• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Paul Reynaud : quand l’impérialisme français croyait pouvoir (...)

Paul Reynaud : quand l’impérialisme français croyait pouvoir dépouiller l’impérialisme allemand

Nous allons continuer à suivre le raisonnement que Paul Reynaud aura tenu devant la Chambre des députés le 20 octobre 1922, alors que, dirigée par un gouvernement socialiste qui s’était couvert de sang pour mettre au pas les révolutionnaires marxistes, l’Allemagne permettait à ses grands industriels de stabiliser et même d’accroître leur puissance financière, tandis que la classe ouvrière et la classe moyenne se trouvaient affrontées à des difficultés considérables pour ne faire que survivre dans un pays dévasté par une inflation de plus en plus effrayante…

Mais, auparavant, il importe de montrer que cette dérive des socialistes allemands ne faisait pas que résulter de la défaite. Elle avait été mise en cause par Lénine depuis quelques années déjà, et tout particulièrement dès les débuts du conflit mondial dans cet article de la fin août ou du début septembre 1914 :
« N’est-ce pas une trahison au sein de la social-démocratie, que le changement de front stupéfiant des socialistes allemands (après la déclaration de guerre par l’Allemagne), que les phrases mensongères sur la guerre de libération contre le tsarisme, que l’oubli de l’impérialisme allemand, l’oubli de la mise en pillage de la Serbie, des intérêts bourgeois de la guerre contre l’Angleterre ? etc., etc. Patriotes, chauvins, ils votent le budget !! » (V. I. Lénine, O.C., tome 21, page 14)

Mais Lénine ne faisait pas que mettre en cause les socialistes allemands…
« N’est-ce pas la même trahison que l’on constate chez les socialistes français et belges ? Ils dénoncent fort bien l’impérialisme allemand, mais ils sont, hélas, d’une étonnante cécité devant l’impérialisme anglais, français et surtout devant le barbare impérialisme russe ! » (Idem, page 14)

Or, socialistes belges ou français, ils ne pouvaient pas ignorer le rôle que la France d’avant-guerre avait cru pouvoir déléguer à la Russie tsariste :
« Ils ne voient pas ce fait flagrant que la bourgeoisie française a financé à coups de milliards pendant des dizaines et des dizaines d’années, les bandes de Cent-Noirs du tsarisme russe, et que ce tsarisme écrase la majorité allogène de la Russie, pille la Pologne, opprime les ouvriers et les paysans grands-russes, etc.  » (Idem, page 14)

Mais, ayant accompli tout le travail que la bourgeoisie allemande n’aurait pas pu effectuer elle-même malgré l’effondrement de la dynastie Hohenzollern, les socialistes sont devenus des hommes de confiance de la grande industrie qui le leur rend bien… Et c’est Paul Reynaud lui-même qui nous l’annonce, en même temps qu’aux députés français :
« Le 28 septembre [1921], l’association des industriels allemands a fait une déclaration dont je vous demande la permission de vous lire quelques lignes parce que, à mon sens, elles sont capitales :
« Considérant qu’il est nécessaire que les producteurs allemands ne négligent rien pour accomplir les exigences résultant de l’ultimatum de Londres, accepté par le Gouvernement et le Parlement, l’industrie est prête à entrer en pourparlers dans le but de mettre de l’or et des devises à la disposition du Reich, en utilisant le crédit dont elle jouit à l’étranger.  » » (J.O., etc., page 2761)

Et tout particulièrement aux Etats-Unis qui, deviendraient, dès lors, un fort intéressant soutien pour les… socialistes allemands… C’est effectivement ce qui devait se passer… mais en laissant la France le bec dans l’eau… Ce à quoi Paul Reynaud ne s’attendait évidemment pas. Il poursuit son propos en évoquant l’un des plus grands patrons allemands de son époque :
« …M. Stinnes avait dit : « Eh bien, oui, je vous donnerai mon or et mes devises, mais donnez-moi en échange vos chemins de fer.  » » (Idem, page 2761)

Ce qui voulait dire : puisque vous êtes socialistes, humiliez-vous donc encore un peu plus, en privatisant ceux-ci… Il n’empêche : une piste était ouverte, et Paul Reynaud était bien décidé à y faire s’engouffrer la France… quitte à paraître jouer le jeu d’un vrai socialisme allemand tout prêt à appuyer une France venue tenir la dragée haute au patronat allemand, y compris par l’occupation militaire de la Ruhr…
« La Ruhr peut être d’accord, encore une fois, avec la gauche des partis allemands, si c’est pour imposer aux féodaux de l’industrie allemande une solution légitime. » (Idem, page 2761)

Toutefois, il est inutile de commettre même une toute petite erreur d’interprétation :
« Mais si, demain, la partie démocratique de l’opinion publique allemande liait sa cause, pour des raisons d’ordre économique, avec celle des grands industriels, je dis : «  Alors, agissons quand même !  » » (page 2761)

…et investissons la Ruhr. Mais en prêtant la plus grande attention à autre chose encore…
« …la Ruhr, vous savez comment ils en parlent entre eux, comment ils en parlaient dans les couloirs de Gênes : «  Surtout pas la Ruhr !  » Pourquoi ? Parce que le charbon de la Ruhr est la base de la pyramide industrielle dont la lampe électrique de Stinnes est le sommet.  » (page 2761)

Ce qui veut dire qu’en promettant au gouvernement socialiste allemand jusqu’à « son or et ses devises », et même les crédits états-uniens ou, plus généralement, anglo-saxons, Hugo Stinnes (qui allait lui-même mourir de maladie le 10 avril 1924, à l’âge de 54 ans) ne livrait pas encore l’essentiel… qui se trouvait être son capital investi… c’est-à-dire : à même de produire en permanence une plus-value nouvelle constitutive, le moment venu, d’une fortune nouvelle : or ou devises…

Prudence, donc : si la base matérielle peut-être saisie par l’occupation militaire, le capital productif, c’est autre chose… Et Paul Reynaud va nous montrer qu’il le sait parfaitement…

NB. Cet article est le cent-quinzième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici


Moyenne des avis sur cet article :  2.33/5   (3 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès