’entrée (3). 

L’opinion publique française, imprégnée de la tradition des grandes écoles françaises, confère donc une importance bien supérieure aux grandes écoles qu’à certaines universités, là où l’écart est en réalité relativement négligeable, voire inexistant. 

 

Ce biais a une conséquence néfaste sur le sens réel de la méritocratie et traduit d’un problème maintes fois relevé en philosophie politique : ce sont les élites elles-mêmes qui déterminent les conditions de reconnaissance du mérite (4), or ces élites sont issues des grandes écoles. 

 

Appliqué au problème des hauts fonctionnaires, le paradigme français des grandes écoles justifie que la plus grande partie des dirigeants de l’administration proviennent d’une grande école : l’ENA, à laquelle on accède par concours. 

Pour autant, la formation ne présente que peu de garanties sur la teneur de son cursus : pour certains, on n’y fait rien (5), et la formation serait trop déconnectée des besoins quotidiens des citoyens - car c’est bien là le sujet de l’administration - et trop généraliste. 

 

Aussi, d’autres argument plaident pour un remplacement de l’ENA par l’université : le nombre d’étudiants a été multiplié par 25 entre 1945, année de création de l’ENA, et 2015 (6). Cette croissance immense du vivier des jeunes diplômés ne justifie plus réellement que soient majoritairement refusés les postes de hauts fonctionnaires à ceux qui ne sont pas énarques.

 

Enfin, pour justifier un tel remplacement par l’université, il faut aussi montrer les perspectives de carrière que chacune de ces écoles confère. Tandis que la réussite d’un concours à l’ENA fournit, pour une vie entière, un passe-droit au haut fonctionnaire lui assurant de rester dans l’administration indépendamment de sa productivité ; l’université permet elle de mettre le postulant en concurrence avec nombre de ses camarades ayant des parcours ou des diplômes similaires. C’est alors la productivité, l’efficacité de chacun, qui déterminera le droit de rester ou non dans la haute fonction publique. 

 

Le modèle du doctorat professionnalisant comme solution. 

Il convient évidemment de trouver le modèle optimal de formation universitaire pour s’adapter au mieux aux besoins de l’administration. 

Dans cette optique, le doctorat apparaît comme une option envisageable : il est le résultat d’un cycle long d’études, témoignant de l’appétence des candidats pour les matières intellectuelles, et implique par ailleurs plusieurs apprentissages. Mener un doctorat, c’est d’abord construire un projet, la thèse, du seul fait de ses capacités et de sa remise en cause. Mener un doctorat, c’est aussi développer des compétences managériales en travaillant au sein d’une équipe de recherche et en encadrant parfois des enseignements. 

 

Le doctorat présente cependant une contrainte : il est le domaine réservé du chercheur et doit le rester. Car la méthode de recherche demeure après tout lointaine de certaines exigences pragmatiques propres à l’administration. Il faut donc réussir à conserver la capacité à théoriser qu’apporte le doctorat tout en développant en chacun des candidats un goût pour la gestion. 

 

Pour cela, un type particulier de doctorat convient : il s’agit du doctorat en entreprise (ou dispositif CIFRE) (7) très populaire dans les sciences dures pour former majoritairement de futurs chercheurs en R&D. Dans ce type de formation, fonctionnant globalement sur le modèle de l’alternance, la vie de l'entreprise et les exigences du monde économique sont apprise en plus de la recherche. 

 

Partant de ces données, l’administration pourrait proposer aux élèves des universités de réaliser au sein de ses services respectifs des doctorats sur le modèle de ceux dits en entreprise. Ainsi, le jeune doctorant serait lié par l’administration par un contrat de travail, et y apprendrait la gestion du service ; mais aussi à l’Université, au sein de laquelle il pourrait développer et intégrer les dimensions théoriques de son futur emploi. 

Alors, la spécialité de chacun prendrait tout son sens : un jeune diplômé de finances publiques pourra réaliser un doctorat à la cour des comptes dans l’optique d’y être ensuite embauché en tant que magistrat, un diplômé de géopolitique ou de langues rares pourra réaliser un doctorat “professionnalisant” au quai d’Orsay afin d’y devenir, à terme, un haut fonctionnaire de la diplomatie. 

 

Un impératif urgent de diversité. 

Pour ne pas tomber dans le travers déjà énoncé de la distinction française trop forte entre grandes écoles et université, il conviendrait pour l’administration de sélectionner ses doctorants avec une certaine contrainte en lui imposant d’aller chercher la diversité dans les recrutements. Seront ainsi tant représentés les élèves des grandes écoles de commerce ou de sciences sociales que ceux des universités publiques présentant l’avantage de la diversité sociale, culturelle, et d’une grande spécialisation. 

 

Pourquoi un tel impératif de diversité est-il nécessaire ? Dans un article publié le 3 Janvier 2020 (8), le Figaro rapportait les propos du conseiller spécial de Boris Johnson qui disait vouloir bousculer le fonctionnement de l’administration en recrutant des personnes “inhabituelles” avec “différentes compétences”. Parmi les profils recherchés figuraient notamment des spécialistes des données et des chercheurs. Le motif invoqué par le cabinet du premier ministre était le suivant : l’expertise manque pour soutenir le gouvernement, rendant difficile la réalisation d’un service public présent pour tous. 

Dans la lignée de ces demandes originales, le même conseiller a ensuite évoqué vouloir moins de diplômés d’écoles privées et d’universités prestigieuses -alors qu’il en était lui même issu. 

 

Sans vouloir aller dans le sens de l’originalité ou de l’entrain excessif, il est évident que l’Université publique -pour ne parler que d’elle- présente l’avantage de la diversité du fait de sa gratuité. Elle brasse des personnes issues de tous milieux et de toutes classes sociales et assure une hiérarchisation des profils en son sein qui se fasse au fondement du mérite. 

 

Aussi, au delà de ces simples valeurs objectives, une réforme profonde du recrutement de la haute fonction publique fournit un symbole. Le symbole d’une société qui ne cherche pas à reproduire un même groupe social à la tête de l’état, mais celui d’un système qui valorise les réussites individuelles et la diversité des parcours. Un tel schéma aurait sans aucun doute pour effet de faire renaître en chacun le rêve de grandeur, la perception d’un horizon accessible. Et de tous les symboles, il n’en est pa qui favorise davantage la cohésion sociale et l’envie d’avancer.

  1. L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, Juin 2015, MENESR-DGESIP.
  2. Emmanuel Picavet, “Université et grandes écoles françaises : une impasse ?”, 2007.
  3. Toujours selon E. Picavet.
  4. “The rise of the meritocracy”, Michael Young, 1958.
  5. Adeline Baldacchino, “la ferme des énarques”, 2015 (l’auteure est elle-même une ancienne énarque plaidant pour une réforme profonde de l’école).
  6. La Tribune, 09/11/2015, “Une vraie réforme de l’ENA : sa suppression.”
  7. “Le dispositif CIFRE permet de faire son doctorat dans une entreprise, en lien avec une université publique. Dans ce cas, un peu comme une co-direction, vous aurez un directeur de thèse, professeur d’université, et un encadrant dans l’entreprise. Vous êtes salariés de l’entreprise, qui reçoit une subvention de l’état, et vous obtenez un diplôme de l’université” (depuis le site internet campusfrance.org).
  8. Le FIgaro : “le gouvernement britannique veut recruter des tordus et des marginaux”, 3/01/2020.

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15 réactions à cet article    


  • CLOJAC CLOJAC 10 février 09:06

    Pourquoi les Français n’aiment-ils pas l’ENA ?

    2 mots suffisent pour l’expliquer :suffisance et insuffisance.

    L’arrogance aussi détestable soit-elle peut être tolérée de la part de gens hyper compétents. Mais quand ils sont nuls et inefficaces, c’est insupportable !

    Ces gens-là, aux manettes depuis Giscard, ont mené le pays à la ruine et favorisé l’implantation d’une nombre considérable d’étrangers inassimilables.

    Dans un pays « normal », où les lois du marché du travail s’appliqueraient, la moitié de ces gugusses se retrouveraient clochards !


    • Raymond75 10 février 09:34

      Je ne suis pas certain que l’université soit plus démocratique et plus représentative de la société qu’un grande école : les deux premières années conduisent les plus modestes à l’échec, et seuls ceux issus d’un ’bon milieu’ s’en sortent, parfois avec un diplôme qui n’a aucune valeur concrète ... Ces deux premières années de sélection remplacent dans les faits le concours d’entrèe.

      Je ne vois pas en quoi sélectionner les meilleurs soit une faute : pour exercer une profession qui consiste à prendre des décisions (techniques ou de gestion) majeures, il faut être bon et motivé.

      De plus, la notion de doctorat professionnalisant me semble former des spécialistes, et non des généralistes. L’objet de l’ENA, peut être discutable, est de former des généralistes capable de diriger des administrations.

      Ce qui est en cause, et qui avait été dénoncé par les directeurs de Science Po et de l’ENA il y a deux ou trois ans, c’est l’extrême homogénéité du recrutement : tous des gosses de riches (mais bons étudiants) issus du même milieu social, qui ne sont pas portés à l’analyse critique d’une société dont ils sont des héritiers favorisés.

      L’autre sujet est qu’ils monopolisent toutes les hautes fonctions d’encadrement, puis passent dans le privé où ils se retrouvent et se cooptent.

      Je pense qu’il faudrait varier les sources de recrutement pour obtenir des profils plus variés, par des passerelles à définir. Et aussi s’ouvrir à la formation supérieure des adultes, qui par leur travail disposent d’une solide expérience du monde réel.Un très bon flic deviendra un meilleur commissaire qu’une bête à concours de 25 ans !

      Enfin, le diplôme de l’ENA devrait être complété par un stage en immersion de longue durée avant chaque nouvelle prise de fonction, et non directement par un poste d’encadrement.

      Les aller-retour dans le privé ne sont pas, en soi, une mauvaise chose puisqu’ils ajoutent des expériences réelles, mais ils devraient être limités dans le temps (et peut être le nombre), et se faire dans des domaines éloignés des responsabilités publiques précédentes.

      Les premières promotions de l’ENA étaient constituées de gens qui avaient vraiment le sens de l’état et voulaient y consacrer leur vie. Aujourd’hui, l’ENA est le point d’entrée d’une nouvelle noblesse, inamovible et trop souvent irresponsable, jamais sanctionnée pour ses échecs, un monde de l’entre-soi ...


      • CLOJAC CLOJAC 10 février 09:48

        @Raymond75

        « Je ne suis pas certain que l’université soit plus démocratique et plus représentative de la société qu’un grande école : les deux premières années conduisent les plus modestes à l’échec, »

        Je suis d’une génération cerveau lent : 30% de reçus au bac au premier essai était un bon cru, un 16/20 vous classait quasiment parmi les génies... Très en dessous des 90% d’admis dont certains avec une moyenne de 25/20 aujourd’hui.

        Après en fac, la première année, on comptait 85 % de « déchets ». Le mot « sélection » n’écorchait pas les lèvres. La récitation docile ne suffisait plus. Sorti du cours magistral, l’étudiant devait s’inventer un mode d’emploi pour apprendre à apprendre, retenir l’essentiel, réfléchir et extrapoler. Se forger une épistémologie qui lui servirait pour toute sa vie. Beaucoup se décourageaient. Mais ensuite, rares étaient ceux qui redoublaient, sauf raison de santé ou changement radical de mode de vie.

        À présent, ces presque 100% de reçus au bac, arrivent un peu neuneus en mastère 2 (avant on parlait de pré-doctorat c’était plus clair) Et les profs n’osent plus rien dire en public. Transis de frousse entre les remontrances du ministre qui veut qu’on distribue les diplômes comme des bonbons au soir d’ Halloween... Et les mandales des étudiants vindicatifs qui considèrent le succès garanti aux examens comme un des droits de l’homme...

        Les ¾ de ces bac + 5 ou + 6 ont de grandes difficultés à construire des phrases simples, articulées autour d’une syntaxe basique, sans trébucher sur une faute d’orthographe par mot.

        Après quoi, les futurs docteurs ès nullités sont prêts au décollage sur leurs rampes de lancement. Pas question bien évidemment de leur demander d’effectuer des recherches originales sur un sujet inédit ou un thème peu traité. Travaux associant lectures, discussions avec des experts, études de terrain ciblées et formulation d’hypothèses innovantes validées in vivo ou in vitro. Ce qui était pourtant la raison d’être d’une thèse depuis le Moyen Âge...

        Comme ils en seraient bien incapables, on leur permet de faire des mélanges de copies serviles de vieux mémoires et de compilations Wikipédia, plagiats parfois tellement incohérents et mal construits qu’il faut faire passer un assistant derrière eux pour que cela soit à peu près lisible.

        Mais ils soutiennent quand même leur thèse, gratifiée de la mention « passable », accordée par des universitaires chenus et désabusés qui se demandent s’ils ne vont pas se faire casser la gueule à la sortie pour leur manque d’enthousiasme. Car ces jeunes gens illettrés sont convaincus de mériter la notation « très bien ». Sinon parfait. Ce serait bien le moins de la leur accorder, puisqu’ils se démènent à coups de tweets, de SMS et de likes pour « sauver la planète ! » © Alléluia !

        Une anecdote sans amertume, juste pour rire, à propos des viviers dans lesquels grenouillent les élites de demain. J’ai essayé récemment de discuter sur un forum français dit « universitaire » des migrations austronésiennes dont je réfute une partie de la version académique. Un « expert » qui a du suivre un trimestre de civilisations océaniennes en 3ème année m’a banni en ces termes :

        « D’abort qui tais toi t’y connait rien fermes la ou casses toi »


      • rita 10 février 09:56

        ENA, grande école pour nos élites qui coulent la France ?

         smiley


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 10 février 19:05

          @rita

          La France diplômés sans compromis de l’ENA et des Grandes Écoles que je suis assez vieux pour avoir connue et fréquentée formait une élite qui n’avait d’équivalent nulle part au monde. Cette formation n’existe plus.... Cette France non plus.

          PJCA


        • Spartacus Spartacus 10 février 10:26

          L’université comme l’ENA brillent par l’absence de diversité culturelle des enseignants.

          Comment empêcher des castes ou des meutes corporatistes (90% sont gauchistes ou centre gauche), de transférer sur leur élèves ceux qu’ils sont.

          Les gamins qui sortent de l’université sont tous de gauche, les Enarques qui sortent sont tous transféritistes...

          C’est pas l’ENA qui est en cause, c’est l’absence de diversité intellectuelle des enseignants.


          • CLOJAC CLOJAC 10 février 10:35

            @Spartacus

            « Comment empêcher des castes ou des meutes corporatistes (90% sont gauchistes ou centre gauche), de transférer sur leur élèves ceux qu’ils sont. »

            Je suis d’une époque où les universitaires étaient convaincus que la terre entière serait communiste avant l’an 2000, et leur enseignement de l’économie se résumait aux kolkhozes, sovkhozes, et sovnarkhozes. Sans oublier le plan quinquennal.
            La solution : radoter leurs inepties pour décrocher les peaux d’ânes qui ornent un CV, en pensant très fort « sales cons ! »
            Avant d’acquérir une vraie formation en business school.


          • zygzornifle zygzornifle 10 février 10:44

            Par un quartier de haute-sécurité ....


            • Arogavox 10 février 11:22

              La méritocratie est la boussole de l’arstocrtie (prétention à l’auto-proclamer ’meilleur’) ; prétendre viser au concept démocratique nécessite une approche plus subtile !

               Des honneurs et des gages hors du ’commun’ peuvent-ils être garants d’un réel dévouement pour le bien collectif ? 

               Autrefois, ceux qui avaient encore la droiture d’appeler un chat « un chat » et d’avouer leur prétention aristocratique (sans avoir inversé le sens du mot « démocratie » pour tromper le monde) savaient au moins que la noblesse qu’ils visaient était inséparable de la devise « noblesse oblige ». Leur motivation (détemmination) était vérifiée par leur capacité à risquer et engager leur vie entière.
                

               Ce qui incite à glorifier le mérite, c’est peut-être le pressentiment qu’une seule recherche d’efficacité ne suffit pas à assurer un pouvoir du peuple, par le peuple, et pour le peuple. Mais reste à se rendre compte alors, qu’un handicapé, physique ou mental peut, par ses efforts, se montrer plus méritant qu’un surdoué qui accomplirait les mêmes missions bien mieux, mais sans effort !

                 Or, la force du concept démocratique ne vient-elle pas de cet humilité capable d’englober, en les dépassant, à la fois le mérite et l’efficacité : les prétentions individuelles devant s’effacer devant une mise en commun des ’petites différences’  ?!

              (cf §2.3 de « Du contrat social »  : 
              "... du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale

              ...")


              • Jason Jason 10 février 11:48
                D’abord, fermer cette infâme couveuse. Ensuite, tout énarque devrait avoir travaillé deux ans dans une usine (pays au choix) avant de présenter le concours. Ainsi, ils seraient plus proches des populations. Cela leur ferait sentir qu’ils sont dans une rente de situation avec carrière toute tracée et leur éviterait de prêcher que les salariés doivent avoir 3 ou 4 professions dans leur vie. Avec deux professions, ça serait un début.

                Un Enarque commet-il une faute professionnelle grave ? On n’en entend jamais parler. Il est muté discrètement. La plupart ont « des têtes bien pleines », mais n’ont pas « des têtes bien faites ». Sans parler de ce qui a été mille fois dit sur les relations incestueuses des grands corps.

                Vous offrez de bonnes alternatives, mais elles finiront dans des cartons. L’éarquie tenant le haut du pavé.

                • CLOJAC CLOJAC 10 février 20:14

                  @Jason

                  « Un Enarque commet-il une faute professionnelle grave ? On n’en entend jamais parler. Il est muté discrètement.  »

                  Cela traduit l’emprise des fonctionnaires sur l’Etat, pour qui servir c’est d’abord se servir...Mais il n’y a pas que les énarques à fustiger !
                  Les magistrats auteurs de grosses boulettes, les flics coupables de dérapages voire carrément ripoux, les enseignants pédophiles jusqu’à une époque récente... Lorsqu’ils tombaient, généralement sous la pression de l’opinion et des rares médias qui font leur boulot comme le « Canard »....
                  On les déplaçait discrètement. 
                  Avec un petit avancement pour que la sanction leur soit moins douloureuse. smiley


                • Marc Filterman Marc Filterman 10 février 23:34

                  Par quoi remplacer l’ENA ?

                  C’est simple, on ne la remplace pas, on la ferme, et puis c’est tout !!


                  • Fanny 11 février 00:19

                    Le problème, ce n’est pas l’ENA, ce sont les rigidités de l’Administration.

                    Un jeune taupin préparant les concours des écoles d’ingénieurs est totalement aliéné par une stricte hiérarchie des grandes écoles d’ingénieurs. Si Supelec est le « meilleur » concours qu’il ait réussi au sens de cette hiérarchie, il ira à Supelec plutôt qu’aux Travaux Publics alors même qu’il n’est absolument pas attiré par l’électronique et se verrait bien travailler chez Bouygues. C’est absurde, mais c’est comme ça.

                    Heureusement, la vie professionnelle remet les choses en place. Ingénieur dans l’industrie, mon directeur des études et recherches (3000 ingénieurs et techniciens – CAC40) était entré dans mon entreprise avec le statut de technicien, car le titre de son école d’ingénieurs n’était pas reconnu à l’époque. Il dirigeait des ingénieurs de toutes origines (Centrale, X, Normale Sup à la recherche etc.). Une sélection s’était opérée où il était apparu que le talent ne se distribue pas selon la hiérarchie des diplômes que les taupins ont imprimée dans le crâne.

                    L’industrie sélectionne selon le talent, l’efficacité, la faculté d’entraînement etc. La hiérarchie des diplômes, les rigidités sont en grande partie écrasées par le talent et le service réellement rendu à l’entreprise. Cela résulte de la pression internationale qui oblige à ne retenir que le critère de performance.

                    Rien de tel dans l’Administration. Non soumise à la pression internationale, celle-ci sélectionne toujours en cours de carrière selon des critères de réseau, de classe, de relationnel. Ainsi, le réseau ENA occupe une place royale. La faute n’en revient pas à l’ENA, à l’enseignement qui y est dispensé, ni même à la qualité des énarques parfois exceptionnelle (mon PDG énarque a fait gagner des milliards à mon entreprise) mais à la faible culture de la performance dans l’Administration.

                     Remplacer l’ENA par une autre formation sélective ne changera pas grand-chose aussi longtemps que l’Administration n’aura pas acquis, au même niveau que l’industrie, la culture de la performance. Ce sont les claques reçues des Allemands, des Japonais, des Coréens qui ont forcé l’industrie française à s’adapter. L’Administration devra s’inventer son chemin de croix pour devenir réellement efficace et sélectionner ses dirigeants selon leur talent plutôt que selon leur diplôme ou leur réseau. Alors un diplomé de l’Ecole du Louvre ou un Licencié es Lettres pourra occuper les plus hautes fonctions à Bercy ou ailleurs dans l’Administration.



                    • Paul Klotz Paul Klotz 11 février 09:27

                      @Fanny Merci beaucoup pour votre commentaire, je ne peux que m’aligner sur vos positions. Ce sont celles du bon sens et, comme vous, j’ai cherché à démontrer dans cet article le manque de bon sens du système de formation des hauts fonctionnaires. 
                      Je me réjouis de la solution que vous proposez, différente de celle que je suggère. La diversité de nos opinions:c’est là le cœur du débat. 


                    • volpa volpa 11 février 22:29

                      L’ENA doit être remplacée par des travaux forcés.

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